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ISBN : 2072698278
Éditeur : Gallimard (01/11/2016)

Note moyenne : 3.97/5 (sur 364 notes)
Résumé :
Orientales, toutes les créatures de Marguerite Youcenar le sont à leur manière, subtilement. L'Hadrien des Mémoires se veut le plus grec des empereurs, comme Zénon, dans la quête de son Oeuvre au Noir, paraît souvent instruit d'autres sagesses que celles de l'Occident. L'auteur elle-même, cheminant à travers Le Labyrinthe du Monde, poursuit une grande méditation sur le devenir des hommes qui rejoint la pensée bouddhiste.
Avec ces Nouvelles, écrites au cours d... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
LydiaB
  17 mars 2013
Je m'intéresse ici à une nouvelle en particulier : La Veuve Aphrodissia, septième nouvelle de ce recueil en contenant une dizaine. Marguerite Yourcenar s'est inspirée de fables, de contes ou de faits divers orientaux pour les retranscrire avec son propre style.

Le texte s'ouvre sur la mort de Kostis le rouge, un hors-la-loi ayant tué le pope d'un village De Grèce. Si les habitants se réjouissent de cette mort, la femme du Pope, elle, en est affectée - douloureusement affectée. Car Aphrodissia aimait en secret Kostis. Elle est obligée cependant de paraître respectable en mémoire de son époux. Et c'est bien là tout son dilemme. Car, finalement, elle est doublement veuve : administrativement (le Pope) et amoureusement (Kostis). La révolte de cette femme est accentuée par ce deuil qui n'en finit pas. En Grèce, comme dans l'Antiquité, les pleureuses doivent venir se lamenter devant le corps du défunt. Mais ici, il lui faut attendre trois jours et trois nuits, que l'on ramène le mort, avant d'entamer ce long travail sur soi. Et ce qui est fabuleux avec l'écriture de Yourcenar, c'est que l'on ne comprend pas de suite. Ce n'est que lorsque la veuve veut offrir à manger à ses "vengeurs" que l'on commence à apercevoir son ressenti : "(...) comme elle n'avait pu assaisonner de poison les tranches de pain et de fromage qu'elle leur avait présentées, il lui avait fallu se contenter d'y cracher à la dérobée, en souhaitant que la lune d'automne se lève sur leurs tombes."

Certes, le sujet de l'amour adultère n'est pas nouveau. Mais l'auteur le transcende ici par la magie de son écriture. On entend presque le coeur de cette femme qui hurle. le Pope ne lui avait donné qu'une image sociétale. Elle n'était rien aux yeux de ceux qu'elle appelle "les paysans", avec tout le mépris qu'elle insuffle dans ces termes. Avec Kostis, elle était Femme. Et lorsqu'elle aperçoit sur le bras de cet être aimé que son prénom y est gravé, elle ne se maîtrise plus.

Yourcenar reconstitue ici une tragédie avec ce climat propre aux dérèglements passionnels. Aphrodissia est digne de Phèdre et d'Antigone. Elle laisse s'exprimer l'amour et l'exaspération. Cela ira jusqu'à la folie. Un texte magnifique à lire absolument !

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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brigittelascombe
  20 février 2013
Entre contes et légendes, fables et mythes, les dix Nouvelles Orientales de Marguerite Yourcenar, perles sauvages d'une intense beauté, emportent leur lecteur, bercé par les eaux primitives ou balloté par les peurs ancestrales, au delà du réel pour mieux le diluer dans un inconscient collectif.
Fines touches picturales pour transmettre une autre perception de l'art à travers le récit de la vie du sage peintre chinois Wang-Fô, qui tel un magicien, suscite des émotions diverses allant de l'amitié fidèle de son disciple Ling à la cruauté de l'empereur "Dragon Céleste", et qui tel un dieu, accomplit des miracles pour donner naissance au réel à partir d'une image.
Emotions démesurées entre trahison, haine et horrible vengeance d'une bourrelle, contre lesquelles le mur du stoïque "héro serbe" Marko Kraliévitch force de la nature indomptable s'élève pour résister à tout. Et pourtant, quelques chapitres plus loin, ce même Marko trouvera son maître pour stopper sa propre violence.
Amour maternel infini de la femme emmurée continuant l'allaitement de son enfant. Mais "il y a mères et mères", n'est-ce pas?
