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ISBN : 287809042X
Éditeur : Livraphone (01/12/1999)
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Note moyenne : 4.26/5 (sur 1342 notes)
Résumé :
« J'ai formé le projet de te raconter ma vie. » Sur son lit de mort, l'empereur romain Hadrien (117-138) adresse une lettre au jeune Marc Aurèle dans laquelle il commence par donner « audience à ses souvenirs ». Très vite, le vagabondage d'esprit se structure, se met à suivre une chronologie, ainsi qu'une rigueur de pensée propre au grand personnage. Derrière l'esthète cultivé et fin stratège qu'était Hadrien, Marguerite Yourcenar aborde les thèmes qui lui sont cher... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (115) Voir plus Ajouter une critique
ThierryCABOT
  28 décembre 2012
Faut-il ici parler de miracle ? Par quelle heureuse conjonction, l'écrivaine exigeante et l'amoureuse de l'antiquité ont-elles forgé ce pur chef-d'oeuvre ?
Il ne manque pas d'historiens savants mais l'art littéraire leur fait défaut pour donner vie à un personnage, fût-il Hadrien. A contrario, bien des artistes de la plume méconnaissent la culture gréco-latine, ce qui les rend de facto inaptes à une telle entreprise.
Il a donc fallu que soient réunies en une seule personne des qualités relativement rares. Il a fallu aussi que Marguerite Yourcenar, dont l'érudition historique ne faisait aucun doute, laisse d'une part ses connaissances livresques se décanter et s'approfondir et, d'autre part, affine et densifie sa propre écriture.
Le résultat : un livre qui se déguste comme un roman et se savoure comme une monographie.
Avec une finesse rarement égalée, Marguerite Yourcenar situe son propos pendant le règne des Antonins au deuxième siècle après Jésus-Christ.
C'est à travers les yeux d'Hadrien, empereur romain avisé et pétri d'humanités grecques, qu'elle fait revivre une des périodes les plus fastes de la Rome antique, celle où la "ville éternelle" au faîte de sa puissance atteint un point d'équilibre que Marc-Aurèle de toutes ses forces cherchera à sauvegarder et que Commode défera sans vergogne.
Dans une langue admirable d'aisance et de fermeté et sur une trame historique solide, Marguerite Yourcenar décrit le parcours d'un individu pleinement conscient de ses devoirs d'homme d'Etat et très attaché au rayonnement des arts (je me sentais responsable de la beauté du monde).
Cette longue méditation sur la vie et sur le pouvoir nous livre les clefs d'un être attachant, profond, sans complaisance envers lui-même et autrui. Si grâce à la magie de la fiction, Hadrien nous donne à voir son époque telle qu'elle se présentait à lui, loin s'en faut néanmoins qu'il nous prive de ses réflexions philosophiques et métaphysiques. L'ambition, la maladie, le sommeil, l'amour, l'esthétisme et le destin des civilisations forment parmi d'autres les thèmes d'un ouvrage original, délicieux, inclassable.
En fait, le lecteur se sent proche tant par l'esprit que par le coeur d'un homme qui vivait presque deux millénaires plus tôt. Que celui-ci eût été empereur et maître d'une partie du monde, n'a que peu d'importance. Seule demeure, au-delà des vicissitudes des siècles, cette commune humanité qui transcende l'espace et le temps.
Et le miracle est bien là !
Mille mercis ! Madame Yourcenar.
"Mémoires d'Hadrien" est une oeuvre immortelle.

Lien : http://www.accents-poetiques..
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Aline1102
  22 décembre 2011
Une visite à Hermogène, son médecin, vient d'apprendre à l'empereur Hadrien sa mort prochaine, d'une maladie de coeur.
Hadrien commence alors la rédaction d'une lettre à Marc-Aurèle. Il y relate sa vie, son régne, ses passions; mais aussi ses défauts. Il raconte aussi à Marc-Aurèle la civilisation romaine, telle qu'un empereur romain fasciné par la Grèce peut la percevoir. Car Hadrien a passé beaucoup de temps chez les Grecs, ce qui a sans doute contribué à faire de lui l'homme qu'il est devenu.
