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ISBN : 2226402500
Éditeur : Albin Michel (29/08/2018)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 25 notes)
Résumé :
Après avoir passé sa vie à explorer celle des autres, Irvin Yalom, le psychiatre américain auteur de Et Nietszche a pleuré et Le problème Spinoza (prix des lecteurs du Livre de Poche), se penche sur son propre parcours. Son récit s'ouvre sur un l'évocation d'un rêve : âgé d'une dizaine d'années, il passe à vélo devant la maison d'une fille qu'il trouve séduisante malgré son acné, et lui adresse un tonitruant « salut Rougeole ! ». Le père de celle-ci, l'obligeant à s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
Krout
  04 août 2018
Comme un p'tit coquelicot ...

Ç'aurait pu, mais ce n'est pas pour sa jolie couverture où se cache comme une perle le nombre d'or ... Au nom d'Irvin Yalom, j'ai levé la main pour cette autobiographie, d'avoir été ébloui par cette fine intelligence lors de la lecture de deux de ses romans, merci Babelio, merci Albin Michel. Pour trois raisons précises, je me défie des autobiographies, cependant trop curieux de vérifier certaines intuitions et d'approcher un psychiatre ? psychanalyste ? psychothérapeute ? que je devinais hors norme, j'optai de sortir de ma zone de confort.

Par le problème Spinosa, j'avais identifié que son auteur aussi était un esprit libre qui ne devait pas se laisser ligoter par des dogmes, religieux ou non. Et bien évidemment dans Et Nietzsche a pleuré, comment ne pas ressentir une bonne part autobiographique enfouie dans le Dr Breuer dont une remarquable finesse intuitive, une empathie vraie, une profonde réflexion, une curiosité en éveil, une approche d'une grande créativité ? D'où fine intelligence et mon intérêt. Pour décrire une masse de connaissances, qui à vrai dire ne m'émeut guère, j'aurais utilisé le terme grande érudition; les deux termes n'étant pas nécessairement mutuellement exclusifs, mais je privilégie le premier.

Les dates, les lieux et moins encore les honneurs n'ont pour moi un véritable intérêt. Je cherche une rencontre plus profonde et plus personnelle, il me faut donc creuser dans ce récit un peu trop lisse à mon goût particulier. Alors imaginons : assis dans un profond fauteuil anglais à l'allure respectable, au cuir élimé, je viens de terminer le cérémonial d'allumer un havane que je tiens dans la main droite, pendant que machinalement je me caresse la barbe de la main gauche tout en laissant mes pensées suivre les volutes de la fumée que je viens d'exhaler. Hum ... Intéressant, très intéressant ce Dr Yalom. Et ce rêve ... Je me demande, son analyse ... Hum ... Oui, oui, oui. Cette autre interprétation me semble plus pertinente encore.

Bien sûr la mère. Bien sûr la mort, cette fidèle compagne, et l'approche de sa rencontre, seul à seul, inévitablement. Mais pourquoi l'angoisse ? Evidemment ! La méthode de construction par addition semble bien conduire à une impasse comme le suggère Milan Kundera dans l'immortalité. L'on trouve des choses plus légères, plus surprenantes et néanmoins éclairantes sur cette riche personnalité comme la passion pour le jeu (échecs, poker) et le courage face à l'inconnu cf. expérimentation LSD, marijuana, ecstasy, opium et cette retraite Vispana en Inde. Curieux de tout et novateur, comme je l'avais déjà cerné. Au point d'intégrer la sagesse philosophique dans la thérapie, pas étonnant qu'on lui doive la psychothérapie existentielle et de le voir parmi les pionniers de la thérapie de groupe.

Ce testament littéraire est un acte de transmission supplémentaire, bon nombre de ses écrits étaient déjà en premier chef destinés à l'édification de ses étudiants et de ses pairs tout en trouvant audience auprès d'un large public. Osez le pari de l'expérimentation et le courage du partage de vos manquements, nous confie-t-il. Facile d'accès pour tout public, les psys dans leur diversité devraient pouvoir y puiser une source d'inspiration. Celle-ci m'étant venue lors d'une promenade à la vue d'un coquelicot, je me dois de partager.