Oubli impardonnable d'un vieux séducteur raffiné pour rappeler que l'amour ne se décline pas avec la même intensité.Et pourtant la douce et fidèle "Dame-du-village-qui-tombe" se devait d'être inoubliable!
Fantasmes tachés d'interdits, les Néréides nues, ces démones sensuelles font perdre parfois la tête au simple et au figuré.
Défenseur d'une pureté de l'âme, le moine Thérapion, exorciste bien intentionné vis à vis des "Maudites" n'outrepasse-t-il pas sa quête de bien en s'armant d'un crucifix et d'une truelle contre le pêché de chair.
Hypocrisie quand tu nous tiens! Cruel dilemme lorsque l'on est veuve d'un insipide époux assassiné par "Kostias le Rouge" et l'amante du meurtrier sanguinaire.
Le monde est imparfait. La déesse Kali, "Noire horrible et belle" courtisane en est la preuve vivante.
Ô Misère du monde! Pourquoi Dieu, au lieu de l'Univers ne s'est-il pas contenté de peindre de simples paysages? conclut Cornelius Berg le portraitiste devenu lucide au fil du temps.
Marguerite Yourcenar, femme de lettres française et américaine du XX° siècle, académicienne, poète, dramaturge, romancière, a toujours évoqué les problèmes du monde moderne à travers les mythes antiques.
Nouvelles Orientales, bien que d'un genre différent de ses autres écrits (car apparentées à des contes) sont pourtant d'actualité. Langage de l'Art pour dépasser le quotidien, stoïcisme face à la cruauté, abnégation, inégalité des sentiments, désir, fanatisme aveugle,hypocrisie, imperfections, rapport de forces, misère............le monde est un drôle de kaléidoscope vu à travers maux et mots.
Comment ne paspenser à Sept histoires qui reviennent de loin de Jean-Christophe Rufin, aux couleurs et parfums du monde, parfois fantastiques, qui portent le lecteur sur leurs ailes entre vie et mort et dont l'écriture limpide est empreinte de poésie?
Comment ne pas penser aux nouvelles de Jean-Marie-Gustave le Clézio: Histoires du pied et autres fantaisies, leçons de vie et voyages initiatiques?
Car Nouvelles Orientales, telles des Fables de la Fontaine, sont porteuse de morale, celle de "la voyageuse qui sait marcher dans le ciel"....celle de l'élévation, du dépassement de soi et du bien.
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medsine
  24 août 2012
Ce recueil de 10 Nouvelles Orientales s'était totalement échappé de mon souvenir à peine un an après l'avoir lu. Soucieux de ne pas avoir de critique sur mon Babelio de cette lecture pourtant récente, je viens de relire entièrement ce petit livre. Lorsque j'ai repris le recueil, il m'était impossible de me souvenir de la moindre nouvelle, pourtant à chaque nouvelle page tournée, toutes ces histoires me revenaient en tête, non pas comme une impression de « Déjà vu » mais comme une certitude, une évidence. Et cette fois avec un grand plaisir.
Le peintre Wang-Fô d'abord, qui transforme avec son pinceau l'horreur ou la platitude du monde en ravissement sur papier, à ce point qu'il trompe l'empereur, lui donnant l'illusion d'un monde parfait loin d'une réalité sordide. L'art ici transcende le réel. A tel point qu'il sauve littéralement le peintre et son disciple de la mort lorsqu'ils fuient à travers l'oeuvre même, dans un bateau sur un fleuve qu'il a lui-même dessiné.
Dans l'homme qui a aimé les Néréides ou dans La chapelle aux hirondelles Marguerite Yourcenar nous fait faire connaissance avec des êtres mythologiques aux charmes mortels, chassées par les hommes et la religion. Une métaphore de la condition des femmes, dont les charmes sont suspects, profanes, destructeurs. S'ajoute avec le lait de la mort le thème du sacrifice maternel, de la femme outragée, mortifiée, littéralement emmurée, restreinte à son unique fonction nourricière.
Un beau recueil de nouvelles venant d'ailleurs, d'une écriture poétique aux accents homériques d'une certaine violence mais où s'ajoute ici une forme de douceur toute féminine.
24 août 2012
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Floyd2408
  31 décembre 2013
Ce recueil est composé de dix nouvelles au saveurs Orientales écrites séparément puis reconstituées dans un même ouvrage en 1938 puis rééditée en 1963 avec quelques corrections de Marguerite Yourcenar.
