AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 978B019TLUUTQ
Éditeur : Editions Gallimard (1989-10-25) (30/11/-1)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 4 notes)
Résumé :
"Le vrai classique du vide parfait" est un des textes les plus importants du Taoisme. Moins galvaudé que le tao-tö-king, il n'avait jamais été traduit en français depuis le Père Wieger au début du siècle. En voici la version nouvelle due à M. Grynpas.
De Lie-Tseu on sait très peu de choses, encore que Tchouang-Tseu le considère comme une personne et non un mythe. Il naquit vraisembablement vers 450 avant l'ère chrétienne ; on ne sait rien de sa mort. Il subsi... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Unhomosapiens
  05 février 2018
Le "must" du Tao.
Lie-Tseu nous livre ici, à travers des petites scénettes et des paraboles, ce qu'est le Tao. C'est la voie de l'équilibre que doit suivre l'homme parfait, "l'homme de bien" comme disent les chinois. Pas évident ! C'est aussi trouver sa place dans L Univers.
On y trouve aussi des textes sur Confucius. Pour le lecteur occidental peu versé dans les philosophies orientales, on a tendance à mélanger un peu tout et on peut confondre le Tao avec le Bouddhisme et le Confucianisme.
Contrairement au Bouddhisme et on le voit très bien dans ce livre, le taoisme est la philosophie du non-agir, du refus de participer à l'agitation du monde. Tandis que le Bouddhisme oeuvre pour l'accès à l'éveil et en finir avec les réincarnations. le confucianisme, en revanche, est un enseignement qui vise à assoir sa position de "sage" au sein de la société.
Bon, ce livre est une petite merveille. mais il faut se mettre en condition pour en percevoir toute la finesse, en contemplation face à la mer ou en montagne, en tout cas, dans la nature, au repos.
On pourra aussi le lire en complément du Tao Te King.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          223

Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
PartempsPartemps   17 mai 2020
C. Koan-i-ou et Pao-chou-ya, tous deux de Ts’i [2], étaient amis intimes. Koan-i-ou s’attacha au prince Kiou, Pao-chou-ya adhéra au prince Siao-pai. Par suite de la préférence accordée par le duc Hi de Ts’i à Ou-tcheu le fils d’une concubine favorite, une révolution éclata, quand il fallut pourvoir à la succession du duc défunt. Koan-i-ou et Tchao-hou se réfugièrent à Lou avec le prince Kiou, tandis que Pao-chou-ya fuyait à Kiu avec le prince Siao-pai. Ensuite ces deux princes, devenus compétiteurs au trône, s’étant déclaré la guerre, Koan-i-ou combattit du côté de Kiou quand celui-ci marcha sur Kiu, et décocha à Siao-pai une flèche qui l’aurait tué, si elle n’avait été épointée par la boucle de sa ceinture. Siao-pai ayant vaincu, exigea que ceux de Lou missent à mort son rival Kiou, ce qu’ils firent complaisamment. Tchao-hou périt, Koan-i-ou fut emprisonné. — Alors Pao-chou-ya dit à son protégé Siao-pai devenu le duc Hoan : Koan-i-ou est un politicien extrêmement habile. — Je le veux bien, dit le duc ; mais je hais cet homme, qui a failli me tuer. — Pao-chou-ya reprit : Un prince sage doit savoir étouffer ses ressentiments personnels. Les inférieurs doivent faire cela continuellement à l’égard de leurs supérieurs ; un supérieur doit le faire parfois pour quelqu’un de. ses inférieurs. Si vous avez l’intention de devenir hégémon, Koan-i-ou est le seul homme capable de faire réussir votre dessein. Il vous faut l’amnistier. — Le duc réclama donc Koan-tchoung, soi-disant pour le mettre à mort. Ceux de Lou le lui envoyèrent lié. Pao-chou-ya sortit au-devant de lui dans le faubourg, et lui enleva ses liens. Le duc Hoan le revêtit de la dignité de premier ministre. Pao-chou-ya devint son inférieur. Le duc le traita en fils, et l’appela son père. Koan-tchoung le fit hégémon. — Il disait souvent en soupirant : Quand, dans ma jeunesse, je faisais le commerce avec Pao-chou-ya, et que je m’adjugeais la bonne part, Pao-chou-ya m’excusait, sur ma pauvreté. Quand, plus tard, dans la poli­tique, lui réussit et moi j’eus le dessous, Pao-chou-ya se dit que mon heure n’était pas encore venue, et ne douta pas de moi. Quand je pris la fuite à la déroute du prince Kiou, Pao-chou-ya ne me jugea pas lâche, mais m’excusa sur ce que j’avais encore ma vieille mère, pour laquelle je devais me con­server. Quand je fus emprisonné, Pao-chou-ya me conserva son estime, sa­chant que pour moi il n’y a qu’un déshonneur, à savoir de rester oisif sans travailler au bien de l’État. Ah ! si je dois la vie à mes parents, je dois plus à Pao-chou-ya qui a compris mon âme. — Depuis lors, c’est l’usage d’ad­mirer l’amitié désintéressée de Pao-chou-ya pour Koan-i-ou, de louer le duc Hoan pour sa magnanimité et son discernement des hommes. En réalité, il ne faudrait, en cette affaire, parler, ni d’amitié, ni de discernement. La vérité est qu’il n’y a eu, ni intervention de la part des acteurs, ni revirement de la fortune. Tout fut jeu de la fatalité aveugle. Si Tchao-hou périt, c’est qu’il devait périr. Si Pao-chou-ya patronna Koan-i-ou, c’est qu’il devait le faire. Si le duc Hoan pardonna à Koan-i-ou, c’est qu’il devait lui pardon­ner. Nécessités fatales, et rien de plus. — Il en fut de même, à la fin de la car­rière de Koan-i-ou. Quand celui-ci eut dû s’aliter, le duc alla le visiter et lui dit : Père Tchoung, vous êtes bien malade ; il me faut faire allusion à ce qu’on ne nomme pas (la mort) ; si votre maladie s’aggravait (au point de vous emporter), qui prendrai-je comme ministre à votre place ? — Qui vous voudrez, dit le mourant. — Pao-chou-ya conviendrait-il ? demanda le duc. — Non, fit Koan-i-ou ; son idéal est trop élevé ; il méprise ceux qui n’y atteignent pas, et n’oublie jamais une faute commise. Si vous le preniez pour ministre, et vous, et le peuple, s’en trouveraient mal. Vous ne le supporteriez pas long­temps. — Alors qui prendrai-je ? fit le duc. — S’il me faut parler, dit Koan-i-ou, prenez Hien-p’eng, il fera l’affaire. Il est également souple avec les supérieurs et les inférieurs. L’envie chimérique d’égaler la vertu de Hoang-ti l’absorbe. Le coup d’œil transcendant est le propre des Sages du premier ordre, la vue pratique est le propre des Sages du second rang. Faire sentir sa sagesse indispose les hommes, la faire oublier fait aimer. Hien-p’eng n’est pas un Sage du premier ordre ; il a, du Sage de second rang, l’art de s’effacer. De plus, et sa personne, et sa famille, sont inconnues. C’est pourquoi je juge qu’il convient pour la charge de premier ministre. — Que dire de cela ? Koan-i-ou ne recommanda pas Pao-chou-ya, parce que celui-ci ne devait pas être recommandé ; il patronna Hien-p’eng, parce qu’il devait le patronner. For­tune d’abord et infortune ensuite, infortune d’abord et fortune ensuite, dans toutes les vicissitudes de la destinée, rien n’est de l’homme (voulu, fait par lui) ; tout est fatalité aveugle.
