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EAN : 9782809711370
440 pages
Éditeur : Editions Philippe Picquier (08/01/2016)

Note moyenne : 3.68/5 (sur 34 notes)
Résumé :
"Ceci est un livre sur la première génération d’enfants uniques en Chine, ceux nés entre­1979 et 1984. Ils ont profité seuls de tous les cadeaux matériels, de l’amour et de l’attention qu’ils auraient dû partager avec une fratrie. Pour cette raison, ils ont manqué de pratique dans tout ce qui touche à la communication, au partage, à l’entraide, à la tolérance. C’était comme si le monde n’appartenait qu’à eux. En même temps, quand je regarde leurs croyances, l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  18 avril 2018
Une lecture aussi captivante que bouleversante, apportant de nombreux témoignages directs, abondamment étayés sur la politique nataliste chinoise entre les années 1970 et 1990...
Je fais connaissance avec cette auteure-enseignante chinoise...
Un concours de circonstances, et de discussions croisées avec un couple de camarades chinois nous a fait
aborder différents aspects de la vie dans leur pays, dont cette politique de "L'enfant unique"...
J'ai ainsi appris que cette dernière avait été supprimée en 2016...Le jour-même, je tombe sur une publication
nouvellement parue , en poche sur le même sujet , "L'Enfant unique" de Xiran [ Picquier Poche, avril 2018]. Je l'ai aussitôt acquise, et débutée... Aussi passionnant que tragique , à maints égards !!...
Une écrivaine qui décrit avec moult détails et analyses très percutantes les conséquences souvent désastreuses de cette politique de l'"Enfant unique" ...et comment cette politique a influencé , influé l'économie, le traitement des grands-seniors, mais aussi les mentalités, la sphère très privée comme publique !
"Nous sommes différents des autres, nous n'avons ni frères ni soeurs à qui parler et avec qui partager nos parents ou l'espace familial. Nous sommes obligés d'assumer nos sentiments et notre perception de nos parents, et d'arriver à comprendre par nous-mêmes. Les autres peuvent-ils réellement appréhender la solitude et les difficultés des gens comme nous, qui vieilliront sans proches parents de notre génération (...) Au sein de notre famille, nous sommes à la fois le soleil et la lune, et on ne nous donne pas le temps ni l'espace pour grandir par
nous-mêmes..."(- Picquier Poche, avril 2018; p.85)
Cela me ramène à de très anciennes lectures, des témoignages difficiles sur le même sujet sur le sort des
petites filles en Chine, dont on avait hâte de se débarrasser, pour que puisse naître le "Fils", détenteur et
transmetteur du nom !!
Cet ouvrage va beaucoup plus loin et aborde tous les aspects [ ou moins , un très grand nombre], psychologiques, comme politiques et économiques...Analyse très fouillée de cette période du Communisme , terrifiante et écrasante, en sachant que Xiran, née dans un milieu dit "bourgeois" et intellectuel... en a souffert, elle-même, ses parents ayant été emprisonnés plusieurs années...
"Mon fils et les autres enfants uniques, élevés dans des familles sans frères ni soeurs pour diluer l'attention
de leurs parents, étaient douloureusement conscients de la surveillance permanente de leurs parents.
Le foyer est devenu une prison, avec les parents en guise de barreaux, les protégeant constamment et corrigeant leurs moindres faits et gestes. Les enfants uniques, beaucoup plus, semble-t-il, que les enfants appartenant à une fratrie, rêvent de quitter leur famille et d'échapper à la domination de leurs parents. (...) Un oiseau ne peut prendre son envol en emportant sa cage" !
(Picquier Poche, avril 2018; p. 136)
Lecture très, très précieuse pour comprendre l'évolution et les changements au Pays du Soleil Levant ...ces
20 dernières années... Ma curiosité est "titillée" au plus haut point... Je vais poursuivre la connaissance
de cette auteure et de son pays, avec "Chinoises", " Messages de mères inconnues", et son dernier ouvrage traduit qui vient d'être publié," Parlez-moi d'amour". Un style, de plus, agréable, fluide, très vivant...rempli de bienveillance et de clairvoyance...

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LePamplemousse
  29 mars 2016
Les livres de Xinran ont ceci de particulier que ce sont généralement des ouvrages dans lesquels les informations sont aussi passionnantes que révoltantes car elle se penche sur des sujets délicats. Après la condition des femmes en Chine (Chinoises) ou le sort des petites filles abandonnées ou tuées à la naissance (Messages de mères inconnues), elle s'intéresse ici au phénomène des enfants uniques en Chine.
