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EAN : 9782070452286
240 pages
Gallimard (26/04/2013)
4.07/5   37 notes
Résumé :
De tous les héros qu' elle a fait revivre, ou invente, Marguerite Yourcenar n' a si tendrement et profondément parle que du prêtre errant du XVIIe siècle japonais, Basho.

C est le 1er texte du recueil qu elle intitule Le tour de la prison, livre dont la lecture laisse mélancolique, parce qu il n a pu être achevé

. De tant de voyages, voila des bribes, parfois saisissantes ( la traversée d' est en ouest du continent américain vers l Ala... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
lafilledepassage
  10 février 2021
Marguerite Yourcenar, un nom qui restera à jamais marqué dans ma mémoire, à cause de l'après-midi de 1980 de sa réception à l'Académie Française. Je m'en souviens encore : l'institutrice nous avait emmenées assister à la cérémonie dans la classe où trônait le poste de télévision. Je mets un féminin pluriel car les filles de l'école étaient rassemblées pour le cours de couture (tricot de layettes et de chaussons, confection de draps, …) tandis que les garçons fabriquaient des montgolfières ou des marionnettes en papier mâché, les veinards. Comme je regrettais à l'époque d'être une fille !
Bon Yourcenar donc … je découvrais une dame qui me semblait incroyablement vieille, avec mes yeux de petite fille, et j'étais loin d'imaginer que cette grand-mère (née la même année qu'un de mes grands-pères) était en fait une véritable globe-trotter qui ferait encore quelques longs voyages après cet après-midi à l'Académie, et que je dévorerais le récit de ses voyages quelque quarante ans plus tard.
Et contre toute attente, j'y ai trouvé des propos résolument modernes, sur San Francisco la gaie, sur le SIDA avec une Yourcenar qui dénonce la stigmatisation des homosexuels et met en garde contre les chasses aux sorcières qui rappellent les périodes sombres du Moyen-Age. Elle nous donne aussi une vision sans concession du Japon des années 80, tiraillé entre traditions (très bel hommage au théâtre nô et kabuki, à la poésie, à la peinture et aux jardins japonais) et modernité polluante et destructrice de la belle Edo. le tout se termine par sa conférence à l'Institut Français de Tokyo, où elle pressent les dangers du tourisme de masse.
Une lecture passionnante pour les personnes intéressées par cette grande dame ou par le Japon.
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Henri-l-oiseleur
  14 novembre 2015
Peu de choses à ajouter aux critiques déjà écrites et à la présentation, à part le profond amour du Japon qui fait de ce livre un des plus beaux que je connaisse sur ce pays, grâce à la faculté merveilleuse de l'auteur de s'effacer devant son sujet, de le laisser parler en lui imposant le moins de filtres apparents possible (au contraire de certaines proses de Claudel - pas toutes-, mais dans la lignée de Segalen en Chine ou à Tahiti). C'est la plus belle preuve de puissance d'une personnalité créatrice que de laisser l'autre s'exprimer à travers elle, et c'est ce que Marguerite Yourcenar a toujours tenté de faire dans ses romans aussi bien que dans ses essais.
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lectiole
  25 octobre 2020
Parfois, de la lecture d'essais naît l'impression d'un dialogue. C'est particulièrement vrai pour Montaigne... Mais lire Marguerite Yourcenar permet le même "commerce", cet "art de conférer" dont on sort grandi. Les quatorze textes réunis dans le Tour de la prison présentent un voyage dans "le labyrinthe du monde" structuré autour de l'évocation du Japon. Récits et descriptions s'articulent autour d'une réflexion sur le temps et sur l'homme.
Difficile de rendre compte d'une oeuvre à la fois si parcellaire et si dense.
Tout commence avec "Bashô sur la route", texte qui, à travers la redécouverte des haïkus, propose une célébration de "l'éternité de l'instant". L'évocation de Bashô se mêle à celle de sa poésie, voire de toute poésie, avec un vrai sens de la formule : "Cet homme en marche sur la terre qui tourne [...] est aussi comme nous tous en marche au-dedans de lui-même."