D. Teng-si savait discuter le pour et le contre d’une question, en un flux de paroles intarissable. Tzeu-tch’an[3] ayant fait un code nouveau pour la principauté de Tcheng, beaucoup le critiquèrent, et Teng-si le tourna en dérision. Tzeu-tch’an sévit contre ses détracteurs, et fit mettre à mort Teng-si. En cela il n’agit pas, mais servit la fatalité. Teng-si devait mourir ainsi. Teng-si devait tourner Tzeu-tch’an en dérision, et provoquer ainsi sa mise à mort. Naître et mourir à son heure, ces deux choses sont des bonheurs. Ne pas naître, ne pas mourir à son heure, ces deux choses sont des malheurs. Ces sorts divers échoient aux uns et aux autres, non pas de leur fait, mais du fait de la fatalité. Ils sont imprévisibles. Voilà pourquoi, en en parlant, on emploie les expressions, mystère sans règle, voie du ciel qui seule se connaît, obscurité inscrutable, loi du ciel se mouvant d’elle-même, et autres analogues. Cela veut dire, que le ciel et la terre, que la science des Sages, que les mânes et les lutins, ne peuvent rien contre la fatalité. Selon son caprice, celle-ci anéantit ou édifie, écrase ou caresse, tarde ou prévient.

E. Ki-leang, un ami de Yang-tchou, étant tombé malade, se trouva à l’extrémité, au bout de sept jours. Tout en larmes, son fils courut chez tous les médecins des alentours. Le malade dit à Yang-tchou : tâche de faire entendre raison à mon imbécile de fils. ... Yang-tchou récita donc au fils la strophe : ce que le ciel ne sait pas (l’avenir), comment les hommes pourraient-ils le conjecturer ? Il n’est pas vrai que le ciel bénit, ni que personne soit maudit. Nous savons, toi et moi, que la fatalité est aveugle et inéluctable. Qu’est-ce que les médecins et les magiciens y pourront ? — Mais le fils ne démordit pas, et amena trois médecins, un Kiao, un U, et un Lou. Tous trois examinèrent le malade, l’un après l’autre. — Le Kiao dit : dans votre cas, le froid et le chaud sont déséquilibrés, le vide et le plein sont disproportionnés ; vous avez trop mangé, trop joui, trop pensé, trop fatigué ; votre maladie est naturelle. et non l’effet de quelque influx malfaisant ; quoiqu’elle soit grave, elle est guérissable. ... Celui là, dit Ki-leang, récite le boniment des livres ; qu’on le renvoie sans plus ! — Le U dit au malade : voici votre cas. Sorti du sein maternel avec une vitalité défectueuse, vous avez ensuite tété plus de lait que vous n’en pouviez digérer. L’origine de votre mal, remonte à cette époque-là. Comme il est invétéré, il ne pourra guère être guéri complètement. ... Celui-là parle bien, dit Ki-leang ; qu’on lui donne à dîner ! — Le Lou dit au malade : ni le ciel, ni un homme, ni un spectre, ne sont cause de votre maladie. Né avec un corps composé, vous êtes soumis à la loi de la dissolution, et devez comprendre que le temps approche ; aucun médicament n’y fera rien. ... Celui-là a de l’esprit, dit Ki-leang ; qu’on le paye libéralement. — Ki-leang ne prit aucune médecine, et guérit parfaitement (fatalité). — Le souci de la vie ne l’allonge pas, le défaut de soin ne l’abrège pas. L’estime du corps ne l’améliore pas, le mépris ne le détériore pas. Les suites, en cette matière, ne répondent pas aux actes posés. Elles paraissent même souvent diamétralement contraires, sans l’être en réalité. Car la fatalité n’a pas de contraire. On vit ou on meurt, parce qu’on devait vivre ou mourir. Le soin ou la négligence de la vie, du corps, n’y font rien, ni dans un sens ni dans l’autre. — Voilà pourquoi U-hioung dit à Wenn-wang : « L’homme ne peut ni ajouter ni retrancher à sa stature ; tous ses calculs ne peuvent rien à cela. ... Dans le même ordre d’idées, Lao-tan dit à Koan-yinn-tzeu : quand le ciel ne veut pas, qui dira pourquoi ? c’est-à-dire, mieux vaut se tenir tranquille, que de chercher à connaître les intentions du ciel, à deviner le faste et le néfaste. (Vains calculs, tout étant régi par une fatalité aveugle, imprévisible, inéluctable).