Par le biais de son travail à la radio pendant une vingtaine d'années en Chine, mais aussi au sein de l'association qu'elle a ensuite créée en Angleterre, elle a rencontré des dizaines d'enfants nés pendant la politique de l'enfant unique. Au delà de l'aspect anecdotique de ces enfants dorlotés et chouchoutés par toute leur famille au point de ne pas savoir se débrouiller seuls une fois devenus adultes, elle montre les aspects sociaux, économiques et moraux de cette politique.
Dans une société où les jeunes sont censés pourvoir aux besoins de leurs ainés, les enfants uniques se retrouvent souvent dans l'incapacité financière d'aider leurs parents, eux-mêmes ayant du mal à s'en sortir seuls.
Ayant été poussés dès l'enfance à réussir par tous les moyens, ils n'ont bien souvent pas conscience des sacrifices de leurs parents, et pensent que tout leur est dû. Plusieurs faits divers terribles viennent mettre en évidence les problèmes psychologiques et moraux de certains enfants ayant grandi dans le culte de leur petite personne.
Certaines anecdotes font toutefois sourire tant ces jeunes gens semblent parfois inadaptés à la vie en société. Xinran ayant accueilli plusieurs étudiants chinois chez elle, elle s'est retrouvée à devoir apprendre à certains à suspendre leurs vêtements sur un cintre, à peler un fruit, à passer une commande dans un restaurant, à laver la vaisselle ou même à ouvrir leur propre valise !
Un livre qui se lit comme un roman, le style étant simple et les différents chapitres alternent entre faits d'actualité, réflexions plus profondes sur la société et son évolution et anecdotes aussi drôles qu'émouvantes.
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Ichirin-No-Hana
  03 août 2018
Comme elle a pu déjà le faire avec d'autres récits comme Chinoise ou Messages de mères inconnues, Xinran nous propose un recueil de témoignage sur la génération d'enfants uniques en Chine. Conséquence évidente de la politique de l'enfant unique mis en place de 1979 à 2015, la Chine a vu naitre une génération entière d'enfant roi.
Dans L'enfant unique, Xinran nous partage des témoignages d'enfant unique qu'elle a pu rencontrer tout le long de sa vie. Vivant depuis des années à Londres et créatrice d'une association aidant les chinois à s'intégrer à l'étranger, Xinran en a rencontré énormément. Principalement des enfants issus de familles aisées (un ou deux témoignages font exception), Xinran saura malgré tout nous proposer des témoignages intéressants et assez préoccupants. Ces enfants surprotégés par les parents qui ont une seule phobie : qu'il arrive quelque chose à leur seule progéniture font des adultes sans aucune indépendance et assez caractériel.
Le récit est intéressant mais j'avoue m'être un peu moins passionné qu'avec les deux autres récits de l'auteure que j'ai pu lire. Les témoignages sont finalement assez répétitifs et il m'a manqué un peu d'explications. J'ai également trouvé Xinran un peu moins objective et beaucoup trop mise en avant, dommage. Je ne regrette cependant pas ma lecture car le récit n'en pas reste pas moins enrichissant sur certains aspects.
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LesChasseusesDeLivres
  08 janvier 2020
Ce n'est pas un coup de coeur, je suis assez mitigée car je m'attendais à quelque chose de bien différent et surtout à un contenu bien moins subjectif. La politique de l'enfant unique en Chine a fait grand bruit dans le monde entier dès sa mise en place dans les années 1980. Néanmoins, ce qu'en a retenu le grand public ce sont toutes les conséquences néfastes inhérentes à cette politique. Les avortements de masse, la chute du nombre de filles et les nombreux abandons de ces dernières notamment. le titre initial du roman est le suivant Buy me the sky, le traducteur pour la version française a ingénieusement choisi L'enfant unique, on met en avant cette notion et par extrapolation tout ce qui pourrait s'y référer et c'est ce que je pensais trouver dans ce roman.
