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EAN : 9782253164487
432 pages
Le Livre de Poche (17/04/2013)
3.75/5   8 notes
Résumé :
Quoi de plus immuable que le sein féminin ? N'a-t-il pas toujours eu pour fonction de contenter l'homme et le bébé ? L'histoire qu'en trace Marilyn Yalom est infiniment plus complexe. Du sein divin du Moyen Âge au sein érotique d'Agnès Sorel, du sein domestique du XVIIe siècle au sein politique de Marianne, du sein commercialisé par l'industrie du soutien-gorge au sein rongé par le cancer ou torturé par le piercing du XXe siècle, le sein de la femme a appartenu succ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Quoi de plus courant qu'une poitrine ? Dans la pub, les magazines, les cartes postales, l'art... pour autant, connaissons-nous vraiment les débats passionnés dont les seins furent l'objet ?
Dans un essai thématique et non chronologique, Yalom nous présente cet objet du désir. Symbole de fécondité, de sexualité, allaitant, voilé, dévoilé, petit, gros... Mais toujours désir masculin : les femmes n'ont pendant longtemps pas voix sur leurs seins. La vision du sein parfait, s'il elle fut changeante au cours de l'histoire, fut toujours affaire d'hommes. Même dans le processus médical, la prise de décision conjointe praticien/patiente est récente. Et depuis peu également, les femmes parlent de leur corps, hors des fantasmes masculins. Photographies, poèmes, autobiographies... Les femmes se réapproprient leur corps et lancent un message : les canons de beauté sont inatteignables, sauf à se transformer. Les médias, le regard des autres peuvent engendrer la haine de soi. Mesdames, mesdemoiselles, vos seins sont très bien !
La division thématique permet une lecture plus fluide, moins embrouillante, plusieurs "visions" de la poitrine cohabitant parfois à la même époque Il est possible de regretter que sur les aspects les plus récents, comme la chirurgie esthétique ou le cancer du sein, les chiffres ne concernent que le monde anglo-saxon, alors que des données européennes sont présentes dans les autres chapitres. C'est un petit regret dans une masse importante d'informations utiles pour comprendre le presque fétichisme de la poitrine qui a court depuis des siècles (sauf dans les milieux conservateurs : voyez Tartuffe). C'est accessible, pas jargonneux pour deux sous, objectif. N'attendez pas un essai agressif et anti-homme. le patriarcat en tant que système est dénoncé, les médias renvoyés à leurs responsabilités, les femmes déculpabilisées, sans appel à la haine de l'autre sexe.
Et messieurs ne soyez pas jaloux, votre pénis a aussi son livre : le bidule de Dieu de Tom Hickman aux éditions Laffont.
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Pourquoi l'histoire du sein a-t-elle un sens plutôt que celle du nez, de la main voire même du pénis ? Parce que le sein constitue un sujet de discours et un élément iconographique et que les deux, de par leur pouvoir créateur de symboles et mythes, sont donc inscrits dans l'historicité. Un corollaire important de ce constat, qu'il faut garder à l'esprit tout au long de la lecture, c'est que cette symbolique et cette mythologie sont presque exclusivement masculines - jusqu'à un moment très proche d'aujourd'hui et encore très majoritairement de nos jours - et de ce fait, en elles aussi, la femme est dépossédée de sa poitrine tout autant que lorsque celle-ci fait l'objet de la satisfaction des besoins du bébé, ou du désir de l'homme, ou des convoitises de l'industrie des apparences, ou des soins de l'oncologue...

Le plus longtemps, le sein fut sacré. de toutes les figurines préhistoriques de la fertilité, en passant par les diverses formes de dea nutrix de l'Antiquité, jusqu'à la véritable révolution iconographique du début du XIVe siècle que fut la Virgo Lactans, laquelle eut curieusement un pendant poétique et mystique quasi contemporains.
Puis, à la Renaissance et dès lors, le sein devint érotique. L'idée remarquable est que l'on peut trouver en peinture une oeuvre archétypale, La Vierge de Melun, dont le personnage représenté est identifié : Agnès Sorel, la maîtresse de Charles VII. En littérature, les images se multiplient, tirées surtout de l'astronomie - la science à la mode (!) : les seins sont "Orbes au tracé céleste"... - et en général la célébration du sein prolifère en poésie, dans un cadre bien profane.
Ensuite, à partir des républiques marchandes des Pays-Bas du XVIIe siècle, le sein se fit civique puis politique. La question de l'allaitement et la condamnation de la pratique des nourrices était un fer de lance des Lumières (quasi dépourvu d'écho dans les pratiques, par contre, car la bourgeoisie s'empressa d'imiter la décadence aristocratique quant à la préservation des attraits de ses dames...) d'une telle ampleur mythologique qu'elle semble viser l'Ancien Régime tout entier. Dorénavant Marianne sera irrésistiblement fière d'exhiber son opulente poitrine nourricière...