Donc me voilà au milieu des champs me remémorant une très sérieuse émission d'Arte sur les mathématiques dissertant de leur invention ou de leur découverte. Car les mathématiques sont présentes dans la nature et notamment la suite de Fibonacci (1, 2, 3, 5, 8, 13, 21 ...) conséquemment le nombre d'or. L'on y avait présenté un nombre important de variétés de fleurs dont le nombre de pétales appartenaient à la célèbre suite. C'est pourquoi probablement je me penchai pour compter les pétales d'un coquelicot : Problème 4 ! Pas 3, pas 5 ! Pas possible, ce coquelicot devait sortir de la norme. Je me précipitai sur un autre pareil, un autre idem, idem encore et encore. Quel contre-exemple ! Et je continuai ma promenade, tout sourire, me questionnant sur la valeur de l'argumentation de cette émission. Soudain une pensée divergente m'assaillit : qu'aurait fait un psy ?

Pour peu que j'en ai entendu discuter entre eux (sur d'autres sujets) leur réaction en majorité : "comme ces coquelicots doivent souffrir, d'ailleurs ils sont tout rouge. Une population en souffrance ! Nous devons intervenir. Comment appeler cette pathologie ? Il faut bien la nommer, pour ensuite la décrire et voir la pertinence d'un traitement par anxiolytiques bio^^ car impossible de communiquer. Ainsi naquit l'aFibonaccite aiguë." En un instant, ce rouge, de toujours de la passion et du plaisir, devint celui de la honte. Mais laissez-moi vous dire que le Dr Yalom aurait agit tout autrement. S'interrogeant sur cette singularité, sa curiosité l'aurait amené à penser aux trèfles à 4 feuilles ô combien appréciés. Seulement s'il l'avait jugé vraiment utile, il aurait, au besoin bravant l'avis de ses confrères et des jardiniers, réuni dans un parterre une renoncule, une marguerite, une pensée, un myosotis, un trèfle à 4 feuille et bien sûr un p'tit coquelicot, leur expliquant que tout ce qui serait échangé dans le groupe devrait y rester, pour une expérience thérapeutique jamais encore tentée à ma connaissance .

