AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782070373284
372 pages
Éditeur : Gallimard (04/01/1983)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 112 notes)
Résumé :
Comme dans Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar part ici à la recherche de ses origines. Commençant par l'évocation de ces terres, de ces dunes, de ces forêts, qui deviendront un jour la Flandre française, elle descend le cours du temps. L'Histoire devient comparable à une immense circulation sanguine dont l'écrivain serait le cœur toujours battant. S'abandonner à ce système romanesque créé par le Temps, c'est découvrir comment une femme d'aujourd'hui a su pénétrer... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
ileana
  02 mai 2014
Une oeuvre d'une grande richesse et d'une grande finesse. J'ai apprécié la manière de saisir l'empreinte de l'histoire au fil des générations ; l'écriture qui fait revivre sous mes yeux un microcosme social ; les portraits très réussis ; la pudeur. MY avait 73 ans à la sortie de ce livre.
Biographie de la lignée paternelle
Le grand-père Michel-Charles de Crayencour (1822-1886) :
Michel-Charles fait des études de droit à Paris. En 1842, à l'age de 20 ans, il compte parmi les survivants d'un grave accident de chemins de fer à Versailles (l'auteur reflechit brièment à la contingence de toute existence). Autre épisode clé de sa jeunesse, son heureux voyage de dix mois en Italie. „Un homme bien né se doit de voir le monde avant de s'établir.”
Ensuite, son diplôme en poche, Michel-Charles n'ouvre pas de cabinet d'avocat. „Les professions libérales [ ] sont considérées comme inférieures par cette famille qui n'accepte pour but à la vie que la gestion de son bien ou le service de l'Etat”. Il entame une carrière au Conseil de Préfecture à Lille - fonctionnaire du Second Empire, remercié à la fin de sa carrière par la République.
Michel-Charles épouse la très riche Noémi Dufresne. Il est un bon père de famille, un type pétri de responsabilité. Noémi s'avère une despote dotée „d'un fond borné et grossier”. La rancune que témoigne MY à sa grand-mère Noémi, est-elle due au fait que celle-ci a refusé l'amour maternel à Michel, le père de MY? Tout cela est rendu de manière pudique et distanciée. Surtout pas de lyrisme. Michel-Charles et Noémi possèdent mille hectares de terre – une trentaine de fermes. La biographe évoque son grand-père, habité par « un goût archaïque pour la propriété foncière », se rendant sur ses terres à cheval.
Voici le portrait de Michel-Charles, rédigé par un faiseur de rapports secrets, „un mouchard officiel”, invité aux grands dîners hebdomadaires du patricien lillois : „Michel-Charles fait montre d'une tenue parfaite. Son esprit n'est pas des plus vifs. Pourtant, sous son apparence de bonhomie, il n'est pas sans quelque finesse. Sans intelligence politique. Il entend bien les affaires, et son activité ne laisse rien à désirer. Sa position et ses alliances le rendent utile.”
Michel de Crayencour, le père (1853-1929)
Au cours du chapitre consacré à Michel, le récit transite du groupuscule social vers l'individu. Ce sont des pages empreintes d'une sourde tendresse. Oisif héritier, misanthrope, solitaire, Michel croit à la Fatalité (= Ananké), c'est justement le titre du dernier chapitre. Il se clôt sur la naissance de la future écrivain (1903).
Autres portraits, autres images :
MY ne présente pas uniquement la généalogie des Crayencour. Elle évoque aussi des lignées apparentées. Par exemple celle du couple Loys et Marie-Athénaïs de L., P311. Des pages savoureuses, empreintes d'exquise ironie.
Avant de consacrer deux cent pages à son grand-père et à son père, MY se penche sur ses ancêtres et scrute „la nuit des temps”. „L'angle à la pointe duquel nous nous trouvons bée derrière nous à l'infini”. P47. le vertige de l'arbre généalogique.
