AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Dominique Magny-Roux (Traducteur)
ISBN : 2843048702
Éditeur : Zulma (22/08/2019)

Note moyenne : 4.4/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Elle, Li Jiaqi, et lui, Cheng Gong, la petite trentaine un peu cabossée, se retrouvent après des années sans nouvelles. Ces deux-là étaient pourtant inséparables, quand ils jouaient comme des enfants à chasser les mystères du côté de la Tour des morts, sur le campus de la Faculté de médecine. Elle est la fille d’un poète professeur de littérature et d’une paysanne anesthésiée par la vie urbaine, le fruit d’un slogan, comme elle dit – « les instruits à la campagne ».... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Kirzy
  11 septembre 2019
°°° Rentrée littéraire 2019 #18 °°°
Dès les premiers chapitres, on fait la connaissance des deux personnages centraux que l'on ne va plus quitter, Li Jiaqi et Chang Gong, inséparables durant l'enfance et l'adolescence. Trentenaires cabossés par la vie, ils se retrouvent après des années sans nouvelles. Chacun s'adresse à l'autre à la première personne dans des chapitres alternés, sous la forme de confessions, comme s'il était plus aisé de dire les choses à l'autre à travers des mots qu'il ne lira jamais,  plutôt que dans une discussion face à face empreinte de pudeur qui inhibe.
J'ai été littéralement happée par la plume précise et ultrasensible de cette jeune auteure chinoise, reconnue dans son pays, mais traduite en France pour la première fois. Cette grande connaisseuse de la littérature française a dit dans une interview que Flaubert était son modèle absolu. Et c'est vrai qu'elle accorde une place prépondérante à la psychologie profonde des personnages, à leurs failles, leurs tourments, dans une atmosphère nostalgique propice aux flots des souvenirs qui les assaillent progressivement. C'est presque construit comme un thriller de l'intime pour découvrir le drame, l'événement qui a séparé les deux personnages et les a amenés à être ce qu'ils sont aujourd'hui.
 
C'est là que le roman déploie son ambition,  prend toute son ampleur en mêlant cheminement introspectif de l'individu aux soubresauts de l'Histoire. En fait, à travers le portrait de ces deux trentenaires en plein mal-être, à travers les destinées de leurs deux familles, Zhang Yueran met à nu les nombreuses couches de la Chine moderne. Elle possède un réel talent de conteuse, son récit, très méticuleux, est incroyablement bien construit, éclatant de vigueur avec , au centre, la mémoire, les souvenirs, les réminiscences qui virevoltent sur trois générations : celles des grands-parents de Li Jiaqui et Cheng Gong ( pionniers communistes combattant le Kuomintang puis médecins dans la nouvelle Chine de Mao ) , celles de leurs parents ( nés juste avant la terrible Révolution culturelle qui sévit de 1966 à 1976 ) et la leur, eux qui sont nés dans les années 1990 du boom économique capitaliste.
 
Le thriller de l'intime initial se mue en thriller tout court avec au coeur, un mystère sur ce qu'est advenu au grand-père de l'un des deux en 1967, une tragédie qui lie les deux familles, un secret qui ronge et modèle les générations suivantes jusqu'à celle de Jiaqi et Gong.
 
 
«  Assis dans ce recoin glacial, je sentais la haine brûler en moi comme un feu toujours plus vif. Je l'entretenais, elle chauffait à blanc tout mon être. Mes veines vibraient comme des cordes tendues. Un sang ancien, profondément endormi, se réveillait. Il bouillonnait, remontait par vagues jusqu'au sommet de mon crâne. J'entendais le ressac en moi, je sentais une force colossale se précipiter dans ma poitrine. Des langues de feu d'un bleu sombre bondissaient. Dans ce demi-rêve, apparurent un groupe de personnes assises en cercle autour d'un feu, des silhouettes pâles, inconsistantes, quasi diaphanes. Je ne les avais jamais vues, mais bizarrement je les reconnaissais. C'étaient les ancêtres de la lignée de mon grand-père qui me fixaient de leurs yeux ardents. En partant, ils me laissèrent leur regard. Ce regard restait là, tel un phare. Avant de s'en aller, ils s'approchèrent un à un, comme pour prendre congé, mais ils restèrent silencieux et posèrent simplement les mains sur mes épaules, comme s'ils voulaient me transmettre une force. La douleur se diffusa dans mon corps, je compris soudain avec tristesse que j'avais grandi, que je n'étais plus un enfant. »
 
Le clou du titre a bien évidemment un rapport avec ce passé douloureux, mais peut également être vu comme une métaphore : le passé est comme un clou planté dans le présent, difficile à enlever, mais trop douloureux à ignorer. L'impact traumatique de la Révolution culturelle, le chaos de quasi guerre civile sous l'impulsion des brutaux gardes rouges, sont parfaitement mis en lumière, sans tabou mais avec finesse.
 