Car les coquelicots représentent tellement, dans leur singularité et leur apparente fragilité. Alors, merci Dr Yalom.
Lien You Tube vers la chanson de Mouloudji
https://www.youtube.com/watch?v=7y-AD4a4l0g
En librairie à partir du 3 septembre 2018
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MarcelineBodier
  12 août 2018
Irvin Yalom est un thérapeute à l'origine d'un type de psychothérapie qui postule que les raisons qu'a chaque patient de consulter dissimulent toujours un besoin existentiel : exprimer sa peur de la mort et apprendre à faire avec. Irvin Yalom les aide avec ce postulat en tête : la peur de la mort qui nous tétanise est aussi ce qui rend possible l'amour de la vie.
Cela soulève une question. Quand le calendrier se resserre, quand on ne sait pas si la mort viendra dans un jour ou dans dix ans, mais qu'on sait que les deux sont devenus probables, alors profiter de la vie, c'est de moins en moins « entreprendre », et de plus en plus « contempler ». Mais quand on a passé sa vie à entreprendre, comment s'effectue la transition ? Comment vient la sérénité ?
C'est certainement une réponse à ce questionnement que j'attendais en entamant l'autobiographie d'Irvin Yalom, puisque c'est à 85 ans qu'il l'a écrite. Mais la réponse n'arrive pas ; j'ai ressenti au contraire une forte ambivalence. D'un côté, il montre comment il continue d'avoir envie de connaître la suite, de bâtir des projets. Il annonce qu'il réécrira deux chapitres de son manuel sur la thérapie de groupe s'il y a une nouvelle édition. Il émaille son livre d'anecdotes où il s'émerveille de se découvrir toujours en devenir : il continue à comprendre des choses sur lui-même. Bref, il n'est pas arrivé à un moment de pure contemplation et de pure jouissance du présent. Pourtant, d'un autre côté, il n'élude pas le fait que son futur et donc sa capacité à accepter de nouveaux projets se rétrécissent : il annonce que ce livre sera son dernier et qu'il met un point final à ce qui a été un des fils conducteurs de sa vie, écrire. Il voit toujours des patients, mais uniquement pour des thérapies courtes. Son monde change, sa soeur est décédée pendant qu'il écrivait le livre, ses amis proches ne sont plus tous là. Il parle de son sentiment de déclin, de ses pertes de mémoire dans la vie quotidienne. Il y a donc une ambivalence, à laquelle je ne m'attendais pas de la part de cet auteur.
Alors entre projets, contemplation et renoncement, comment va-t-il vieillir maintenant, comment va-t-il continuer ? Son autobiographie laisse la question ouverte. Pour ma part, j'ai noté qu'il mentionne incidemment la « tranquillité » et le « bonheur » apparus depuis la soixantaine : je me plais donc à penser qu'il fera comme Agatha Christie, qui, dans sa propre autobiographie, relit sa vie, exprime le sentiment d'avoir pleinement accompli son destin, d'être allée au bout de ses envies et affirme que cette vie l'a comblée, si bien qu'elle peut dorénavant recevoir chaque jour supplémentaire comme un cadeau.
Mais au lieu de considérer ce livre comme une oeuvre ambivalente, peut-être faut-il tout simplement le considérer non pas comme un opus d'Irvin Yalom le théoricien, mais d'Irvin Yalom le clinicien, fin observateur de lui-même, qui nous livre matière à penser sur ce qu'est la mémoire.
On a l'habitude de concevoir le vieillissement, qu'il soit pathologique ou pas, comme un processus où les souvenirs récents s'effacent, tandis que les souvenirs lointains, ceux de l'enfance, résistent et restent précis. de fait, je le redis, Irvin Yalom décrit de petits oublis qui l'agacent au quotidien. Et à l'inverse, il revient longuement sur son enfance. Mais il le fait en décortiquant le processus qui, selon lui, caractérise la mémoire : ce n'est pas un stockage informatique, mais un processus de reconstruction. Ainsi, à plusieurs reprises, il confronte ses propres souvenirs à ceux qui lui sont livrés par des amis qu'il retrouve sur le tard et qui le démentent sur certains points précis, et à des courriers qu'il retrouve et qui lui prouvent que ce dont il se rappelait était faux.
C'est troublant. Pourtant, il nous fait comprendre qu'il ne s'agit pas d'imperfections du cerveau ou de manifestations de déclin, mais du principe même du fonctionnement de ce que nous appelons notre identité : ce qui fait la mémoire, c'est ce que nous avons ressenti au fur et à mesure des événements, le sens que nous leur avons donné, le fil dans lequel ils ont été pris, l'histoire que nous nous racontons en disant « je ». Ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui constituent notre mémoire et notre identité. N'avez-vous jamais fait l'expérience suivante : relire votre journal intime plusieurs années plus tard, et être surpris d'y découvrir votre propre relation d'événements dont vous auriez juré qu'ils n'avaient jamais eu lieu ? La mémoire, l'identité, dit Yalom en substance, c'est cela : non pas le stockage des faits, mais le décalage avec les faits.
