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ISBN : 2253028258
Éditeur : Le Livre de Poche (05/12/1981)

Note moyenne : 4/5 (sur 94 notes)
Résumé :

Dans les entretiens qu'elle avait accordés à Matthieu Galey, Marguerite Yourcenar (1903-1987), qui fut la première femme à entrer sous la Coupole, retraçait  l'itinéraire d'une existence voyageuse et mouvementée, de son enfance flamande, avant la guerre de 1914, auprès d'un père d'exception, jusqu'à sa retraite des Monts-Déserts, sur la côte Est des États-Unis

.Même au cœur du quotidien, elle avait le don d'élever le débat et de replacer l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
gouelan
  25 juillet 2014
Portrait d'une femme d'exception, qui porte sur le monde une vue d'ensemble clairvoyante.
Enfance dans un milieu bourgeois, passée au milieu des livres dés le plus jeune âge, avec la complicité d'un père aimant. Son éducation s'est forgée à travers cet homme libre, riche de sa liberté, indépendant et dont la maxime était : "Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille? N'importe où, et aussi : "On n'est bien qu'ailleurs" .
Cet homme, qui résolvait les soucis de sa fille en disant : "Ça ne fait rien, on s'en fout, on n'est pas d'ici, on s'en va demain.", a su insuffler à celle-ci l'élan pour aller toujours de l'avant, le plaisir d'être nomade, le goût du voyage et de l'aventure.
Marguerite Yourcenar se définit comme un esprit libre, à travers laquelle traversent les idées, des courants , des vibrations, qu'elles retranscrit dans ses livres et qui guident aussi sa vie, avec toute l'humilité qui la caractérise; elle n'est que le cristal traversé par ces vibrations.
Comme son père, elle ne s'intéresse pas aux possessions, elle a horreur de l'avidité. Elle préfère la liberté à la sécurité.Elle n'est d'aucun pays, se définissant contre tout particularisme de pays, de religion, d'espèce et de sexe,
Pour elle , les étiquettes et les partis politiques sont dépassés. Ils n'apportent rien de bon. Les petites gens, les gens simples valent bien les grands de ce monde.
Les hommes vivent désormais dans un monde uniforme,dont les guides sont la télévision,la publicité, la mode. Il faudrait revenir à une vie plus saine, dans le respect de la nature et des animaux. Nous partageons cette planète avec tous ces êtres vivants et l'homme n'est pas le plus important d'entre eux.
Il faudrait rééquilibrer ce monde, en passant aussi par l'équilibre des naissances, car rien ne sert de faire autant d'enfants si c'est pour en faire de petits malheureux, sur une planète qui ne pourra plus les nourrir.
Marguerite Yourcenar , à travers son regard aiguisé sur notre monde, nous montre le chemin qu'il nous faudrait prendre si nous ne voulons pas que notre monde aille à sa perte, si nous voulons retrouver notre statut d'homme libre et digne, en faisant de notre vie la simple accumulation de petits bonheurs, dans la contemplation de la nature.
Cela parait utopique et pour l'auteure, il faudra attendre plusieurs générations pour que cela s'accomplisse. Il n'est jamais trop tard d'espérer et de lutter, tant qu'il reste de la vie.
Son témoignage nous apporte aussi ses petits secrets d'auteure, comment les personnages qu'elle crée prennent forme, vivent en elle et font finalement partie de sa vie. Elle parle de son métier comme de celui d'un artisan, d'un boulanger, qui pétrit sa pâte jusqu'à ce qu'elle prenne forme.
Elle donne aussi son avis sur les lecteurs que nous sommes, n'ayant pas toujours une vue globale du livre, mais plutôt à la recherche de ce qui nous ressemble.
Très belle découverte.


