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Le Labyrinthe du monde tome 1 sur 3
EAN : 9782070371655
370 pages
Gallimard (01/02/1980)
3.98/5   175 notes
Résumé :
Le livre de Marguerite Yourcenar commence par le récit d'une naissance : la sienne. De ce point de départ elle s'interroge. D'où vient-elle ? Qui fut sa mère, morte presque aussitôt ? Qui fut son père ? Ces deux familles dont elle est issue, que peut-elle en savoir, à travers les épaisseurs du temps ? Personne ne rend sensible comme elle l'existence d'âge en âge des êtres en un lieu donné, et le fait que les générations sur le même coin de terre s'entassent comme de... >Voir plus
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Yourcenar l'explique assez vite à son lecteur : le souvenir pieux est un petit feuillet à glisser dans un missel et invitant, parmi quelques citations tirées des Écritures, à se souvenir devant Dieu d'un défunt ou d'une défunte. Tel est en somme le principe de son livre tout entier. Mais s'il y a ici de la piété, elle tourne le dos à la bondieuserie pour n'être que familiale, sans exclure d'ailleurs l'esprit critique, ni même une touche corrosive souvent savoureuse.

Avant d'être le portrait d'une famille, c'est celui d'une époque et d'une société, et même de la bonne société : l'aristocratie et la bourgeoisie industrielle de Belgique, au tournant des XIXème et XXème siècles. Souvenirs pieux tient ainsi à la fois du portrait de caractères, de la chronique sociale, de l'essai et de l'autobiographie. Yourcenar n'y cache ni son affection ni ses moqueries, voire plus rarement sa détestation d'un personnage. Elle ne dissimule rien non plus de ses questions de petite fille, à l'époque des faits, ou de vieille dame lorsqu'elle écrit ce texte. Il y a un dialogue permanent entre ce qu'était le monde de ce temps-là et celui qu'il a enfanté par la suite. le livre se transforme même parfois en une charge virulente contre l'idéologie du progrès qui a gouverné tout le XXème siècle avec les éclatants triomphes que l'on sait. L'auteure prend le parti de la liberté contre les conformismes, de l'harmonie du monde contre son exploitation effrénée, de la nature et de l'animal contre l'arrogance humaine. Pas trace de militantisme dans son propos, mais une délicate broderie de notations et de rapprochements, dessinant peu à peu une morale que je trouve admirable.

Certes, le lecteur se perd parfois dans les ramifications et les enchevêtrements de cette famille. L'architecture du livre favorise d'ailleurs cet égarement, en invitant à la flânerie et à la rêverie plutôt qu'à l'exploration sèche et méthodique d'archives parcellaires. Yourcenar n'a pas voulu que l'on confonde son oeuvre avec une austère entreprise de généalogiste : l'objet n'est pas pour elle de tracer au cordeau un réseau de filiations ou d'héritages, mais de redonner vie et souffle à quelques figures de son enfance ou de sa mythologie familiale, en des histoires émouvantes qui atteignent à l'universel. On mesure la nature de l'exploit, tant les histoires de famille sont en général aussi incompréhensibles que dénuées d'intérêt, dès lors que ce sont celles des autres. Mais voilà, c'est tout simple : ce qu'écrit Marguerite Yourcenar n'appartient pas au monde des autres.

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A souffrance égale tout au long de leur vie, Marguerite Yourcenar aurait-elle eu moins de compassion à l'égard des hommes que pour les animaux. Sans doute rend-elle les premiers responsables des dommages irréversibles que subit la nature pour les envelopper de cet humanisme froid qui se fige dans ses lignes. En ce début de vingtième siècle qui connaîtra l'explosion d'un tourisme de masse, aussi dévastateur pour les paysages du monde que l'est l'industrialisation, elle se confirme dans ses ouvrages comme un précurseur de l'écologie. Les passages évoquant le parcours des bovins vers l'abattoir ou encore l'origine de l'ivoire dans lequel est ciselé un crucifix sont éloquents.

Cette froideur lui fait parler d'elle à la troisième personne, en spectatrice de son enfance. "L'être que j'appelle moi vient au monde un lundi 8 juin 1903 …" Elle lui fait affirmer ne pas regretter de n'avoir pas connu sa mère. Tout au long de cet ouvrage, elle ne l'appellera jamais que par son prénom : Fernande.

