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EAN : 9782358722193
160 pages
La Fabrique éditions (08/10/2021)
4.18/5   90 notes
Résumé :
Un essai interrogeant la dialectique contemporaine relative à l'ensauvagement de la société française. Convoquant les figures de Yacine Kateb ou d'Aimé Césaire, l'auteure dresse un état des lieux critique de la perception des communautés noires et arabes issues de la décolonisation dans la France du XXIe siècle.
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
« Je sens que j'ai tellement de choses à dire qu'il vaut mieux que je ne sois pas trop cultivé. Il faut que je garde une espèce de barbarie, il faut que je reste barbare. » avouait Kateb Yacine. Louisa Yousfi l'entend comme un mot d'ordre, autant esthétique que politique, et convoque quelques « ensauvagés » à l'assaut de « l'Empire », de Toni Morrison au rappeur Booba, de Chester Himes au groupe PNL.
(...)
Armé de son précieux sésame: « rester barbare », cette « formule magique » dénichée chez Kateb Yacine, Louisa Yousfi traque les effets du colonialisme chez les descendants des victimes (collatérales) de celui-ci et identifie ceux qui résistent encore. Un manifeste redoutable, doublé d'une fort intéressante analyse du rap français, comme puissant levier dans ce retournement de stigmate.

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Dans un essai percutant, Louisa Yousfi, journaliste et militante au Parti des Indigènes de la République (PIR) nous amène à nous interroger sur la résistance des personnes issues de l'immigration à l'intégration imposée par les sociétés occidentales.

Elle débute sa réflexion en citant l'écrivain algérien Kateb Yacine qui évoque la crainte de sa perte d'identité dans la culture française : «Je sens que j'ai tellement de choses à dire qu'il vaut mieux que je ne sois pas trop cultivé. Il faut que je garde une certaine barbarie, il faut que je reste barbare». Il faut ainsi résister à l'intégration, en renversant le stigmate dont on est affublé, « rester barbare », pour ne pas trahir ses origines.

Dans la lignée de Kateb Yacine, Louisa Yousfi nous présente ces «barbares contemporains», comme l'écrivain américain Chester Himes, le français Medhi Meklat, ou des rappeurs comme Booba, ou PNL qui racontent leurs vies dans «un monde qui [les] ratatine». Leur point commun ? Expliquer leur impossibilité de sortir du rôle assigné par la culture dominante occidentale, quitte parfois à «aller à contresens du pouvoir, coûte que coûte, et dans la misère morale s'il le faut». Ainsi, pour subvertir la prophétie autoréalisatrice du racisme, ces artistes se dépeignent en monstre, en bête, «se raconter en barbare devient une façon paradoxale de se raconter en humain, sans se livrer aux bons sentiments de la civilisation».

Pour Louisa Yousfi, les productions culturelles des femmes issues de l'immigration n'ont pas la même réception que celles des hommes, seuls à être considérés comme «barbares» : «dans les milieux progressistes, écrire en tant que femme non-blanche est un sésame», avance-t-elle. On pourrait y voir en effet, la continuité du fantasme colonial de protéger et d'exfiltrer les femmes racisées de leur culture d'origine pour les retourner contre elle. Ainsi, dans l'impossibilité pour les femmes non-blanches de «rester barbare» l'autrice veut défendre la parole de ces hommes qui «parlent pour moi, pour nous».

Si on peut comprendre la lutte collective des personnes issues de l'immigration contre l'acculturation, on reste assez circonspect face à l'absence de réflexion sur la possibilité d'imaginer une expression autonome et indépendante des femmes racisées qui soit irrécupérable par la culture dominante occidentale. Pourtant, le féminisme décolonial propose des pistes d'émancipation dans ce sens, qui plus est dans une perspective anticapitaliste.
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Je croyais ouvrir un essai, j'ai l'impression de n'avoir refermé qu'un coup de gueule. Hormis le chapitre « Noir tue blanche » et d'une partie de « L'impossible communion des larmes », qui m'ont semblé d'une grande pertinence et qui appuient effectivement « là où ça fait mal », le reste m'est apparu comme un enchaînement de sophismes et de contradictions. Sans compter que les termes le terme « barbare » qui sert de point de départ n'est jamais clairement défini, et que le terme « beauté », trop subjectif et polysémique pour avoir un intérêt dans ce contexte, est rabâché tout le long de l'ouvrage.

La question de l'antisémitisme et de l'homophobie est résumée à un rejet de l'hypocrisie des valeurs de l'occident, comme si une part significative de la population occidentale de revendiquait pas son antisémitisme et son homophobie (entre autres), et comme si ces discriminations n'existaient que sous sa coupe.

Les « linguistes et les professeurs de français » sont réduits dans leur analyse du rap à la recherche de zeugma, et les questions « comment s'écrit le rap » et « qu'est ce qui a lieu dans le rap » sont présentées comme antinomiques. La destruction de la langue est présentée comme la chasse gardée du rap comme si elle ne constituait pas la grande part de la poésie contemporaine et ne se retrouvait pas dans toutes les formes littéraires.

