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EAN : 9782221105269
342 pages
Robert Laffont (10/10/2007)
4.26/5   174 notes
Résumé :
De Pékin à Paris, de Hong-Kong à Los Angeles, le témoignage déchirant d'une femme broyée par la Révolution culturelle chinoise et sauvée par la musique.


Pékin, 1969 : Zhu Xiao-Mei est un « être de mauvaise origine » . Autrement dit, avant la révolution maoïste, ses parents étaient des bourgeois cultivés. Une tare d'autant plus lourde à porter pour la jeune Xiao-Mei qu'elle a un don précoce pour le piano et une passion pour la musique décadente... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
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De Beijing à  Paris en passant par les Etats-Unis, des camps de rééducation aux récitals de piano, du culte voué au Grand Timonier à Jean-Sébastien Bach, La rivière et son secret retrace l'admirable parcours d'une artiste virtuose prise dans la tourmente de la Révolution Culturelle. 

Petite fille prodige venue au monde en 1949 - date marquant l'avènement du régime communiste - son témoignage rend compte de l'effroyable endoctrinement dont elle a été victime durant l'enfance et l'adolescence. Totalement asservie à l'idéologie maoïste, l'amour de la musique sera sa seule planche de salut. 

*

Native de Shanghai, Xiao-Mei grandit bercée entre culture asiatique et occidentale dans une famille d'intellectuels bourgeois. Se passionnant dès son plus jeune âge pour la musique, elle fait ses premières gammes sur le piano familial aux côtés de sa mère puis intègre le prestigieux Conservatoire de Pékin en 1960. Un avenir prometteur s'ouvre à elle…

Mais c'est sans compter sur L Histoire qui est en marche, prête à briser des millions de vies. La machine à broyer les consciences s'active de façon pernicieuse : humiliations, injures, séances quotidiennes de dénonciation et d'auto-critique, lynchage public, exécutions arbitraires… Il s'agit d'annihiler toute velléité de résistance, de réprimer tout comportement jugé anti révolutionnaire tels que l'individualisme ou l'embourgeoisement. Chacun doit faire preuve d'un soutien inconditionnel au dirigeant du Parti.

Ces longues années de formatage produisent les résultats escomptés. Consciente de "sa mauvaise origine", Xiao-Mei espère se réhabiliter en devenant une "bonne révolutionnaire". Aussi quand arrive son tour d'être envoyée en "camps de rééducation par le travail" aux frontières de la Mongolie, elle y voit une occasion de réaliser son dessein. 

S'ensuivent cinq ans de privations, d'abrutissement et de déshumanisation  auxquels elle survivra non sans de profonds traumatismes psychologiques. À son retour (fin 1974), que faire de la liberté retrouvée ? Comment se pardonner, reconstruire, avancer?

"La Révolution Culturelle m'a salie, elle a fait de moi une coupable. À un moment donné, elle a même tué en moi le sens moral. J'ai critiqué mes semblables, je les ai méprisés, accusés de fautes graves, j'ai enquêté sur leur passé, pris part activement à un processus de destruction collective."

Penser l'avenir et réapprendre à vivre passera par un douloureux travail sur soi. Afin de mettre des mots sur l'innommable, de comprendre l'incompréhensible, d'accepter l'inacceptable…

*

Dense, sensible, lucide, ce témoignage nous offre une vibrante leçon d'humilité, de courage et de détermination. Ayant tout perdu jusqu'à sa dignité, Xiao-Mei doit sa résilience à la musique. Cet art tout comme la littérature a le pouvoir de transformer les êtres, il l'aura aidé à recouvrer son humanité.

Passionnant et bouleversant d'émotions! Parce-que nous ne pouvons oublier, une lecture ô combien nécessaire...