Autre changement de paradigme au début du XXe siècle : le sein psychologique ("psychanalytique" dirait-on mieux). Par cette révolution, on commencera à "s'occuper du corps", et ce n'est pas rien... A la fin de ce chapitre qui paraît très critique de Freud et de son hypothèse de l'envie du pénis - effectivement le point le plus fragile de la théorie freudienne - dans lequel j'ai appris que Freud était sur le point d'y revenir en profondeur, dans les tout derniers mois de sa vie, se trouve une magnifique page (p. 196-197), qui est un pastiche des Trois essais sur la sexualité féminine ; l'auteure se prend au jeu d'imaginer ce que Freud eût pu écrire s'il avait été une femme, en partant de l'hypothèse qu'il aurait élaboré une théorie de l'envie des seins chez le garçon, sur laquelle reposerait "la civilisation, avec Éros et Thanatos luttant pour leur possession". J'avoue que j'ai été séduit par cette idée fulgurante.
La suite du livre, plus proche de notre histoire contemporaine, m'a un peu déçu et semblé plus brouillonne. Il est question du sein commercialisé - "du corset au cyber-sexe", qui mélange l'histoire de la commercialisation des objets fonctionnels aux seins à celle de la pornographie, et enfin à la chirurgie esthétique.
S'ensuit un long chapitre sur le sein médical, qui coupe la chronologie en repartant depuis l'Égypte antique et qui démontre qu'aux États-Unis la question de la prise en charge du cancer du sein a constitué, à partir des années 1990, un enjeu politique féministe beaucoup plus revendicatif et considérablement plus "mythologisé" qu'en Europe.
Enfin sous le titre "le sein libéré", il est question de l'histoire récente des mouvements féministes aux États-Unis, à partir des années 1960-70 avec les "brûleuses de soutiens-gorge". Ce qui m'a paru le plus intéressant dans ce chapitre, c'est encore le côté littéraire - poèmes américains d'auteures féministes tendant à bouleverser complètement les représentations liées au corps féminin, en particulier au sein (quelques beaux fragments d'anthologie p. 332 et ss.) - et le côté arts plastiques allant dans le même sens - cependant je trouve que les deux auraient pu être creusés davantage et auraient gagné à s'élargir géographiquement.
La courte conclusion "Le sein en crise" m'a semblé tout à fait bâclée et insignifiante.
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... ou comment parcourir l'histoire et faire du féminisme de façon amusante!
L'auteur montre comment on passe du sein sacré (en lien avec des déesses paiennes de la fécondité puis la Vierge Marie, montrée allaitant à la fin du Moyen Age) au sein érotique dans les peintures du 16e et 18e (le célèbre tableau représentant Agnès Soral, favorite de Charles VII). Les époques alternent entre pudeur et permissivité. le thème de l'allaitement au fil des époques est intéressant, ou comment être une bonne mère a longtemps été confier son enfant à une nourrice puis, avec les Lumières et le retour du naturel, s'en occuper soi-même. le sentiment maternel est culturel... le sein devient même politique, en lien avec la révolution française et la Marianne, et commercial avec les soutien-gorges. Plus qu'une partie du corps, il devient le lieu des fantasmes, symboles, voire de la main mise sur le corps féminin et on sent que ce sujet permet à l'auteur de faire part de ses idées féministes. J'ai préféré les 2 premiers chapitres à la suite.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
La poitrine érotique fut en grande partie bannie de la littérature, sauf sous forme cachée, comme c'est évident dans les poèmes du très prude victorien Alfred lord Tennyson. Chaque fois que le mot en "s" était directement utilisé dans les poèmes de Tennyson, il annonçait toujours une catastrophe. [...] A l'inverse, la bonne poitrine est la poitrine allaitante. En Angleterre et aux Etats-unis, comme en France et en Europe du Nord, les mères n'avaient pas honte d'être vues chez elle en train d'allaiter leur bébé ; de fait, il était admis d'allaiter dans les lieux publics(...)
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Une explication mythologique de la Voie lactée, par exemple, était liée aux seins d'Héra : on croyait que les mortels pouvaient devenir immortels s'ils tétaient le sein de la reine des déesses. Quand Zeus voulut que son fils Hercule - dont la mère était la mortelle Alcmène - soit immortel, il le déposa discrètement au sein de son épouse endormie. Mais Hercule téta avec une trop grande vigueur et, se réveillant, Héra se rendit compte qu'il n'était pas son propre enfant. Indignée, elle lui retira son sein avec une telle force que du lait jaillit dans les cieux, créant la Voie lactée. Hercule, qui avait bu le lait d'Héra, devint donc un dieu immortel.
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Quelles que soient nos réserves sur les théories freudiennes concernant les seins, nous devons leur accorder d'avoir uni deux branches majeures de l'histoire de la poitrine en un paradigme psychologique puissant : la poitrine maternelle et la poitrine érotique ne font plus qu'une.
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Les fonctions maternelles et érotiques des seins assumèrent une signification particulière pour toute une génération de soldats pendant la guerre et longtemps après, quand ils revinrent à la "normalité".
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Le mythe des Amazones apparut dans l'histoire attestée à une époque où les déesses de la fertilité étaient remplacées par les dieux phalliques. Peut-être l'Amazone recèle-t-elle des restes des déités féminines antérieures, dorénavant mutilées et modifiées pour convenir au règne du phallus.
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Vidéo de Marilyn Yalom
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