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Levant
  06 janvier 2017
En refermant cet ouvrage, j'ai l'impression d'en avoir ingurgité d'innombrables. Les yeux ouverts, c'est une bourrasque de culture. C'est surtout une formidable leçon de sagesse.
Encore faut-il, en écrivant cela, bien prendre garde au choix des mots. Car le terme de leçon comporte une notion de contrainte dont Marguerite Yourcenar se serait, à n'en pas douter, défendue avec force de faire usage. Recommandations de sagesse serait plus approprié. Mais il est vrai que si je crains la réprobation quant à la sélection de mes tournures sémantiques, c'est que je me sais observé depuis le "système sympathique" de l'au-delà dont Marguerite Yourcenar fait désormais partie. M'encouragerait-elle à poursuivre cette contribution sur Babelio ? A n'en pas douter puisqu'il s'agit de parler des livres.
Marguerite Yourcenar nous a laissé au travers de cet ouvrage un recueil de confidences étonnamment copieux pour quelqu'un qui rechigne à parler de soi. J'ai pu y découvrir des facettes de sa personnalité insoupçonnées de ma part. Une lecture plus attentive de ses oeuvres auraient pu me les faire détecter, en particulier par l'entremise de ces deux héros les plus évoqués dans cet ouvrage, je veux parler de Zénon et Hadrien. L'érudition de l'académicienne m'avait certes un peu étourdi, aussi n'y avais-je pas décelé la militante écologiste, amoureuse de la nature, avocate de la cause animale et dénonciatrice de bien d'autres phénomènes et comportements blâmables de notre société moderne que le bon sens récuse. Mais tout cela ne participe-t-il pas finalement de la même sagesse : celle de préserver un monde qui nous a ouvert les bras en même que nous ouvrions les yeux. La lecture de cet ouvrage est un grand bénéfice quant à la connaissance de la personnalité, de la vie et de l'oeuvre de cette auteure sublime.
Mon grand ressenti d'un tel ouvrage, c'est une impression de grande solitude de son auteure. Une solitude certes entourée, mais solitude quand même. Comme celle que notre vie moderne peut engendrer en nous faisant méconnaître notre voisin de palier. Solitude de l'érudite dans un océan d'ignorance. Ne l'a-t-elle pas éprouvée lorsqu'elle enseignait aux étudiants américains, captifs de leur présent, d'un immédiat resserré sur des préoccupations matérielles, quand tout aspire à dépasser le temps. C'est aussi la solitude de la femme désintéressée, face à tant de cupidité. de celle-là même qui fait de l'homme un pourfendeur de son environnement. La solitude encore de celle qui embrasse toutes les religions sans discrimination, reprochant l'imposture de ceux qui se réclament "de ligne directe de Dieu". La solitude toujours de celle qui a conservé son âme d'enfant, se dit sans âge, quand trop d'esprits plaintifs inféodés à leur narcissisme ne font que déplorer la dégradation d'un corps qui subit les outrages du temps.

