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EAN : 9782283029480
Éditeur : Buchet-Chastel (04/01/2018)
4/5   318 notes
Résumé :
Epopée romanesque d'une incroyable intensité, chronique poignante de l'amitié masculine contemporaine, Une vie comme les autres interroge de manière saisissante nos dispositions à l'empathie et l'endurance de chacun à la souffrance, la sienne propre comme celle d'autrui. On y suit sur quelques dizaines d'années quatre amis de fac venus conquérir New York. Willem, l'acteur à la beauté ravageuse et ami indéfectible, JB, l'artiste peintre aussi ambitieux et talentueux ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (122) Voir plus Ajouter une critique
4

sur 318 notes

gouelan
  21 décembre 2017
Dans ce roman très sombre on suit le parcours de quatre amis sur plusieurs décennies. Chacun de ces garçons ayant fait de brillantes études, ils excellent dans leur domaine, qu'il soient artistes, avocat ou architecte, et évoluent dans le monde new-yorkais.
Le livre se construit autour du personnage énigmatique et solaire de Jude.
On sait qu'il souffre, on se doute de la nature de ses blessures, on voudrait comprendre.
L'auteure ne nous épargne en rien les détails lorsque l'enfance puis l'adolescence de Jude nous apparaissent sous la forme de bribes de souvenirs, dans toute leur noirceur.
Jude exerce une fascination, un émerveillement, un trouble, sur le groupe. Il l'exerce aussi sur le lecteur. Comme un magicien, habile dans l'art ne pas dévoiler toutes ses blessures, il s'immisce dans nos pensées, il y plante des images, des cauchemars, et si peu d'espoir. Il oscille entre la peur et la haine de soi, sans jamais oser espérer le bonheur.
Une histoire où tout est extrême — trop d'horreur, trop d'amitié, trop d'amour, trop de talents — pour que l'histoire paraisse crédible. Des personnages bons (avec quelques failles pour .JB., mais si peu), d'autres horribles. Comme dans un conte de fées de noir vêtu jusqu'à la fin.
Cette histoire a cependant l'intérêt de nous embarquer au cœur des hommes, au plus profond de ce qu'ils sont capables d'accomplir, en bien comme en mal. Et aussi de se construire sur un schéma différent de ce qu'on attendrait de la vie de ces hommes au fil du temps. Ce sont toujours de grands garçons , des "Peter Pan", qui ont su sauvegarder leur belle histoire d'amitié, tout au long de leur vie. Ils s'épanouissent différemment de la norme.
Le cas de Jude est à part. C'est un adulte enfermé à jamais dans l'enfer de son passé. Et tout au long des pages, on le voit toujours comme un enfant blessé, qui ne sait pas recevoir, ni se voir tel qu'il est.
Un roman qui souffre de longueurs, de répétitions de scènes trop ciselées, trop précises. On a l'impression d'être dans un labyrinthe où toutes les portes ne mèneront de toute façon à aucune issue positive, quoiqu'il se passe. Un labyrinthe de l'enfer.
Au final que peut-on retenir de cet intense roman noir ?
Une histoire émouvante où l'essentiel de la narration traite des traumatismes de l'enfance. Leurs impacts sur la vie sont- ils réparables, quand ils sont si profonds ?
Il aborde aussi d'autres thèmes, sur la famille, la vieillesse, l'homosexualité, l'addiction.
D'autres questions aussi :
Jusqu'où l'homme peut-il aller dans sa cruauté, dans sa capacité à supporter la douleur et la solitude, à souffrir de l'abandon, à comprendre l'autre, à partager, à donner ?
Est-il encore humain quand il se montre parfois si cruel ?
C'est un roman sur la vie et les hommes, où chacun voudrait une vie comme les autres, humaine, avec ses instants de bonheur. Bonheur qu'on ne sait pas toujours expliquer.
C'est un roman perturbant, angoissant. Les faits paraissent exagérés car ils sont insupportables, mais la vie nous démontre parfois que l'homme est cruel, et que peut-être nous sommes trop naïfs.
Je remercie la Masse Critique de Babelio et les Éditions Buchet-Chastel pour ce roman qui ne laisse pas indemne, qui montre une facette de l'homme qu'on préfèrerait ne pas voir.