***

"La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée." (Platon)
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Ce livre de la maison d'Édition Robert Laffont DOCUMENTO est une belle réalisation. La rivière et son secret est la biographie de Zhu Xiao-Mei, une femme d'exception. Enfant, elle a vécu la révolution maoïste et cinq ans d'internement en camp de rééducation car née de mauvaise origine, ses parents étant des bourgeois cultivés.
À l'âge de trois ans, elle est émerveillée par le piano de sa maman, très vite elle apprend à jouer et dès l'âge requis entre au Conservatoire. Pendant la révolution culturelle, il n'y a plus de cours, les partitions et les livres sont brûlés. Ensuite, elle est internée dans plusieurs camps de rééducation ... Sa liberté recouvrée, elle s'expatrie aux Etats-Unis puis en France et sera reconnue en tant que pianiste virtuose.
Petite anecdote, juste avant ce livre j'ai lu Jonathan Livingstone, le goéland, lecture dont parle Zhu Xiao-Mei avec enthousiasme.
La rivière et son secret - Des camps de Mao à Jean-Sébastien Bach : le destin d'une femme d'exception est une lecture autant passionnante qu'enrichissante. À lire par les amateurs de piano et par les lecteurs désireux de connaître certains faits engendrés par la révolution culturelle de Mao.
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Jeune espoir pianiste, Xiao-Mei aura la chance de passer au travers du 'Grand bond en avant' mais son origine 'Petit bourgeois' la poursuivra pendant la 'Révolution culturelle' et malgré son exaltation de jeune ado envers Mao et son petit livre rouge elle subira cinq années l'abrutissement des camps.
Exil aux USA puis à Paris, de belles rencontres qui la feront grandir et se reconstruire grâce à la musique, à Lao Tseu et à ce Lao Tseu chrétien qu'est Bach!

Des moments fabuleux comme le piano qu'elle a fait venir en cachette au camp et qu'elle déballe sur un terrain vague, comme la lettre d'un père pourtant violent et absent qu'elle reçoit aux USA, comme son émotion en déchiffrant les Variations Goldberg, comme sa générosité lorsqu'elle donne un concert.

