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Critique de LireEnBulles


LireEnBulles
  23 février 2018
Ai Yazawa est une mangaka d'origine japonaise née en 1967 dans la préfecture de Hyogo. Son nom de plume s'inspire de celui du chanteur Eikichi Yazawa, dont elle est une grande fan. Son envie d'écrire et dessiner du manga arrive très tôt, puisqu'à seulement 13 ans elle s'inscrit à un concours organisé par une grande maison d'édition dont elle remporte le prix décerné aux jeunes mangakas. Pour son cursus scolaire, Yazawa se lance dans des études de stylisme, avant de basculer à 17 ans dans celui de la création de mangaka. Sa carrière débute en 1985, dans les pages du magazine de prépublication Ribon avec Ano Natsu, inédit en français. Elle finira finalement par abandonner ses études de styliste, son travail dans le manga lui prenant beaucoup de temps. En 1990 paraît Marine Blue, le one-shot Une Tempête aux couleurs des cerisiers (1992) et Fever, la rencontre ultime. Mais ses publications les plus connues sont sans aucun doute Je ne suis pas un ange (1992), Gokinjo, une vie de quartier (1995), Last Quarter en trois tomes (1998), Paradise Kiss et NANA, deux séries lancées en 2000. En France, c'est véritablement NANA qui fit exploser la renommée de l'auteure auprès des filles comme des garçons. Avec son univers rock et mature, Ai Yazawa a sut combiner son amour de la musique, du dessin et de la mode. L'intérêt porté par les lecteurs de l'artiste porte ses fruits puisque plusieurs de ses séries se sont vues adapter en série d'animation : Gokinjo, NANA et Paradise Kiss. de plus, NANA eut le droit à deux films live en 2005 et 2006. À noter que NANA remporta en 2003, le prix Shogakugan dans la catégorie shojo, à égalité avec Kaze Hikaru de Taeko Watanabe.

En 2010, la mangaka annonce qu'elle doit faire une pause dans sa carrière pour des soucis de santé qui l'empêche de continuer l'écriture de NANA. Fin 2016, elle exprime son envie de terminer NANA un jour en disant “NANA est le travail de ma vie. Mon défi était de sortir toutes mes idées, tout ce que j'avais en tête. Je suis désolé que les fans attendent depuis si longtemps, mais c'est sûr, un jour je reviendrai et donnerai le meilleur de moi-même.” En octobre 2017, Ai Yazawa donna de ses nouvelles en illustrant la magnifique pochette d'une chanteuse japonaise, JUJU.

Mais avant de continuer à nous morfondre sur la suite éventuelle de NANA, parlons de Paradise Kiss oeuvre terminée et dont Kana eu la chouette idée de rééditer en une intégrale de 880 pages, en 2009. le synopsis nous parle de la très sérieuse Yukari qui n'a qu'une obsession en tête : réussir son entrée à l'université. Si elle a la tête plongée dans ses études, elle n'en oublie pas l'amour puisqu'elle est amoureuse d'un de ses camarades de classe : Hiroyuki, sans qu'il ne le sache. Mais après une rencontre dans la rue, voilà que notre étudiante s'évanouit. À son réveil elle fait la connaissance du garçon Arashi, le travesti Isabella et Miwako. Eux, se sont des étudiants à l'école de mode. À sa grande surprise, ils lui demandent de devenir mannequin pour eux et faire la promotion de leur marque « Paradise Kiss », lors d'un défilé de mode pour valider leur année. Au départ hésitante, Yukari, attirée par cet univers, ira jusqu'à sacrifier ce qu'elle a de plus précieux et à s'opposer à sa mère pour vivre cette aventure. Et ce n'est pas le beau Georges, styliste du groupe, qui va lui faire entendre raison…