On ne choisit pas sa famille comme on peut le faire des héros de ses romans. Elle déclare plus volontiers son amour, certes chaste et fraternel, à ces derniers. Quand on est écrivain de grand talent, à l'érudition culminante, on peut les modeler à son goût, les mener selon ses lubies, leur faire dire et les faire agir à dessein pour développer les thèses de sa conviction. Alors, ceux qui vous servent si bien, au premier rang desquels Zénon, peuvent se voir gratifié de préférence. Au détriment de parents de tous degrés à qui on peut reprocher d'avoir été affublés de trop de défauts, d'avoir été trop humains en somme.

Souvenir pieux est un regard rétrospectif sur cette famille nombreuse dont Marguerite Yourcenar est issue. Elle offre à tous ces êtres, qu'elle a peu ou pas connus, une nouvelle sépulture en les couchant dans ses pages. Son humanisme froid a malgré tout le souci de l'équité. Autant que tous ceux que l'histoire a conservé dans sa mémoire, en particulier depuis que l'écriture nous en rapportent leur propos, que Marguerite Yourcenar connaît mieux que quiconque, les êtres simples ont le droit de sortir de l'indifférence dans laquelle la mort les a plongés. Souvenirs pieux veut réparer cette injustice faite à ceux qui n'auront pas éclairé l'histoire, fût-elle "la très petite histoire", de leur nom. Les gens simples ont aussi leur complexité, même si elle ne s'est pas exprimée par un talent reconnu. Elle donnera cependant, sans doute par confraternité, la prime à ceux de ses antécédents qui auront noirci quelques pages de leurs traits de pensées, tel l'oncle Octave. Mais, en boulimique d'archives perfectionniste qu'elle est, elle l'apprécie toutefois plus comme témoin du passé que comme philosophe.

Marguerite Yourcenar ou la maîtrise du savoir dire. Savoir dire les choses sans faux fuyant, sans faux semblant, et surtout sans jugement. Sauf peut-être la réprobation implicite qui n'échappe pas au lecteur à l'égard de ceux qui déciment la gente animale sans nécessité de survie. Ce savoir dire, délivré du louvoiement qu'impose le plus souvent la faiblesse, a toutefois la contre partie de la froideur quelque peu professorale de l'objectivité.

A consommer sans modération pour la qualité de cette langue qui colporte dans ses phrases une érudition à vous rendre honteux. A consommer aussi pour rejoindre les rangs de ceux qui déplorent que la prospérité de l'homme aille de pair avec la ruine de son environnement.

Page 60 édition Folio, Marguerite Yourcenar explique ce qu'est un souvenir pieux. Celui rédigé à l'adresse de sa mère défunte portait cette phrase : "il ne faut pas pleurer parce que cela n'est plus, il faut sourire parce que cela a été.

Elle a toujours essayé de faire de son mieux."

Souvenir pieux est le premier tome de Labyrinthe du monde qui en comporte trois. J'ai décidé de persister dans ma confrontation avec l'académie.

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Dans Souvenirs pieux, Madame Yourcenar nous offre, de sa belle écriture, la vie romancée de sa branche maternelle.

Roman à structure fermée, il débute sur la naissance de l'écrivaine et le trépas de sa mère, quatorze jours plus tard. Ce qui amènera l'envoi d'un souvenir pieux, faire-part de décès agrémenté de versets de la Bible et d'un texte précisant la félicité de la défunte à rejoindre le Seigneur. le livre s'achève par les chapitres relatant la jeunesse et la vie de sa mère jusqu'à son mariage.

Entre ces deux parties, Marguerite Yourcenar décrit la généalogie maternelle en insistant pendant de longs chapitres sur deux de ses grands oncles, Octave Pirmez et son frère Fernand, dit Rémo.