Avec simplicité et humour, elle nous transmet sa grandeur d'âme, son courage, son travail, son cheminement philosophique.
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La rivière et son secret /Zhu Xiao Mei
C'est bouleversé, muet et comme anéanti que je sors de cette lecture du magnifique livre de la célèbre pianiste Zhu Xiao Mei. Un témoignage émouvant, déchirant et inoubliable comme le furent ses jours de douleur durant l'enfermement en camp de rééducation, broyée par la Révolution culturelle chinoise sous le règne de Mao. Mais sauvée in fine par la musique ! Quelle délicatesse pour nous faire partager l'histoire de ce destin incroyable ! Naturalisée française depuis 2001, elle a écrit son livre, publié en 2013, en français, notre langue qu'elle a commencé d'apprendre à l'âge de 35 ans. Admirable personne, une vie hors du commun, une femme d'exception ! Et que dire de la belle série de photos touchantes de Zhu Xiao Mei, de sa famille et de ses amis qui clôt ce récit de près de 400 pages !
Personnellement, j'ai découvert l'existence de Zhu Xiao Mei lorsque je me suis intéressé aux différentes interprétations des Variations Goldberg de J. S. Bach, que je collectionne, cette oeuvre étant pour moi comme pour beaucoup le chef d'oeuvre absolu pour clavier. Après l'avoir écoutée puis vue, j'ai été absolument séduit par son jeu, toucher et art des nuances.
Son livre à présent.
D'entrée, Zhu Xiao Mei écrit : « J'ai longtemps pensé que je n'avais pas de raisons particulières d'écrire – n'est - ce pas avec la musique que je m'exprime. » Et puis : « …Et j'ai eu envie d'écrire ! Pour pouvoir raconter ce qu'est la chance d'avoir vécu en Chine et en Occident, dans trois pays différent (Chine, USA, France) et mélanger les cultures, les faire dialoguer. »
le livre comporte 30 chapitres, autant que de variations Goldberg, avec une aria en ouverture et en clôture.
Xiao Mei est née en 1949 à Shangaï. En 1950, la famille déménage vers Pékin, la mère de Xiao Mei étant nommée professeur de musique dans une école primaire. À l'âge de trois ans, Xiao Mei découvre un piano dans la maison de 50 mètres carrés pour 7 personnes (car elle a 4 soeurs), mais ne sait ce que c'est. Elle a pourtant le sentiment qu'il est là pour elle. le premier morceau que Xiao Mei entend joué par sa mère, et elle ne l'oubliera jamais, c'est la célèbre Rêverie de Schumann. À partir de ce jour, la mère comprend ce que sa fille a en tête et Xiao Mei n'a plus qu'un rêve, jouer de cet ami qui fait partie de la famille, un instrument qui a été le cadeau de mariage offert par les parents de sa mère. Sa mère la met donc au piano, et très vite l'enfant joue remarquablement ses gammes et les exercices de Czerny malgré ses petites mains.
Xiao Mei regarde le piano comme si c'était une personne et quand la musique s'élève sous ses doigts, il lui semble qu'il chante, qu'il lui dit quelque chose ; quand elle le touche, il lui répond.
En grandissant, elle se dit qu'elle est une Chinoise étrange, émue par la musique occidentale de Schumann alors qu'elle s'endort à l'opéra de Pékin ! Elle a six ans et elle passe son premier examen d'entrée à l'École de musique pour enfants, antichambre du Conservatoire. La discipline y est terrible et veille à ce que tout individualisme recule et que l'esprit du communisme entre bien dans les petites têtes. Séances d'autocritique et de dénonciations se succèdent tous les samedis. Sa famille est dans le collimateur des autorités car ses parents ne ressemblent pas aux bons révolutionnaires des livres net des affiches officielles. Ils passent pour des bourgeois.
En 1957, la petite Xiao Mei est déjà sollicitée pour donner des concerts, à la radio puis à la télévision, avant d'accéder au Palais impérial de Pékin. Trois ans plus tard, c‘est l'entrée en interne au Conservatoire de Pékin., où le rythme de travail est épuisant.
1960 et années suivantes : les années de l'horreur : vingt millions de chinois meurent de faim victimes de la folie de Mao.
Xiao Mei découvre Bach et Mozart avec des professeurs remarquables. Elle a bientôt 14 ans et donne ses premiers récitals avec au programme Beethoven, Mozart et Chopin.
Mais arrive les méfaits de la Révolution culturelle et tous les jeunes instruits sont envoyés à la campagne pour changer en profondeur leur mentalité. Une cure de rééducation ! Il est proclamé que la Chine nouvelle ne peut se bâtir que si les enfants de mauvaise origine (dont Xiao Mei) renient leurs parents. 1964 : la musique classique est déclarée bourgeoise, elle n'a pas été écrite pour le peuple. Chaque jeune doit devenir un soldat révolutionnaire et au Conservatoire on ne jouera plus de musique classique occidentale. C'est la période des Gardes Rouges, qui sont partout.
40 ans plus tard, Xiao Mei se revoit telle qu'elle était devenue : une créature sans cerveau conçue pour un seul but, être comme les autres.
1967 : à la campagne ce sont les travaux forcés et cela va durer cinq ans, cinq longues années de camp avant que naissent le doute et la lucidité et qu'un sentiment de révolte se profile pour fuir les séances d'autocritique et de dénonciation. La liberté et des désirs d'évasion deviennent une obsession.
Hiver 1974 : cela fait cinq ans que Xiao Mei est internée. Ce n'est qu'au cours de 1975, libérée, qu'elle reçoit une affectation à l'école du ballet de Pékin. Elle apprend discrètement l'anglais car elle a des projets en tête.
En 1977, le Conservatoire de Pékin rouvre ses portes mais Xiao Mei veut fuir, partir pour toujours. Elle obtient un visa pour les USA en 1980. C'est l'arrivée à Los Angeles. Elle a 31 ans et la Révolution culturelle lui a pris sa jeunesse.
Elle découvre Lao Tseu et se fait à l'idée que le renoncement aux vanités est la voie de la sagesse. Ses journées désormais sont rythmées par deux grands moment de bonheur, le premier est sa méditation quotidienne avec le tao en tonalité, le second est sa méditation au piano.
Puis elle rêve de Paris, ne parvenant pas à se faire à la vie américaine. Elle débarque en France en décembre 1984. Et c'est là qu'elle va faire la rencontre musicale de sa vie : les Variations Goldberg de J. S. Bach.
Extrait : « Mais ce que je sais , c'est que j'ai fait la rencontre musicale de ma vie . Les Variations Goldberg remplissent désormais toute mon existence . Il y a tout , dans cette musique , elle suffit à vivre . La première variation me donne du courage . Je souris dans la dixième , humoristique , chante dans la treizième dont la ligne musicale m'apaise comme aucune musique avant , danse dans la vingt - quatrième avec son rythme de polonaise , je médite dans les quinzième et vingt - cinquième , deux des trois variations en mineur , qui m'émeuvent aux larmes . »
Pour Xiao Mei, Bach est universel et les lignes musicales entremêlées du contrepoint de Bach la renvoient à l'art de la calligraphie , un art typiquement chinois qui est avant tout un art de la respiration et de la méditation .
Extrait : « Les Goldberg ont cela de particulier qu'elles convoquent toutes les émotions , tous les sentiments de la vie humaine : c'est en cela qu'elles constituent un des plus grands chefs - d'oeuvre de l'humanité et qu'elles parlent tant au public . Dans cette oeuvre , c'est la vie même , dans ses composantes infinies , que Bach a mise en musique . »
Xiao Mei s'installe dans un petit et modeste appartement quai Conti à l'automne 1988 : elle est chez elle, c'est la première fois de sa vie que cela lui arrive ! 1989 : elle connait son premier succès public lors d'un concert à 40 ans en l'église Saint Julien le Pauvre. Elle enregistre en 1990 les Goldberg pour son premier disque.
1994 : l'heure va sonner de ses vrais débuts parisiens. Puis il y aura le voyage à Leipzig, ville natale de Bach, l'enregistrement des Variations Goldberg dans l'église Saint Thomas où se trouve la sépulture du compositeur mort en 1750.
Dans les derniers chapitres, Zhu Xiao Mei revient sur les pires moment de son existence : « La Révolution culturelle m'a salie , elle a fait de moi une coupable . À un moment donné , elle a même tué en moi le sens moral . J'ai critiqué mes semblables , je les ai méprisés , accusés de fautes graves , j'ai enquêté sur leur passé , pris part activement à un processus de destruction collective . Comment effacer cette tache ? »
Et plus loin sur sa philosophie de la vie : « La religion chrétienne , qui me touche tant par ailleurs , a ce défaut de vouloir convertir , étendre son influence . L'idée même est étrangère aux Chinois . Bouddhistes , taoïstes et confucéens , ceux - ci pratiquent des religions qui sont plutôt des philosophies ; ils n'ont pas connu l'équivalent des guerres de religion et la pensée qu'une religion à elle seule pourrait détenir la vérité leur est incompréhensible . »
En 2006, Xiao Mei reverra Pékin et sa famille après 26 années d'absence…
Et sa belle conclusion : « Je doute , j'ai peur des autres , de moi , et je ressens avec violence mon impuissance , mon incapacité à atteindre la perfection . Mais le matin , je sais qu'il est là , dans la pièce à côté , il m'attend . Il est une promesse de bonheur toujours tenue . Mon piano . »
Aujourd'hui, Xiao-Mei est célébrée dans le monde entier comme une pianiste virtuose et une immense artiste.