Il y a un aspect philosophique dans ce recueil de deux cents pages, à la fois art de vivre et art de mourir. Au crépuscule de sa vie, l'écrivain inscrit en dédicace une formule extraite de L'oeuvre au Noir : "Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait le tour de sa prison ?" Elle cherche ensuite comme l'alchimiste Zénon l'or du monde sous le plomb de la modernité : "produits déjà abâtardis", "le tourisme écrème le monde". Il faut "marcher sur le monde comme sur un livre ouvert." La forme du livre fait corps avec son fond, "voyages dans l'espace et dans le temps" qui trouvent leur couronnement dans une évocation de Baudelaire, poète mystique par excellence, contempteur du voyage mais célébrant le "final départ".
Si la mort et les voyages sont les deux thèmes-clefs de l'oeuvre, s'enchevêtrant l'un l'autre, la découverte du Japon en forme le troisième point d'ancrage.
Quatre textes s'en éloignent toutefois. C'est le cas pour l'évocation de San Francisco, dans "Bleue, blanche, rose, gaie", qui s'achève sur la métaphore du "séisme" "toujours à craindre". "L'eau et l'air éternel" décrit les croisières pour aboutir à la description de ce qu'on appelle en Chine la "pierre de rêve". Enfin, "D'un océan à l'autre" et "L'Italienne à Alger" sont deux relations vers l'Alaska et le Canada : Vancouver, les élans, les âpres Rocheuses, les chiens de prairie. Mais outre cet exotisme, je retiens les anecdotes qui parsèment ces relations de voyage, à l'image de cette femme anonyme emportée par une lame de fond selon un article de Life et sur laquelle Marguerite Yourcenar conclut : "J'y pense encore. À l'heure qu'il est, je suis peut-être la seule personne sur la terre à me souvenir qu'elle a été." On retrouve ce même souci du destin anonyme et oublié quand l'auteur mentionne Morita qui a suivi Mishima dans la mort sans que L Histoire retienne son nom. Mais après tout : "les vivants sont souvent aussi évanescents que des morts."
Par rapport au Japon, j'ai eu envie de me plonger dans les livres de Tanizaki et j'en ai commandé quelques-uns. L'évocation des tatouages à même la peau, avec de la dentelle, m'a un peu rappelé "Ad Vitam aeternam" de Jonquet, autre roman sur la souffrance, le masochisme et la mort, mais la vision de Marguerite Yourcenar, tout imprégnée de sa volonté de plénitude et de sa connaissance intime de l'Orient, est bien différente, parvenant à éclipser le sadisme sous l'esthétisme.
Le livre refermé, on ressent finalement le désir de s'ouvrir au monde à travers les voyages, la lecture ou l'Art.
Lien : http://lectiole.canalblog.co..
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amartia
  21 octobre 2014
Publié après sa mort, ce recueil de notes de voyages a pourtant bien été préparé par Marguerite Yourcenar qui avait confié son intenation de publier ces textes et en avait même choisi le titre, tiré de son roman l'Oeuvre au Noir : "Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait le tour de sa prison ?"
Il s'agit de 14 textes évoquant ses rencontres, ses sentiments, ses émerveillements lors de sa traversée des Etats-Unis notamment, mais surtout lors de ses voyages au Japon. le volume se termine par une conférence faite à l'Institut français de Tokyo, en 1982, conférence intitulée : "Voyages dans l'espace et voyages dans le temps".
Comment ne pas penser aux merveilleuses pages de Nicolas Bouvier sur le Japon ? Et pourtant, j'avoue que je reste décidément imperméable à la culture nipponne, même si ces deux auteurs me donnent tort.