Honnête envers lui-même tout comme envers son correspondant, Hadrien avoue aussi ses faiblesses, telle que sa passion pour Antinoüs et la douleur que la mort de celui-ci lui a infligé.
Comment parler d'un roman aussi magistral que celui-ci? Difficile, mais je vais essayer.

Le récit, écrit en "je" donne vraiment l'impression que c'est Hadrien lui-même qui s'exprime, et non l'auteure. Mieux encore, au fil du texte, l'on oublie que c'est à Marc-Aurèle que l'empereur s'adresse: le lecteur est attiré dans l'esprit d'Hadrien jusqu'à avoir l'impression qu'il lui parle de son existence, qu'il lui permet de pénétrer dans son intimité, lui qui fut l'un des César. On se sent également transporté à son époque, à tel point qu'il est difficile, une fois le livre refermé, de revenir dans la réalité.
Peut-être ce sentiment est-il voulu par Marguerite Yourcenar, qui écrit à propos de ces "Mémoires":
"Portrait d'une voix. Si j'ai choisi d'écrire ces Mémoires d'Hadrien à la première personne, c'est pour me passer le plus possible de tout intermédiaire, fût-ce de moi-même. Hadrien pouvait parler de sa vie plus fermement et plus subtilement que moi."
Yourcenar dit également, à propos de l'écriture de ce récit, commencé dans les années 1920:
"En tout cas, j'étais trop jeune. Il est des livres qu'on ne doit pas oser avant d'avoir dépassé quarante ans. (...)." C'est aussi vrai pour la lecture de ce roman. Il ne faut absolument pas attendre d'avoir quarante ans pour le lire, puisque cela reviendrait à se priver inutilement d'un moment de pur bonheur. Mais il faut en tout cas attendre d'avoir atteint la maturité nécessaire pour apprécier un récit qui n'est pas spécialement facile à lire.
Car les Mémoires d'Hadrien sont assez compliquées. Mélangeant la poésie et l'histoire, le texte aborde également de nombreuses considérations politiques de l'époque traitée. L'empereur va même jusqu'à nous faire partager certaines de ses réflexions les plus philosophiques. Il est donc compliqué d'y accrocher lorsqu'on est trop jeune pour comprendre les nombreuses idées et théories développées par Marguerite Yourcenar dans son portrait de cet "homme presque sage".
Car Hadrien est sage. Lucide aussi, quant au devenir de l'empire romain, dont il sait qu'il finira par disparaître. Et il est surtout sage et lucide envers sa propre existence et sa propre fin. Ainsi, dès le début du récit, il se réconcilie avec ce corps malade qui est le sien.
Dès les premières pages du récit, Yourcenar parvient à montrer un Hadrien courageux, ferme et honnête. le reste du roman donne la même impression. Malgré ses erreurs et ses défauts, dont il parle d'ailleurs sans tabous, Hadrien reste tout du long cet homme face auquel on se sent faible et minuscule.
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Ode
  03 février 2014
« Il est des livres qu'on ne doit pas oser avant d'avoir dépassé quarante ans » constate Marguerite Yourcenar dans son Carnet de notes. Or ce qui est vrai pour l'écriture vaut aussi pour la lecture, si l'on veut bénéficier de l'expérience et du recul nécessaires à l'appréciation de leur substance. Les Mémoires d'Hadrien ont ainsi patienté de longues années dans ma bibliothèque avant que je me décide à les lire pour de bon. Et la magie a opéré : ces pages jaunies par le temps viennent d'exhaler, dans une très belle langue, leur concentré d'érudition et de sagesse.
L'empereur Hadrien, malade du coeur et sentant sa mort venir, écrit une longue lettre à Marc Aurèle, qu'il espère comme successeur après Antonin. Il y relate sa jeunesse, son expérience de la guerre et des conquêtes, ses voyages, son goût pour l'art, la science, la beauté et le pouvoir, comment il succéda à Trajan et ses réalisations en tant qu'empereur, oeuvrant à maintenir la paix et la richesse de l'empire. Hadrien est grec dans l'âme mais romain dans sa discipline et sa volonté d'avancer. Il ne fait pas mystère de ses sentiments, même les plus intimes, tout en gardant la décence qui sied. En témoigne l'évocation de sa passion tragique pour le jeune Antinoüs ou, plus tard, la description de son corps affaibli par la maladie.