Le début me semblait pourtant prometteur, et je note l'idée qui m'a le plus marqué : « franchir leur frontière sans la détruire, c'est la reconduire derrière soi et derrière soi barrer la route à d'autres barbares, fabriqués pour l'occasion. »

Peut-être le rejet de conclusions sociologiques (à deux reprises) m'a-t-il fait prendre la mouche plus que nécessaire, peut-être ne suis-je pas assez concerné ou renseigné sur le sujet pour saisir l'essence de l'ouvrage, mais j'ai vraiment l'impression que le raisonnement présente de grosses failles.
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À la base de cet essai, une phrase de Kateb Yacine ;

« Je sens que j'ai tellement de choses à dire qu'il vaut mieux que je ne sois pas trop cultivé. Il faut que je garde une espèce de barbarie, il faut que je reste barbare. ».

Et, depuis hier soir, j'ai l'impression d'avoir échangé malgré moi ma place de spectateur avec celle du gars dans le coin du ring, sonné par la force de l'adversaire, ami à mes yeux, mais prenant conscience que ces yeux sont des filtres gangrenés par un racisme passif et permanent.

Et depuis hier soir, donc, j'ai tous les « moi » de mon intérieur qui font les 100 pas à tenter de savoir ce qui cloche dans nos gênes et notre héritage pour pas changer la donne comme on serait censé le faire.

La culture est assimilée à une gloutonnerie qui rend l'esprit impuissant, tandis que la barbarie offre une vitalité primitive, une écriture vraie, un geste pur, une poésie authentique. 

Franchir la frontière ne suffit pas à abolir l'Empire. Louisa Yousfi appelle à garder et résister, refusant d'être un simple trait-d'union, préservant son histoire, sa culture et son âme face à l'assimilation de la civilisation.

Elle analyse aussi le roman de Chester Himes, dévoilant le triomphe d'un ordre moral et dénonçant la boucle infinie de la science raciste. Les "héritiers de l'Empire" sont critiqués pour leur complexe de privilégiés et leur manque de valeurs humanistes.

L'autrice explore ensuite l'après 11 septembre 2001. Elle évoque les figures de barbares contemporains comme Mehdi Meklat et le rappeur Booba, qui cherchent à réussir sans se faire dompter, à devenir des cauchemars de l'Occident. le rap, langue de l'étranger, défie les frontières symboliques de la langue française, brisant ses attaches pour mieux s'émanciper.

Louisa Yousfi souligne également le rôle des femmes non blanches dans la littérature, cherchant leur propre voie du blâme pour dépasser les stéréotypes.

"Rester barbare" est un manifeste puissant, traquant les effets du colonialisme. Un appel à embrasser notre sauvagerie intérieure et à faire du rap français un levier puissant.

T'attends quoi en vrai ?

@louisayousfi62 @la_fabrique_editions #bookstagram #conseillecture
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hâte qu'il sorte, pouvoir réfléchir en tant qu'arabo-musulman à notre sort et notre rôle dans et pour cette République, c'est la dynamique qu'il faudrait initier...

Rien est parfait tout pourrait le devenir, du moins en récit et en idées, parlons-en....
Lien : https://www.instagram.com/le..
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critiques presse (3)
Bibliobs
20 juin 2023
Dans son essai « Rester barbare », la journaliste Louisa Yousfi célèbre le « barbare » comme une figure politique émancipatrice pour les « Français issus de l’immigration ». Avec le rappeur Booba dans le rôle du « barbare » n° 1.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LesInrocks
24 avril 2023
Dans son brillant et percutant essai, “Rester barbare”, la journaliste convoque l’écrivain Kateb Yacine, mais aussi les rappeurs Booba et PNL, afin de poser les fondements d’un manifeste littéraire pour une nouvelle pensée décoloniale en France.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
NonFiction
09 mai 2022
Louisa Yousfi fait partie d’une génération pour laquelle « être et rester barbare » — selon la formule de Kateb Yacine citée en début d’ouvrage — est devenu un slogan nécessaire. Alors que les mots « ensauvagement », « sauvage », et « barbare » ainsi que les jugements racistes qui les accompagnent surgissent à nouveau dans le vocabulaire politique et médiatique, des militants s’efforcent d’inverser l’adresse de ces formules afin de renforcer leur dénonciation du postcolonialisme.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Avoir des choses à dire, c'est tout sauf converser. Car c'est toujours par effraction que le barbare surgit dans la conversation. Dérobant la parole aux bien-parlants, il lui insuffle une force nouvelle en la transfigurant en événement – plus exactement, en attentat.
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Kateb Yacine, de son propre aveu, est un barbare. Avec une simplicité déconcertante, il a déclaré : “je sens que j'ai tellement de choses à dire qu'il vaut mieux que je ne sois pas trop cultivé. Il faut que je garde une espèce de barbarie, il faut que je reste barbare.“ 
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Que toutes ces belles idées leur parviennent de la même main que celle qui leur maintient la tête sous l'eau ne peut être sans effet sur leur réception. Si elles semblent rejetées en bloc, ce n'est pas tellement pour ce qu'elles sont effectivement mais parce qu'elles servent objectivement à marquer la supériorité morale d'un monde qui les méprise. Le progressisme dans les cités, c'est via les flics qu'il se déploie en pratique. Dans les pays du Sud, ce sont carrément des bombes.
Qui est assez bête pour ne pas imaginer les ravages d'une telle politique « civilisatrice » sur les populations qui en sont les cibles ?
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