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Antoine Ferragne (Traducteur)
EAN : 9782877308724
125 pages
Éditeur : Editions Philippe Picquier (29/09/2006)

Note moyenne : 3.34/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Le simple monologue d'un fâcheux rencontré sur le boulevard est le point de départ de ce récit éblouissant de virtuosité. Entraîné malgré lui dans un restaurant de raviolis, notre héros n'aura pas d'autre issue que de subir la conversation volubile et le verbiage désopilant d'un ami d'enfance. De fil en aiguille et du coq à l'âne, la conversation du bavard prend le tour d'une logorrhée où s'entremêlent brèves de comptoir et considérations métaphysiques. Le lecteur d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  23 novembre 2012
Il suffit parfois de sortir le nez de chez soi pour se retrouver empêtré dans des aventures qui dépassent le commun des mortels…C'est ce qui s'est produit pour le narrateur de la Carte au trésor. Interpellé par une de ses anciennes connaissances, un prénommé Make, le cours de sa journée est interrompu par la demande pressante de ce dernier de lui offrir un déjeuner et de le partager en sa compagnie. La raison invoquée pour justifier cette demande déplacée est simple : Make est sans le sous tandis que notre narrateur a réussi à se forger une position confortable au sein de la société. de plus, tous deux se connaissent de longue date ; issus d'une même souche paysanne, Make détient des informations qui pourraient compromettre l'honneur d'un ancien « paysan moyen-pauvre ». Ce qui pourrait ici apparaître comme menaces proférées par un individu malveillant prennent dans le livre la forme de réparties cinglantes et joyeuses, proférées par un individu qui aime jouer avec les mots et les légendes, et qui ne se laisse pas duper par les masques de la civilisation et de la dignité bourgeoises. D'ailleurs, notre narrateur veut se donner les apparences d'un homme occupé et pressé : pourtant, il suffit de quelques imprécations pour qu'il accepte finalement d'offrir un repas à son ancien ami. le temps passant au cours du déjeuner, son intérêt pour les évènements se formant autour de lui ira croissant tandis que son attachement aux exigences immédiates de la vie quotidienne suivra le mouvement inverse, comme pour signifier la vacuité essentielle d'une vie de citadin affairé.

Pas difficile de comprendre ce déplacement des priorités du narrateur… Agacé comme lui au début par les sollicitations pressantes de Make, on s'avance également à reculons jusqu'au restaurant de raviolis dans lequel ils choisissent finalement de déjeuner. On s'installe là, dans une ambiance peu accueillante, un peu à contrecoeur… Il semble que rien d'intéressant ne va se passer, on a presque hâte d'en finir et de sortir de ce boui-boui malfamé… Et puis, finalement, on se laisse prendre au jeu…

Make est un gouailleur incessant mais derrière les piques qu'il lance à tout va, se dessine peu à peu un esprit détaché de toute convention, libre malgré l'apparente dépendance matérielle qu'il est obligée de lier avec notre narrateur. Une certaine richesse finit même par apparaître –richesse essentiellement culturelle et historique-, qui relie Make à un passé fait de légendes et de personnages multiples, dont l'existence sera corroborée ou élargie par les propriétaires du restaurant de raviolis, deux vieux dont la somme des âges avoisine le chiffre de 300. S'il fallait résumer l'état d'esprit qui caractérise Make, on pourrait utiliser le terme de « hutu » tel qu'il l'emploie en référence à Zheng Banqiuao : « N'est pas hutu qui veut. Il est difficile d'être intelligent, plus difficile d'être hutu, plus difficile encore de passer d'intelligent à hutu. Lâcher prise, se retirer, immédiatement apporte paix et plénitude, et cela bien mieux que les louanges et les distinctions. »

Alors que dans la situation initiale, le narrateur détenait la place de l'offrant, on comprend peu à peu que les rôles s'inversent et que Make échange, contre le prix d'un plat de raviolis, un voyage vers les racines essentielles que le narrateur a abandonnées pour se fondre dans la masse bourgeoise de la vie citadine. La conversation des deux personnages s'entrecoupe d'anecdotes distillées par Make à la manière de contes ou de légendes fantastiques, jamais dénuées de sens, aux morales toujours surprenantes et pas forcément décentes.