Marguerite Yourcenar a mûri ce roman pendant plus de 20 ans avant de trouver le point de vue sous lequel l'aborder et d'en écrire la version définitive, publiée en 1951. Pourquoi cette fascination pour le IIᵉ siècle et Hadrien en particulier ? Parce que, selon Flaubert, « Les dieux n'étant plus, et le Christ n'étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l'homme seul a été. » Et Marguerite d'ajouter que « Si cet homme n'avait pas maintenu la paix du monde et rénové l'économie de l'empire, ses bonheurs et ses malheurs personnels m'intéresseraient moins. » En suivant le destin de ce personnage tout-puissant, vénéré comme un dieu et investi d'une mission pour ses semblables, on touche à l'essence la plus noble de l'humain. «J'étais dieu, tout simplement, parce que j'étais homme » déclare ainsi Hadrien sous la plume de l'auteur.
La manière dont Marguerite Yourcenar s'est installée dans la peau de l'empereur vieillissant, a fait siens ses souvenirs et ses sentiments, est à la fois remarquable et troublante. Ses recherches et sa culture classique ne suffisent pas à l'expliquer ; une autre dimension, irrationnelle, spirituelle, est nécessaire. L'auteur avoue ainsi avoir été « Un pied dans l'érudition, l'autre dans la magie, ou plus exactement, et sans métaphore, dans cette "magie sympathique" qui consiste à se transporter en pensée à l'intérieur de quelqu'un. »
Ce tombeau littéraire érigé à la mémoire d'Hadrien est un monument inégalé qui donne ses lettres de noblesse au roman historique. Car, comme l'exprime si bien son auteur, « Ceux qui mettent le roman historique dans une catégorie à part oublient que le romancier ne fait jamais qu'interpréter, à l'aide des procédés de son temps, un certain nombre de faits passés, de souvenirs conscients ou non, tissus de la même matière que L Histoire. »
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Magenta
  02 février 2013
Ce livre est un chef d'oeuvre!
Sous forme de lettre adressée à son petit-fils adoptif Marc Aurèle, Hadrien livre un état des lieux de sa vie, se sachant condamné par la maladie.
Grand homme, visionnaire et grand stratège il a maintenu la paix du monde et rétabli l'économie de l'empire.
Il retrace le travail accompli et aussi ses pensées sur la vie, la mort, l'amour, la religion.
A la lecture de ses mémoires, il est frappant de constater que certaines choses, remises dans leur contexte, n'ont pas vraiment changé, alors qu'il vécut au deuxième siècle ; et nul doute qu'un homme de l'envergure d'Hadrien, serait le bienvenu à notre époque...
Marguerite Yourcenar a acquis une réputation mondiale grâce à ce roman historique, elle la méritait à coup sûr.
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claudine42
  24 janvier 2015
Il est des livres, nous dit Marguerite Yourcenar, qu'on ne doit pas oser écrire avant d'avoir dépassé quarante ans. Je dirais aussi qu'il est des livres qu'on devrait lire, ou relire, après avoir dépassé quarante ans. Ce sont les mêmes. En voici un. Rencontre au delà des siècles de deux esprits universels, de deux humanismes, de deux consciences morales, ces mémoires que Marguerite Yourcenar prête à l'empereur Hadrien sont riches de méditations sur la nature humaine, l'amitié, le courage, sur les peuples et les hommes, sur les ressorts parfois dérisoires qui les animent, sur la médiocrité des sentiments et des passions qu'ils ont dans le coeur.
Hadrien, espagnol de naissance, éduqué à Rome, et dans la langue grecque à Athènes, s'illustre d'abord en campagne militaire aux confins de la Germanie. Il a voulu voir et comprendre, s'approprier, toutes les régions et toutes les dimensions de l'empire: Egypte, Asie mineure, Judée, Bretagne (où son fameux mur est toujours debout), Dalmatie, Pannonie...
Je n'essaierai pas de résumer ces pages très fortes, mais j'y ai relevé quelques paroles et pensées qui m'ont paru frappantes:
- sur l'inconstance des hommes: "... les lâches qui pleurent leurs mots avant de les oublier."