Octave est un auteur belge, qui fut reconnu tardivement dans son pays. Très proche de son frère, il écrira sur sa vie pour lui rendre hommage. Car Fernand est un être passionné, typique du XIXème siècle. Il s'enflamme pour les nouvelles idéologies, progrès, liberté, socialisme, continuations de celles de la Révolution française. Dans ce milieu aristocratique et catholique, Fernand n'est pas accepté. Seul Octave le soutiendra, bien que pris dans son carcan social. Fernand se suicidera, « avec un pistolet qu'il ne savait pas armé », comme l'affirmera la famille soucieuse des qu'en-dira-t-on. Ces deux personnages typiques et presque romantiques influenceront l'oeuvre de Marguerite Yourcenar, d'où ces passages très longs sur eux mais qui s'expliquent.

Souvenirs pieux permet à l'écrivaine de nous faire découvrir ce qui finalement constituera l'essence de sa production littéraire. Elle cherche également à montrer que la vie est loin d'être un chemin rectiligne, qu'elle est faite d'impasses et de longs trajets de contournements. Est-ce la raison pour laquelle Souvenirs pieux appartient à un triptyque appelé le Labyrinthe du monde ? Possible.

C'est un beau roman que nous propose l'auteure, pas le meilleur, mais que je conseille, ne serait-ce que pour l'écriture et la profondeur de la culture de cette grande dame qu'était Marguerite Yourcenar.

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Ce premier tome de la trilogie du Labyrinthe du Monde n'est pas le roman le plus connu de Marguerite Yourcenar. Il ne l'est pas du tout d'ailleurs, et s'est bien dommage. Un examen en surface mené par un lecteur pressé ne donne pas franchement envie de le lire. L'auteure – est-il besoin de rappeler qu'il s'agit de la première académicienne ? - se livre à une sorte de biographie rétrospective de sa famille maternelle.

Prenant pour point de départ sa naissance, elle se livre à un exercice ardu : retracer le parcours de plusieurs générations à l'affût de documents épars. Certes, il ne s'agit pas de n'importe quelle famille entre une petite noblesse et une bonne bourgeoisie. le cadre belge ne paraît que peu intéressant... et pourtant. Elle s'attache à une période cible : la naissance de cet État sans Nation. La démarche est originale car avec un souci généalogique et quelque peu historien, l'auteure veut nous plonger dans une époque et un milieu. le contexte livré par de petites esquisses narratives disséminées ça et là. Il est présent sans prendre la première place.

La romancière nous livre un panorama familial sans complaisance se livrant à une critique acerbe teintée de respect (encore que...). Mais bien au delà d'une réflexion sur des temps passés elle nous livre par petites touches l'esquisse d'une pensée qui est ancrée dans notre actualité contemporaine : l'écologie, la place de l'humanité, le rôle des femmes dans la société, le conformisme. le caractère de cette oeuvre est particulier, facile d'accès (le style Yourcenar) et mérite à être connu. Plus qu'à lire la suite. Encore que le lecteur satisfait pourra aisément s'arrêter à la fin de ce roman (qui se conçoit comme une oeuvre à part entière).


Lien : http://kriticon.over-blog.com
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Dans sa trilogie, Yourcenar raconte ses origines, son histoire et commente les événements familiaux. Voici les titres de la trilogie familiale :

Souvenirs pieux (1974)

Archives du Nord (1977)

Quoi? l'Éternité…(1988)

Grâce au Labyrinthe du monde, Marguerite de Crayencourt, dite Yourcenar, devient immortelle sous sa plume. Elle s'est inventée comme un personnage de ses romans et c'est beau. C'est la représentation humaine dans toute sa splendeur et dans sa déchéance qui s'offre à nous.

Pour ce faire, Yourcenar a eu à sa disposition de nombreux documents comme des lettres, des livres, des photos, des archives. Elle a interviewé des gens, elle a donc entrepris une démarche sur le terrain.

J'ai retrouvé cette vidéo sur YouTube où elle accepte de répondre aux questions de Bernard Pivot pour l'émission Apostrophes à propos de Souvenirs pieux et d'Archives du Nord. C'est touchant d'entendre la grande Yourcenar parler de ses écrits.

Souvenirs pieux

Tout d'abord, qu'est-ce qu'un souvenir pieux? Yourcenar le mentionne dans son livre après le décès de sa mère.