Contrairement à l'idée que je me faisais, Xinran décide de partir dans plusieurs directions. On découvre dans un premier temps les différentes raisons qui l'ont menée vers le thème de l'enfant unique. C'est ce que j'appellerai : la première étape vers la subjectivité. Son fils unique Panpan fait partie de cette génération d'enfants qui sont nés entre les années 1980 et 1990.Il lui semblait important de comprendre son fils et surtout de comprendre par quelles épreuves il était et/ou devrait passer. Je pense néanmoins que le cas de Panpan diffère quelque peu des autres dossiers qu'elle met en lumière. Son fils fait, sans aucun doute, partie de cette génération d'enfants uniques, cela dit, il a vécu en Chine jusqu'à l'âge de cinq ans, puis a suivi sa mère au Royaume-Uni où il a pu suivre une éducation « à l'occidentale ». de fait, les craintes – légitimes- qu'elle pourrait avoir le concernant gagneraient à être plus modérées.
Le besoin qu'éprouve une mère à soulager son enfant lors des étapes importantes de sa vie n'a pas été l'unique facteur qui a déclenché les recherches pour ce roman.
L'affaire Jiao Jiaxin qui s'est passée en 2011 et qui a divisé les chinois en deux camps est également un des vecteurs des interrogations de Xinran sur « l'enfant unique ». Jiao Jiaxin, étudiant en musique, a renversé une femme. Lorsqu'il s'est aperçu qu'elle mémorisait le numéro de sa plaque d'immatriculation, son réflexe fut de la poignarder à plusieurs reprises à mort. En s'enfuyant, il a également renversé deux autres personnes. Quelques jours plus tard, il s'est rendu aux autorités. Après son procès il a été jugé coupable et condamné à mort. Xinran explique que la dureté de la sanction a révolté une partie de l'opinion publique. Elle essaye donc de faire un parallèle entre le climat social dans lequel est né Jiao Jiaxin -c'est à dire la réforme de l'enfant unique- et la cruauté de ses actes.
Ce qui devient intéressant, c'est que l'auteure demande à chacun de ses interlocuteurs que nous retrouvons au fil des pages ce qu'ils pensent de cette dramatique affaire et si selon eux, le fait d'être un enfant unique a été un facteur décisif de ces crimes. À chaque fin de chapitre nous retrouvons une réponse différente à cette question.
Bien que l'auteure ne répond pas directement à la question qu'elle pose aux personnes qu'elle a rencontré, on arrive peu à peu à discerner son avis sur le sujet. Consciemment ou non, on remarque que Xinran n'a pas une opinion très tranchée au début du roman. Mais après plusieurs rencontres avec ces enfants uniques qui sont au moment de la narration de jeunes adultes, elle commence sporadiquement à nous montrer de quel côté de l'opinion elle se situe.
Nous avons donc un récit subjectif et même un peu trop à mon goût. Vous me direz : Judith, mais quelle véhémence ! L'auteure présente son travail de recherche comme n'importe quel autre tâche, telle une thèse ou un article qui se baserait avant tout sur des faits (ici, les différentes histoires des personnes qu'elle rencontre), des points historiques (très présents lors de la narration et également en index à la fin du roman). Il n'y a pas à dire, tout cela fonctionne bien et c'est assez complet pour qu'un lecteur non-chinois puisse s'y retrouver facilement. Néanmoins, je trouve que c'est ce martèlement constant de ses opinions qui décrédibilise un peu tout son travail de recherche de plusieurs années.
Parlons à présent du contenu et de la structure du roman... Comme souvent avec cette auteure, lorsqu'il s'agit de témoignages elle consacre un chapitre par témoignage. Elle commence généralement par introduire les événements qui l'ont poussée à faire la rencontre du témoin, puis, elle passe au témoignage. Cela peut paraître redondant mais c'est comme ça que Xinran travaille et cela fonctionne. Après chaque chapitre, nous ressortons toujours un peu plus lettrés et cultivés. La plume de l'auteure est toujours aussi fluide et agréable à lire. Les témoignages qu'elle a choisi de partager sont poignants. Au cours de notre lecture, on commence à comprendre ces jeunes gens qui ont eu une enfance (dans une cage dorée ou non) loin du tumulte des fratries, dans un espace aseptisé et ultra sécuritaire. D'ailleurs, ce qui ressort assez souvent de cette enfance un peu trop choyée, c'est le manque de liberté. Lors de leur arrivée dans d'autres pays après avoir passé leurs diplômes universitaires, on observe que certains ont grande hâte de prendre leur envol et de se détacher de leur famille. D'autres en revanche, découvrent seulement la vie telle qu'elle est vraiment et éprouvent de réelles difficultés à vivre en-dehors du cocon familiale.