- sur l'amitié qui l'unissait à Plotine (veuve du précédent empereur): "L'amitié était un choix où elle s'engageait toute entière. Elle m'a connu mieux que personne; je lui ai laissé voir ce que j'ai soigneusement dissimulé à tout autre: par exemple de secrètes lâchetés. J'aime à croire que de son côté elle ne m'a presque rien tu. L'intimité des corps, qui n'exista jamais entre nous, a été compensée par le contact de deux esprits étroitement mêlés l'un à l'autre."
- sur le christianisme naissant: "l'injonction qui consiste à aimer autrui comme soi-même est trop contraire à la nature humaine pour être sincèrement obéie par le vulgaire, qui n'aimera jamais que soi, et ne convient nullement au sage, qui ne s'aime pas particulièrement soi-même."
Ce grand livre mérite d'être un livre de chevet. Superbe remède contre l'idée bêlante de progrès et de perfectibilité qui est notre drogue depuis quelques siècles. Pour mieux connaître Hadrien, une visite approfondie de la villa Adriana à Tivoli s'impose. Dans ce lieu magique à l'écart du tumulte de Rome, Hadrien avait voulu reproduire la diversité des provinces de l'Empire.
Un chef-d'oeuvre d'une Grande Dame qu'était Marguerite Yourcenar !

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Citations et extraits (303) Voir plus Ajouter une citation
OrpheaOrphea   25 décembre 2012
Je ne méprise pas les hommes. Si je le faisais, je n'aurais aucun droit, ni aucune raison, d'essayer de les gouverner. Je les sais vains, ignorants, avides, inquiets, capables de presque tout pour réussir, pour se faire valoir, même à leurs propres yeux, ou tout simplement pour éviter de souffrir. Je le sais : je suis comme eux, du moins par moment, ou j'aurais pu l'être. Entre autrui et moi, les différences que j'aperçois sont trop négligeables pour compter dans l'addition finale. Je m'efforce donc que mon attitude soit aussi éloignée de la froide supériorité du philosophe que l'arrogance du César. Les plus opaques des hommes ne sont pas sans lueurs : cet assassin joue proprement de la flûte ; ce contremaître déchirant à coups de fouet le dos des esclaves est peut-être un bon fils ; cet idiot partagerait avec moi son dernier morceau de pain. Et il y en a peu auxquels on ne puisse apprendre convenablement quelque chose. Notre grande erreur est d'essayer d'obtenir de chacun en particulier les vertus qu'il n'a pas, et de négliger de cultiver celles qu'il possède.
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DarkcookDarkcook   28 février 2015
Je me disais qu'il était bien vain d'espérer pour Athènes et pour Rome cette éternité qui n'est accordée ni aux hommes ni aux choses, et que les plus sages d'entre nous refusent même aux dieux. Ces formes savantes et compliquées de la vie, ces civilisations bien à l'aise dans leurs raffinements de l'art et du bonheur, cette liberté dans l'esprit qui s'informe et qui juge dépendaient de chances innombrables et rares, de conditions presque impossibles à réunir et qu'il ne fallait pas s'attendre à voir durer. Nous détruirions Simon ; Arrien saurait protéger l'Arménie des invasions alaines. Mais d'autres hordes viendraient, d'autres faux prophètes. Nos faibles efforts pour améliorer la condition humaine ne seraient que distraitement continués par nos successeurs ; la graine d'erreur et de ruine contenue dans le bien même croîtrait monstrueusement au contraire au cours des siècles. Le monde las de nous se chercherait d'autres maîtres ; ce qui nous avait paru sage paraîtrait insipide, abominable ce qui nous avait paru beau. Comme l'initié mithriaque, la race humaine a peut-être besoin du bain de sang et du passage périodique dans la fosse funèbre. Je voyais revenir les codes farouches, les dieux implacables, le despotisme incontesté des princes barbares, le monde morcelé en états ennemis, éternellement en proie à l'insécurité. D'autres sentinelles menacées par les flèches iraient et viendraient sur le chemin de ronde des cités futures ; le jeu stupide, obscène et cruel allait continuer, et l'espèce en vieillissant y ajouterait sans doute de nouveaux raffinements d'horreur. Notre époque, dont je connaissais mieux que personne les insuffisances et les tares, serait peut-être un jour considérée, par contraste, comme un des âges d'or de l'humanité.