«[…] : un feuillet de format assez petit pour qu'on pût l'insérer entre les pages d'un missel, où l'on voit au recto une image de piété, accompagnée d'une ou plusieurs prières, chacune d'elles portant souvent au bas, en très petits caractères, l'indication exacte des heures, jours, mois et années d'indulgence que leur récitation procurerait aux âmes du Purgatoire ; au verso, une demande de se souvenir devant Dieu du défunt ou de la défunte, suivie de quelques citations tirées des Écritures ou d'ouvrages de dévotion, et de quelques oraisons jaculatoires. » (p. 60)

Pour se souvenir des siens, Yourcenar décide de les coucher sur le papier pour leur rendre ainsi un hommage. À cet égard, elle s'interroge sur l'identité des membres de sa famille, du côté de sa mère, du côté de son père. Souvenirs pieux est composé des parties suivantes :

L'accouchement

La tournée des châteaux

Deux voyageurs en route vers la région immuable

Fernande

Yourcenar ouvre son bouquin en relatant sa naissance le 8 juin 1903 à Bruxelles et le termine par un chapitre consacré à cette mère, Fernande, qu'elle n'a pas connue, car elle morte d'une fièvre typhoïde le 18 juin laissant son père, un homme de 50 ans, seul, à l'élever. Entre ces deux parties, une tournée des châteaux belges de Flémalle, de Marchienne et de Suarlée ayant appartenu à la famille de sa mère est présentée, et un portrait de deux grands-oncles est dressé, Fernand dit Rémo qui s'enlèvera la vie et Octave Pirmez, qui a été écrivain, essayiste.

À travers ces parties, Yourcenar cherche à comprendre qui elle est en abordant ses ancêtres maternels. Elle relève des traits chez ces derniers se retrouvant également chez elle.

Ce que je pense

Chaque fois que je lis un livre de Marguerite Yourcenar, je suis toujours fascinée par sa plume. Elle manie la langue comme nulle autre et elle développe son information d'une façon éblouissante, inimitable. Par exemple, je me dis en la lisant : «Mais comment a-t-elle fait pour écrire cette phrase? Où a-t-elle été chercher cette idée?» Son génie m'apparaît bien mystérieux. Ses connaissances sont immenses, son savoir indéniable et sa manière de raconter, unique.

Alors, je pense que j'ai lu Souvenirs pieux en ressentant un immense respect pour cette autrice. J'ai aimé en apprendre davantage sur les siens, sur les châteaux, sur elle. En plus, mon conjoint est Belge et lorsque je vais en Belgique, je me rends avec lui visiter les châteaux et je dois dire que j'ai beaucoup pensé à ce pays, à la mer du Nord, un peu présente, à Liège que nous habitons lorsque nous y allons, à Bruxelles, la toute belle.

Je dois aussi dire que les Belges devraient lire ce bouquin pour connaître un peu plus leur patrimoine, la façon de vivre de leurs ancêtres, le développement de leurs villes.

J'ai apprécié également connaître des traits de la personnalité de Marguerite Yourcenar. Je ne savais pas qu'elle était sensible à la cause animale ou encore à la protection de la planète. Je me suis retrouvée dans sa façon de percevoir l'univers et la cause animale. Comme elle le mentionne :

«Cette fillette vieille d'une heure est en tout cas déjà prise, comme dans un filet, dans les réalités de la souffrance animale et de la peine humaine ; elle l'est aussi dans les futilités d'un temps, dans les petites et grandes nouvelles du journal que personne ce matin n'a eu le temps de lire, et qui gît sur le banc du vestibule, dans ce qui est de mode et dans ce qui est de routine. » (p. 33-34)

La peine humaine m'afflige, les maux de mon siècle me détruisent intérieurement et physiquement tout comme ce que l'on fait subir depuis des siècles aux animaux. C'est l'horreur… et c'est pourquoi je suis végétarienne depuis presque 30 ans. Comme elle, je déteste les futilités de mon siècle et je crois que le temps est précieux et qu'il ne faut pas le gaspiller. En somme, je déteste perdre mon temps.