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Archie
  03 janvier 2018
Tel que son éditeur le présente – la chronique sur trente ans de quatre amis de fac venus conquérir New York, un grand roman américain au souffle puissant !... – je m'étais dit qu'Une vie comme les autres avait tout me plaire. Peut-être l'occasion de me racheter auprès de Babelio après avoir égratigné le précédent ouvrage qui m'avait été proposé à la critique.
Un grand avocat, un grand acteur, un grand peintre, un grand architecte. de vraies réussites pour les quatre amis de fac, chacun dans sa spécialité, avec argent et célébrité à la clé. Mais n'allez pas imaginer une grande fresque romanesque, conforme aux canons du rêve américain, empreinte d'optimisme, d'aventures et de victoires, juste écornées comme il se doit par les contrariétés et les peines qui ne manquent pas de frapper ceux qui sacrifient leur vie privée à leurs objectifs professionnels. Dans ce roman, les brillantes success stories des quatre personnages ne sont qu'une toile de fond.
Une vie comme les autres est un roman intimiste sombre, très sombre. Tellement sombre dans certaines pages, qu'il m'a inspiré par instant – à l'opposé d'un genre littéraire qui fait fureur aujourd'hui – un fort sentiment de feel bad.
Le livre est essentiellement consacré au parcours de l'un des quatre amis. Cet homme, Jude, mène une vie qui donne l'apparence d'être comme les autres. Il s'emploie activement à donner cette apparence, avec, en façade, une brillante et profitable carrière d'avocat.
Mais en réalité, sa vie n'est pas une vie comme les autres. Jude traîne un handicap, une difformité ou un blocage – ou peut-être les trois à la fois ! – qu'il s'efforce en permanence de dissimuler, mais dont les stigmates échappent certains jours à son contrôle. Il porte aussi la mémoire d'une vulnérabilité qui ne s'efface jamais, et le pressentiment d'une culpabilité dont il ne parvient pas à se libérer. Un pressentiment secret qui ronge son estime de soi et le conduit à s'infliger des scarifications, des automutilations à la lame de rasoir, qui au final ne font qu'aggraver ses disgrâces physiques et psychologiques.
Peut-on mener une vie comme les autres quand on a eu une enfance pas comme les autres ? Une enfance dont les monstrueuses circonstances ne sont dévoilées que tardivement au lecteur. Pas besoin cependant d'être grand clerc pour lire entre les lignes et vite comprendre que l'enfance de Jude l'aura mené d'avilissements en avilissements, dans une véritable corruption du corps et de l'âme qui lui a été imposée à son corps défendant – une expression qui prend vraiment tout son sens –, jusqu'à l'« accident » final qui lui vaudra son handicap physique.
Beaucoup de longueurs, de détails et de répétitions dans le récit, qui semble pourtant enfermé dans une sorte de rythme circulaire en trois mouvements schématiques. Dans un premier temps, ses amis implorent Jude de leur expliquer l'origine de ses accidents de santé récurrents. Deux, Jude se dérobe, sous des prétextes qui sont toujours à peu près les mêmes. Trois, se sentant coupable de son manque de transparence, il se punit par de nouvelles scarifications, aggravant encore ainsi son état de santé. Ses amis, intervenus pour lui prêter assistance, demandent à comprendre... bouclant ainsi la boucle.
Difficile d'être captivé pendant les huit cents pages de ce roman, si l'on n'éprouve pas une empathie sincère pour ses personnages, d'autant plus que la lecture n'en est pas toujours fluide. Peut-être influencé par les ouvrages que j'avais lus précédemment, j'ai été contrarié par la rugosité du texte, par la banalité et le manque de finesse de son écriture en français, sans que je puisse dire s'il reflète le style de Hanya Yanagihara, ou si la traduction manque de polissage.
Une vie comme les autres plaira surtout à ceux qui portent un intérêt particulier, voire personnel, aux grands thèmes qui y sont développés, les séquelles de l'enfance abusée, l'addiction à l'automutilation, l'homosexualité masculine.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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Crossroads
  06 janvier 2018
♫ Les Quat'zamis
Sont contents quand ils sont réunis
Les Quat'zamis
Sont heureux car ils aiment la vie ♪
Effectivement au nombre de quatre, Willem, JB, Malcolm et Jude, je pose trois et je retiens un, ils se sont juré amitié et soutien indéfectible alors qu'ils n'étaient encore que de jeunes adultes emplis de fougue et d'ambition légitime au regard du potentiel de chacun.
