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Rose-Marie Makino-Fayolle (Traducteur)
ISBN : 274274651X
Éditeur : Actes Sud (04/02/2004)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 176 notes)
Résumé :
Isaku n'a que neuf ans lorsque son père part se louer dans un bourg lointain. Devenu chef de famille, le jeune garçon participe alors à l'étrange coutume qui permet à ce petit village isolé entre mer et montagne de survivre à la famine : les nuits de tempête, les habitants allument de grands feux sur la plage, attendant que des navires en difficulté, trompés par la lumière fallacieuse, viennent s'éventrer sur les récifs, offrant à la communauté leurs précieuses carg... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
andman
  05 janvier 2014
La tempête qui depuis de nombreux jours sévit sur l'ensemble du littoral breton, l'envie de débuter l'année en compagnie d'un de mes auteurs préférés : la lecture de « Naufrages » d'Akira Yoshimura est bien de circonstances !
Isaku est un jeune garçon de neuf ans, l'aîné d'une fratrie de quatre enfants. Il habite un village isolé à flanc de montagne avec la mer en contrebas. Élevé à la dure par une maman qui le rudoie, Isaku souffre depuis six mois de l'absence de son papa parti travailler dans un port éloigné pour une période de trois ans. L'argent versé au début de son contrat a maintenu jusqu'à présent la famille à flot mais les réserves alimentaires, achetées dans un village situé à trois jours de marche, seront bientôt épuisées.
Au rythme des saisons, Isaku trime comme un adulte pour améliorer le quotidien de ses proches. Seul dans sa barque, le brave petit bonhomme suit à distance les hommes du village : pêcher le maquereau à la main ou le poulpe au crochet nécessite un savoir-faire, l'apprentissage est laborieux.
Depuis longtemps déjà la survie de ces habitants du bout du monde dépend d'un stratagème monstrueux orchestré chaque automne sous l'autorité du chef du village. A l'époque du rougeoiement des feuilles, celui-ci confie à Isaku une astreinte périodique vraiment particulière : alimenter le feu, la nuit entière, sous deux grands chaudrons remplis d'eau de mer et disposés sous abri au niveau de la grève.
S'il permet aux femmes de récupérer au petit matin le sel, ce travail nocturne est avant tout destiné à induire en erreur les équipages pris dans la tempête, à entraîner les bateaux sur les récifs qui bordent le littoral.
Fier d'avoir maintenant la confiance des adultes, Isaku alimente consciencieusement le foyer de l'espérance…
La souffrance est sans conteste le dénominateur commun aux romans de cet écrivain disparu en 2006 et « Naufrages », d'inspiration légendaire, n'échappe pas à la règle.
Tel un peintre impressionniste, Yoshimura insuffle avec bonheur des petites touches colorées à ces paysages entre terre et mer. Une phrase, un court paragraphe, suffisent à stimuler l'imagination du lecteur et cette profusion de contrastes, de lumière, contrebalance la noirceur et la cruauté de l'histoire.
Laissez-vous tenter par ce roman à la beauté cruelle !
Durant l'année qui commence et même au-delà, ses paysages sublimes et son atmosphère ancestrale vous reviendront de temps à autre en mémoire.
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missmolko1
  20 août 2016
Naufrages est un court récit, un conte qui ne peut qu'émouvoir le lecteur. On y fait la connaissance d'Isaku, un petit garçon de neuf ans dont le père est parti travailler dans un village lointain en échange d'une somme d'argent pour aider sa famille. Isaku est donc avec sa mère chargé de prendre soin de son frère et ses deux petites soeurs. Il part donc chaque matin à la pêche et grandi bien vite, loin de l'innocence de l'enfance.