Pendant notre lecture, on passe par tout un tas de vives émotions. le plus souvent c'est l'ébahissement le plus complet. Pour nous, occidentaux (enfants uniques ou non), il est compliqué de lire l'histoire d'un jeune chinois de 23 ans qui ne sait pas pendre sa veste sur un cintre ou encore couper des légumes en dés. Cela peut paraître drôle au début mais on se rend compte que ce n'est pas de la mauvaise volonté. L'éducation qu'ils ont reçu en est la cause pour la plupart d'entre-eux.
Xinran nous parle des enfants uniques mais également de leurs parents. J'ai trouvé ça assez intéressant de mettre l'histoire de ces jeunes en parallèle avec celle de leurs parents. En ayant le point de vue de leurs parents, nos frustrations en tant que lecteur étranger à la culture chinoise disparaissent peu à peu. Quelque soit l'éducation apportée à ces enfants, ce qui revient constamment c'est l'amour. L'amour qu'ils portent à leur unique progéniture et qui est très rarement rendu de la manière dont ils l'auraient souhaité.
Pour finir, Xinran évoque énormément l'association qu'elle a crée en 2004 : The Mother's Bridge of Love (MBL). Cette association a pour but de faciliter l'adoption d'enfants chinois et de promouvoir la culture chinoise. C'est un mouvement qui a le mérite d'exister, mais le martèlement constant du nom de ce dernier au cours de notre lecture nous gâche quelque peu notre enthousiasme.
Je ne regrette pas cette lecture qui m'a grandement apportée en termes de connaissances, de culture et d'Histoire. La plume de Xinran est toujours très sure et c'est avec intérêt que l'on peut suivre l'évolution de la Chine au fil de son oeuvre. Cela étant, ce n'est pas mon roman préféré de Xinran. Ma prochaine lecture du même auteure sera Parlez-moi d'amour, je vous en parle très prochainement !
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VALENTYNE
  26 novembre 2019
Xinran est née à Pékin en 1958.
A l'époque où elle écrit ce livre (parution en 2016), elle habite à Londres depuis de nombreuses années. Ce livre témoigne de ce qu'elle sait vis à vis de la politique de l'enfant unique en Chine. de 1979 à 1984 naissent en Chine des millions d'enfants uniques : la loi interdit d'avoir plusieurs enfants (avec un peu plus de souplesse à la campagne).
Quel est l'impact pour un enfant d'être un enfant roi sur lequel repose tous les espoirs d'une famille ? de n'avoir eu que très peu de contacts en dehors de père-mère et grand-parents ? Quelle est la réaction d'une famille qui perd son enfant unique (un enfant est aussi une assurance pour ses vieux jours car il n'y a pas de système de retraite) ?
Dans chaque partie Xinran analyse le cas d'un jeune adulte qu'elle rencontre soit à Londres, en Chine, en Nouvelle-Zélande ...
Le premier est un garçon qui vient étudier à Londres à 20 ans : il a toujours été pris en charge par sa famille et ne sait pas vivre par lui même, ni se faire à manger ni ranger sa valise.
Aile travaille comme bénévole dans une association d'aide aux mères ayant adopté des enfants chinois avec Xinran (presque toujours des petites filles). Elle ne parle plus à ses parents.
Hirondelle déteste sa mère qui l'a élevée pendant 23 ans "comme un petit chien". Lis, elle, a été élevée de façon très traditionnelle et n'a pas d'ami «homme» tellement, le sexe est tabou dans sa famille, l'amitié homme-femme est un inenvisageable .
Xinran a elle même un fils (unique donc) par choix et non du fait d'une contrainte officielle. Elle vit à l'étranger, et rentre deux fois par an en Chine pour de courts séjours .
L'auteure intercale l'avis des enfants avec celle de leurs parents (surtout des mères ) qui se sont « sacrifiées » et qui n'ont pas la reconnaissance attendue ... famille je vous haime ...
Ces témoignages sont intéressants et variés et apportent une lumière sur les traditions chinoises (ainsi que la rapidité avec laquelle évolue la Chine).