Aussi, c'est vraiment le texte de la conférence que je retiendrai, dont voici un extrait :

"Zénon, le second grand voyageur de mon oeuvre, est à la fois motivé par les nécessités du gagne-pain (...), mais motivé aussi par la persécution d'ordre religieux, moral et politique, qui l'oblige à fuir d'un pays à l'autre, jusqu'au moment où il prend refuge dans la mort. Toutefois, son but essentiel est de nouveau ce bris des préjugés et des coutumes, qui est pour un homme d'intelligence l'un des plus clairs profits du voyage, et la recherche passionnée de tous les modes de la connaissance - pour lui surtout métaphysique et alchimique - que les siècles ont accumulée sur certains points du monde plus qu'ailleurs. "

Lien : http://meslecturesintantanee..
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dreulma
  24 avril 2010
Ce titre m a rendue claustrophobe, car la prison pourrait etre le monde ou notre corps evolue, mais la lecture m a liberee de ce sentiment. Moi qui suis si sensible a l enfermement, comment me sentir longtemps enfermee dans la profondeur de Mme Yourcenar ? Une fois de plus son talent me ravit : ouverture d esprit, justesse du mot et du phrase, regard infini qui me transporte au dela des frontieres du mental, Mme Yourcenar sait impliquer son lecteur avec grace, serenite et sagesse dans la lecture de ses ecrits. Meme les longues descriptions d un art qui ne m interessera jamais, me semble t il, le Kabuki, (theatre japonais) elaborees par ses mains me sont un plaisir a lire ! le tendre respect avec lequel elle s adresse a l acteur, sa curiosite qui fait d elle la seule spectatrice d une boite a danseurs dans un centre ville japonais ( je ne sais plus lequel), son art a nous partager ses decouvertes secretes, tel un micro jardin perdu dans le bitume citadin, font grandir l admiration que j ai pour cette splendide ecrivaine.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
jmlire92jmlire92   18 décembre 2020
Il arrive qu'un journal illustré, entrouvert il y a des années, laisse en nous des traces aussi profondes qu'un grand livre ou qu'une rencontre mémorable. À l'époque où Life était l'hebdomadaire américain par excellence, dans un numéro tourné probablement par une main négligente ( toujours ce qu'on s'attendait à voir : la guerre du Vietnam ou celle de Corée, mêlée à des vedettes de cinéma, du sport, ou de la politique du moment ), je tombai sur la dernière page, réservée d'ordinaire à la "photographie de la semaine", sans référence  aux événements d'actualité, élue seulement pour ce que l'image présentait  d'exceptionnel, de beau ou de saisissant. Cette fois, c'était, en pleine page, un instantané de femme vue de dos. Une dame quelconque, un peu épaisse, sans doute située entre la quarantaine et la soixantaine, un manteau de voyage qu'on devinait beige, souliers de ville à talons mi-haut, petit chapeau sûrement acheté dans un grand magasin, sac volumineux, serré sous le bras avec ce geste possessif qu'ont souvent les femmes un peu mûres, et qui contenait à n'en pas douter le porte-monnaie, quelques billets de banque, l'assurance-santé, le portrait des enfants ou des petits-enfants, peut-être un de ces petits carrés de papier de soie imprégnés de produit chimique qui donnent à l'Américain en voyage l'impression de s'être lavé les mains. Une rombière américaine telle qu'on les rencontre, innombrables, dans les magasins de souvenirs et les restaurants convenablement bien côtés. Celle-ci était debout devant une mer calme ; une vaguelette léchait le sable à quelques mètres de ses souliers. Cette photographie prise sans doute au cours d'un petit voyage en Californie, par un mari ou un fils un peu en retrait sur la plage, avait eu les honneurs de la semaine parce que, l'instant qui suivit le déclic, une énorme lame de fond emporta la femme, le chapeau du grand magasin, le manteau, le sac, les papiers d'identité avec les portraits des enfants ou des petits-enfants, en fait, toute une vie. Ce qui avait été une forme, une forme reconnaissable, chérie peut-être, ou détestée, ou l'objet pour les siens d'une tranquille indifférence, tricotant ou jouant ou jouant au bridge, aimant la glace aux framboises, en parfaite santé ou atteinte de varices ou peut-être d'un cancer au sein, et jusqu'aux accessoires et au tout-fait de la société de consommation, s'était d'un seul coup amalgamé à la mer informe. Mrs Smith ( si c'était son nom ), ou Jones, ou Hopkins, avait disparu dans le primordial et l'illimité. J'ai repensé plusieurs fois à elle. J'y pense encore. À l'heure qu'il est, je suis peut-être la seule personne sur la terre à me souvenir qu'elle a été. 