Mais la solitude est aussi une aubaine. Elle est propice à la contemplation, à la création. Elle permet à Marguerite Yourcenar de s'extraire de l'actualité, "cette couche superficielle des choses", et d'aimer "le passé comme un présent qui a survécu dans sa mémoire". Elle lui permet d'écouter les voix que le tumulte pourrait dissoudre dans la cacophonie ambiante. Les voix de ses propres héros, Zénon et Hadrien, et tous les autres qui ont trouvé au travers de ses ouvrages l'espace et le temps de faire entendre leur vibration. Ce sont ces voix qui lui dictent ce qu'elle couchera sur le papier. La solitude enfin autorise la communion avec ces écrivains innombrables qu'elle a étudiés plus qu'elle ne les aurait seulement lus.
Marguerite Yourcenar ne donne aucun droit à ses semblables. Ils ne savent que trop le mettre en avant. Elle ne leur parle que de devoirs. Au premier rang desquels le devoir d'amour, mais dans l'acception orientale de ce sentiment. Elle seule élève ce transport sensuel au niveau du sacré quand l'éducation chrétienne culpabilise et juge la sensualité grossière. Sa hauteur inspirée lui permet de désigner les calamités dont souffrent ceux de son temps et s'autorise à les mettre en garde : "On n'a pas le droit de combiner les maux de l'âge atomique avec la sauvagerie de l'âge de la pierre."
Avec son humilité légendaire et pour s'exonérer de tout mérite dont d'aucun pourrait la gratifier, Marguerite Yourcenar prend les devants. Elle s'affiche dans son rôle d'écrivain comme un "instrument à travers lequel des courants, des vibrations sont passés…Tout vient de plus loin et va plus loin que nous… tout nous dépasse et on se sent humble d'avoir été ainsi traversé et dépassé."
Et puis comme toute fin qui n'est pas la mort n'est que provisoire, Marguerite Yourcenar voudra clore ces entretiens retranscrits en évoquant cette échéance ultime et inéluctable. Elle seule restitue l'égalité que la naissance a désaccordée. L'état de vie n'étant qu'une parenthèse accidentelle, elle affirme vouloir disposer de sa pleine conscience au moment où la parenthèse se refermera pour ne rien rater de sa sortie. Fût-ce dans la douleur. Elle évoque alors ces mots qu'elle a mis dans la bouche de Zénon et fait en sorte qu'ils soient inscrits en épitaphe sur sa tombe : " Plaise à celui qui est peut-être de dilater le coeur de l'homme à la mesure de toute la vie."
Avec les ouvrages qu'elle nous a légués son esprit sublime plane ainsi encore au-dessus des nôtres, ses lecteurs, grandement moins inspirés, grandement moins instruits de l'héritage des penseurs et philosophes de tous temps. Mais n'est-ce pas le rôle des écrivains que « d'exprimer ce que d'autres ressentent sans pouvoir lui donner forme. »
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blanchenoir
  02 septembre 2013
C'est avec une grande émotion que je referme ce livre d'une grande intensité....
L'école ne m'avait pas fait aimer Yourcenar....
Suite à un échange avec un lecteur de babelio, j'ai eu envie de la lire, de découvrir ses pensées et une petite partie de sa riche existence. Ses entretiens introduisent parfaitement son Oeuvre et donnent envie de tout lire. Avoir Les Yeux ouverts, c'est regarder et penser le monde comme il est, se laisser surprendre par la vie sous toutes ses formes....et la RESPECTER.
Les Yeux ouverts ? Un très grand livre.
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dreulma
  12 mai 2010
J ai beaucoup aimé lire sur la génèse des romans de Mme Yourcenar : elle préfère situer ses romans dans le passé plutôt que dans le présent par un souci constant , non pas de la vérité, puisque il s'agit quand même de roman, mais de vraisemblance. le présent est pour elle trop collé au regard pour que ledit regard puisse être profond... J'aime cette belle préoccupation d'aller au bout des choses, cette rigueur extrême dans l'élaboration de ses personnages, qu'elle peaufine au point de les transformer en entités casi concrètes, dont elle parle comme on parlerait d'une personne réelle.
J'aime aussi l'ouverture d'esprit et la liberté de cet écrivain, car ces belles notions ne riment pas du tout avec laisser aller et esprit bonnasse, comme elles ont si souvent tendance à le faire : quelle belle association qu'une telle culture et rigueur littéraire et profondeur de conscience accompagnant ce libre esprit !
Ce livre révèle donc certains aspects de la vie de cette auteure, qui est par nature humble et discrète, ce qui rend la lecture savoureuse : à chaque page que j'ai lue, j'ai eu le sentiment de détenir une information ou un concept très précieux...
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Corboland78
  14 juillet 2014
C'est au milieu des années 70 que j'ai découvert Marguerite Yourcenar, à l'occasion de la réédition par Folio de ses deux principaux romans, Mémoires d'Hadrien (1951) et L'oeuvre au noir (1968). Pour la première fois, je réalisais qu'un grand roman ce n'est pas qu'une histoire mais son alliance avec ce qu'on appelle un style.
Marguerite Yourcenar, née Marguerite Antoinette Jeanne Marie Ghislaine Cleenewerck de Crayencour en 1903 à Bruxelles et décédée en 1987 à Bar Harbor, dans l'État du Maine (États-Unis), est une écrivaine française naturalisée américaine en 1947, auteur de romans et de nouvelles « humanistes », ainsi que de récits autobiographiques. Elle fut aussi poète, traductrice, essayiste et critique littéraire. En 1939 Marguerite Yourcenar, bisexuelle, part pour les États-Unis rejoindre Grace Frick, alors professeur de littérature britannique à New York et sa compagne depuis une rencontre fortuite à Paris en 1937. Les deux femmes vécurent ensemble jusqu'à la mort de Frick d'un cancer en 1979. Elles s'installent à partir de 1950 sur l'île des Monts Déserts (Mount Desert Island, dans le Maine), qu'elles avaient découverte ensemble en 1942, et nomment leur maison Petite-Plaisance. Marguerite Yourcenar y passera le reste de sa vie. Première femme élue à l'Académie française, le 6 mars 1980.