Heureux d'être ensemble, assurément.
Heureux car ils aiment la vie mériterait un sérieux bémol. J'en vois un qui traine sérieusement la patte sur le guilleret chemin de la vie. Oui, Jude, inutile de te cacher, tu es le maillon faible. L'élément perturbateur du quatuor. le quidam éprouvé, furieux adepte des idées noires de Franquin, qui aura cependant le plus touché mon p'tit coeur de lecteur pourtant rompu aux pires atrocités.
Une Vie Comme Les Autres est le bouquin des "trop". Pas de trop, loin s'en faut.
Bien trop long à démarrer, il aura nécessité pas moins de trois boites d'escargots Gérard, format familial, pour susciter un quelconque intérêt de ma part. Un envol pris tardivement page bien trop loin mais qui aura eu le mérite d'asseoir un récit particulièrement captivant et éprouvant par la suite.
Une ambiguïté fondatrice sur le passé de Jude usée jusqu'à la corde.
Le suspense, c'est bien. Mais sur 800 pages, penser à parsemer la bête de moult rebondissements histoire de fidéliser le chaland, c'est pas mal non plus.
A trop charger la mule qu'à la fin elle se casse. Proverbe cité de mémoire conjecturalement poreuse.
Jude est un catalyseur à emmerdes. L'incarnation vivante du malheur et de l'affliction qui en découle.
Le chemin de croix de JC, à côté, c'est Alice au pays des merveilles.
Nonobstant ces quelques griefs personnels, Hanya Yanagihara interroge véritablement sur le sens de la vie, de l'amitié et sur sa capacité personnelle à transcender un passé chaotique par trop prégnant.
L'amour et l'amitié comme remparts ultimes à la noirceur morbide qui squatte vos synapses inlassablement, y a pire comme sujet.
Si l'univers qui vous est ici proposé est monstrueusement friqué, il prouve que le bonheur ne se déclame pas à l'aune de sa réserve à biffetons.
L'interaction entre ces quatre potes est intéressante mais peine à faire vibrer le curseur plaisir comme le fera ultérieurement et sans discontinuer l'ami Jude et sa cohorte de révélations sordides.
Le style relativement sans relief de l'auteure ne l'empêchera pas de toucher, de temps à autre, au sublime.
En effet, le lecteur, en totale empathie avec ce prétendu serial loser autoproclamé, pourrait même avoir le palpitant au bord des larmes. Des moments de grâce bien trop rares pour faire oublier les innombrables pages ronflantes qu'il aura fallu se fader auparavant.
Une vie comme les autres est un bon bouquin qui aurait gagné en intensité s'il avait affiché quelques centaines de grammes en moins sur la balance.
Merci à Babelio et aux éditions Buchet-Chastel pour cette déprime passagère...
PS: gros bémol sur la couv', véritable pub vivante pour les dragées F**aaaa...
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sandrine57
  12 janvier 2018
JB, Malcolm, Willem et Jude. Ils sont quatre, se sont rencontrés sur un campus universitaire et ne se sont plus quittés des bancs de la fac jusqu'à leurs premiers pas à New-York et la consécration de leurs carrières. JB, c'est le peintre. Il est d'origine haïtienne, aperdu son père très tôt et a été élevé par des femmes, sa mère, sa grand-mère et sa tante. JB est sûr de son talent, ambitieux, persuadé qu'un jour il sera au sommet. Pour réussir, il est prêt à tout et n'hésite pas à profiter de ses amis, voire à les trahir. Malcolm, c'est l'architecte. Il est métis, sa famille est riche, il a vécu chez ses parents jusqu'à près de 30 ans. Malcolm est discret, gentil, serviable. Il a du mal à prendre son envol, il hésite à ouvrir son propre cabinet d'architecture, par peur de décevoir ses parents. Willem, c'est l'acteur. Il est né en Suède dans une ferme avec des parents taiseux et un frère polyhandicapé dont il s'est beaucoup occupé. Il est beau sans le savoir, d'une gentillesse rare, dévoué à ses amis. Jude, c'est l'avocat. de ses origines, il ne sait rien, de son passé, il ne dit rien. Jude a vécu l'enfer et son corps en garde les séquelles, il boîte et souffre beaucoup du dos. Moralement, il est aussi très marqué mais il refuse de se confier, accorde difficilement sa confiance, se bat pour mener ''une vie comme les autres''. Ses amis sont une bénédiction pour ce solitaire dans l'âme, surtout Willem dont il est très proche.