Alors, plus encore qu'une autobiographie, je dirais que Comment je suis devenu moi-même est un témoignage, un matériau clinique, une mine de sujets de réflexion. Nous ne savons pas comment Irvin Yalom souhaite continuer et, le moment venu, terminer sa vie ; mais nous savons qu'il veut témoigner, transmettre, donner, inciter à continuer sa réflexion. Il appelle d'ailleurs cela « l'effet d'entraînement » : générer une influence sur les autres, qui durera après soi. de fait, son livre est un pont entre les hommes et les générations. Une nouvelle fois, merci, monsieur Yalom.
Et merci à Babelio et aux éditions Albin Michel, qui m'ont donné l'occasion de lire ce livre avant sa sortie dans le cadre d'une « Masse critique » privilégiée.
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Roggy
  06 août 2018
Je remercie les éditions Albin Michel pour l'envoi de ce bel ouvrage.
Ayant adoré certains livres de Irvin Yalom, je voulais mieux connaître celui qui se cache derrière une telle virtuosité.
Pétri d'informations intéressantes, ce témoignage évoque le temps qui passe et les souvenirs qui affleurent de nos vies lorsqu'on prend conscience de notre finitude. Irvin Yalom exhume ses mémoires lointaines, enfouies et met à nu certains passages de sa vie, ses doutes, ses blessures, ses fêlures. Dans une auto-analyse sensible il écrit ses mémoires passant en revue le cheminement qui lui a fait devenir celui qu'il est aujourd'hui.
L'obsession et le fantasme sont le terreau de l'écriture et doivent façonner une langue, une voix singulière. La voix de Irvin Yalom a été modelée par des années consacrées à aider les gens, à les comprendre et à leur apporter un peu de réconfort. Acharné du travail, il a apporté sa contribution dans le développement des psychothérapies, notamment les thérapies de groupe. Son intérêt par la philosophie va inspirer fortement certaines thématiques de ses livres le poussant à imaginer des scénarios fictifs où il exploite les bases de la psychanalyse.
Avec modestie et sans prétention, cette autobiographie/témoignage sensible, remplie de références et illustrée de quelques belles photos nous aide à prendre conscience de la nature éphémère de la vie, elle agrandit le coeur et me fait redoubler d'admiration pour ce grand écrivain d'une grande érudition.
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Louis_LUCAS
  06 août 2018
« Comment je suis devenu moi-même ». Nul besoin de lire la quatrième de couverture, le titre est on ne peut plus évocateur. « Comment, je suis devenu moi-même », vaste programme que cette question existentielle à laquelle nous serons tous confrontés un jour ou l'autre. À 85 ans, Irvin D. Yalom a vécu bien plus qu'une vie. Si on le connaît depuis une dizaine d'années en tant que romancier, l'homme est avant tout psychothérapeute. L'écriture de romans est venue après, bien plus tard et pour ceux qui si s'interrogent sur les raisons qui l'ont poussé à se tourner vers la fiction, on y trouve nombre de réponses dans « Comment je suis devenu moi-même » de même que quelques anecdotes passionnantes.
Il a les allures d'une biographie, la construction d'une biographie, s'appuie sur des événements concrets, des souvenirs, comme dans une biographie, mais ce livre est bien plus que cela. Ce livre, c'est autant un bilan de vie qu'un rempart à la mort, une nécessité, celle d'essayer en vain de répondre à une question dont on sait pertinemment que l'on ne peut, scientifiquement, obtenir la réponse : que restera-t-il de mon passage sur Terre une fois que je ne serai plus là ? À 85 ans, Irvin Yalom a les craintes et les interrogations des hommes de son âge mais, contrairement à la plupart d'entre eux, il sait comment les formuler, les coucher sur le papier. La peur de la démence, la peur de cette grande inconnue qu'est la mort accompagnent sa vie, mais par intermittence seulement. L'écrivain a, heureusement, peu de regrets et, quand on contemple, en sa compagnie, ce qu'a été sa vie, le cheminement de sa pensée, on ne peut qu'abonder dans son sens.
L'homme a vécu bien plus qu'une vie. Psychothérapeute reconnu dans sa profession – il exerce encore aujourd'hui -, conférencier, écrivain à succès depuis une dizaine d'années, père, grand-père, époux, ami, autant de rôles à tenir, autant de rôles à alterner, autant de rôles sources de droits et de devoirs, autant d'expériences humaines, émotionnelles, professionnelles qui ont fomenté cette pensée unique qu'est la sienne. De son éveil à l'empathie, alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années à ses 85 ans dont il nous dresse une sorte de bilan – avec à la clef une information capitale pour ses lecteurs fidèles -, toute sa vie est passée en revue sous le couvert de cette thématique ô combien philosophique. En compagnie d'Irvin Yalom, nous partageons donc ses succès, ses échecs, ses joies, ses peines, mais en spectateur privilégié, il nous invite également à revivre l'évolution de la psychothérapie durant près d'un demi-siècle. Rassurez-vous, sans être un spécialiste de Jung ou de Freud, les nombreuses pages qu'il consacre à sa profession sont seulement passionnantes. Parmi les sujets récurrents abordés : le lien entre le patient et le thérapeute, les différentes approches et méthodes, mais également son apport personnel à la profession qu'il aborde avec sérénité sans auto-satisfaction ni fausse-modestie. À 85 ans, il a suffisamment de recul pour comprendre le rôle qu'il a joué mais également le rôle qu'ont joué différents « mentors » dans l'élaboration de sa pensée.