Mais encore, les souvenirs ouvrent une voie en soi, ils peuvent faire trembler un rêve, ils peuvent creuser un trou dans notre inconscient, ils peuvent nous habiter longtemps. Comme le mentionne Yourcenar sur cette envolée sur la mer du temps :

« C'est à l'intensité que se mesure un souvenir». (p. 199)

Donc, je dois dire que je suis bien heureuse d'avoir lu Souvenirs pieux. Je vous recommande ces souvenirs si vous voulez découvrir un peu plus la destinée de celle qui fut la première dame à être admise à l'Académie française. Elle a ouvert la porte, certaines et certains diront enfin, aux autrices dans ce temple encore si masculin.

https://madamelit.ca/2022/03/28/madame-lit-souvenirs-pieux-de-marguerite-yourcenar/


Lien : https://madamelit.ca/2022/03..
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation

Mais revenons à Fernande. La maternité était partie intégrante de la femme idéale telle que la dépeignaient les lieux communs courants autour d'elle : une femme mariée se devait de désirer être mère comme elle se devait d'aimer son mari et de pratiquer les arts d'agrément. Tout ce qu'on enseignait sur ce sujet était d'ailleurs confus et contradictoire : l'enfant était une grâce, un don de Dieu ; il était aussi la justification d'actes jugés grossiers et quasi répréhensibles, même entre époux, quand la conception ne venait pas les justifier. Sa naissance mettait en joie le cercle de famille ; en même temps, la grossesse était une croix qu'une femme pieuse et sachant ses devoirs portait avec résignation. Sur un autre plan, l'enfant était un joujou, un luxe de plus, une raison de vivre un peu plus solide que les courses en ville et les promenades au Bois. Sa venue était inséparable des layettes bleues ou roses, des visites de relevailles reçues en négligé de dentelles : il était impensable qu'une femme comblée de tous les dons n'eût pas aussi celui-là. En somme, l'enfant consacrerait la pleine réussite de sa vie de jeune épouse, et ce dernier point n'était peut-être pas sans compter pour Fernande, mariée assez tard, et qui le vingt-trois février venait d'avoir trente et un ans.

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J'ai cru vers ma vingtième année (...) que la réponse grecque aux questions humaines était la meilleure, sinon la seule. J'ai compris plus tard qu'il n'y avait pas de réponse grecque, mais une série de réponses venues des Grecs entre lesquelles il faut choisir. La réponse de Platon n'est pas celle d'Aristote, celle d'Héraclite n'est pas celle d'Empédocle. J'ai constaté aussi que les données du problème sont trop nombreuses pour qu'une réponse, quelle qu'elle soit, suffise à tout.

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Le riche aliment sort d'une bête nourricière, symbole animal de la terre féconde, qui donne aux hommes non seulement son lait, mais plus tard, quand ses pis seront définitivement épuisés, sa maigre chair, et finalement son cuir, ses tendons et ses os dont on fera de la colle et du noir animal. Elle mourra d'une mort presque toujours atroce, arrachée aux prés habituels, après le long voyage dans le wagon à bestiaux qui la cahotera vers l'abattoir, souvent meurtrie, privée d'eau, effrayée en tout cas par ces secousses et ces bruits nouveaux pour elle. Ou bien, elle sera poussé en plein soleil, le long d'une route, par des hommes qui la piquent de leurs long aiguillons, la malmènent si elle est rétive ; elle arrivera pantelante au lieu de l'exécution, la corde au cou, parfois l’œil crevé, remise entre les mains de tueur que brutalise leur misérable métier, et qui commenceront peut-être à la dépecer pas tout à fait morte. Son nom même, qui devrait être sacré aux hommes qu'elle nourrit, est ridicule en français, et certains lecteurs de ce livre trouveront sans doute cette remarque et celles qui précédent également ridicules.

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La décision d'utiliser à fond certaines substances carburantes a, au cours des deux derniers siècles, lancé l'homme sur une voie irréversible en mettant à son service des sources d'énergie dont son avidité et sa violence ont bientôt abusé.

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(...) à moins d'une affinité élective, toujours rare, les êtres ne se rapprochent et ne forment des liens durables que quand le milieu social, l'éducation, des idées ou des intérêts communs les lient, et quand leurs propos sont tenus dans le même jargon.

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