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ISBN : 2070373282
Éditeur : Gallimard (04/01/1983)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 88 notes)
Résumé :
Comme dans Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar part ici à la recherche de ses origines. Commençant par l'évocation de ces terres, de ces dunes, de ces forêts, qui deviendront un jour la Flandre française, elle descend le cours du temps. L'Histoire devient comparable à une immense circulation sanguine dont l'écrivain serait le cœur toujours battant. S'abandonner à ce système romanesque créé par le Temps, c'est découvrir comment une femme d'aujourd'hui a su pénétrer... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (5) Ajouter une critique
ileana
  02 mai 2014
Une oeuvre d'une grande richesse et d'une grande finesse. J'ai apprécié la manière de saisir l'empreinte de l'histoire au fil des générations ; l'écriture qui fait revivre sous mes yeux un microcosme social ; les portraits très réussis ; la pudeur. MY avait 73 ans à la sortie de ce livre.
Biographie de la lignée paternelle
Le grand-père Michel-Charles de Crayencour (1822-1886) :
Michel-Charles fait des études de droit à Paris. En 1842, à l'age de 20 ans, il compte parmi les survivants d'un grave accident de chemins de fer à Versailles (l'auteur reflechit brièment à la contingence de toute existence). Autre épisode clé de sa jeunesse, son heureux voyage de dix mois en Italie. „Un homme bien né se doit de voir le monde avant de s'établir.”
Ensuite, son diplôme en poche, Michel-Charles n'ouvre pas de cabinet d'avocat. „Les professions libérales [ ] sont considérées comme inférieures par cette famille qui n'accepte pour but à la vie que la gestion de son bien ou le service de l'Etat”. Il entame une carrière au Conseil de Préfecture à Lille - fonctionnaire du Second Empire, remercié à la fin de sa carrière par la République.
Michel-Charles épouse la très riche Noémi Dufresne. Il est un bon père de famille, un type pétri de responsabilité. Noémi s'avère une despote dotée „d'un fond borné et grossier”. La rancune que témoigne MY à sa grand-mère Noémi, est-elle due au fait que celle-ci a refusé l'amour maternel à Michel, le père de MY? Tout cela est rendu de manière pudique et distanciée. Surtout pas de lyrisme. Michel-Charles et Noémi possèdent mille hectares de terre – une trentaine de fermes. La biographe évoque son grand-père, habité par « un goût archaïque pour la propriété foncière », se rendant sur ses terres à cheval.
Voici le portrait de Michel-Charles, rédigé par un faiseur de rapports secrets, „un mouchard officiel”, invité aux grands dîners hebdomadaires du patricien lillois : „Michel-Charles fait montre d'une tenue parfaite. Son esprit n'est pas des plus vifs. Pourtant, sous son apparence de bonhomie, il n'est pas sans quelque finesse. Sans intelligence politique. Il entend bien les affaires, et son activité ne laisse rien à désirer. Sa position et ses alliances le rendent utile.”
Michel de Crayencour, le père (1853-1929)
Au cours du chapitre consacré à Michel, le récit transite du groupuscule social vers l'individu. Ce sont des pages empreintes d'une sourde tendresse. Oisif héritier, misanthrope, solitaire, Michel croit à la Fatalité (= Ananké), c'est justement le titre du dernier chapitre. Il se clôt sur la naissance de la future écrivain (1903).
Autres portraits, autres images :
MY ne présente pas uniquement la généalogie des Crayencour. Elle évoque aussi des lignées apparentées. Par exemple celle du couple Loys et Marie-Athénaïs de L., P311. Des pages savoureuses, empreintes d'exquise ironie.
Avant de consacrer deux cent pages à son grand-père et à son père, MY se penche sur ses ancêtres et scrute „la nuit des temps”. „L'angle à la pointe duquel nous nous trouvons bée derrière nous à l'infini”. P47. le vertige de l'arbre généalogique.