« Vois-tu, depuis toutes ces années il y a seulement un type de la province du Shandong qui ait réussi à obtenir cette moustache de tigre […]. Ce type du Shadong comme il s'en retournait chez lui l'avait pour la transporter enfermée dans une bouteille de verre. Arrivé devant la porte il al fit glisser hors de la bouteille, se la colla entre les lèvres et rentra dans la cour où il vit un vieux clébard en train de laper une casserole, c'est à cela qu'il sut que sa mère était la transmutation d'une chienne. Ensuite il vit s'avancer un cheval avec une pioche sur le dos, dans lequel il reconnut son père. Il avait suffi d'un instant et il avait percé à jour les vanités de ce monde, il cracha la moustache et déclara, mère, tu n'es qu'une chienne, père, tu n'es qu'un cheval ; les parents prirent la mouche. le couple courut à la ville dénoncer le manque de piété filiale dont faisait preuve le fils. Quand les gendarmes de la préfecture vinrent le chercher pour l'emmener et le soumettre à un interrogatoire, ils le trouvèrent mort, pendu à une poutre. Avant de mourir, il avait laissé ce poème : « Mère est un vieux chien, vieux père un cheval, chacals loups mâtins tiennent le tribunal. En suçant ce rien, la moustache follette, j'ai compris enfin comme le monde est bête. » »

En utilisant le comique et la dérision, d'apparence bien inoffensives, en se faisant passer pour le « hutu » de service, Make et ses contes infligent au narrateur une leçon d'humilité qui le conduira jusqu'à la perspective de cette fameuse Carte au trésor qui donne son nom au livre. On termine cette lecture de peu de pages (à peine plus d'une centaine) avec étonnement et plaisir -avec l'impression, également, d'avoir reçu une belle leçon de la part de Mo Yan. Comme le narrateur de son histoire, on a pu s'engager dans la lecture de la Carte au trésor avec un peu de réticence, les pensées encore toutes engourdies de nos préoccupations quotidiennes…mais de contes en merveilles, on se laisse toucher par la grâce d'une certaine sagesse désaliéante. Il ne nous reste plus qu'une envie : devenir au moins aussi hutu que Make.

Lien : http://colimasson.over-blog...
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gonewiththegreen
  27 mai 2018
Un court roman de Mo Yan, qui me laisse un peu sur ma faim.
Deux amis se rencontrent et vont au restaurant. L'un des deux se met à raconter anecdotes sur anecdotes.
Si le roman est court, il ne m'est pas apparu trop aisé à lire . C'est une suite de longs paragraphes où parfois les interlocuteurs s'enchainent sans distinction syntaxique.
Les anecdotes présentées sont parfois liées aux croyances et légendes chinoises et sans les notes de fin de livres ou avoir fait dix ans d'études de Chinois, on est à la rue. la traduction ne permet pas sans doute de saisir toutes les subtilités de l'auteur.
Il n'empêche , l'écriture de Mo Yan est belle , burlesque ici . Les insultes pleuvent et on apprend qu'en Chine , pour être vraiment blessante, une insulte doit avoir une connotation sexuelle. Ainsi , se faire traiter de "couilles de boeuf séchées" n'est jamais agréable mais encore moins en Chine :).
On retrouve aussi deux personnages clés de l'histoire de la Chine , Sun Yat Sen et Yuan Shikai, pionniers de la république à partir de 1911.
Je ne suis pas sur que cette oeuvre soit à préconiser pour s'initier à la littérature chinoise, mais peut être suis je tout simplement passé un peu à côté.
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nounours36
  08 décembre 2014
Un petit livre, de la taille d'une nouvelle qui est une amusante farce sur la duplicité. Une sorte de grand monologue, ou plutôt une loghorrée de 'Make' l'ami opportuniste que rencontre le narrateur.