F. Yang-pou le frère cadet de Yang-tchou dit à son aîné : Il est des hommes tout semblables pour l’âge, l’extérieur, tous les dons naturels, qui différent absolument, pour la durée de la vie, la fortune, le succès. Je ne m’explique pas ce mystère. — Yang-tchou lui répondit : Tu as encore oublié l’adage des anciens que je t’ai répété si souvent : le mystère qu’on ne peut pas expliquer, c’est la fatalité. Il est fait d’obscurités impénétrables, de complications inextricables, d’actions et d’omissions qui s’ajoutent au jour le jour. Ceux qui sont persuadés de l’existence de cette fatalité, ne croient plus à la possibilité d’arriver, par efforts, à prolonger leur vie, à réussir dans leurs entreprises, à éviter le malheur. Ils ne comptent plus sur rien, se sachant les jouets d’un destin aveugle. Droits et intègres, ils ne tendent plus dans aucun sens ; ils ne s’affligent ni ne se réjouissent plus de rien ; ils n’agissent plus, mais laissent aller toutes choses. ... Les sentences suivantes de Hoang-ti, résument bien la conduite à tenir par l’illuminé : Que le sur-homme reste inerte comme un cadavre, et ne se meuve que passivement, parce qu’on le meut. Qu’il ne raisonne
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PartempsPartemps   01 mai 2020
M. Comme maître Lie-tzeu allait à Ts’i, il revint soudain sur ses pas. Pai-hounn-ou-jenn qu’il rencontra, lui demanda : Pourquoi rebroussez-vous chemin de la sorte ? — Parce que j’ai peur, dit Lie-tzeu. — Peur de quoi ? fit Pai-hounn-ou-jenn. — Je suis entré dans dix restaurants, dit Lie-tzeu, et cinq fois j’ai été servi le premier. Il faut que ma perfection intérieure transparaissant, ait donné dans l’œil à ces gens-là, pour qu’ils aient servi après moi des clients plus riches ou plus âgés que moi. J’ai donc eu peur que, si j’allais jusqu’à la capitale de Ts’i, ayant connu lui aussi mon mérite, le prince ne se déchargeât sur moi du gouvernement qui lui pèse. — C’est bien pensé, dit Pai-hounn-ou-jenn. Vous avez échappé à un patron princier ; mais je crains que vous n’ayez bientôt des maîtres à domicile. — Quelque temps après, Pai-hounn-ou-jenn étant allé visiter Lie-tzeu, vit devant sa porte une quantité de souliers (indice de la présence de nombreux visiteurs). S’arrêtant dans la cour, il réfléchit longuement, le menton appuyé sur le bout de son bâton, puis partit sans mot dire. Cependant le portier avait averti Lie-tzeu. Celui-ci saisit vivement ses sandales, et sans prendre le temps de les chausser, courut après son ami. Quand il l’eut rejoint à la porte extérieure, il lui dit : Pourquoi partez-vous ainsi, sans me laisser aucun avis utile ? — A quoi bon désormais ? dit Pai-hounn-ou-jenn. Ne vous l’ai-je pas dit ? Vous avez des maîtres maintenant. Sans doute, vous ne les avez pas attirés, mais vous n’avez pas non plus su les repousser. Quelle influence aurez-vous désormais sur ces gens-là ? On n’influence qu’à condition de tenir à distance. A ceux par qui l’on est gagné, on ne peut plus rien dire. Ceux avec qui l’on est lié, on ne peut pas les reprendre. Les propos de gens vulgaires, sont poison pour l’homme parfait. A quoi bon converser avec des êtres qui n’entendent ni ne comprennent ?