Il nous fait découvrir son village et ses croyances :
"La mort d'un homme, sur le moment, attristait la famille et le reste du village, mais on croyait au retour des âmes et on se résignait vite. La vie était un don des dieux et des bouddhas, et quand venait la mort, l'âme humaine partait aux confins de la mer, pour ensuite revenir dans le ventre d'une femme afin de revivre dans le corps d'un bébé. La mort n'était pour l'âme qu'une période de profond repos précédant son retour, et les villageois croyaient que se lamenter trop longtemps troublait la paix de l'âme du mort. Dans le cimetière, on dressait les pierres tombales et les stûpas face à la mer pour favoriser le retour des âmes au village."
Mais aussi comment le village survit en espérant qu'un ou plusieurs bateaux viennent s'échouer sur les côtes pour pouvoir récupérer la marchandises.
"La visite des bateaux, en évitant aux villageois de mourir de faim, était l'événement le plus heureux qui pouvait arriver, au même titre qu'une campagne de pêche exceptionnelle ou une bonne récolte de champignons ou autres végétaux dans la montagne, mais ailleurs, pour les gens des autres villages, c'était un crime passible des châtiments les plus extrêmes. Sans ces naufrages, le village aurait disparu depuis longtemps, laissant la place à une côte inhospitalière semée de rochers. Les naufrages avaient permis à leurs ancêtres de survivre sur cette terre, et les villageois se devaient de perpétuer la tradition."
Bref, les temps sont durs mais quand un bateau coule enfin, il apporte un peu d'espoir au village mais ceci ne sera que de courte durée....
J'avais découvert l'auteur avec Un été en vêtements de deuil qui m'avait déjà beaucoup plu et je dois dire que je suis à nouveau conquise par Naufrages. La plume de l'auteur est simple, plein de pudeur et de poésie.
Lien : http://missmolko1.blogspot.i..
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araucaria
  21 mars 2016
Superbe rencontre avec un écrivain! Je ne regrette absolument pas ma lecture, ce livre est magnifique, même si les sujets abordés sont graves voire tragiques. Ce roman nous conduit au Japon, très probablement au 18ème ou 19ème siècle, dans un pauvre village de pécheurs ou se perpétue depuis toujours des traditions étranges, qui ne dérangent pas les villageois. L'histoire est intéressante, l'écriture est belle et agréable. Ce roman est presque un coup de coeur, et tout au moins une lecture que je conseille.
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joedi
  30 mars 2016
Dans un petit village maritime au pied des montagnes, vit Isaku, petit garçon de neuf ans, sa mère et ses frères et soeurs ; leur père est absent pour une période de trois ans, il s'est vendu, ce qui signifie qu'il est parti travailler dans un village éloigné. Ces villageois, sans ressources qui connaissent la faim, ont d'une part cette solution pour que vive le reste de la famille et d'autre part, une tradition secrète : les villageois, la nuit venue, pendant la période hivernale, allument des feux sur la plage avec l'espoir de vois s'échouer un navire. Ces navires qui transportent du riz et d'autres marchandises sont une véritable manne, un miracle qui leur assure la nourriture indispensable à leur survie.
Un roman magistral.
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bvb09
  31 janvier 2014
Voici le deuxième livre de Yoshimura que je lis et les mêmes causes provoquant les mêmes effets, j'ai à nouveau effectué un voyage « emporté par un mot ».
Dès les premières phrases l'évasion est totale, la poésie est partout même si les faits, l'action et les personnages relèvent d'un pragmatisme sans concession.
Tout est dur, voire brutal, sans humour aucun, Andman l'a souligné ailleurs, mais je me suis lové dans cette histoire de manière incompréhensible, aidé sans doute par un style simple, épuré qui infuse une sérénité que mes clichés qualifient d'asiatique.
Je n'ai qu'une explication rationnelle à cet engouement : je suis une réincarnation d'un villageois japonais pilleur d'épaves, et j'étais amoureux de Tami.
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
ClairembeaudClairembeaud   18 avril 2019
Il commençait à comprendre. Il avait été longtemps persuadé que la cuisson du sel était une cérémonie pour que les bateaux en difficulté viennent s'échouer sur la plage, et il se rendait compte maintenant que c'était surtout un moyen de provoquer un naufrage.