„Du côté paternel, quatre arrière-grands-parents en 1850, seize quadrisaïeuls vers l'An II, cinq cent douze à l'époque de la jeunesse de Louis XIV, quatre mille quatre-vingt-seize sous François Ier, un million plus ou moins à la mort de Saint Louis”. P 46
« Vers le début du XVIe siècle, un petit personnage nommé Cleenewerck devient visible, minuscule à cette distance comme les figures que Bosch, Brueghel ou Patinir plaçaient sur les routes à l'arrière-plan de leurs toiles pour servir d'échelle à leur paysages ».
Plus proche de nous, voici la petite ville de Bailleul, où habitaient les Cleenewerck et les Bieswal. Cette bourgade flamande a été rattachée à la France au temps de Louis XIV.
„Il faut avoir vécu dans une petite ville pour savoir comment les rouages de la société y jouent à nu, à quel point les drames et les farces de la vie publique et privée y sont à cru et à vif. Un curieux mélange de rigide intégrité et cynisme en résulte. Ces gens qui se sentent princes aussi loin que s'étend l'ombre de leur beffroi et qu'ondulent leurs bonnes terres vertes seraient pour Saint-Simon des moins que rien, des poussières, s'il avait par hasard à parler d'eux.” p58
Un épisode sombre : en 1659, Pierre Bieswal et Jean Cleenewerck, magistrats de Bailleul et ancêtres de MY, „signent, avec vingt-cinq de leurs collègues, les procès-verbaux de torture de de condamnation d'un sorcier. Il s'agit d'un certain Thomas Looten. [ ] L'instruction dura deux mois.”
On découvre également des pages d'éruditions - le style Yourcenar : « C'est par la boulimie de la matière que Rubens échappe à la rhétorique creuse des peintres de cours. ».
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          142
volubilae
  09 septembre 2018
Béni soit celui ou celle qui a déposé cette merveille dans la boîte à livre de mon quartier.
Même si sa publication n'est pas récente du tout, c'est mon coup de coeur 2018.
Marguerite Yourcenar nous décrit patiemment les générations de sa famille paternelle, de l'être dans le monde, de la place humaine dans l'infinité des possibles de l'univers au travers de l'histoire de sa lignée paternelle. Un premier ouvrage, ‘Souvenirs Pieux', que je n'ai pas lu narre sa généalogie maternelle.
Ce qui m'a touché c'est sa façon d'aborder ces thèmes, par les lieux, les objets, les légendes familiales, journaux, courriers, lumières, portraits … Son oeil scrute, sa mémoire revit, sa main, médium, écrit.
Il ne faut surtout pas sous-estimer la masse de recherches historiques qu'elle a dû effectuer pour y parvenir.
J'y ai lu en miroir certaines évocations de ma famille paternelle, attention uniquement concernant le territoire, c'est-à-dire le Westhoek, ni France, ni Belgique, ni Néerlandophone, ni Francophone, mais tout à la fois, l'incessante traversée des frontières, à la ligne mouvante, linguistique ou territoriales, selon les évènements historiques et personnels, des fois autorisée des fois interdite, protectrice ou dénonciatrice d'origine. L'évocation des fermiers, ouvriers, propriétaires, petite noblesse, noblesse, …. et les ambiances, lumières et paysages d'une terre.
Un extrait en dira plus long : ‘Pour tous les incidents de ce récit à partir de sa petite enfance, Michel est mon principal, et le plus souvent mon seul informant. Là où il a choisi de se taire, je ne puis qu'enregistrer son silence.'
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          224
Levant
  13 août 2017
Archives du nord, un ouvrage quelque peu déséquilibré qui en trois parties évoque successivement la nuit des temps, puis les ascendants directs de Marguerite Yourcenar, ses grand-père et père, qu'elle n'appellera jamais autrement que par leur prénoms respectifs. Curieuse approche filiale, plus historiographique que sentimentale.
Evocation sans concession de l'histoire d'hommes et de femmes qui ont présidé à sa venue sur terre et dont il serait vain de retenir la généalogie, sauf à se passionner pour la science qui curieusement étoffe la ramure d'un arbre familial en exhumant ses racines personnelles.