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lafilledepassagelafilledepassage   10 février 2021
Il n’est pas étonnant que ces jardins de contemplation soient devenus pour nous le parfait miroir de l’âme japonaise – comme le haïku, né vers la même époque, où tout l’univers tient dans une feuille qui tremble ou une grenouille qui plonge dans l’eau, nous semble aujourd’hui la suprême forme de la poésie nippone.
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dreulmadreulma   24 avril 2010
Vision ? J ai toujours taché de distinguer le plus exactement possible la Vision de l'esprit [...} de celle à laquelle jusqu'à un certain point les yeux participent, et de séparer de l'une et de l'autre la vision totale, sorte de ravissement plutot, bien qu au lieu de se sentir ravi on se sente intégré, en qui les cinq sens et l'esprit s unissent. Mais pourquoi vision totale et non pas extase ou délire ? C'est que justement aucune vision ne délire (ou alors, on ouvrirait un autre chapitre, celui de l Halluciné). Aucune vue qui ne prend pas possession de tout l esprit n est vision; aucune pensée si valable qu elle soit, n est autre chose qu un fruit ou un sous produit passager, dénué de ce sens d éternité dans l instant, d'étendue à l intérieur d un point pas même fixe, qu'à de très longs intervalles la vision de l esprit parfois confère, et qu il est quelquefois possible de ressuciter par le souvenir.
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jmlire92jmlire92   22 décembre 2020
Le maître de maison adhère à coup sûr aux principes du bouddhisme, mais son expérience peut-être plus intellectuelle que mystique n'atténue pas le pli amer au coin des lèvres. Il est malade, et il est seul. Comme tout solitaire, il lui arrive de se référer de temps en temps à de grands noms d'amis maintenant éloignés ou disparus d'un monde qui n'est plus le sien. Il ne nie pas non plus son goût du fait politique ; il a peut-être noué ou desserré certains nœuds Il a été l'un des amis préférés de Sihanouk ; on le sent encore en partie dans ce Vietnam ou ce Cambodge qu'il a quitté. Est-il allé aussi plus loin dans d'autres domaines ? A-t-il touché non seulement en ethnologue, mais en expérimentateur, aux rites des magies bienfaisantes ou non que la secte shingon, entre autres, a importées du lointain Tibet ? Vaines hypothèses, mais certaines connaissances de l'esprit marquent u visage aussi bien que certains secrets de la chair. Cet hôte courtois, cet homme que la maladie use sans le désarmer n'est pas entièrement avec nous ; notre départ le rendra à sa riche et peut-être effrayante solitude dont il n'est jamais tout-à fait sorti. Il a l'air d'une antenne qui vibre à des bruits venus d'ailleurs.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   18 octobre 2015
Certes, les peintres japonais ont tracé d'exquis oiseaux s'ébattant sur un arbre en fleur ou prenant frileusement refuge sous un pin couvert de neige : notre amour de la chose ailée s'y accorde d'emblée. Il semble, d'autre part, qu'avec les poissons, ces "muets des eaux", solitaires jusque dans l'accouplement, l'homo japonicus ait établi des rapports plus intenses et plus profonds que les nôtres. Leur détachement, leur indifférence plaît ici : rien de cet émoi qui s'empare de nous quand un bouvreuil ou une mésange vient se poser sur nos doigts comme du fond d'un autre monde, mais une sorte de goût de l'existence et de la différence pures.

p. 87
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