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" [....] Grâce à la création de conditions où la conscience n'est plus d'aucun secours , où bien faire devient radicalement impossible, la complicité consciemment organisée de tous les hommes dans les crimes des régimes totalitaires s'étend aux victimes et prend ainsi un caractère vraiment total. "
Cette phrase de Hannah Arendt , retranscrite par Zhu Xiao-Mei dans son autobiographie , s'accorde remarquablement au destin de la pianiste chinoise.
Née en 1949 dans une famille cultivée de Shanghaï elle montre très tôt de bonnes dispositions pour la musique. Dans n'importe quel autre pays elle aurait pu suivre un cursus sans histoire et finir diplômée d'un conservatoire quelconque. Elle aurait alors commencé une carrière classique par le parcours obligé de tout concertiste : concours internationaux , masterclass à l'étranger avec de grands aînés, engagements pour des concerts, gravure de disques.....Mais la Chine n'est pas un pays comme les autres , surtout à cette époque . Les communistes ont désormais pris le pouvoir à l'issue d'une guerre civile implacable. Tout est censé venir du peuple et aller au peuple. Or non seulement la musique dite "classique" est déconsidérée car venant de l'Occident honni, mais plus grave encore, Zhu Xiao-Mei est porteuse d'une tare rédhibitoire : elle est d'ascendance bourgeoise !
Qu' à cela ne tienne , elle s'efforcera d'effacer cette tâche en devenant une militante parfaite : s'ensuivent des séances d'autocritiques avilissantes , seul moyen d'après le Parti de laver son ascendance impure. Mais cela ne suffit pas au Moloch communiste. Il faudra désormais qu'elle prenne une part active au "crime" en dénonçant chez ses amis toute velléité bourgeoise, toute déviation des commandements du Petit Livre Rouge. Et bien sûr ce n'est jamais assez. La "faute" des parents est implacablement rejetée sur leurs descendants. Ce qui est pour le moins paradoxal pour une idéologie qui se réclame du marxisme....
S'enchaînent alors vexations et humiliations qui culmineront au moment de la Révolution Culturelle initiée par Mao pour garder le pouvoir et dont sa femme, Jiang Qing sera la grande manipulatrice.
Zhu Xiao-Mei est exilée dans un camp de travail pour y être rééduquée. Pendant cinq longues années elle travaillera dans les champs avec ses autres compagnons. Pendant cinq ans elle ne jouera aucune musique. le travail harassant ne suffisant pas à formater les cerveaux il lui sera demander de se livrer à de nombreuses autocritiques et de dénoncer chez ses compagnes de misère tout manquement au crédo maoïste.
La phrase de Hannah Arendt citée plus haut prenant alors toute sa signification. Victimes et bourreaux liés par la même complicité organisée par le Pouvoir.

