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Rose-Marie Makino-Fayolle (Traducteur)
EAN : 9782742746514
192 pages
Éditeur : Actes Sud (04/02/2004)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 200 notes)
Résumé :
Isaku n'a que neuf ans lorsque son père part se louer dans un bourg lointain. Devenu chef de famille, le jeune garçon participe alors à l'étrange coutume qui permet à ce petit village isolé entre mer et montagne de survivre à la famine : les nuits de tempête, les habitants allument de grands feux sur la plage, attendant que des navires en difficulté, trompés par la lumière fallacieuse, viennent s'éventrer sur les récifs, offrant à la communauté leurs précieuses carg... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (63) Voir plus Ajouter une critique
andman
  05 janvier 2014
La tempête qui depuis de nombreux jours sévit sur l'ensemble du littoral breton, l'envie de débuter l'année en compagnie d'un de mes auteurs préférés : la lecture de « Naufrages » d'Akira Yoshimura est bien de circonstances !
Isaku est un jeune garçon de neuf ans, l'aîné d'une fratrie de quatre enfants. Il habite un village isolé à flanc de montagne avec la mer en contrebas. Élevé à la dure par une maman qui le rudoie, Isaku souffre depuis six mois de l'absence de son papa parti travailler dans un port éloigné pour une période de trois ans. L'argent versé au début de son contrat a maintenu jusqu'à présent la famille à flot mais les réserves alimentaires, achetées dans un village situé à trois jours de marche, seront bientôt épuisées.
Au rythme des saisons, Isaku trime comme un adulte pour améliorer le quotidien de ses proches. Seul dans sa barque, le brave petit bonhomme suit à distance les hommes du village : pêcher le maquereau à la main ou le poulpe au crochet nécessite un savoir-faire, l'apprentissage est laborieux.
Depuis longtemps déjà la survie de ces habitants du bout du monde dépend d'un stratagème monstrueux orchestré chaque automne sous l'autorité du chef du village. A l'époque du rougeoiement des feuilles, celui-ci confie à Isaku une astreinte périodique vraiment particulière : alimenter le feu, la nuit entière, sous deux grands chaudrons remplis d'eau de mer et disposés sous abri au niveau de la grève.
S'il permet aux femmes de récupérer au petit matin le sel, ce travail nocturne est avant tout destiné à induire en erreur les équipages pris dans la tempête, à entraîner les bateaux sur les récifs qui bordent le littoral.
Fier d'avoir maintenant la confiance des adultes, Isaku alimente consciencieusement le foyer de l'espérance…
La souffrance est sans conteste le dénominateur commun aux romans de cet écrivain disparu en 2006 et « Naufrages », d'inspiration légendaire, n'échappe pas à la règle.
Tel un peintre impressionniste, Yoshimura insuffle avec bonheur des petites touches colorées à ces paysages entre terre et mer. Une phrase, un court paragraphe, suffisent à stimuler l'imagination du lecteur et cette profusion de contrastes, de lumière, contrebalance la noirceur et la cruauté de l'histoire.
Laissez-vous tenter par ce roman à la beauté cruelle !
Durant l'année qui commence et même au-delà, ses paysages sublimes et son atmosphère ancestrale vous reviendront de temps à autre en mémoire.
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Sachka
  19 juin 2020
"Comme il pleut ce soir,
N'est-ce pas mon hôte ?
Là-bas à la côte,
Le ciel est bien noir,
La mer est bien haute !
On dirait l'hiver ;
Parfois on s'y trompe...
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.
Oh ! marins perdus
Au loin dans cette ombre
Sur la nef qui sombre
Que de bras tendus
Vers la terre sombre !"
...
Ces quelques vers de la "Tempête en mer" de Victor Hugo que vous apprécierez je l'espère autant que je les apprécie et qui, je trouve, font écho de façon troublante au récit de Akira Yoshimura car de tempêtes il en est question tout au long de cette histoire.
L'écriture sobre, épurée, presque rêche de l'auteur, caractérisée par un certain minimalisme qui accentue la noirceur et la mélancolie qui émanent de ce récit dont la lente progression se fait invariablement au rythme des saisons, m'a immédiatement touchée. Un récit qui n'est volontairement pas daté et qui pourrait être intemporel mais que certains détails laissent à supposer qu'il se déroule dans les années 1870 au commencement de l'ère Meiji.