Quant à savoir si ces témoignages sont représentatifs de ces générations d'enfants uniques chinois c'est dur à dire : beaucoup de ces enfants ont des parents citadins et aisés (à part Bois de Feu qui est obligé « d'emprunter » de l'argent à sa famille pour partir en Europe ...)
Vers la fin du livre, Xinran explique la « non représentativité » de ces témoignages : 70% des chinois sont des paysans qui ne font pas d'études supérieures, occupés plus qu'à plein temps a assurer leur survie. Elle a bien conscience que ces témoignages ne sont qu'une facette de l'enfant unique
En tout cas ces témoignages sont émouvants et montrent bien la complexité des relations familiales : un des éléments que j'ai ressenti plusieurs fois est que ces parents avaient eu un enfant pour leurs vieux jours et qu'ils s'étonnaient ensuite de les voir vivre pour eux. On élève des enfants comme des individus très isolés et ensuite on s'étonne que ceux ci deviennent individualistes...
Pour ma part l'époque actuelle est celle de l'individualisme (dans le cas de la Chine ce passage se fait sur une génération alors qu'en Occident le passage s'est fait sur une centaine d'années...)
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   17 avril 2018
Mon fils et les autres enfants uniques, élevés dans des familles sans frères ni soeurs pour diluer l'attention de leurs parents, étaient douloureusement conscients de la surveillance permanente de leurs parents. Le foyer est devenu une prison, avec les parents en guise de barreaux, les protégeant constamment et corrigeant leurs moindres faits et gestes. Les enfants uniques, beaucoup plus, semble-t-il, que les enfants appartenant à une fratrie, rêvent de quitter leur famille et d'échapper à la domination de leurs parents. (...) Un oiseau ne peut prendre son envol en emportant sa cage !
(Picquier Poche, avril 2018; p. 136)
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VALENTYNEVALENTYNE   24 octobre 2019
– Je m’appelle Guihua, un vrai nom de plouc, n’est-ce pas ? dit-elle d’un ton chargé d’autodérision.
– Pourquoi pensez-vous cela ? En fait, la connaissance de la nature dans l’ancienne culture chinoise est beaucoup plus vaste et plus riche que dans la culture occidentale. Dans l’art classique chinois, les montagnes, les rivières, les ruisseaux, le chant des oiseaux et le parfum des fleurs sont partout présents. Les noms des rues et des villages, nos noms mêmes, sont principalement liés aux montagnes, aux rivières, aux fleurs et aux fruits. Les noms nous rappellent une saison ou un paysage. Tout comme le vôtre, qui signifie Fleur D’Osmanthe. Non seulement il indique vous êtes née en automne, mais il me dit aussi que vous venez dans l’endroit qui embaume l'osmanthe. Ou du moins que vos parents aimaient ce parfum et c’est pour cela qu’ils ont appelé leur fille Guihua, n’est-ce pas ? Ce n’est pas plouc, c’est très joli. Cela nous fait prendre conscience de la beauté de la nature.
Le visage de Guihua s’ouvrit, perdit peu à peu son expression défensive et d’autodévalorisation.
– Quelle est votre question ? demandai-je. Elle esquissa un faible sourire et prit une profonde inspiration.
– Xinran, quand vous avez parlé de la détresse des femmes chinoises, il y a une question que vous n’avez pas évoquée. Je voulais vous demander ce que vous savez du phénomène de l’infanticide ?
L’infanticide ? ai-je songé. Je n’étais pas sûre d’avoir correctement compris son anglais.
Sans attendre ma réponse, Guihua se hâta de continuer.
– S’il vous plaît, ne me dites pas que vous n’êtes pas au courant. Je viens de la campagne, mes parents ont obligé mon frère aîné à noyer deux de mes nièces. Ils voulaient absolument avoir un petit-fils. Si vous aviez vu l’amertume sur le visage de ma belle-sœur, vous comprendriez quel malheur c’est d’être une femme, et tout ça pour rien. C’est juste que, enfin, elle, c’était ses filles, et on l’a forcé à…
Sa voix s’étouffa dans les sanglots.
Tous les étudiants étaient comme pétrifiés par sa question. L’amphithéâtre tout entier retint son souffle. Manifestement, ils n’avaient jamais entendu parler d’une telle détresse chez les Chinoises. Les étudiants me fixaient d’un regard anxieux, attendant ma réponse.