A la mort de Mao et à la chute de Jiang Qin les camps se vident lentement. Xiao-Mei retrouve ses parents à Pékin. La vie est toujours difficile et l'avenir incertain. Une suite d'heureux concours de circonstances vont permettre à notre musicienne d'obtenir un visa pour les Etats-Unis où elle pourra poursuivre ses études dans des écoles prestigieuses. Elle a alors 31 ans, un âge où de nombreux pianistes ont déjà acquis la notoriété.
Son expérience des USA lui a laissé un goût amer. Certes elle a étudié quelque temps avec un grand pédagogue bostonien, Gabriel Chodos, et s'est fait des amis dévoués, mais là-bas tout se paye. Elle a dû faire un tas de petits boulots pour payer ses études et se loger , handicapée par sa mauvaise maîtrise de l'anglais.
C'est donc un peu , certainement, pour ces raisons et d'autres plus sentimentales (le prestige culturel de la France n'est pas un vain mot) que Xiao-Mei choisit notre pays pour s'y perfectionner et comme lieu de résidence.
Arrivée en 1984 elle est dans un premier temps aussi désemparée qu'aux USA, mais grâce à une indéfectible chaîne d'amis et au système D français elle deviendra la merveilleuse pianiste que nous connaissons aujourd'hui.
Certes tout ne fut pas rose : elle connut les files d'attente de 8 heures à l'OFFPRA pour le renouvèlement de son titre de séjour (une honte pour notre pays ces queues ! ) , et son premier éditeur fit faillite quelques jours avant la sortie de son premier CD consacré à Bach.
En 1991 elle obtint enfin la nationalité française.