Parmi ses mentors, ses principaux soutiens figure en tête de liste sa femme Marilyn. Auteure également, celle-ci est omniprésente dans le récit et, s'il évoque quelques coups de coeur, quelques coups de foudre impulsifs, quelques problèmes de couple, on sent à chaque étape de sa vie combien la présence de sa femme a été déterminante sur sa carrière, sur son succès ainsi que sur ses choix de vie. Si les enfants quittent le nid, que sa pensée fluctue, que la philosophie bouscule son approche de la psychothérapie, qu'il change de profession, de service ou de pays, Marilyn demeure le point d'ancrage, l'oxygène dont il a besoin. Elle traverse le récit comme un guide, une présence rassurante, une étoile polaire vers laquelle il sait qu'il peut lever les yeux lorsqu'il peine à avancer. Tout au long du récit, Irvin Yalom dresse un portrait plus qu'élogieux de son épouse, mais, en filigrane, on sent que cet éloge dépasse le simple cadre marital. A plusieurs reprises, il évoque la féminité, les causes féministes et regrette de ne pas avoir fait plus, d'avoir cédé aux idées de son temps notamment lorsqu'il évoque la carrière de son épouse qui se voit refuser un poste à Stanford parce qu'il y est lui-même enseignant. Sa réaction ou son absence de réaction semble encore le travailler aujourd'hui.
Si Marilyn tient le haut du pavé – de la pensée ? - Irvin Yalom est un homme très entouré, qui a construit seul sa pensée, mais qui a passé l'ensemble de sa vie à rechercher des mentors. Lorsqu'il évoque ses proches, ses amis, souvent plus âgés que lui, transparaît ce besoin d'être guidé, ce besoin d'être nourri, d'être amené vers des ailleurs qu'il juge inaccessibles, un paradoxal sentiment d'infériorité au regard de son parcours même s'il apporte plusieurs réponses à cette question lorsqu'il évoque ses souvenirs d'enfance.
Plus on avance dans le récit, plus on se rend compte que « Comment je suis devenu moi-même » n'est ni plus ni moins qu'une psychothérapie et, qu'en quelque sorte, le lecteur joue le rôle du thérapeute. Comment ne pas apprécier cette position ? Comment ne pas apprécier de recevoir ces confidences, d'autant plus qu'en y réfléchissant bien, toutes ces phrases, tous ces mots interpellent, car on finit inévitablement par faire des parallèles avec sa propre vie même si elle est forcément différente de la sienne. J'ai mis beaucoup de temps à lire ce roman, plus que d'habitude, mais ce n'était pas à cause de la plume de l'auteur, ni du contenu ou d'éventuelles longueurs, mais parce qu'immanquablement, toutes les trois ou quatre pages, une réflexion, une conclusion, un ressenti résonnait en moi si fort qu'il me poussait à m'interroger à mon tour sur cet aspect de ma vie. Et c'est peut-être de là vient que vient la force de ce récit. Je ne suis pas Irvin D. Yalom, Irvin D. Yalom n'est pas moi, mais quelque part, une fois le vernis ôté, toutes les vies ne se ressemblent-elles pas ?
Je terminerai ce billet en remerciant les éditions Albin Michel ainsi que Babelio pour m'avoir permis de lire en avant-première le dernier (?) Irvin Yalom, un auteur que j'ai découvert en 2014 alors que j'étais juré du Prix des Lecteurs Livre de Poche. Inutile de vous dire que lorsque l'écrivain évoque brièvement ce prix, je me suis senti fier – malgré la minceur de mon rôle dans cette affaire - d'avoir contribué à cette distinction.
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colimasson
  13 août 2018
Devenir soi-même, c'est toujours un peu con, si on le savait on irait droit dessus. Nonobstant, certains bouquins de développement personnel se mettent en tête l'idée de nous faire advenir à nous-mêmes à l'aide de petits trucs et de petites astuces qui permettent également, et assez insidieusement, d'augmenter notre aptitude à entrer dans le rang d'oignons sans faire pleurer les éplucheurs de légumes. La méthode de Yalom est un peu différente : devenir soi-même, c'est vieillir, tout simplement. Appréciez la subtilité de l'idée : chaque instant qui passe, au lieu de vous rapprocher de la mort, vous rapproche de l'essence même de votre être. Bravo à vous, bravo à nous, nous devenons plus authentiques à chaque seconde, même nos égarements finiront par le confirmer.