N. Yang-tchou allant à P’ei et Lao-tzeu allant à Ts’inn, les deux se rencontrèrent à Leang. A la vue de Yang-tchou, Lao-tzeu leva les yeux au ciel, et dit avec un soupir : J’espérais pouvoir vous instruire, mais je constate qu’il n’y a pas moyen. — Yang-tchou ne répondit rien. Quand les deux voyageurs furent arrivés à l’hôtellerie où ils devaient passer la nuit, Yang-tchou apporta d’abord lui-même tous les objets nécessaires pour la toilette. Ensuite, quand Lao-tzeu fut installé dans sa chambre, ayant quitté ses chaussures à la porte, Yang-tchou entra en marchant sur ses genoux, et dit à Lao-tzeu : Je n’ai pas compris ce que vous avez dit de moi, en levant les yeux au ciel et soupirant. Ne voulant pas retarder votre marche, je ne vous ai pas demandé d’explication alors. Mais maintenant que vous êtes libre, veuillez m’expliquer le sens de vos paroles. — Vous avez, dit Lao-tzeu, un air altier qui rebute ; tandis que le Sage est comme confus quelque irréprochable qu’il soit, et se juge insuffisant quelle que soit sa perfection. — Je profiterai de votre leçon, dit Yang-tchou, très morfondu. — Cette nuit-là même Yang-tchou s’humilia tellement, que le personnel de l’auberge qui l’avait servi avec respect le soir à son arrivée, n’eut plus aucune sorte d’égards pour lui le matin à son départ. (Le respect des valets étant, en Chine, en proportion de la morgue du voyageur.)

O. Yang-tchou passant par la principauté de Song, reçut l’hospitalité dans une hôtellerie. L’hôtelier avait deux femmes, l’une belle, l’autre laide. La laide était aimée, la belle était détestée. ... Pourquoi cela ? demanda Yang-tchou à un petit domestique. ... Parce que, dit l’enfant, la belle fait la belle, ce qui nous la rend déplaisante ; tandis que la laide se sait laide, ce qui nous fait oublier sa laideur. — Retenez ceci, disciples ! dit Yang-tchou. Etant sage, ne pas poser pour sage ; voilà le secret pour se faire aimer partout.

P. Il y a, en ce monde, comme deux voies ; celle de la subordination, la déférence ; celle de l’insubordination, l’arrogance. Leurs tenants ont été définis par les anciens en cette manière : les arrogants n’ont de sympathie que pour les plus petits que soi, les déférents affectionnent aussi ceux qui leur sont supérieurs. L’arrogance est dangereuse, car elle s’attire des ennemis ; la déférence est sûre, car elle n’a que des amis. Tout réussit au déférent, et dans la vie privée, et dans la vie publique ; tandis que l’arrogant n’a que des insuccès. Aussi U-tzeu a-t-il dit, que la puissance doit toujours être tempérée par la condescendance ; que c’est la condescendance qui rend la puissance durable ; que cette règle permet de pronostiquer à coup sûr, si tel particulier, si tel État, prospérera ou dépérira. La force n’est pas solide, tandis que rien n’égale la solidité de la douceur. Aussi Lao-tan a-t-il dit : « la puissance d’un état lui attire la ruine, comme la grandeur d’un arbre appelle la cognée. La faiblesse fait vivre, la force fait mourir. »

Q. Le Sage s’allie avec qui a les mêmes sentiments intérieurs que lui, le vulgaire se lie avec qui lui plaît par son extérieur. Or dans un corps humain peut se cacher un cœur de bête ; un corps de bête peut contenir un cœur d’homme. Dans les deux cas, juger d’après l’extérieur, induira en erreur. — Fou-hi, Niu-wa, Chenn-noung, U le Grand, eurent, qui une tête humaine sur un corps de serpent, qui une tête de bœuf, qui un museau de tigre ; mais, sous ces formes animales, ce furent de grands Sages. Tandis que Kie le dernier des Hia, Tcheou le dernier des Yinn, le duc Hoan de Lou, le duc Mou de Tch’ou, furent des bêtes sous forme humaine [1]. — Quand Hoang-ti livra bataille à Yen-ti dans la plaine de Fan-ts’uan, des bêtes féroces formèrent son front de bataille, des oiseaux de proie ses troupes légères. Il s’était attaché ces animaux par son ascendant. — Quand Yao eut chargé K’oei du soin de la musique, les animaux accoururent et dansèrent, charmés par ces accents. — Peut-on dire, après cela, qu’il y ait, entre les animaux et les hommes, une différence essentielle ? Sans doute, leurs formes et leurs langues différent de celles des hommes, mais n’y aurait-il pas moyen de s’entendre avec eux malgré cela ? Les Sages susdits, qui savaient tout et qui étendaient leur sollicitude à tous, surent gagner aussi les animaux. Il y a tant de points communs entre les instincts des animaux et les mœurs des hommes. Eux aussi vivent par couples, les parents aimant leurs enfants. Eux aussi recherchent pour s’y loger les lieux sûrs. Eux aussi préfèrent les régions tempérées aux régions froides. Eux aussi se réunissent par groupes, marchent en ordre, les petits au centre, les grands tout autour. Eux aussi s’indiquent les bons endroits pour boire ou pour brouter. — Dans les tout premiers temps, les animaux et les hommes habitaient et voyageaient ensemble. Quand les hommes se furent donné des empereurs et des rois, la défiance surgit et causa la séparation. Plus tard la crainte éloigna de plus en plus les animaux des hommes. Cependant, encore maintenant, la distance n’est pas infranchissable. A l’Est, chez les Kie-cheu, on comprend encore la langue, au moins des animaux domestiqués. Les anciens Sages comprenaient le langage et pénétraient les sentiments de tous les êtres, communiquaient avec tous comme avec leur peuple humain, aussi bien avec les koei les chenn les li les mei (êtres transcendants), qu’avec les volatiles les quadrupèdes et les insectes. Partant de ce principe, que les sentiments d’êtres qui ont même sang et qui respirent même air, ne peuvent pas être grandement différents, ils traitaient les animaux à peu près comme des hommes, avec succès. — Un éleveur de singes de la principauté Song, était arrivé à comprendre les singes, et à se faire comprendre d’eux. Il les traitait mieux que les membres de sa famille, ne leur refusant rien. Cependant il tomba dans la gène. Obligé de rationner ses singes, il s’avisa du moyen suivant, pour leur faire agréer la mesure. Désormais, leur dit-il, vous aurez chacun trois taros le matin et quatre le soir ; cela vous va-t-il ? Tous les singes se dressèrent, fort courroucés… Alors, leur dit-il, vous aurez chacun quatre taros le matin, et trois le soir ; cela vous va-t-il ?… Satisfaits qu’on eût tenu compte de leur déplaisir, tous les singes se recouchèrent, très contents… C’est ainsi qu’on gagne les animaux. Le Sage gagne de même les sots humains. Peu importe que le moyen employé soit réel ou apparent ; pourvu qu’on arrive à satisfaire, à ne pas irriter [2]. — — Autre exemple de l’analogie étroite entre les animaux et les hommes. Ki-sing-tzeu dressait un coq de combat, pour l’empereur Suan des Tcheou. Au bout de dix jours, comme on lui en demandait des nouvelles, il dit : il n’est pas encore en état de se battre ; il est encore vaniteux et entêté. — Dix jours plus tard, interrogé de nouveau, il répondit : — Pas encore ; il répond encore au chant des autres coqs. — Dix jours plus tard, il dit : Pas encore ; il est encore nerveux et passionné. — Dix jours plus tard, il dit : Maintenant il est prêt ; il ne fait plus attention au chant de ses semblables ; il ne s’émeut, à leur vue, pas plus que s’il était de bois. Toutes ses énergies sont ramassées. Aucun autre coq ne tiendra devant lui.