– Oui, Guihua. Ce que vous décrivez est exact. Vous avez été témoin de ce phénomène culturel qu’est l’ignorance dans les campagnes. Quand j’ai commencé à travailler comme journaliste en 1989, j’ai moi aussi, assisté à plusieurs de ses « noyades de nouveau-nés». Beaucoup de gens dans les campagnes reculées considéraient que noyer les bébés filles était une tâche comme une autre qui incombait aux femmes et faisait partie des aptitudes ménagères. Même après plus de vingt ans de réforme et d’ouverture, alors qu’une partie de la Chine va de l’avant, une autre progresse à une allure d’escargot et n’a pas encore, dans certains endroits, franchi certaines étapes clés de l’histoire. J’ai beaucoup parlé dans le passé des bébés filles qu’on abandonne parce qu’on leur accorde pas autant de valeur qu’aux garçons. Cependant, je ne me sens pas assez forte pour aborder cette question. Ce n’est pas que j’ai peur que les Chinois ne le croient pas ; Ils y viendront, car c’est une réalité. C’est simplement que je crains en toute franchise de m’ouvrir à des souvenirs aussi effrayants et pénibles. L’impact de ces histoires s’estompe avec le temps, mais la douleur d’une expérience réelle peut vous réveiller au milieu de la nuit, ai-je pas raison ? Je suppose que votre frère est né à l’ère de l’enfant unique ?
La jeune fille hocha la tête avec véhémence.
– Je suis sûre que pour vos parents, repris-je, leur fils était la seule nouvelle pousse de la famille. S’il n’avait pas de fils,Il n’y aurait personne pour brûler l’encens pour eux après leur mort, et la lignée familiale s’éteindrait, n’est-ce pas ? Vous est-il jamais venu à l’esprit que c’est uniquement parce que vos parents avaient eu votre frère que vous avez survécu ? Autrement…
Elle s’était remise à pleurer.
– Je sais, dit-elle j’ai eu deux sœurs aînées qui n’ont pas eu la chance de vivre parce qu’elles étaient venues avant mon frère. Ma mère pleure quand elle parle d’elles, mais pourquoi a-t-elle obligé ma belle-sœur à suivre le même chemin ? Pourquoi s’est-elle infligé de nouveaux une telle douleur indélébile ? (Page 321-323)
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Ichirin-No-HanaIchirin-No-Hana   29 juin 2018
Leur frêle enfant s'était métamorphosé en un grand et solide gaillard, avec un dos large comme celui d'un tigre et un ventre d'ours !
- Xinran, me demanda sa mère, je me suis creusé la tête , j'ai tout essayé, mais rien de ce que j'ai pu lui préparer n'a jamais éveillé l'appétit de Du Zhuang. Comment diable t'y es-tu prise pour le faire manger comme ça ?
- Je l'ai laissé mourir de faim, répondis-je.
- Comment est-ce possible ?
Sa mère refusa tout net de le croire.
En réalité, les parents qui se plient à tous les caprices de leurs enfants ne font qu'étouffer l'intérêt de leur progéniture pour la vie et la nourriture.
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fanfanouche24fanfanouche24   17 avril 2018
Nous sommes différents des autres, nous n'avons ni frères ni soeurs à qui parler et avec qui partager nos parents ou l'espace familial. Nous sommes obligés d'assumer nos sentiments et notre perception de nos parents, et d'arriver à comprendre par nous-mêmes. Les autres peuvent-ils réellement appréhender la solitude et les difficultés des gens comme nous, qui vieilliront sans proches parents de notre génération (...) Au sein de notre famille, nous sommes à la fois le soleil et la lune, et on ne nous donne pas le temps ni l'espace pour grandir par nous-mêmes...(- Picquier Poche, avril 2018; p.85)
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LauraDranrebLauraDranreb   30 janvier 2016
Zonghui me dit que le jour où il était parti pour aller étudier à l'étranger, sa mère n'avait pu l'accompagner que jusqu'à la sortie du village, car elle n'avait pas d'argent pour se payer un billet d'autocar interurbain. Il n'oublierait jamais les quelques mots qu'elle avait prononcés au moment où ils s'étaient séparés, mots qui le touchèrent droit au cœur : "Mon enfant, tâche de bien étudier et de vivre bien ! Il y a tellement d'enfants qui n'ont même jamais touché un livre. Quand tu seras dans l'avion, n'ouvre pas la fenêtre, ne te laisse pas emporter par le vent !"
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