Si NANA tourne essentiellement autour de la musique et des coulisses auteurs de l'ascension d'un groupe de rock, Paradise Kiss, lui, parle de la mode où la jeune Yukari semble devenir la Alice de ce pays des merveilles de stylisme. Pour ceux qui connaissent l'auteure, il ne sera pas étonnant de découvrir qu'elle aborde aussi de multiples autres thèmes, comme l'adolescence, la sexualité, l'amitié, la peur de l'inconnu concernant le futur, et bien entendu l'amour. Les lecteurs de Gokinjo ne seront pas dépaysés puisque de nombreux personnages de la série précédente se retrouve mêlés à la nouvelle. Néanmoins, Paradisse Kiss peut être lu indépendamment de la première sans qu'elle ne pose de problèmes de compréhension. Ici, Ai Yazawa s'est simplement amusée à offrir une extension de son titre précédent, creusant ainsi un peu plus les personnalités de chacun.

Niveau complexité, les protagonistes donnant le plus de fil à retorde est celui de Georges. Extravagant de nature, le styliste aime se faire remarquer, et il est extrêmement compliqué de savoir ce qu'il pense réellement. Au contact de ces 4 personnages, Yukari va découvrir ce qu'est de vivre passionnément. En choisissant de faire des concessions avec sa nouvelle vie, Yukari va très vite entrer en conflit avec sa mère. En effet, jusqu'à présent la jeune fille ne cherchait que l'affection de sa mère, se laissant guider par les attentes de celle-ci sans écouter ces désirs ou ses rêves.

Entre amour et désillusions, on peut très vite y voir des parallèles avec les personnages de NANA. D'ailleurs, Georges ressemble énormément à Ren, même si celui-ci est plus fragile psychologiquement que le styliste. Georges lui, est le personnage que l'on aime détester, aimer, puis qu'on a envie de secouer par les épaules pour qu'il laisse enfin s'exprimer ses sentiments. Yukari doutera énormément de lui et de ses véritables attentes. Elle arrivera même à ne se voir que comme une simple mannequin que l'on habille à tout bout de champ mais que l'on ne prend pas le temps de regarder pour ce qu'elle est au fond. L'évolution de la relation entre les deux est belle, touchante et réaliste. Il n'y a ni précipitation ni facilitée scénaristique.

Et que dire du dessin ? Rien. Enfin si. C'est du Ai Yazawa maîtrisé, fin, fluide et même humoristique par moments. Ceux connaissant NANA seront notamment troublés par la ressemblance frappante entre les héros de Paradise Kiss et ceux de NANA. Étant dans un manga traitant de la mode, les tenues sont travaillées et soignées. Nul doute que l'auteure s'est inspirée de son travail à l'école de stylisme pour créer ses costumes parfois atypiques mais tellement jolis à regarder. Comme toujours les émotions que véhicule son trait de par les regards et les expressions des visages font mouche. le style de Ai Yazawa est d'ailleurs facilement reconnaissable tant elle fait partie de ces dessinateurs qui marquent. le manga a beau avoir été publié il y a dix-sept ans, la lecture et le dessin sont frais, touchants et emprunt d'une certaine élégance.

L'édition de Kana est exemplaire en tout point. le choix de couverture est simple mais en accord avec la sobriété et le coloris émotionnel du récit. Malgré ses 880 pages, le bouquin se manie bien en main et rend vraiment très beau sur l'étagère. La traduction de Misato Raillard et Thibaud Desbief est moderne et bien faite.

En conclusion, Paradise Kiss est un manga intemporel qui comblera les fans de Ai Yazawa et qui réussira à faire succomber les nouveaux. L'humour, l'amour et la mode forment un trio gagnant nourri par un récit dynamique et sensible. Les personnages trouvent très vite écho en nous et nous transportent dans leur quotidien avec une certaine magie imperceptible. Un petit coup de coeur pour cette oeuvre que j'ai eu le plaisir de découvrir et qui montre tout le talent et la maturité du génie d'Ai Yazawa.
Lien : https://lireenbulles.wordpre..
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