Durant trente ans, nous allons suivre ce quatuor inséparable, de leurs débuts à leurs succès les plus éclatants. JB, Malcolm, Willem et surtout l'insaisissable Jude, diminué mais charismatique, sombre et solaire à la fois. C'est lui qui cristallise l'amitié des trois autres, toujours là pour l'aider, le soutenir, le protéger malgré son souci constant de ne pas être un poids, de se débrouiller par lui-même.
4 amis, 30 ans et...813 pages. C'est un poil long pour découvrir les terribles secrets de Jude. Hanya Yanagihara n'en finit pas d'entretenir un suspense lancinant en distillant des informations (toujours sordides) sur le passé de cet homme qui n'a vraiment pas eu de chance, tombant entre les mains des pires prédateurs les uns après les autres. Cette accumulation tend d'ailleurs à rendre son récit peu crédible. Et même si l'on passe sur le fait que ce cher Jude n'a vraiment pas eu de chance, il reste son comportement exaspérant tout au long de sa vie d'adulte. Lui qui se veut discret, qui n'aime pas solliciter l'aide des autres, est en fait constamment en demande. A force de vouloir tout faire tout seul, il commet moultes erreurs qui font de lui un boulet. Comment ses amis supportent-ils cela de longues années durant ? Grâce à leur bon coeur, bien sûr ! Que de grands sentiments, d'amitiés indéfectibles, de fidélité, d'amour même ! Mais malgré tout cela, Jude reste enferré dans son passé. Il a tellement été battu, exploité, humilié, rabaissé qu'il ne croit plus qu'on puisse l'aimer, qu'il s'imagine sale, laid, repoussant,mauvais. Et tous les témoignages d'affection autour de lui n'altèrent en rien cette idée qu'il ne vaut rien...Seules les scarifications qu'il s'inflige le soulagent un peu de sa douleur morale. Alors il ne se prive pas ! Il se lacère les bras à tout-va, causant le désespoir de tous ses proches.
Bref, ce personnage est un sac d'ennui qui met quotidiennement à l'épreuve l'amour de ses amis et la patience du lecteur.
Par ses excès, l'auteure a voulu créer l'empathie chez le lecteur et cela marche pour certains. D'autres seront saturés par toute cette noirceur, ne croiront pas à cette malchance chronique et s'impatienteront devant un Jude qui aspire au bonheur sans se donner les moyens de l'atteindre. le roman n'est pas mauvais, il se lit comme une saga américaine où les gens sont beaux, gentils, très riches et vivent dans l'opulence en plein coeur de Manhattan. Il aurait gagné à être plus nuancé et aussi plus court. Par contre, il faut avoir le coeur bien accroché pour supporter la vie désastreuse de Jude, âmes sensibles, s'abstenir.
Un grand merci à Babelio et aux éditions Buchet Chastel pour leur confiance.
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pompimpon
  25 mars 2021
"Il a l'impression, comme de plus en plus souvent, que son existence lui a été imposée, plutôt qu'il n'a joué un rôle dans son élaboration. Il n'a jamais été capable d'imaginer ce que sa vie pourrait être ; enfant, déjà, alors qu'il rêvait d'autres lieux, d'autres destins, il était incapable de visualiser à quoi ces autres lieux et destins pourraient ressembler ; il avait cru tout ce qu'on lui avait enseigné sur qui il était et ce qu'il deviendrait…"
Tout le combat de Jude pour mener une vie "normale", "ordinaire" au sens où elle ne laisserait rien transparaître des sévices endurés durant une enfance et une adolescence terrifiantes, tout son combat est là : faute de parvenir à imaginer et se projeter réellement hors des abominations subies vers cet autre destin, il ne peut que lutter contre les stigmates physiques et psychologiques du long calvaire constitué par ses quinze premières années.
Et cacher, mal, de plus en plus mal au fil du temps, la lamentable opinion qu'il a de lui-même, requiert tant d'énergie que cette dissimulation toujours manquée le consume.
Ce groupe de quatre garçons qui se rencontrent à l'université se suivront leur vie durant avec des hauts et des bas. Ils sont beaux ou au moins attirants, intelligents et souvent spirituels. Mais de JB Marion, Willem Ragnarsson, Malcolm Irvine, et Jude St Francis, c'est ce dernier, le plus jeune, le plus secret, qui polarise rapidement l'attention.