R. Hoei-yang, parent de Hoei-cheu, et sophiste comme lui, étant allé visiter le roi K’ang de Song, celui-ci trépigna et toussa d’impatience à sa vue, et lui dit avec volubilité : Ce que j’aime, moi, c’est la force, la bravoure ; la bonté et l’équité sont des sujets, qui ne me disent rien ; vous voilà averti ; dites maintenant ce que vous avez à me dire. — Justement, dit Hoei-yang, un de mes thèmes favoris, c’est d’expliquer pourquoi les coups des braves et des forts restent parfois sans effet ; vous plairait-il d’entendre ce discours-là ? — Très volontiers, dit le roi. — Ils restent sans effet, reprit le sophiste, quand ils ne les portent pas. Et pourquoi ne les portent-ils pas ? Soit parce qu’ils n’osent pas, soit parce qu’ils ne veulent pas. C’est là encore un de mes thèmes
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PartempsPartemps   01 mai 2020
Chap. 3. États psychiques[1]

A. Au temps de l’empereur Mou des Tcheou [2], il vint, à la cour de cet empereur, un magicien d’un pays situé à l’Extrême-Occident. Cet homme entrait impunément dans l’eau et dans le feu, traversait le métal et la pierre, faisait remonter les torrents vers leur source, changeait de place les remparts des villes, se soutenait dans les airs sans tomber, pénétrait les solides sans éprouver de résistance, prenait à volonté toutes les figures, gardait son intelligence d’homme sous la forme d’un objet inanimé, etc. L’empereur Mou le vénéra comme un génie, le servit comme son maître, lui donna le meilleur de son avoir en fait de logement, d’aliments et de femmes. Cependant le magicien trouva le palais impérial inhabitable, la cuisine impériale immangeable, les femmes du harem indignes de son affection. Alors l’empereur lui fit bâtir un palais spécial. Matériaux et main-d’œuvre, tout fut exquis. Les frais épuisèrent le trésor impérial. L’édifice achevé s’éleva à la hauteur de huit mille pieds. Quand l’empereur en fit la dédicace, il l’appela tour touchant au ciel. Il le peupla de jeunes gens choisis, appelés des principautés de Tcheng et de Wei. Il y installa des bains et un harem. Il y accumula les objets précieux, les fins tissus, les fards, les parfums, les bibelots. Il y fit exécuter les plus célèbres symphonies. Chaque mois il offrit une provision de vêtements superbes, chaque jour une profusion de mets exquis... Rien n’y fit. Le magicien ne trouva rien à son goût, habita son nouveau logis sans s’y plaire, et fit de fréquentes absences. — Un jour que, durant un festin, l’empereur s’étonnait de sa conduite ; Venez avec moi, lui dit-il. ... L’empereur saisit la manche du magicien, qui l’enleva aussitôt dans l’espace, jusqu’au palais des hommes transcendants, situé au milieu du ciel. Ce palais était fait d’or et d’argent, orné de perles et de jade, sis plus haut que la région des nimbus pluvieux, sans fondements apparents, flottant dans l’espace comme un nuage. Dans ce monde supraterrestre, vues, harmonies, parfums, saveurs, rien n’était comme dans le monde des hommes. L’empereur comprit qu’il était dans la cité du Souverain céleste. Vu de là-haut, son palais terrestre lui apparut comme un tout petit tas de mottes et de brindilles. Il serait resté là durant des années, sans même se souvenir de son empire ; mais le magicien l’invita à le suivre plus haut... Cette fois il l’enleva, par delà le soleil et la lune, hors de vue de la terre et des mers, dans une lumière aveuglante, dans une harmonie assourdissante. Saisi de terreur et de vertige, l’empereur demanda à redescendre. La descente s’effectua avec la rapidité d’un aérolithe qui tombe dans le vide. — Quand il revint à lui, l’empereur se retrouva assis sur son siège, entouré de ses courtisans, sa coupe à demi pleine, son ragoût à demi mangé. Que m’est-il arrivé ? demanda-t-il à son entourage. — Vous avez paru vous recueillir, durant un instant, dirent ses gens. — L’empereur estimait avoir été absent durant trois mois au moins. Qu’est-ce que cela ? demanda-t-il au magicien. — Oh ! rien de plus simple, dit celui-ci. J’ai enlevé votre esprit. Votre corps n’a pas bougé. Ou plutôt, je n’ai même pas déplacé votre esprit. Toute distinction, de lieu, de temps, est illusoire. La représentation mentale de tous les possibles, se fait sans mouvement et abstrait du temps. — C’est de cet épisode, que date le dégoût de l’empereur Mou, pour le gouvernement de son empire, pour les plaisirs de sa cour, et son goût pour les flâneries. C’est alors que, avec ses huit fameux chevaux tous de poil différent, Tsao-fou conduisant son char et Ts’i-ho lui servant d’écuyer, Chenn-pai menant le fourgon avec Penn-joung comme aide, il entreprit sa célèbre randonnée par delà les frontières occidentales. Après avoir fait mille stades, il arriva dans la tribu des Kiu-seou, qui lui firent boire du sang de cygne, et lui lavèrent les pieds avec du koumys (deux fortifiants). La nuit suivante fut passée au bord du torrent rouge. Au jour, l’empereur gravit le mont K’ounn-Lunn, visita l’ancien palais de Hoang-ti, et éleva un cairn en mémoire de son passage. ¦ Ensuite il visita Si-wang-mou[3], et fut fêté par lui (ou par elle) près du lac vert. Ils échangèrent des toasts, et l’empereur ne dissimula pas qu’il lui était pénible de devoir s’en retourner. Après avoir contemplé l’endroit où le soleil se couche au terme de sa course diurne de dix mille stades, il reprit le chemin de l’empire. Somme toute, il revint désillusionné, n’ayant rien trouvé qui ressemblât à sa vision. Hélas ! dit-il en soupirant, la postérité dira de moi, que j’ai sacrifié le devoir au plaisir. — Et de fait, n’ayant cherché que le bonheur présent, il ne fut pas bon empereur, et ne devint pas parfait génie, mais arriva seulement à vivre longtemps, et mourut centenaire.

B. Lao-Tch’eng-tzeu s’était mis à l’école de maître Yinn-wenn (Koanyinn-Lzeu), pour apprendre de lui le secret de la fantasmagorie universelle. Durant trois années entières, celui-ci ne lui enseigna rien. Attribuant cette froideur de son maître à ce qu’il le jugeait peu capable, Lao-Tch’eng-tzeu s’excusa et offrit de se retirer. Maître Yinn-wenn l’ayant salué (marque d’estime extraordinaire), le conduisit dans sa chambre, et là, sans témoins (science ésotérique), il lui dit : Jadis, quand Lao-tan partit pour l’Ouest[4], il résuma pour moi sa doctrine en ces mots : et l’esprit vital, et le corps matériel, sont fantasmagorie. Les termes vie et mort, désignent la genèse initiale d’un être par l’action de la vertu génératrice, et sa transformation finale par l’influence des agents naturels. La succession de ces genèses, de ces transformations, quand le nombre est plein, sous l’influence du moteur universel, voilà la fantasmagorie. Le Principe premier des êtres, est trop mystérieux, trop profond, pour pouvoir être sondé. Nous ne pouvons étudier que le devenir et le cesser corporel, qui sont visibles et manifestes. Comprendre que l’évolution cosmique consiste pratiquement dans la succession des deux états de vie et de mort, voilà la clef de l’intelligence de la fantasmagorie. Nous sommes sujets à cette vicissitude, toi et moi, et pouvons constater ses effets en nous-mêmes. — Cette instruction reçue, Lao-Tch’eng-tzeu retourna chez lui, la médita durant trois mois, et trouva le secret du mystère, si bien qu’il devint maître de la vie et de la mort, put à volonté modifier les saisons, produisit des orages en hiver et de la glace en été, changea des volatiles en quadrupèdes et réciproquement. Il n’enseigna à personne la formule, que personne n’a retrouvée depuis, D’ailleurs, dit Lie-tzeu, pour qui posséderait la science des transformations, mieux vaudrait la garder secrète, mieux vaudrait ne pas s’en servir. Les anciens Souverains ne durent pas leur célébrité à des déploiements extraordinaires de science ou de courage. On leur sut gré d’avoir agi pour le bien de l’humanité sans ostentation.