 
Malgré une intensité qui retombe sur la fin, ce roman est passionnant, d'une richesse folle, étonnamment ambitieux dans son questionnement sur le temps et sur la mémoire d'une nation. Ce roman est exigeant, certes,  mais récompense le lecteur qui ne peut qu'être admiratif face à la cohérence du récit, entre la profondeur du fond et la beauté d'une écriture qui enveloppe et subjugue .
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          8510
Christlbouquine
  05 septembre 2019
Quelle belle idée de traduire pour la première fois en France un roman de l'auteure chinoise Zhang Yueran.
Ce récit plein de poésie et de nostalgie est extrêmement touchant et les deux personnages qui portent cette histoire sont magnifiquement incarnés.
Le livre fait alterner les interventions de Li Jiaqi et de Cheng Gong. La première revient de Pékin pour assister aux derniers jours de son grand-père. le second n'a jamais quitté leur village où il vit avec sa tante. le récit les présente au moment où les deux amis d'enfance se retrouvent. Commence alors une longue conversation en va et vient entre les deux personnages, un échange durant lequel ils reviennent sur leur enfance mais aussi sur toutes ces années qu'ils ont vécu loin l'un de l'autre.
La relation entre Li Jiaqi et Cheng Gong est évidemment au centre du livre. Une relation qui s'est construite, on le comprend très vite, sur la solitude que ressentaient les deux enfants à l'époque. Mais aussi sur un effroyable secret qui relie les deux familles et qui prend sa source lors de la Révolution culturelle lancée en 1966. Un secret dans lequel le clou du titre joue un rôle essentiel.
Leurs vies d'enfants, même s'ils ne sont pas issus des mêmes milieux sociaux, sont très similaires. Élevés par leurs grands-parents, privés de l'amour de leurs parents, rêveurs et solitaires, ces deux âmes ne pouvaient que se rejoindre. Ils m'ont particulièrement touchée par leur soif d'amour qui se retrouve même dans leur vie chaotique d'adulte.
Leurs façons de jouer ensemble lorsqu'ils étaient enfants, aussi étranges qu'elles puissent être, m'ont aussi amusée. Quels enfants passent leurs après-midis à l'hôpital auprès du grand-père de l'un d'eux qui est dans le coma et l'utilisent comme accessoire de jeu ?
Tout n'est évidemment pas de cet ordre dans le roman. Et cette anecdote raconte surtout l'immense solitude de ces deux enfants, leurs états d'âme et leur immense fragilité face au monde des adultes peuplé de non-dits.
Tout au long du roman leurs souvenirs se répondent au fil des chapitres, ils reviennent aussi sur leur vie d'adulte pour combler les trous de ce qu'ils ne savent pas l'un de l'autre. Cet échange est sans doute pour eux l'occasion de fermer la porte d'un passé douloureux pour pouvoir enfin avancer et se pardonner.
Ce roman puissant est aussi l'occasion pour moi de mieux connaître la vie de la Chine à la fin du XXème siècle et l'évolution de ce pays.
Zhang Yueran signe là un roman profond et ultrasensible, plein de mélancolie. Il s'agit pour moi d'une véritable rencontre et d'un coup de coeur. J'attends maintenant avec impatience les précédents romans de cette auteure, avec peut-être une traduction de Dominique Magny-Roux dont le travail me semble rendre parfaitement justice au texte de Zhang Yueran.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Fuyating
  20 août 2019
Je suis ravie que cette pépite soit enfin publiée et je remercie d'ailleurs chaleureusement les éditions Zulma de l'avoir fait !
Zhang Yueran est une étoile montante sur la scène littéraire chinoise actuelle, talentueuse, très érudite, prometteuse et avec un style bien à elle. Je pense qu'elle va devenir une auteure incontournable dans les prochaines années (tout du moins en Chine).
"Le clou" est un véritable bijou, décrivant avec finesse le mal-être, l'idéalisation, la recherche veine et plus généralement la sensation d'avoir perdu tout ancrage ressentie par certains jeunes trentenaires chinois. Les sentiments et les actions sont passés au peigne fin, il y a d'ailleurs beaucoup de tension dans certaines descriptions. J'aime beaucoup l'alternance des narrations qui donne un bon rythme et nous intrigue tout au long du roman, nous nous demandons en effet les liens qui unissent ces deux jeunes gens. Cela se précise petit à petit au fil des pages et de nos découvertes.
Les deux personnages principaux en disent long sur les maux de la société chinoise : nous sommes face à des femmes battues, des enfants abandonnés en quête de leur identité, face aussi aux difficultés du quotidien, le tout saupoudré d'un peu d'histoire de Chine.