C'est encore la maestria dans la mise en oeuvre de la langue qui m'a poussé à me frotter au feu roulant, quelque peu déprimant, des innombrables références culturelles dont Marguerite Yourcenar peuple ses ouvrages. Etalage qui pourrait sembler humiliant à l'égard du besogneux se glorifiant de sa maigre bibliothèque, ou complètement abscons au décrypteur d'idiomes qui a fait sa culture dans le fouillis de qu'il faut aujourd'hui appeler la toile - pour mener un combat retardateur et franciser l'expression connue plus que dans sa version d'outre atlantique.
Marguerite Yourcenar dont on connaît la fibre écologique semble avoir plus de compassion pour faune et flore que pour celui qui les martyrise depuis qu'homo sapiens a pris le pas sur tout ce qui pouvait le concurrencer sur la planète, plus d'affinité pour des personnages faits maison tant ils ont été bâtis pour servir d'ambassadeur à sa cause, tel Zénon, qu'à l'égard de ses géniteurs.
Les ouvrages de Marguerite Yourcenar, lecture plaisir pour qui s'ébahit devant la puissance conceptuelle de la phrase, la richesse documentaire, lecture déplaisir pour qui aspire aux langueurs sentimentales.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
Davalian
  28 mai 2012
Le talent de Marguerite Yourcenar sévit une nouvelle fois ! Nous voici plongés dans la suite de aventures familiales. Suite ? Disons plutôt parallélisme temporel prolongeant Souvenirs pieux.
La démarche généalogique est bien moins sensible qu'auparavant. le contexte historique et géographique prend toute sa place. Il s'agit d'une histoire de France des XIX et XXe siècles vécue de manière unique. Comme par le passé, l'auteure distille une critique d'une certaine société et de l'humanité. Que ce soit de manière plaisante, au travers de certains personnages de sa famille, certains traits de caractère consciencieusement assaisonnés au vitriol ou que la critique s'élève à une dimension frisant l'hubris. Mais ô combien méritée !
La place conquise par l'homme, l'identité nationale, les comportements d'une vie ou du quotidien… tout est sujet à de vertes réprobations. le ton pourrait agacer, mais ce serait sans compter la plume d'une Marguerite Yourcenar qui ne lasse jamais. La voici vers la fin de sa vie et sans doute au sommet de son art. La lecture est toujours captivante, l'attention ne peut faiblir.
La place du père prend ici tout son sens et surprend. L'expérience est tout à la fois universelle et intimiste. Un véritable chef d'oeuvre !
Lien : http://kriticon.over-blog.co..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          91
sylvie2
  22 octobre 2012
Marguerite Yourcenar se lance à la recherche de ses racines. Elle commence à la préhistoire avec une description géologique et géographique des Flandres Françaises. Elle se lance ensuite dans les archives familiales et plus elle se rapproche de notre temps, plus le livre devient précis. Elle réveille les personnages singuliers de sa famille en s'attardant sur leurs passions, leurs amours et leurs noblesse.
On est plongé dans un monde fascinant décrit avec une superbe plume.
Commenter  J’apprécie          60

Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
palamedepalamede   25 février 2017
... agir et penser comme tout le monde n'est jamais une recommandation ; ce n'est toujours pas une excuse. A chaque époque il y a des gens qui ne pensent pas comme tout le monde, c'est à dire qui ne pensent pas comme ceux qui ne pensent pas.
Commenter  J’apprécie          511
LevantLevant   10 août 2017
C'est par les faits et gestes les plus banals qu'il faut tenter de cerner un être, comme si on le crayonnait à grands traits. Mais il serait grossier de dénier à cette inconnue ces émotions les plus subtiles, presque plus pures, qui semblent naître du raffinement de l'âme, au sens où l'on suppose qu'un alchimiste raffine l'or. Françoise à pu aimer autant que moi la musique des ménétriers et des joueurs de vielle, airs populaires devenus aujourd'hui régal de délicats, trouver beau un coucher de soleil rouge sur la neige, ramasser tristement un oiselet tombé du nid en se disant que c'est grand-pitié. Ce qu'elle a pensé et senti à l'égard de ses contentements et de ses peines, de ses maux physiques, de la vieillesse, de la mort qui vient, importe ni plus ni moins que ce que j'ai pensé et senti moi-même. Sa vie a sans doute été plus dure que la mienne; j'ai pourtant idée que c'est couci-couça. Elle est comme nous tous dans l'inextricable et l'inéluctable.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          71
palamedepalamede   18 avril 2014
Mais déjà, et un peu partout, l'homme.(...)L'homme avec ses pouvoirs qui, de quelque manière qu'on les évalue, constituent une anomalie dans l'ensemble des choses, avec son don redoutable d'aller plus en avant dans le bien et dans le mal que le reste des espèces vivantes connues de nous, avec son horrible faculté de choix.