C. L’application de l’esprit a huit effets, savoir : la délibération, l’action, le succès, l’insuccès, la tristesse, la joie, la vie, la mort ; tout cela tient au corps. L’abstraction de l’esprit a six causes, savoir : la volonté, l’aversion, la pensée intense, le sommeil, le ravissement, la terreur ; tout cela tient à l’esprit[5]. Ceux qui ne savent pas l’origine naturelle des émotions, se préoccupent de sa cause, quand ils en ont éprouvé quelqu’une. Ceux qui savent que l’origine des émotions est naturelle, ne s’en préoccupent plus, puisqu’ils en savent la cause. Tout, dans le corps d’un être, plénitude et vacuité, dépense et augment, tout est en harmonie, en équilibre, avec l’état du ciel et de la terre, avec l’ensemble des êtres qui peuplent le cosmos. Une prédominance du yinn, fait qu’on rêve de passer l’eau à gué, avec sensation de fraîcheur. Une prédominance du yang, fait qu’on rêve de traverser le feu, avec sensation de brûlure. Un excès simultané de yinn et de yang, fait qu’on rêve de périls et de hasards, avec espoir et crainte. Dans l’état de satiété, on rêve qu’on donne ; dans l’état de jeûne, on rêve qu’on prend. Les esprits légers rêvent qu’ils s’élèvent dans l’air, les esprits graves rêvent qu’ils s’enfoncent dans l’eau. Se coucher ceint d’une ceinture, fait qu’on rêve de serpents ; la vue d’oiseaux qui emportent des crins, fait qu’on rêve de voler. Avant un deuil, on rêve de feu ; avant une maladie, on rêve de manger. Après avoir beaucoup bu, on fait des rêves tristes ; après avoir trop dansé, on pleure en rêve. — Lie-tzeu dit : Le rêve, c’est une rencontre faite par l’esprit ; la réalité (perception objective), c’est un contact avec le corps. Les pensées diurnes, les rêves nocturnes, sont également des impressions. Aussi ceux dont l’esprit est solide, pensent et rêvent peu, et attachent peu d’importance à leurs pensées et à leurs rêves. Ils savent que, et la pensée et le rêve, n’ont pas la réalité qui paraît, mais sont des reflets de la fantasmagorie cosmique. Les Sages anciens ne pensaient que peu quand ils veillaient, ne rêvaient pas quand ils dormaient, et ne parlaient ni de leurs pensées ni de leurs rêves, parce qu’ils croyaient aussi peu aux unes qu’aux autres. — A l’angle sud-ouest de la terre carrée, est un pays dont j’ignore les frontières. Il s’appelle Kou-mang. Les alternances du yinn et du yang ne s’y faisant pas sentir, il n’a pas de saisons ; le soleil et la lune ne l’éclairant pas, il n’a ni jours ni nuits. Ses habitants ne mangent pas, ne s’habillent pas. Ils dorment presque continuellement, ne s’éveillant qu’une fois tous les cinquante jours. ils tiennent pour réalité, ce qu’ils ont éprouvé durant leur sommeil ; et pour illusion, ce qu’ils ont éprouvé dans l’état de veille. — Au centre de la terre et des quatre mers, est le royaume central (la Chine), assis sur le Fleuve Jaune, s’étendant du pays de Ue jusqu’au mont T’ai-chan, avec une largeur est-ouest de plus de dix mille stades. Les alternances du yinn et du yang y produisen
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PartempsPartemps   01 mai 2020
Chap. 4. Extinction et union

A. Tchoung-ni méditait dans la retraite. Tzeu-koung étant entré pour le servir, le trouva triste. N’osant pas lui demander ce qui l’affligeait, il sortit et avertit Yen-Hoei (le disciple favori). Celui-ci prit sa cithare et se mit à chanter. Confucius l’entendit, l’appela et lui demanda : Pourquoi es-tu si joyeux ? — Et pourquoi êtes-vous triste ? demanda Yen-Hoei. — Dis-moi d’a­bord pourquoi tu es joyeux, fit Confucius. Yen-Hoei dit : Vous m’avez enseigné jadis, que faire plaisir au ciel et se soumettre au destin, chassait toute tristesse. Je fais cela. De là ma joie. — Confucius, l’air sombre, se re­cueillit un instant, puis dit : J’ai prononcé ces paroles, c’est vrai ; mais tu ne les as pas bien comprises. D’ailleurs moi-même j’ai dû en modifier l’interpré­tation depuis. ... Toi, tu les as prises dans le sens restreint du travail de l’a­mendement personnel, de la patience dans la pauvreté et les vicissitudes, du repos de l’esprit en toute occurrence. Ayant réussi en cela, tu éprouves de la joie. ... Moi, je les ai entendues dans un sens plus large. J’ai voulu, coopérant avec le ciel et le destin, amender par mes livres la principauté de Lou, l’em­pire tout entier, le temps présent et les âges à venir. Or les princes ne m’ont pas secondé. Mes doctrines n’ont pas été acceptées. Ayant échoué dans le présent et pour une seule principauté, quel espoir puis-je avoir de réussir dans l’avenir et pour l’empire tout entier ? D’abord je m’affligeai de cet insuc­cès de mes livres, le jugeant contraire aux vues du ciel et aux arrêts du destin. Mais depuis j’ai vu plus clair. J’ai compris que j’avais mal entendu les anciens textes, en les prenant au sens littéral. Intention du ciel, arrêt du destin, ce sont là des manières de dire, des figures oratoires. Cela étant, il n’y a rien qui vaille la peine d’être aimé, d’être désiré, d’être déploré, d’être fait. Peu m’importe désormais le succès ou l’insuccès de mes livres. — Yen-Hoei salua Confucius et dit : Maître, je pense comme vous. ... Puis, étant sorti, il dit la chose à Tzeu-koung. Celui-ci faillit en perdre la tête. Il quitta Con­fucius, retourna chez lui, médita durant sept jours et sept nuits sans dormir et sans manger, devint maigre comme un squelette. Cependant Yen-Hoei étant allé lui parler, ébranla sa foi dans le sens littéral des anciens textes, mais sans arriver à l’élever jusqu’à l’indifférence taoïste. Tzeu-koung revint chez Confucius, et rabâcha sans y croire les Odes et les Annales jusqu’à la fin de ses jours.