On est un peu agacé au début, par le jeu de Make diarrhée verbale, qui veut profiter de son ami (un quadragénaire , paysan moyen pauvre qui a migré à Pékin) pour se nourrir, loger... Puis le récit tourne peu à peu au fantastique, anecdotes et légendes nous sont narrés avec un fil conducteur dans ce restaurant de raviolis. Mais ce n'est qu'un prétexte pour faire connaissance avec le vieux couple du restaurant de raviolis. L'âge du vieux et de la vieille sont de trois cent ans, et ils désirent prendre leur retraite.
Un peu difficile de rentrer dans cette histoire, surtout que l'on se méprend sur la finalité. Mais écriture simple dans ce long monologue, qui nous conte la vie quotidienne en Chine est un plaisir (aussi bon que les raviolis de ce petit restaurant). Je continue ma poursuite des oeuvres de Mo Yan, Mais pour l'instant mes deux lectures préférées de Mo Yan sont le maître a de plus en plus d'humour et le Veau. Je pense me diriger vers le pays de l'alcool pour le prochain roman de Mo yan.
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haddie
  27 mai 2014
Un petit livre presque une nouvelle, qui vous embarque d'une traite. Une sorte de grand monologue, qui nous décrit une rencontre et nous plonge dans la culture chinoise, dans des légendes fantastiques. On suit MO Yan en se demandant où il va, et par une subtile pirouette, le serpent se mord la queue. Un vrai plaisir, mais qui n'aurait sans doute pas supporté plus de longueur.
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clairejeanne
  24 janvier 2013
Un court roman tout à fait facile à lire du prix Nobel de littérature 2012; l'écriture est celle du parler de tous les jours, et faite de longues phrases. le narrateur est un homme d'une quarantaine d'années, d'origine paysane, qui vit maintenant à Pékin; alors qu'il se promène, un de ses anciens camarades de classe lui tape sur l'épaule; comme Make est le genre qui s'accroche et qui parle tout le temps, le narrateur l'emmène dîner dans un restaurant de raviolis tenus par deux très vieux. C'est l'occasion de parler, surtout pour Make, de ce qu'ils ont vécu ensemble, de ce qui se passe encore dans les campagnes chinoises, de la vie quotidienne; tout cela au travers d'histoires édifiantes, sûrement exagérées ou même inventées, et assez cocasses. Grâce au talent de l'écrivain, le lecteur plonge dans un tourbillon de paroles, de petits récits mettant en scène avec humour, la société chinoise.
Lien : http://www.les2bouquineuses...
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   09 décembre 2012
Le premier cas qu’il ait eu à traiter fut son père, une appendicectomie, il n’eut même pas à lui injecter d’anesthésiant, un coup de gourdin fit l’affaire, comme à la maison il n’y avait pas de teinture d’iode un peu d’alcool de riz fit office de désinfectant, et c’est à l’aide du couteau à castrer les porcs qu’il sectionna l’appendice de son père. Pour éviter que ce dernier ne foute le camp s’il lui arrivait de reprendre ses esprits, il le ficela sur le banc à égorger les cochons, d’un tissu noir il lui banda les yeux et d’un autre, blanc, il lui bourra la bouche. Les gens qui par la fenêtre assistaient à ce spectacle s’imaginèrent qu’il infligeait à son père le supplice de la planche à tigre ! Une fois remis, celui-ci tapotant sa cicatrice se promena partout en faisant de la publicité pour son fils : voilà un bon petit gars qui a pratiqué avec succès une opération sur son père, on me dit qu’il m’a trituré ça des heures durant mais personnellement je me suis réveillé comme après un bon rêve, on me dit que pratiquer une appendicectomie est une opération plus simple encore que la castration du verrat, dans ces conditions je ne vois pas pourquoi mon fils n’irait pas exercer le métier de médecin pour lequel tout le monde a du respect, plutôt que de continuer à faire les docteurs de porcs, profession qui ne fait que porter à rire.
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colimassoncolimasson   26 décembre 2012
Chez l’homme des siècles à venir, le désir de viande ira toujours grandissant mais de moins en moins il osera en manger, ce que le monde entier préconise aujourd’hui c’est la nourriture végétarienne et les cures d’amaigrissement. L’existence simultanée du désir de viande et d’un idéal de santé a déjà donné jour à une contradiction aiguë, cette contradiction n’atteint bien sûr pas la violence d’une guerre mondiale, mais en infiltrant sourdement des dizaines de milliers de foyers elle engendre une souffrance insupportable chez des millions d’individus.
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colimassoncolimasson   27 décembre 2012
Vous les gens de la ville tous autant que vous êtes, vous êtes des petits habiles, c’est-à-dire que vous êtes adroits mais sans intelligence, vous êtes intelligents mais sans clairvoyance, vous êtes clairvoyants mais sans sagesse, vous êtes sages mais votre pensée n’a pas d’altitude, votre pensée saurait prendre de l’altitude que vous ne sauriez toujours pas faire les imbéciles, alors que nous, nous qui comprenons les choses, savons faire les imbéciles.
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colimassoncolimasson   26 novembre 2012
[…] parce que t’es pas un paysan peut-être ? Parce que tu crois que d’avoir deux appartements à Pékin, deux épis de millet accrochés au mur et le sol recouvert de plancher vernis ou de carreaux émaillés fait que tu n’es plus paysan ? Des paysans comme toi on les plonge trois ans à mariner dans un bain d’eau salée, trois ans à bouillir dans du jus de sang et trois ans enfin à rincer dans de l’eau minérale, une fois sec eh bien c’est toujours paysan.
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colimassoncolimasson   23 décembre 2012
Dès l’instant où le ravioli a pénétré dans sa bouche, je vois son expression changer du tout au tout, ce que je vois sur son visage c’est la surprise, un inimitable bonheur. Il ne s’occupe plus de moi, le premier ravioli crevé n’est pas même dégluti qu’il sen colle un second sous la dent. Il jette les baguettes qui l’encombrent, attrape à pleines mains et enfourne. Je doute encore, je demande : c’est bon ? Il m’ignore tout simplement, c’est-à-dire qu’il ne me répond pas, ne prend pas la peine de lever les yeux vers moi. Un par un il se bourre la bouche de raviolis, il en est tellement gavé qu’il en a les joues enflées.
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Mo Yan prix Nobel de littérature .Annonce du 11 octobre 2012
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