Je recommande vivement ce magnifique roman !!!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
JulietteSiLa
  28 août 2019
Le Clou est un roman à part, dans lequel on plonge comme dans de l'eau : une fois dedans, les sons paraissent étouffés et tout autour est nouveau. Les phrases de l'autrice, sans aucun doute servies par une traduction très maîtrisée, sont chaînées les unes aux autres sans laisser au lecteur le temps de reprendre son souffle, et aucune ne semble saillir plus que les autres. Et pourtant, d'une conversation entre deux personnages qui semble anodine, surgit soudain un drame familial et sociétal sur plusieurs générations. Les ramifications de l'intrigue se déroulent implacablement, créant une tension malgré le rythme assez lent, au gré des associations libres qui constituent la mémoire des personnages. Je suis très heureuse que ce roman ait atterri entre mes mains, c'est définitivement l'un de mes coups de coeurs de la rentrée littéraire !
Commenter  J’apprécie          80
Bill
  31 août 2019
Li Jiaqi et Cheng Gong, trentenaires au parcours chaotique, se retrouvent après des années passées sans se voir.Ils se sont croisés à l'école primaire, ont lié amitié sur leur solitude d'enfants aux pères absents, l'un marchand à Pékin, l'autre plus ou moins malfrat. Ils se retrouvent et se racontent ce qui a fait d'eux ceux qu'ils sont devenus aujourd'hui.
Le grand père de Cheng Yong était confiné à son lit d'hôpital, absent à lui-même, depuis qu'un clou avait été planté dans son crâne lors d'une séance d'autocritique de la Révolution Culturelle. Sa chambre d'hôpital était un refuge pour les deux enfants qui y construisaient des histoires à la sortie de l'école, le grand-père devenant un témoin ou un protagoniste selon les jours.
Une fois adultes, Li Jiaqi, la jeune femme, cherche à découvrir la vie pékinoise de son père disparu prématurément. Cheng Gong est obsédé par l'accident de son grand-père. Qui a pu être assez vicieux pour enfoncer un clou dans le crâne d'un autre homme ? Au fil de leurs récits croisés, on découvre des personnages communs à leurs histoires parallèles, des questionnements se lèvent.
Zhang Yueran livre ici un roman qui parcourt les cinquante dernières années de la vie quotidienne chinoise : les difficultés d'approvisionnement, la pauvreté, la promiscuité familiale où trois générations vivent toujours sous le même toit…  On y découvre aussi les relations économiques privilégiées – bien que malsaines avec l'URSS, où les deux parties privilégient le perdant-perdant !
Un roman que j'ai mis beaucoup de temps à lire en raison de son rythme extrêmement lent, des noms complexes, ressemblants et difficiles à mémoriser, mais aussi un roman que j'ai posé à regret car je m'étais attachée à ces deux êtres cabossés qui semblaient avoir enfin trouvé la paix, après avoir trouvé celle de leurs aînés.
J'ai l'habitude de lire des romans chinois, ainsi que des récits de Xinran qui traitent de la vie quotidienne des femmes chinoises. Avec le Clou, j'ai découvert une autre dimension de la littérature chinoise d'aujourd'hui, une écriture plus littéraire, plus lente, plus réfléchie.
Lien : http://les.lectures.de.bill...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20

critiques presse (1)
Actualitte   28 août 2019
Plongée dans la réalité chinoise des années 1990, avec les commerçants qui s’enrichissent en allant vendre leur marchandise à Moscou par la ligne ferroviaire K3 ou bien l’importation de la fête de Noël, on trouve dans le roman d’étonnants portraits de femmes, battues ou intrépides.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (1) Ajouter une citation
ChristlbouquineChristlbouquine   05 septembre 2019
Un jour, dans le massif de renoncules derrière la bibliothèque, tu m’as demandé quelle était l’odeur d’un secret. J’ai répondu qu’elle était sucrée, comme un melon mûr qui se fendille.
Par cette soirée de printemps, le parfum du secret était là. Dangereux et ancien, associé dans mon esprit à une sorte de magma ou de météorite. En tout cas, il n’était pas sucré. J’ai eu envie de courir vers toi pour te le dire, en vain.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Video de Zhang Yueran (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Zhang Yueran
Zhang Yue ran - Le clou
autres livres classés : littérature chinoiseVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (6 - polars et thrillers )

Roger-Jon Ellory : " **** le silence"

seul
profond
terrible
intense

20 questions
1709 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , thriller , romans policiers et polarsCréer un quiz sur ce livre