Le roman polyphonique, mu par une force centrifuge, se resserre très vite autour de lui, de ses silences, de ses secrets, de ses handicaps, de sa personnalité mystérieuse même pour les plus proches.
Les trois autres ont une certaine conscience qu'il a subi des traumatismes violents mais n'en savent pas plus et comprennent vite qu'il n'y a pas de question qui recevrait une réponse de sa part à ce sujet.
Ils prennent soin de lui en cherchant à respecter la distance qu'il impose à tous.
Tous les quatre vont se construire un parcours professionnel très satisfaisant et des conditions de vie matérielle extrêmement confortables, c'est le moins qu'on puisse dire.
JB est un artiste peintre qui rencontre rapidement le succès ; Malcolm ne grenouille pas longtemps dans le cabinet d'architectes où il joue les seconds couteaux, et crée son propre cabinet d'architecture dont l'envergure dépasse vite les frontières des États-Unis ; Willem voit sa carrière de comédien décoller après quelques années et devient un acteur de tout premier plan ; enfin, après avoir exercé ses talents au bureau du procureur, Jude décide de rejoindre un cabinet d'avocats très renommé et spécialisé dans la défense de grandes firmes et entreprises par crainte de ne pas pouvoir s'assumer matériellement.
Ils travaillent énormément, ne comptant souvent pas leurs heures, ce que Hanya Yanagihara souligne beaucoup.
Mais ils voyagent aussi amplement, et l'auteur fait passer cette idée que le monde est un playground à leur disposition de personnes très favorisées.
Deux notions très différentes dans le spectre d'une american way of life, entre méritocratie et une ouverture sur le monde réservée à des privilégiés tant sur le plan matériel que culturel.
Autant dire que Hanya Yanagihara n'a pas pris pour héros le tout venant new-yorkais…
Mais tout se concentre réellement, durant ces quelques quarante ans, sur leurs relations avec Jude, sur les traumatismes et les problèmes de santé de Jude, et sur les autres personnes intervenant dans la vie de celui-ci.
Le style se veut détaché, factuel et ne cherche pas à faciliter la lecture, souvent éprouvante voire too much pour ce qui est du parcours de Jude depuis qu'il a été trouvé par des moines à côté d'une poubelle derrière un supermarché (eh oui !), ou carrément DANS la poubelle selon le moine qui raconte…
On découvre de plus en plus rapidement qui parle à qui en progressant dans le récit, on reconnait les personnages, on voit venir les moments franchement pénibles.
Et comme on en prend pour plus de mille pages, on sait qu'il va falloir résister au KO suivant parce qu'on n'est pas encore au bout et qu'à l'évidence, Hanya Yanagihara n'a aucune raison de laisser ses lecteurs profiter longtemps d'acalmies après les uppercuts déjà infligés.
La traduction a constitué un obtacle pour moi, avec ses tournures pesantes et quelques ratés ; "fortitude", vraiment ? "Courage", ça n'était pas disponible ? Sans parler de ces "textes" dont il m'a fallu un moment pour comprendre qu'il était question de textos, un terme pourtant largement usité dès 2015… Mais d'autres lecteurs ont déjà évoqué quelques expressions et fautes piquant les yeux, et je veux bien croire que plus de mille pages, c'est un très très gros travail qui peut laisser passer des faiblesses.
Pourtant, je suis allée au bout du calvaire de Jude avec lui, espérant pour lui, désespérant de ce passé qui lui bouche sans cesse la vue et l'empêche de comprendre à quel point il mérite toute cette déferlante d'amour durant quarante ans sans qu'elle parvienne à rattraper le désastre des quinze premières années.
J'ai aimé chacun de ces quatre amis, et leurs amis avec eux.
Et si j'ai été atterrée par les abominations subies par le petit Jude, ce sont les blessures qu'il croit devoir infliger ensuite à ceux qui l'aiment pour se protéger qui m'ont bouleversée tant cela m'a paru réaliste.
Comment ne pas être renvoyée à celles qu'on donne pour se mettre à l'abri, qu'on reçoit pour avoir empiété malgré soi sur la frontière derrière laquelle l'autre cache ses cicatrices ?
Quels que soient les traumatismes, personne n'est indemne, et la polarisation de l'intrigue sur Jude n'empêche pas de prendre conscience que Malcolm, JB et Willem ont aussi à faire avec les leurs.