Comment Wang-Fô fut sauvé est une nouvelle de Chine de l'Ère impériale ou un peintre vagabond accompagné d'une jeune homme Ling timide d'une enfance calfeutrée .On caresse la magie sensorielle des paysages à travers cet artiste magicien qui donne vie au sujet de ces tableaux .On rencontre l 'empereur au détour d'une fable délicieuse douce et tendre ....La fin reste comme une caresse merveilleuse d'un conte ancien chinois ...
Le sourire de Marko cette deuxième nouvelle caresse les flots de la méditerranée au abord des Balkans proche de l 'Asie avec la Turquie .Sur Un bateau un archéologue grec,un pacha égyptien et un ingénieur Français se raconte la légende d'un héros Serbe Marko Kraliévitch celle de son sourire ...Un fable poétique de ce jeune héros serbe face à la méchanceté de sa maitresse et de ces bourreaux Turques ...Un histoire au doux charme orientale avec cette douceur Baltique...
Le lait de la mort cette troisième nouvelle commence sur la terrasse d'un restaurant sur l 'adriatique proche des montagnes de l'Herzégovine ou l'ingénieur Jules Boutrin et son compagnon Philip se raconte l 'histoire fabuleuse d'une tour disparue...Cette légende belle d'une mère amoureuse éperdue de son enfant au sacrifice de sa vie de femme pour le nourrir de son sein emmurée dans cette tour par sacrifice ....La morale est belle est finie ce conte par ses mots "Il y a mères et mères".
Le dernier du prince Gendhi cette quatrième nouvelle caresse le souvenir du sourire de sa bien aimée disparue et des autres pour venir finir sa vie dans un isolement d'un ermitage construit au flanc de la montagne ...Il erre de ses souvenirs et de sa vie pour perdre petit à petit sa vue et le prestige de prince ....Il hante les souvenirs de ces conquêtes au désespoir de celle qui l 'aime de ce présent passé celle amante d'autrefois trouble cet ancien prince de l 'amour par mensonge et stratagème....Les mots de Marguerite Yourcenar sont comme le velours de ces amours et respirent avec plaisir ces temps heureux ...
L'homme qui a aimé les Néréides est la cinquième nouvelle de cet ouvrage comme les précédentes elle relate l 'histoire par un tiers Jean Démétriadis de ce Panégyotis devenu muet à dix huit ans pour avoir rencontré les Néréides.Ce jeune paysans se perd de la beauté de ces éphémères créatures magiques...elles volent avec plaisir le sens de la vue et de la parole pour celui de l 'éternel plaisir de leur beauté ....la poésie de la beauté celle l 'homme à ses folies sensorielles ....
Notre-Dame-des-Hirondelles cette sixième nouvelle raconte cette légende formidable des hirondelles de la chapelle perdue dans la montagne prés des berges du Céphise ...Le moine Thérapion veut délivrer sa région des Nymphes et les enferment dans un grotte et construit une chapelle à la porte de cette prison mais une femme Marie par magie transforme ces fées en Hirondelles pour les sauver ....une belle écriture magique pénètre cette nouvelle fantastique mystique ...
Kâli décapitée cette huitième nouvelle très courte raconte le purgatoire d'une déesse décapitée sur le corps d'une fille de joie ....Les Dieu Jaloux décapitent cette pure merveille de Kâli pour la jeter en enfer puis elle revient sur terre avec le corps d'une prostitué et son doux visage et se lamente de vivre avec sa folie douce de ce corps aimantée par la concupiscence des corps des êtres les plus infâmes que la terre puisse engendrer ....une douce parabole sur l 'opposition du désirs physique et la pureté des sentiments ....
La fin de Marko Kraliévitch est l'avant dernière nouvelle de ce recueil ou Marguerite Yourcenar relate la fin de héros Serbe dont elle nous parla de sourire dans sa deuxième nouvelle...Un valet de ce Marko raconte la mort étrange de ce Héros après un repas lorsqu'il vient à la rencontre des mendiants pour récupérer les restes ...Comme par une magie noire il meurt d'un petit vieux subitement s 'étouffant de sa respiration de vivre ....et l 'homme repart sous le vol des oies sauvages ...encore une fable orientale mystérieuse .....
La tristesse de cornélius Berg clôt ces nouvelles avec tristesse et mélancolie ce recueil de nouvelles orientales .Peintre en fin de vie dans les rues de Amsterdam se perds de ces souvenirs et s'éveille devant la beauté rare d'une fleur .On déplore cependant ce rajout de cette dernière nouvelle faisant miroir à la première de ces deux peintres artiste de la beauté de notre nature qui n 'est orientale que des souvenirs de vieil homme ....