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araucariaaraucaria   19 mars 2016
La mort d'un homme, sur le moment, attristait la famille et le reste du village, mais on croyait au retour des âmes et on se résignait vite. La vie était un don des dieux et des bouddhas, et quand venait la mort, l'âme humaine partait aux confins de la mer, pour ensuite revenir dans le ventre d'une femme afin de revivre dans le corps d'un bébé. La mort n'était pour l'âme qu'une période de profond repos précédant son retour, et les villageois croyaient que se lamenter trop longtemps troublait la paix de l'âme du mort. Dans le cimetière, on dressait les pierres tombales et les stûpas face à la mer pour favoriser le retour des âmes au village.
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WolandWoland   25 octobre 2012
[...] ... La visite des bateaux, en évitant aux villageois de mourir de faim, était l'événement le plus heureux qui pouvait arriver, au même titre qu'une campagne de pêche exceptionnelle ou une bonne récolte de champignons ou autres végétaux dans la montagne, mais ailleurs, pour les gens des autres villages, c'était un crime passible des châtiments les plus extrêmes. Sans ces naufrages, le village aurait disparu depuis longtemps, laissant la place à une côte inhospitalière semée de rochers. Les naufrages avaient permis à leurs ancêtres de survivre sur cette terre, et les villageois se devaient de perpétuer la tradition.

Ils croyaient que l'âme des défunts partait loin dans la mer, et qu'après un certain temps, comme elle n'avait aucun autre endroit pour aller, elle revenait s'installer dans le ventre d'une femme enceinte. Isaku était bien décidé à quitter le village le moins possible quand il serait marié, et à perpétuer la tradition afin que les âmes ne soient pas désorientées.

Il pensait de temps en temps à sa propre mort. Son corps serait incinéré, ses cendres enterrées. Son âme quitterait le village pour s'en aller vers le large. Puis, après un long voyage, il arriverait enfin à l'endroit de la mer où se rassemblaient les âmes des villageois. Elles constituaient un village au fond de la mer, où tout était clair et transparent. Les plantes aquatiques y formaient une forêt ondulante, et les rochers étaient couverts de coquillages nacrés.

Des bancs de petits poissons phosphorescents aux reflets mordorés nageaient qui, lorsque le poisson de tête faisait volte-face, faisaient demi-tour d'un seul coup. Cela ressemblait au spectacle des flocons de neige tombant dru.

Le fond de la mer était toujours calme, et la température de l'eau constante. Les âmes étaient habillées de vêtements transparents comme des méduses, et leurs cheveux étaient lumineux. Leur visage brillait d'un éternel sourire et elles ne parlaient pas. Elles étaient aussi livrées au profond sommeil de la mort. Parmi elles se trouvaient sa grand-mère dont il n'avait qu'un vague souvenir, et sa petite soeur Teru qui était morte un an plus tôt, un peu avant le Nouvel An. Les autres qui se tenaient derrière étaient sans aucun doute celles des ancêtres. ... [...]
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andmanandman   07 janvier 2014
Isaku avait entendu parler des terribles châtiments qu'ils encouraient. Ils risquaient d'être ligotés et promenés, puis crucifiés la tête en bas et éviscérés à coups de lance. On disait aussi qu'on était crucifié après avoir eu les membres sciés. Si on apprenait qu'ils avaient pillé la cargaison d'un navire et battu à mort des matelots, on leur ferait certainement subir le même sort.
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araucariaaraucaria   20 mars 2016
Un bateau de trois à quatre cents tonneaux faisait son apparition au bout du cap. Ses voiles qui pendaient lamentablement faseyaient par moments. Il apercevait une marque noire en haut des voiles, des ballots entreposés sur le pont et aussi des silhouettes humaines. Le bateau avançait lentement en direction du sud-est.
Il avait les yeux fixés sur le bateau. Bientôt, celui-ci disparut à nouveau dans l'ombre du cap au-dessus duquel tournoyaient les corbeaux.
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