Commenter  J’apprécie          140
GuilhermeGuilherme   01 avril 2020
Plus je vieillis moi-même, plus je constate que l’enfance et la vieillesse, non seulement se rejoignent, mais encore sont les deux états les plus profonds qu’il nous soit donné de vivre. L’essence d’un être se révèle, avant ou après les efforts, les aspirations, les ambitions de la vie. Le visage lisse de Michel enfant et le visage buriné du vieux Michel se ressemblent, ce qui n’était pas toujours le cas pour les visages intermédiaires de la jeunesse et de l’âge mûr. Les yeux de l’enfant et ceux du vieillard regardent avec la tranquille candeur ce qui n’est pas encore entré dans le bal masqué ou en est déjà sorti. Et tout l’intervalle semble un tumulte vain, une agitation à vide, un chaos inutile par lequel on se demande pourquoi on a dû passer.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
volubilaevolubilae   09 juin 2018
Les bandes dessinées et les manuels de sciences populaires nous montrent cet Adam sans gloire sous l'aspect d'une brute poilue brandissant un casse-tête : nous sommes loin de la légende judéo-chrétienne pour laquelle l'homme originel erre en paix sous les ombrages d'un beau jardin, et plus loin encore, s'il se peut, de l'Adam de Michel-Ange s'éveillant dans sa perfection au contact du doigt de Dieu.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100

Videos de Marguerite Yourcenar (89) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marguerite Yourcenar
Présentation du livre le GLouton, le gourmand et le gastronome. Les plaisirs de la table De Balzac à Yourcenar.
« le mot seul gastronomie fait dresser toutes les oreilles ; le sujet est à la mode » écrivait Brillat-Savarin en 1826. C'est au XIXe siècle, en effet, que l'on voit se codifier un ensemble d'usages spécifiquement français, organisés autour des arts et des plaisirs de la table. Inévitablement, et savoureusement, la littérature s'en fait le reflet, des dîners mondains du comte de Monte Cristo au surréaliste repas de cheveux de Pieyre de Mandiargues, en passant par tous ceux que Balzac, Zola, Colette ou Duras décrivent avec verve. Et à travers le repas, c'est toute la société que les écrivains interrogent. Pourquoi des règles de bienséance, et qui peut dire ce qui est « convenable » ? Les femmes doivent-elles montrer de l'appétit, peuvent-elles seulement boire ? Faut-il se réjouir de bien manger quand d'autres meurent de faim ? le repas gastronomique est-il réservé à une élite fortunée ou s'offre-t-il à la portée de tous ? Yves Gagneux éclaire ce subtil équilibre entre hédonisme, ritualisation et savoir-faire, qui forme la Bible des gourmets. La sensualité et la convivialité qui s'y expriment ont produit des pages inoubliables, qui subliment à leur tour l'idée même de gastronomie. Parcours d'un moment de civilisation, reconnu par l'Unesco, depuis dix ans, comme patrimoine immatériel de l'humanité.
https://www.editions-vendemiaire.com/catalogue/a-paraitre/le-glouton-le-gourmand-et-le-gatronome-yves-gagneux/
+ Lire la suite
autres livres classés : autobiographieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Marguerite Yourcenar

Quelle est la nationalité de Marguerite Yourcenar ?

Elle est belge
Elle est américaine

10 questions
174 lecteurs ont répondu
Thème : Marguerite YourcenarCréer un quiz sur ce livre