Une histoire puissante, poignante, qui nous embarque dès les premières pages vers les rivages lointains d'un petit village côtier au Japon, isolé de tout, perdu entre la mer et la montagne, dont les habitants vivent essentiellement de la pêche. Une vie de dur labeur, éreintante, rythmée par le passage des saisons, des tempêtes et des marées.
Le personnage principal est Isaku, un petit bonhomme âgé de 10 ans, aîné d'une fratrie de trois enfants, dont nous partageons le quotidien durant deux années consécutives. Chaque jour qui passe il récupère les débris des épaves charriés par la mer et malgré son jeune âge il travaille dur comme un homme pour aider sa mère, une femme revêche et peu aimante, qui se retrouve seule après que son père soit parti "se vendre" pour une durée de 3 ans auprès d'une compagnie maritime dans le port d'un village éloigné car c'est malheureusement monnaie courante pour les hommes et les femmes de ce village que de se vendre pour contrer la misère dans laquelle ils vivent.
Autour d'Isaku gravitent les habitants de ce village, des hommes et des femmes très pieux et superstitieux qui ne doivent leur salut qu'aux navires de commerce qui font ponctuellement naufrage (tous les 5 à 6 ans) et viennent s'échouer sur les rochers le long du rivage, attirés par les feux des chaudrons de sel que les habitants font cuire sur la plage les nuits de tempête. Des hommes et des femmes qui dans leur désespoir, n'ont pas d'autre choix que de piéger et piller les malheureux équipages qui osent s'aventurer dans leurs eaux, se rendant ainsi coupables de crimes dont ils tentent quelque part de s'absoudre dans les nombreuses cérémonies, rituels, prières qui régissent leur quotidien.
Ce qui m'a interpellée dans ce récit c'est la résignation qui caractérise l'ensemble des personnages qui acceptent le sort qui est le leur mais ce que j'en retiens surtout c'est cette petite lueur d'espoir qui subsiste jusqu'à la dernière page grâce à l'amour que porte Isaku à ce père absent, un amour indéfectible comme le ressac des vagues qui apporte chaque jour son lot de trésors et fait battre le coeur pur de ce jeune garçon qui fait preuve d'une grande sagesse et de beaucoup d'humilité pour son jeune âge.
Un beau roman que je vous invite à découvrir si comme moi vous aimez l'océan et les histoires un peu tristes...
Merci encore Tretrizoustan...
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Pancrace
  20 avril 2020
Il y a des romans qui vous emportent loin, très loin, aux antipodes géographiques et temporels laissant s'effeuiller les phases de la vie quand la misère mijote dans le chaudron du temps.
Celui-ci est de cette trempe et réserve son lot d'étonnants rebondissements.
J'ai ressenti de la joie et souvent du malheur à m'évader avec Isaku le petit pécheur dans les saisons de son existence.
Printemps-été-automne-hiver ont laissé place à sardines-encornets-maquereaux-poulpes, inévitables quand la famine tracasse et que manger rythme les carcasses.
Dès huit ans, remplacer son père dans son travail parti se vendre ailleurs pour faire vivre sa famille est devenu son quotidien cadencé par sa mère sévère.
Rien, ni personne, n'est à envier dans cet univers agressif et pourtant, il se dégage une sensation de sérénité extrême où l'on accepte sa condition sans ciller et quelques soient les souffrances, les plaintes sont tues, les contraintes sont acceptées et serviront vraisemblablement d'enseignements aux générations futures.
Ce conte philosophique, où soufflent la tempérance et l'humilité, enseigne à ne pas se réjouir trop vite d'une aubaine et à savoir gérer ses acquis.
Isaku, à la demande du chef du village, passe quelques nuits à faire griller du sel dans des marmites, le feu vif ainsi produit attire les bateaux qui s'échouent, les villageois peuvent donc les dépecer pour profiter de la cargaison.
L'ignorance et la naïveté étant les alliés du « bien mal acquis ne profite jamais »,
la petite communauté perdue au fond de la baie devra supporter les conséquences de ses actes. L'auteur dispose de ce talent de traduire les petits bonheurs comme les grandes horreurs avec de telles nuances que, quelque soit le dénouement, il nous noue les entrailles.
En débutant ce roman, je n'ai pas imaginé, dans une certaine mesure pouvoir discerner une sorte de similitude avec la situation actuelle de confinement dû au Covid 19 et à son issue.