Ces quatre-là s'y emploient, avec plus ou moins d'adresse, plus ou moins de bonheur. Ils y sont aidés par d'autres, souvent.
Il y a de petits miracles et de merveilleux cadeaux.
Ils sont plus ou moins doués pour les accepter.
On ne guérit pas de son enfance…
On essaie, c'est tout.
Et c'est déjà pas mal.
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critiques presse (5)
Actualitte   02 novembre 2018
Autant vous dire que ce roman est extrêmement riche en émotions. Il m’a baladé, voire malmené entre tendresse, attachement féroce aux personnages, rires et très grande tristesse.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaPresse   04 avril 2018
Publié en 2015, le bouleversant roman de l'Américaine Hanya Yanagihara vient d'être traduit en français. L'histoire semble banale, presque clichée. Quatre jeunes hommes se lient d'amitié à l'université.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Lexpress   22 janvier 2018
Un roman d'apprentissage qui se transforme peu à peu en exploration de la violence aux Etats-Unis. Impressionnant.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeFigaro   17 janvier 2018
Hanya Yanagihara publie Une vie comme les autres, histoire de quatre étudiants de Harvard de 1980 à nos jours. Magistral.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde   17 janvier 2018
Avec « Une vie comme les autres », l’écrivaine américaine réussit à faire ressentir au lecteur les souffrances de son héros.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (111) Voir plus Ajouter une citation
juliehysjuliehys   08 septembre 2021
Mais surtout, vous observer tous les deux ensemble me manquait; te regarder le regardant, le regarder te regardant me manquait; voir l'attention que vous vous portiez me manquait, ton affection sincère et naturelle à son égard me manquait; vous observer vous écouter intensément l'un l'autre me manquait.
Commenter  J’apprécie          20
juliehysjuliehys   08 septembre 2021
- Au moins, Willem n'est pas là, nous sommes-nous dit. Au moins Willem n'est pas là pour voir ça.
Même si, évidemment, si tu avais été là, ne l'aurait-il pas été aussi?
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juliehysjuliehys   07 septembre 2021
A chaque fois, il avait réussi à oublier que c’était son vieil ami, son colocataire, qui se trouvait sur scène et, à la tombée du rideau, il avait éprouvé un sentiment mêlé de fierté et de vague à l’âme, comme si l’élévation même du plateau annonçait l’ascension de Willem vers une autre phase de son existence, à laquelle lui aurait du mal à accéder.
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juliehysjuliehys   08 septembre 2021
On ne rend pas visite à ceux qui sont perdus, mais aux personnes en quête de ceux qu’elles ont perdus.
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juliehysjuliehys   07 septembre 2021
Malgré tout, il se sentait soulagé de retourner chez lui en secret tous les dimanches, où la nourriture abondait, où sa grand mère lui lavait son linge, où chacune de ses paroles et où chacune de ses esquisses était appréciée et accueillie par des murmures d’approbation.
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Videos de Hanya Yanagihara (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hanya Yanagihara
"Une vie comme les autres" d'Hanya Yanagihara, traduit de l'anglais (États-Unis) par Emmanuelle Ertel, disponible le 4 janvier 2018 aux éditions Buchet Chastel
Découvrez le roman sur http://www.buchetchastel.fr/une-vie-comme-les-autres-hanya-yanagihara-9782283029480
Épopée romanesque d'une incroyable intensité, chronique poignante de l'amitié masculine contemporaine, Une vie comme les autres interroge de manière saisissante nos dispositions à l'empathie et l'endurance de chacun à la souffrance, la sienne propre comme celle d'autrui. On y suit sur quelques dizaines d'années quatre amis de fac venus conquérir New York. Willem, l'acteur à la beauté ravageuse et ami indéfectible, JB, l'artiste peintre aussi ambitieux et talentueux qu'il peut être cruel, Malcolm, l'architecte qui attend son heure dans un prestigieux cabinet new-yorkais, et surtout Jude, le plus mystérieux d'entre eux. Au fil des années, il s'affirme comme le soleil noir de leur quatuor, celui autour duquel les relations s'approfondissent et se compliquent, cependant que leurs vies professionnelles et sociales prennent de l'ampleur. Révélant ici son immense talent de styliste Hanya Yanagihara redonne, avec ce texte, un souffle inattendu au grand roman épique américain.
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