„Du côté paternel, quatre arrière-grands-parents en 1850, seize quadrisaïeuls vers l'An II, cinq cent douze à l'époque de la jeunesse de Louis XIV, quatre mille quatre-vingt-seize sous François Ier, un million plus ou moins à la mort de Saint Louis”. P 46
« Vers le début du XVIe siècle, un petit personnage nommé Cleenewerck devient visible, minuscule à cette distance comme les figures que Bosch, Brueghel ou Patinir plaçaient sur les routes à l'arrière-plan de leurs toiles pour servir d'échelle à leur paysages ».
Plus proche de nous, voici la petite ville de Bailleul, où habitaient les Cleenewerck et les Bieswal. Cette bourgade flamande a été rattachée à la France au temps de Louis XIV.
„Il faut avoir vécu dans une petite ville pour savoir comment les rouages de la société y jouent à nu, à quel point les drames et les farces de la vie publique et privée y sont à cru et à vif. Un curieux mélange de rigide intégrité et cynisme en résulte. Ces gens qui se sentent princes aussi loin que s'étend l'ombre de leur beffroi et qu'ondulent leurs bonnes terres vertes seraient pour Saint-Simon des moins que rien, des poussières, s'il avait par hasard à parler d'eux.” p58
Un épisode sombre : en 1659, Pierre Bieswal et Jean Cleenewerck, magistrats de Bailleul et ancêtres de MY, „signent, avec vingt-cinq de leurs collègues, les procès-verbaux de torture de de condamnation d'un sorcier. Il s'agit d'un certain Thomas Looten. [ ] L'instruction dura deux mois.”
On découvre également des pages d'éruditions - le style Yourcenar : « C'est par la boulimie de la matière que Rubens échappe à la rhétorique creuse des peintres de cours. ».
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Levant
  13 août 2017
Archives du nord, un ouvrage quelque peu déséquilibré qui en trois parties évoque successivement la nuit des temps, puis les ascendants directs de Marguerite Yourcenar, ses grand-père et père, qu'elle n'appellera jamais autrement que par leur prénoms respectifs. Curieuse approche filiale, plus historiographique que sentimentale.
Evocation sans concession de l'histoire d'hommes et de femmes qui ont présidé à sa venue sur terre et dont il serait vain de retenir la généalogie, sauf à se passionner pour la science qui curieusement étoffe la ramure d'un arbre familial en exhumant ses racines personnelles.
C'est encore la maestria dans la mise en oeuvre de la langue qui m'a poussé à me frotter au feu roulant, quelque peu déprimant, des innombrables références culturelles dont Marguerite Yourcenar peuple ses ouvrages. Etalage qui pourrait sembler humiliant à l'égard du besogneux se glorifiant de sa maigre bibliothèque, ou complètement abscons au décrypteur d'idiomes qui a fait sa culture dans le fouillis de qu'il faut aujourd'hui appeler la toile - pour mener un combat retardateur et franciser l'expression connue plus que dans sa version d'outre atlantique.
Marguerite Yourcenar dont on connaît la fibre écologique semble avoir plus de compassion pour faune et flore que pour celui qui les martyrise depuis qu'homo sapiens a pris le pas sur tout ce qui pouvait le concurrencer sur la planète, plus d'affinité pour des personnages faits maison tant ils ont été bâtis pour servir d'ambassadeur à sa cause, tel Zénon, qu'à l'égard de ses géniteurs.
Les ouvrages de Marguerite Yourcenar, lecture plaisir pour qui s'ébahit devant la puissance conceptuelle de la phrase, la richesse documentaire, lecture déplaisir pour qui aspire aux langueurs sentimentales.
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Davalian
  28 mai 2012
Le talent de Marguerite Yourcenar sévit une nouvelle fois ! Nous voici plongés dans la suite de aventures familiales. Suite ? Disons plutôt parallélisme temporel prolongeant Souvenirs pieux.
La démarche généalogique est bien moins sensible qu'auparavant. le contexte historique et géographique prend toute sa place. Il s'agit d'une histoire de France des XIX et XXe siècles vécue de manière unique. Comme par le passé, l'auteure distille une critique d'une certaine société et de l'humanité. Que ce soit de manière plaisante, au travers de certains personnages de sa famille, certains traits de caractère consciencieusement assaisonnés au vitriol ou que la critique s'élève à une dimension frisant l'hubris. Mais ô combien méritée !