Et pourtant…C'est sûrement pour cette raison qu'au terme de cette lecture, je me découvre bien moralisateur, néanmoins, comme disait Confucius :
« L'expérience est une lanterne qui n'éclaire que celui qui la porte. »
Faites la vôtre !
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missmolko1
  20 août 2016
Naufrages est un court récit, un conte qui ne peut qu'émouvoir le lecteur. On y fait la connaissance d'Isaku, un petit garçon de neuf ans dont le père est parti travailler dans un village lointain en échange d'une somme d'argent pour aider sa famille. Isaku est donc avec sa mère chargé de prendre soin de son frère et ses deux petites soeurs. Il part donc chaque matin à la pêche et grandi bien vite, loin de l'innocence de l'enfance.
Il nous fait découvrir son village et ses croyances :
"La mort d'un homme, sur le moment, attristait la famille et le reste du village, mais on croyait au retour des âmes et on se résignait vite. La vie était un don des dieux et des bouddhas, et quand venait la mort, l'âme humaine partait aux confins de la mer, pour ensuite revenir dans le ventre d'une femme afin de revivre dans le corps d'un bébé. La mort n'était pour l'âme qu'une période de profond repos précédant son retour, et les villageois croyaient que se lamenter trop longtemps troublait la paix de l'âme du mort. Dans le cimetière, on dressait les pierres tombales et les stûpas face à la mer pour favoriser le retour des âmes au village."
Mais aussi comment le village survit en espérant qu'un ou plusieurs bateaux viennent s'échouer sur les côtes pour pouvoir récupérer la marchandises.
"La visite des bateaux, en évitant aux villageois de mourir de faim, était l'événement le plus heureux qui pouvait arriver, au même titre qu'une campagne de pêche exceptionnelle ou une bonne récolte de champignons ou autres végétaux dans la montagne, mais ailleurs, pour les gens des autres villages, c'était un crime passible des châtiments les plus extrêmes. Sans ces naufrages, le village aurait disparu depuis longtemps, laissant la place à une côte inhospitalière semée de rochers. Les naufrages avaient permis à leurs ancêtres de survivre sur cette terre, et les villageois se devaient de perpétuer la tradition."
Bref, les temps sont durs mais quand un bateau coule enfin, il apporte un peu d'espoir au village mais ceci ne sera que de courte durée....
J'avais découvert l'auteur avec Un été en vêtements de deuil qui m'avait déjà beaucoup plu et je dois dire que je suis à nouveau conquise par Naufrages. La plume de l'auteur est simple, plein de pudeur et de poésie.
Lien : http://missmolko1.blogspot.i..
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araucaria
  21 mars 2016
Superbe rencontre avec un écrivain! Je ne regrette absolument pas ma lecture, ce livre est magnifique, même si les sujets abordés sont graves voire tragiques. Ce roman nous conduit au Japon, très probablement au 18ème ou 19ème siècle, dans un pauvre village de pécheurs ou se perpétue depuis toujours des traditions étranges, qui ne dérangent pas les villageois. L'histoire est intéressante, l'écriture est belle et agréable. Ce roman est presque un coup de coeur, et tout au moins une lecture que je conseille.
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
SachkaSachka   18 juin 2020
De retour à la maison, sa mère lui servit un bol de saké. Il le porta à ses lèvres et fut surpris par l'arôme qui se développa aussitôt à l'intérieur de sa bouche.
Après en avoir bu une gorgée, sa mère dit avec émotion :
- C'est de la bonne qualité. Je n'en ai jamais bu d'aussi bon. Ce n'est pas la même chose quand il est fait avec du riz.
Le liquide était épais, et une vague de chaleur se répandit dans son corps. Il se sentit tout ragaillardi.
- C'est au printemps de l'année prochaine que papa va revenir... J'espère qu'il sera en bonne santé, dit-il à sa mère.
Elle se tourna vers lui :
- Ne sois pas idiot, bien sûr qu'il reviendra en bonne santé. Ton père est solide, il ne risque pas de tomber malade, lui répondit-elle d'une voix forte.
Isaku prit une gorgée de saké. Il voulait être un pêcheur accompli pour le retour de son père. Il voulait être fort, être capable de soulever facilement un sac de riz.
L'ivresse le gagnait et tout se mit à tanguer devant ses yeux. Il termina son saké d'un seul coup et, titubant, alla s'affaler sur sa natte. Il plongea aussitôt dans un profond sommeil.