Les Yeux ouverts, paru en 1980, collecte une série d'entretiens avec Matthieu Galey (1934-1986), critique littéraire et chroniqueur à L'Express. Je me dois de préciser que Yourcenar n'aima pas ce livre, en critiquant la couverture donnant l'impression qu'elle l'avait écrit, mais surtout parce qu'elle estima en avoir trop dit sur elle-même et pas assez sur ses véritables préoccupations.
Laissons de côté ce différent, si vous aimez les livres et les écrivains, vous vous devez de lire cet ouvrage. Outre une part biographique relatant son enfance, son père, ses nombreux voyages dans le monde dont il n'est pas obligatoire d'être friand, tout le reste est absolument passionnant. Car le reste aborde l'art d'écrire, la genèse d'une oeuvre littéraire, comment l'écrivain s'attaque à la rédaction d'un roman ; la documentation engrangée, les voyages sur les lieux, l'imprégnation de l'atmosphère de l'époque où vivait son héros. Marguerite Yourcenar qui n'a pas sa langue dans sa poche, nous donne sa vision du rôle de l'écrivain « Il est utile s'il ajoute à la lucidité de lecteur, le débarrasse de timidités ou de préjugés, lui fait voir et sentir ce que ce lecteur n'aurait ni vu ni senti sans lui », lecteur qui en prend pour son grade « Certains lecteurs se cherchent dans ce qu'ils lisent et ne voient rien d'autre qu'eux-mêmes. » Et le monde littéraire n'échappe pas à ses piques acerbes, « Ce qui me frappe néanmoins dans la masse des poèmes et des romans français qui arrivent jusqu'à moi, c'est à quel point ils demeurent étroitement subjectifs, clos dans des rêves, des cauchemars, de molles rêveries souvent, ou parfois d'arides déserts personnels. » Ces propos tenus en 1980 semblent encore d'actualité. Si je n'avais pas emprunté cet ouvrage à la bibliothèque, j'en aurais souligné des lignes et des lignes. J'ai noté aussi un très intéressant passage sur les traductions, exercice auquel elle s'est livrée.
Erudition impressionnante, indépendance d'esprit l'éloignant des dogmes et des théories, écologiste de la première heure, ses réflexions sur le monde comme il va (déjà mal en 1980), ses analyses des sentiments (amour, passion etc.) ne manquent pas de pertinence. Il y aurait tant à dire sur ce bouquin et cette femme éprise d'orientalisme, un peu hippie - « J'ai du respect pour les hippies » - par son rejet du matérialisme, touchée par la grâce de l'humanisme. « Mais voici de longues années qu'il ne se passe pas un matin où, en me levant, je ne songe d'abord à l'état du monde, pour m'unir un instant avec toute cette souffrance. Et on réussit pourtant à être heureux, parfois, malgré cela, mais d'une autre espèce de bonheur. »
A lire absolument, mais je crois l'avoir déjà dit.
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Citations et extraits (133) Voir plus Ajouter une citation
charlottelitcharlottelit   07 novembre 2011
/Je me dis souvent que si nous n'avions pas accepté,
depuis des générations, de voir étouffer les animaux
dans des wagons à bestiaux, ou s'y briser les pattes
comme il arrive à tant de vaches et de chevaux,
envoyés à l'abattoir dans des conditions absolument
inhumaines, personne, pas même les soldats chargés de
les convoyer, n'aurait supporté les wagons plombés de 39/45.
Si nous étions capables d'entendre le hurlement des bêtes
prises à la trappe (pour leur fourrure), nous ferions sans doute
plus attention à l'immense détresse de certains prisonniers,
dérisoire parce qu'elle va à l'encontre du but : les améliorer,
les rééduquer, faire d'eux des êtres humains. p 313
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SarahcarabinSarahcarabin   08 avril 2012
Chaque fois que je vais dans un super-market, ce qui du reste m'arrive rarement, je me crois en Russie. C'est la même nourriture imposée d'en haut, pareille où qu'on aille, imposée par des trusts au lieu de l'être par des organismes d’État. Les États-Unis, en un sens, sont aussi totalitaires que l'URSS, et dans l'un comme dans l'autre pays, et comme partout d'ailleurs, le progrès (c'est-à-dire l'accroissement de l'immédiat bien-être humain) ou même le maintien du présent état de choses dépend de structures de plus en plus complexes et de plus en plus fragiles. Comme l'humanisme un peu béat du bourgeois de 1900, le progrès à jet continu est un rêve d'hier. Il faut réapprendre à aimer la condition humaine telle qu'elle est, accepter ses limitations et ses dangers, se remettre de plain-pied avec les choses, renoncer à nos dogmes de partis, de pays, de classes, de religions, tous intransigeants et donc tous mortels. Quand je pétris la pâte, je pense aux gens qui ont fait pousser le blé, je pense aux profiteurs qui en font monter artificiellement le prix, aux technocrates qui en ont ruiné la qualité - non que les techniques récentes soient nécessairement un mal, mais parce qu'elles se sont mises au service de l'avidité qui en est un, et parce que la plupart ne peuvent s'exercer qu'à l'aide de grandes concentrations de forces, toujours pleines de potentiels périls. Je pense aux gens qui n'ont pas de pain, et à ceux qui en ont trop, je pense à la terre et au soleil qui font pousser les plantes. Je me sens à la fois idéaliste et matérialiste. Le prétendu idéaliste ne voit pas le pain, ni le prix du pain, et le matérialiste, par un curieux paradoxe, ignore ce que signifie cette chose immense et divine que nous appelons "la matière". (p. 242)
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ElisanneElisanne   06 octobre 2015
Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant.Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire.Il apprendrait que les hommes se sont entretués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil.On lui apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles, non plus que du présent ou d’un hypothétique avenir.On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie. ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.