Le livre de Zhu Xiao-Mei (écrit avec son ami Michel Mollard) s'intitule "La Rivière et son secret" , un titre qui présagerait plus un roman de Danielle Steel qu'une autobiographie de musicien. Il faut alors remarquer que rivière est écrit avec un R majuscule. Et rivière, ruisseau dans la langue de Goethe se dit Bach.
Car on ne peut faire l'impasse sur l'importance de la musique de Jean Sébastien Bach dans la destinée de Xiao-Mei.
Même si elle connaissait certaines de ses oeuvres ce n'est qu'en exil qu'elle entreprit d'approfondir la science musicale du compositeur allemand, la confrontant régulièrement aux enseignements du grand Lao Tseu.
A cet égard la découverte des Variations Goldberg lui fut une révélation qui marquera sa vision de l'existence.
Les Variations Goldberg (écrites pour soigner les insomnies du comte Keyserling...) ne peuvent se comparer à aucune autre oeuvre de la musique occidentale. Alors que toutes suivent la flèche du temps, les Variations , au bout d'un parcours de trente variations, reviennent au thème du début, une aria que l'on retrouve apparemment identique à la fin de l'oeuvre. Cette forme cyclique ne pouvait que s'accorder avec le taoïsme , "religion" chinoise par excellence.
Pour terminer cette note trop longue, je ne saurais trop vous inviter à écouter cette oeuvre de JS Bach. Dans l'interprétation de Xiao-Mei , bien sûr , que l'on trouve sur YouTube , mais aussi dans l'interprétation de Gould et , pour moi insurpassable de Murray Perahia. A noter que sur You tube vous trouverez deux versions des Variations par Zhu Xiao-Mei : une gravée chez Harmonia Mundi et l'autre en "live". C'est celle "live" qu'il faut écouter malgré quelques fausses notes. S'en dégage une émotion d'autant plus poignante. Car sachez le (là c'est juste une information pour les Babéliens peu au fait de la musique "classique" ) , Zhu Xiao-Mei c'est l'anti Lang Lang (voir Wikipedia :-) , c'est aussi l'anti Kathia Buniatishvili , cette superbe pianiste (la Beyoncé du piano ! ) géorgienne (mais maintenant aussi française) . Ce n'est pas Xiao-Mei qui jetterait à la foule de ses admirateurs sa serviette ayant servi à éponger sa sueur, ou jouant à l'ouverture d'une coupe du monde de foot comme Lang Lang.....
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Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
- Viens, Xiao-Mei, je vais te jouer quelque chose. Nous prenons le chemin de sa chambre, elle ouvre le piano et se met à jouer. Les notes s'élèvent, une musique d'une douceur infinie. Ce premier vrai morceau qu'elle me joue, c'est la Rêverie de Schumann. Je me suis mise à ses côtés et je l'écoute bouche bée.
Tout un monde s'ouvre à moi. Il me semble que cette musique est d'emblée mienne. Est-ce l'amour que mes grands-parents portaient à la culture occidentale que je sens renaître en moi? Ou le message de cette pièce, porteur d'une telle profondeur et d'une telle vérité humaine qu'elles en font une musique universelle ? Je ne sais pas.
Ma mère finit de jouer. Elle se tourne vers moi. Nous nous regardons. À cet instant, je le crois, elle comprend ce que j'ai en tête. Je n'ai plus qu'un rêve : jouer de cet ami qui a rejoint notre famille.
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Je médite Lao-tseu, commence à le comprendre et perçois combien il sait mieux que quiconque exprimer le caractère essentiel du vide, notamment dans ce passage que je lis sans cesse :

Trente rayons convergent au moyeu
Mais c'est le vide médian
Qui fait marcher le char.

On façonne l'argile pour en faire des vases,
Mais c'est du vide interne
Que dépend leur usage.

Une maison est percée de portes et de fenêtres,
C'est encore le vide
Qui permet l'habitat.

L'Être donne des possibilités,
C'est par le non-être qu'on les utilise.
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Oui, il nous faut jouer de la musique, des chansons populaires, celles que le peuple apprécie et comprend. C'est ainsi que nous contribuerons à servir l'idéal révolutionnaire. Les discussions sont enflammées. Nous prenons la parole les uns après les autres :
— La musique classique est bourgeoise : elle n'a pas été écrite pour le peuple !
— Beethoven était un égoïste.
— Bach a écrit toute sa vie pour l'Église. Vous croyez à l'histoire de Marie, la mère du Christ ? Non ? Eh bien, pourtant, il a écrit des œuvres pour elle !
— Chopin, ce n'est rien qu'un sentimental.
— Et Debussy un idéaliste.
Seul Mozart échappe à ce feu roulant de critiques. Je n'ai jamais su vraiment pourquoi. Une nouvelle preuve de son génie, sans doute ?
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2006. Ce 27 janvier, c'est l'anniversaire de la naissance de Mozart. De quel autre grand artiste, musicien, écrivain, peintre, fête-t-on ainsi l'anniversaire de la naissance ? De Léonard de Vinci ? De Shakespeare ? De Dante? Personne n'imaginerait le faire. Et au jour près. C'est aux enfants que l'on souhaite leur anniversaire. Et Mozart est un enfant. Mais un enfant qui a tout connu, un enfant qui a la profondeur d'un vieux sage. Lao-tseu n'avait-il pas pressenti Mozart en écrivant cette réflexion :

Celui qui possède en lui la plénitude de la vertu
Est comme l'enfant nouveau-né.
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Le dessin, le style vraiment beaux sont ceux qu'on ne pense même pas à louer, tant on est pris par l'intérêt de ce qu'ils expriment. De même pour la couleur. Il n'y a réellement ni beau style, ni beau dessin, ni belle couleur : il n'y a qu'une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle.
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Vidéo de Zhu Xiao-Mei
Zhu Xiao-Mei, Mozart, Adagio concerto n°23
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