La place conquise par l'homme, l'identité nationale, les comportements d'une vie ou du quotidien… tout est sujet à de vertes réprobations. le ton pourrait agacer, mais ce serait sans compter la plume d'une Marguerite Yourcenar qui ne lasse jamais. La voici vers la fin de sa vie et sans doute au sommet de son art. La lecture est toujours captivante, l'attention ne peut faiblir.
La place du père prend ici tout son sens et surprend. L'expérience est tout à la fois universelle et intimiste. Un véritable chef d'oeuvre !
Lien : http://kriticon.over-blog.co..
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sylvie2
  22 octobre 2012
Marguerite Yourcenar se lance à la recherche de ses racines. Elle commence à la préhistoire avec une description géologique et géographique des Flandres Françaises. Elle se lance ensuite dans les archives familiales et plus elle se rapproche de notre temps, plus le livre devient précis. Elle réveille les personnages singuliers de sa famille en s'attardant sur leurs passions, leurs amours et leurs noblesse.
On est plongé dans un monde fascinant décrit avec une superbe plume.
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VACHARDTUAPIED
  10 avril 2013
Mémoires autobiographiques parues en 1977 aux éditions Gallimard. C'est le second tome de la trilogie le Labyrinthe du monde, faisant suite à Souvenirs pieux (1974) et précédant Quoi ? L'Éternité (1981).Compte-rendu de la généalogie Crayencour côté paternel, intéressant........
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Citations & extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
palamedepalamede   25 février 2017
... agir et penser comme tout le monde n'est jamais une recommandation ; ce n'est toujours pas une excuse. A chaque époque il y a des gens qui ne pensent pas comme tout le monde, c'est à dire qui ne pensent pas comme ceux qui ne pensent pas.
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LevantLevant   10 août 2017
C'est par les faits et gestes les plus banals qu'il faut tenter de cerner un être, comme si on le crayonnait à grands traits. Mais il serait grossier de dénier à cette inconnue ces émotions les plus subtiles, presque plus pures, qui semblent naître du raffinement de l'âme, au sens où l'on suppose qu'un alchimiste raffine l'or. Françoise à pu aimer autant que moi la musique des ménétriers et des joueurs de vielle, airs populaires devenus aujourd'hui régal de délicats, trouver beau un coucher de soleil rouge sur la neige, ramasser tristement un oiselet tombé du nid en se disant que c'est grand-pitié. Ce qu'elle a pensé et senti à l'égard de ses contentements et de ses peines, de ses maux physiques, de la vieillesse, de la mort qui vient, importe ni plus ni moins que ce que j'ai pensé et senti moi-même. Sa vie a sans doute été plus dure que le mienne; j'ai pourtant idée que c'est couci-couça. Elle est comme nous tous dans l'inextricable et l'inéluctable.
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palamedepalamede   18 avril 2014
Mais déjà, et un peu partout, l'homme.(...)L'homme avec ses pouvoirs qui, de quelque manière qu'on les évalue, constituent une anomalie dans l'ensemble des choses, avec son don redoutable d'aller plus en avant dans le bien et dans le mal que le reste des espèces vivantes connues de nous, avec son horrible faculté de choix.
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palamedepalamede   20 avril 2014
Mon grand-père sent bien que cette mise à profit de l'ouvrier agricole par le fermier, du fermier par le propriétaire, des patients animaux et de la terre plus patiente encore par tout le monde, ne constitue pas le Paradis.
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AdrianVAdrianV   28 février 2016
C'est toujours un moment grave que celui où un jeune esprit jusque-là insoucieux de politique découvre soudain que l'injustice et l'intérêt mal entendu passent et repassent devant lui dans les rues d'une ville avec des effets de cape et d'uniforme, ou s'attablent au café sous l'aspect de bons bourgeois qui ne prennent pas parti.
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Vidéo de Marguerite Yourcenar
Cécile Coulon a choisi les « Mémoires d?Hadrien », de Marguerite Yourcenar, comme livre à prendre dans sa valise à l'approche des vacances.
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