On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays.
En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celle du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d’avance certains odieux préjugés.
On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs.
Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses véritablement importantes plus tôt qu’on ne le fait.

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DocIdoineDocIdoine   10 mars 2019
Enfin, les femmes qui disent "les hommes" et les hommes qui disent "les femmes", généralement pour s’en plaindre dans un groupe comme dans l’autre, m’inspirent un immense ennui, comme tous ceux qui ânonnent toutes les formules conventionnelles.

Il y a des vertus spécifiquement "féminines" que les féministes font mine de dédaigner, ce qui ne signifie pas d’ailleurs qu’elles aient été jamais l’apanage de toutes les femmes : la douceur, la bonté, la finesse, la délicatesse, vertus si importantes qu’un homme qui n’en possèderait pas au moins une petite part serait une brute et non un homme.

Il y a des vertus dites masculines, ce qui ne signifie pas plus que tous les hommes les possèdent: le courage, l’endurance, l’énergie physique, la maîtrise de soi, et la femme qui n’en détient pas au moins une partie n’est qu’un chiffon, pour ne pas dire une chiffe.

J’aimerais que ces vertus complémentaires servent également au bien de tous. Mais supprimer les différences qui existent entre les sexes, si variables et si fluides que ces différences sociales et psychologiques puissent être, me paraît déplorable, comme tout ce qui pousse le genre humain, de notre temps, vers une morne uniformité.
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SihampeaceSihampeace   04 avril 2014
Quand je considère ma vie, je suis épouvanté de la trouver informe. L'existence des héros, celle qu'on nous raconte, est simple ; elle va droit au but comme une flèche. Et la plupart des hommes aiment à résumer leur vie dans une formule, parfois dans une vanterie ou dans une plainte, presque toujours dans une récrimination ; leur mémoire leur fabrique complaisamment une existence explicable et claire. Ma vie a des contours moins fermes...
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Ça et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout, les éboulements du hasard. Je m'efforce de reparcourir ma vie pour y trouver un plan, y suivre une veine de plomb ou d'or, ou l'écoulement d'une rivière souterraine, mais ce plan tout factice n'est qu'un trompe-l'oeil du souvenir. De temps en temps, dans une rencontre, un présage, une suite définie d'événements, je crois reconnaître une fatalité, mais trop de routes ne mènent nulle part, trop de sommes ne s'additionnent pas. Je perçois bien dans cette diversité, dans ce désordre, la présence d'une personne, mais sa forme semble presque toujours tracée par la pression des circonstances ; ses traits se brouillent comme une image reflétée sur l'eau. Je ne suis pas de ceux qui disent que leurs actions ne leur ressemblent pas. Il faut bien qu'elles le fassent, puisqu'elles sont ma seule mesure, et le seul moyen de me dessiner dans la mémoire des hommes, ou même dans la mienne propre ; puisque c'est peut-être l'impossibilité de continuer à s'exprimer et à se modifier par l'action que constitue la différence entre l'état de mort et celui de vivant. Mais il y a entre moi et ces actes dont je suis fait un hiatus indéfinissable. Et la preuve, c'est que j'éprouve sans cesse le besoin de les peser, de les expliquer, d'en rendre compte à moi-même. Certains travaux qui durèrent peu sont assurément négligeables, mais des occupations qui s'étendirent sur toute la vie ne signifient pas davantage. Par exemple, il me semble à peine essentiel, au moment où j'écris ceci, d'avoir été empereur..
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Vous aussi, vous aimez lire ?... Mais au fond, lire, c'est quoi : s'évader en soi-même ? Mieux connaître le monde ou mieux le fuir ? S'enivrer dans l'odeur des pages ou dans le délice des mots ? Une quinzaine de personnalités de l'art et de la culture donnent leur propre définition, piochée dans les trésors d'archives de l'INA : Jacques Brel, Salvador Dalí, Françoise Sagan, Marguerite Yourcenar... Et pour vous, qu'est-ce que c'est que lire ?
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