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chartelchartel   12 septembre 2007
La lettre écrite m’a enseigné à écouter la voix humaine, tout comme les grandes attitudes immobiles des statues m’ont appris à apprécier les gestes. Par contre, et dans la suite, la vie m’a éclairci les livres. Mais ceux-ci mentent, et même les plus sincères. Les moins habiles, faute de mots et de phrases où ils la pourraient enfermer, retiennent de la vie une image plate et pauvre ; tels l’alourdissement et l’encombrement d’une solennité qu’elle n’a pas. D’autres, au contraire, l’allègent, font d’elle une balle bondissante et creuse, facile à recevoir et à lancer dans un univers sans poids. Les poètes nous transportent dans un monde plus vaste ou plus beau, plus ardent ou plus doux que celui qui nous est donné, différent par là même, et en pratique presque inhabitable. Les philosophes font subir à la réalité, pour pouvoir l’étudier pure, à peu près les mêmes transformations que le feu ou le pilon font subir au corps : rien d’un être ou d’un fait, tels que nous l’avons connu, ne paraît subsister dans ces cristaux ou dans cette cendre. Les historiens nous proposent du passé des systèmes trop complets, des séries de causes et d’effets trop exacts et trop clairs pour avoir jamais été entièrement vrais. Je m’accommoderais fort mal d’un monde sans livres, mais la réalité n’est pas là, parce qu’elle n’y tient pas tout entière
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OrpheaOrphea   24 décembre 2012
Nous connaissons encore assez mal la configuration de la terre. A cette ignorance, je ne comprends pas qu'on se résigne. J'envie ceux qui réussiront à faire le tour des deux cent cinquante mille stades grecs si bien calculés par Ératosthène, et dont le parcours nous ramènerait à notre point de départ. Je m'imaginais prenant la simple décision de continuer à aller de l'avant, sur la piste qui déjà remplaçait nos routes. Je jouais avec cette idée... Être seul, sans biens, sans prestiges, sans aucun des bénéfices d'une culture, s'exposer au milieu d'hommes neufs et parmi des hasards vierges... Il va de soi que ce n'était qu'un rêve, et le plus bref de tous. Cette liberté que j'inventais n’existait qu'à distance ; je me serais bien vite recréé tout ce à quoi j'aurais renoncé. Bien plus, je n'aurais été partout qu'un Romain absent. Une sorte de cordon ombilical me rattachait à la Ville. Peut-être, à cette époque, à ce rang de tribun, me sentais-je encore plus étroitement lié à l'empire que je ne le suis comme empereur, pour la même raison que l'os du poignet est moins libre que le cerveau. Néanmoins, ce rêve monstrueux, dont eussent frémi nos ancêtres, sagement confinés dans leur terre du Latium, je l'ai fait, et de l'avoir hébergé un instant me rend à jamais différent d'eux.
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annieannie   10 juillet 2009
« Je voulais que l'immense majesté de la paix romaine s'étendît à tous, insensible et présente comme la musique du ciel en marche ; que le plus humble voyageur pût errer d'un pays, d'un continent à l'autre, sans formalités vexatoires, sans dangers, sûr partout d'un minimum de légalité et de culture ; que nos soldats continuassent leur éternelle danse pyrrhique aux frontières ; que tout fonctionnât sans accroc, les ateliers et les temples ; que la mer fût sillonnée de beaux navires et les routes parcourues par de fréquents attelages ; que, dans un monde bien en ordre, les philosophes eussent leur place et les danseurs aussi. Cet idéal, modeste en somme, serait assez souvent approché si les hommes mettaient à son service une part de l'énergie qu'ils dépensent en travaux stupides ou féroces ; une chance heureuse m'a permis de le réaliser partiellement durant ce dernier quart de siècle. »
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Vidéo de Marguerite Yourcenar
En compagnie de Dany Laferrière, membre de l'Académie française, François Busnel évoque la carrière de Jean d'Ormesson dans cette institution et notamment son impact dans l'arrivée de Marguerite Yourcenar.
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