Le parcours n'est pas aisé pour autant, tout le monde le sait. Les premiers chapitres du livre sont laborieux voire rebutants. Ils présentent le schéma rigide suivant : évocation de la situation d'un patient sur un paragraphe, création d'un lien entre cette situation et celle de l'enfant Irvin, narration du souvenir, brève échappée non détruite par le temps sur le court filament chronologique d'une vie d'enfant. L'évocation du cas clinique semble n'être qu'un prétexte vite écorché, le souvenir peine à remonter à la surface, le vieil Irvin semblant avoir tout oublié du jeune Irvin un peu angoissé qu'il dit avoir été, sans doute parce que le reste de sa vie fut un triomphe relatif, sans doute aussi parce que la colère qu'il dit avoir ressenti dans sa jeunesse semble avoir désormais laissé place à la compréhension et au pardon.

Ce n'est qu'à partir de la page 100 que la biographie devient plus fluide et plus captivante lorsque Irvin, enfin marié et sûr de sa voie professionnelle, nous raconte les petits et grands événements sa vie de couple et de famille, ses découvertes psychothérapeutiques et ses relations professionnelles avec des personnes plus ou moins connues du lecteur. Même s'il se montre parfois un peu agaçant à vouloir nous faire comprendre à quel point sa vie a été merveilleuse, pleine d'amour, d'enfants, d'amis riches et célèbres, de best-sellers et de maisons à Hawaï, il reste aussi attendrissant et il n'hésite pas à mettre à l'oeuvre dans son bouquin ce qu'il a toujours préconisé en tant que psychothérapeute : pour briser la cuirasse de méfiance de son patient, il faut savoir prendre des risques soi-même et ne pas hésiter à révéler sa vulnérabilité la plus profonde. Si la méthode a fait ses preuves en psychothérapie, elle fonctionne aussi en littérature, permettant de surmonter les moments d'ennui et d'agacement et procurant un plaisir de lecture simple sans être non plus transcendant.
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critiques presse (1)
Liberation   30 août 2018
Il y a bien sûr des côtés agaçants dans cette autocélébration permanente de lui-même et de sa famille (très américain), mais son humour le rend réellement sympathique ; en même temps que sa capacité d’autodérision, sur son vieillissement, la retraite, et la proximité de la mort.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
JacopoJacopo   05 décembre 2018
Docteur Yalom : Tu as vraiment ce genre de pensées à ton âge ?
Irvin : Je les ai depuis aussi loin que je peu me souvenir. Je les garde pour moi. Mais pour être honnête avec vous, je crois que les religions et les notions de vie après la mort sont les escroqueries les plus vieilles du monde. Elles n'ont qu'un but : procurer une vie confortable aux chefs religieux et atténuer notre peur de la mort. Mais à quel prix ! Ça nous infantilise, ça nous empêche d'admettre l'ordre naturel des choses.
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PiatkaPiatka   01 novembre 2018
En de nombreuses occasions, j’ai choisi un exercice explicite ; après avoir demandé au patient de tracer une ligne sur une feuille de papier, j’ajoutais : « Admettons qu’une des extrémités représente votre naissance et l’autre votre mort. Maintenant, marquez d’un signe sur la ligne l’endroit où vous vous trouvez actuellement et méditez sur ce tracé. » Il est rare que cet exercice échoue à prendre sérieusement conscience de la nature éphémère de la vie.
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KroutKrout   23 août 2018
Cette nuit là, j'ai fait un rêve aussi puissant qu'inoubliable.
Je marche avec mes parents et ma sœur dans un centre commercial et nous décidons de monter à l'étage. Je me retrouve dans un ascenseur, mais seul - la famille a disparu. La montée est très longue, et quand je sors de l'ascenseur je me trouve sur une plage tropicale. Mais j'ai beau regarder partout, je ne vois pas ma famille nulle part. L'endroit est merveilleux - les plages des tropiques m'ont toujours semblé paradisiaques-, pourtant la terreur m'envahit.
Ensuite, j'enfile une chemise de nuit qui exhibe, sur le devant, le visage souriant, adorable de Smoky l'ours.
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KroutKrout   30 juillet 2018
J'insistais sur le fait que Freud n'était pas juste le créateur de la psychanalyse, qui représente aujourd'hui moins de 1% de toutes les thérapies disponibles, mais qu'il a inventé le champ même de la psychothérapie : avant lui, le domaine n'existait pas. Si je critique beaucoup l'analyse orthodoxe freudienne telle qu'elle se pratique aujourd'hui, je respecte toujours autant Freud pour sa créativité et son courage.
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MarcelineBodierMarcelineBodier   12 août 2018
-(...) Goenka enseigne qu'il ne faut loger que dans le présent. Rappels du passé et désirs d'avenir ne créent que de l'agitation.

Ces dernières paroles me sont souvent revenues à l'esprit. Elles contiennent tant de vérité, mais à quel prix. Je n'ai ni la capacité ni l'envie de payer un tel prix.
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Videos de Irvin D. Yalom (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Irvin D. Yalom

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