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SachkaSachka   16 juin 2020
Sur le rivage, il voyait des femmes, des vieillards et des enfants, le dos courbé. Quand le calme revenait après plusieurs jours de tempête, on trouvait beaucoup d'algues et de coquillages à ramasser. Il arrivait parfois que viennent aussi s'échouer des morceaux d'épaves, des fruits ou des fragments d'objets usuels, portés par les flots. Sa mère se dépêcha d'aller les rejoindre.
Un petit bateau flottait sur la mer. Contrairement à la nuit précédente, il n'y avait pas de vent, et
l'étendue d'eau était paisible sous le pâle soleil. Il entreprit de mettre le bateau de son père à l'eau. Il le tira sur le sable puis, les pieds dans l'eau froide, le poussa vers le large. Quand il prenait la rame, il pensait toujours à son père. La poignée en était lisse, et à la pensée que c'étaient les paumes de son père qui l'avaient façonnée ainsi, il avait conscience de sa présence à ses côtés.
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araucariaaraucaria   19 mars 2016
La mort d'un homme, sur le moment, attristait la famille et le reste du village, mais on croyait au retour des âmes et on se résignait vite. La vie était un don des dieux et des bouddhas, et quand venait la mort, l'âme humaine partait aux confins de la mer, pour ensuite revenir dans le ventre d'une femme afin de revivre dans le corps d'un bébé. La mort n'était pour l'âme qu'une période de profond repos précédant son retour, et les villageois croyaient que se lamenter trop longtemps troublait la paix de l'âme du mort. Dans le cimetière, on dressait les pierres tombales et les stûpas face à la mer pour favoriser le retour des âmes au village.
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andmanandman   07 janvier 2014
Isaku avait entendu parler des terribles châtiments qu'ils encouraient. Ils risquaient d'être ligotés et promenés, puis crucifiés la tête en bas et éviscérés à coups de lance. On disait aussi qu'on était crucifié après avoir eu les membres sciés. Si on apprenait qu'ils avaient pillé la cargaison d'un navire et battu à mort des matelots, on leur ferait certainement subir le même sort.
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WolandWoland   25 octobre 2012
[...] ... La visite des bateaux, en évitant aux villageois de mourir de faim, était l'événement le plus heureux qui pouvait arriver, au même titre qu'une campagne de pêche exceptionnelle ou une bonne récolte de champignons ou autres végétaux dans la montagne, mais ailleurs, pour les gens des autres villages, c'était un crime passible des châtiments les plus extrêmes. Sans ces naufrages, le village aurait disparu depuis longtemps, laissant la place à une côte inhospitalière semée de rochers. Les naufrages avaient permis à leurs ancêtres de survivre sur cette terre, et les villageois se devaient de perpétuer la tradition.

Ils croyaient que l'âme des défunts partait loin dans la mer, et qu'après un certain temps, comme elle n'avait aucun autre endroit pour aller, elle revenait s'installer dans le ventre d'une femme enceinte. Isaku était bien décidé à quitter le village le moins possible quand il serait marié, et à perpétuer la tradition afin que les âmes ne soient pas désorientées.

Il pensait de temps en temps à sa propre mort. Son corps serait incinéré, ses cendres enterrées. Son âme quitterait le village pour s'en aller vers le large. Puis, après un long voyage, il arriverait enfin à l'endroit de la mer où se rassemblaient les âmes des villageois. Elles constituaient un village au fond de la mer, où tout était clair et transparent. Les plantes aquatiques y formaient une forêt ondulante, et les rochers étaient couverts de coquillages nacrés.

Des bancs de petits poissons phosphorescents aux reflets mordorés nageaient qui, lorsque le poisson de tête faisait volte-face, faisaient demi-tour d'un seul coup. Cela ressemblait au spectacle des flocons de neige tombant dru.

Le fond de la mer était toujours calme, et la température de l'eau constante. Les âmes étaient habillées de vêtements transparents comme des méduses, et leurs cheveux étaient lumineux. Leur visage brillait d'un éternel sourire et elles ne parlaient pas. Elles étaient aussi livrées au profond sommeil de la mort. Parmi elles se trouvaient sa grand-mère dont il n'avait qu'un vague souvenir, et sa petite soeur Teru qui était morte un an plus tôt, un peu avant le Nouvel An. Les autres qui se tenaient derrière étaient sans aucun doute celles des ancêtres. ... [...]
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