Marguerite Yourcenar réécrit quatre nouvelles de légendes ou fables taoïste de la vieille chine de ballades balkanique du moyen age de mythe Hindou qui d'ailleurs inspira Goethe avec le Dieu et la Bayadère et Thomas Mann Les têtes transposées ...Il y a aussi des faits divers ou des superstitions de la Grèce actuelle Il y a aussi une nouvelle imaginaire pour le plaisir de l 'auteur de s'inventer une légende du nom d'une chapelle (Notre-Dame-des-Hirondelles) ....Toutes ces nouvelles rêvent de l 'écriture mélodieuse de Yourcenar pour fuir vers ces contrés sauvages .ces lieux orientaux ou ses souvenirs intemporels ...une échappée belle vers nos songes passés ....
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oran
  13 août 2017
Pour savourer cette lecture délectable (réédition datée de 1978), il convient tout d'abord de prendre connaissance du post-scriptum rédigé par l'auteur qui permet de mieux comprendre l'ossature de ce recueil, (première publication en 1938), de savoir qu'il a été remanié au fil du temps (corrections de style, réécriture de la chute d'une nouvelle, suppression d'une autre, nouveau titre …) de découvrir les matériaux qui ont servi à façonner ces textes : fables, apologues, légendes, contes, faits divers , superstitions, mythes, ballades captées au cours de ses nombreuses pérégrinations , rencontres avec les indigènes… mais aussi écriture imaginative personnelle.
L'orient exotique , mythique, sauvage, captivant que Marguerite Yourcenar nous donne à explorer par le biais de ses nouvelles est un vaste territoire qui s'étend, du sud de l'Europe Albanie, Balkans , en passant par la Grèce, voyage fait de va et vient qui se poursuit en Inde , en Chine, au Japon et se termine à Amsterdam en compagnie de Cornélius Berg qui lui aussi séjourna en Orient. Un long périple géographique et historique, dans le lointain passé, dans le présent aussi.
Toutes les caractéristiques de son style intemporel et la magie de sa plume se déclinent dans ces dix nouvelles : poésie, érudition, imagination, puissance...
C'est inutile d'en dire plus, il faut lire ces nouvelles orientales , elles offrent le dépaysement, elles font voyager sans bouger de son fauteuil et chacun sait que pour aller loin , il faut ménager sa monture !
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Citations & extraits (69) Voir plus Ajouter une citation
lafilledepassagelafilledepassage   12 octobre 2017
Le seul empire sur lequel il vaille la peine de régner est celui où tu pénètres, vieux Wang, par le chemin des Mille Courbes et des Dix Mille Couleurs. Toi seul règnes en paix sur des montagnes couvertes d’une neige qui ne peut fondre, et sur des champs de narcisses qui ne peuvent mourir.
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lafilledepassagelafilledepassage   09 octobre 2017
Tu m’as fait croire que la mer ressemblait à la vaste nappe d’eau étalée sur tes toiles, si bleue qu’une pierre en y tombant ne peut que se changer en saphir, que les femmes s’ouvraient et se refermaient comme des fleurs, pareilles aux créatures qui s’avancent, poussées par le vent, dans les allées de tes jardins, et que les jeunes guerriers à la taille mince qui veillent dans les forteresses des frontières étaient eux-mêmes des flèches qui pouvaient vous transpercer le cœur.
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lafilledepassagelafilledepassage   07 octobre 2017
Un mur énorme séparait le jardin du reste du monde, afin que le vent, qui passe sur les chiens crevés et les cadavres des champs de bataille, ne put se permettre de frôler la manche de l’Empereur.
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lafilledepassagelafilledepassage   03 octobre 2017
Ils étaient peu chargés, car Wang-Fô aimait l’image des choses, et non les choses elles-mêmes, et nul objet au monde ne lui semblait digne d’être acquis, sauf des pinceaux, des pots de laque et d’encres de Chine, des rouleaux de soie et de papier de riz.
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lafilledepassagelafilledepassage   05 octobre 2017
Ling avait grandi dans une maison d’où la richesse éliminait les hasards.
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Cécile Coulon a choisi les « Mémoires d?Hadrien », de Marguerite Yourcenar, comme livre à prendre dans sa valise à l'approche des vacances.
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