B. Un officier de Tch’enn en mission dans la principauté de Lou, vit en particulier un certain Chousounn, qui lui dit : Nous avons ici un Sage. — Ne serait-ce pas K’oung-K’iou (Confucius) ? demanda l’officier. — C’est lui, dit Chousounn. — Comment savez-vous que c’est vraiment un Sage ? deman­da l’officier. — Parce que, dit Chousounn, j’ai ouï dire à son disciple Yen-Hoei, que Koung-K’iou pense avec son corps. — Alors, dit l’officier, nous avons aussi un Sage, K’ang-ts’ang-tzeu, disciple de Lao-tan, qui voit avec ses oreilles et entend avec ses yeux. — Ce propos de l’officier de Tch’enn ayant été rapporté au prince de Lou, celui-ci très intrigué envoya un ministre de rang supérieur porter à K’ang-ts’ang-tzeu de riches présents et l’inviter à sa cour. K’ang-ts’ang-tzeu se rendit à l’invitation. Le prince le reçut avec le plus grand respect. D’emblée K’ang-ts’ang-tzeu lui dit : On vous a mal renseigné, en vous disant que je vois avec mes oreilles et que j’entends avec mes yeux ; un organe ne peut pas être employé pour un autre. — Peu im­porte, dit le prince ; je désire connaître votre doctrine. — Voici, fit K’ang-ts’ang-tzeu : Mon corps est intimement uni à mon esprit ; mon corps et mon esprit sont intimement unis à la matière et à la force cosmiques, lesquelles sont intimement unies au néant de forme primordial, l’être infini indéfini, le Principe. Par suite de cette union intime, toute dissonance ou toute con­sonance qui se produit dans l’harmonie universelle, soit à distance infinie soit tout près, est perçue de moi, mais sans que je puisse dire par quel orga­ne je la perçois. Je sais, sans savoir comment j’ai su [1] ! — Cette explication plut beaucoup au prince de Lou, qui la communiqua le lendemain à Confu­cius. Celui-ci sourit sans rien dire [2].

C. Le ministre de Song ayant rencontré Confucius, lui demanda : Êtes-­vous vraiment un Sage ? — Si je l’étais, répondit Confucius, je ne devrais pas dire que oui. Je dirai donc seulement, que j’ai beaucoup étudié et appris. — Les trois premiers empereurs furent-ils des Sages ? demanda le ministre. ... Ils ont bien gouverné, ils ont été prudents et braves ; je ne sais pas s’ils ont été des Sages, répondit Confucius. — Et les cinq empereurs qui leur suc­cédèrent ? demanda le ministre. ... Ceux-là, dit Confucius, ont aussi bien gou­verné ; ils ont été bons et justes ; je ne sais pas s’ils ont été des Sages. — Et les trois empereurs qui suivirent ? demanda le ministre. ... Ceux-là, dit Con­fucius, ont aussi bien gouverné, selon les temps et les circonstances ; je ne sais pas s’ils ont été des Sages. — Mais alors, dit le ministre très étonné, qui donc tenez-vous pour sage ? — Confucius prit un air très sérieux, se recueillit un instant, puis dit : Parmi les hommes de l’Ouest [3], il y en a dont on dit, qu’ils maintiennent la paix sans gouverner, qu’ils inspirent la confiance sans parler, qu’ils font que tout marche sans s’ingérer, si imperceptiblement, si impersonnellement, que le peuple ne les connaît même pas de nom. Je pense que ceux-là sont des Sages, s’il en est d’eux comme on dit. — Le ministre de Song n’en demanda pas davantage. Après y avoir pensé, il dit : K’oung-­K’iou m’a fait la leçon.

D. Tzeu-hia demanda à Confucius : Yen-Hoei vous vaut-il ? ... Comme bonté, dit Confucius, il me dépasse. — Et Tzeu-koung ? demanda Tzeu-hia. ... Comme discernement, dit Confucius, Tzeu-koung me dépasse. — Et Tzeu­-lou ? demanda Tzeu-hia. ... Comme bravoure, dit Confucius, Tzeu-lou me dé­passe. — Et Tzeu-tchang ? demanda Tzeu-hia. ... Comme tenue, dit Confucius, Tzeu-tchang me dépasse. — Très étonné, Tzeu-hia se leva et demanda : Mais alors, pourquoi ces quatre hommes restent-ils encore à votre école ? — Voici pourquoi, dit Confucius. Yen-Hoei, si bon, ne sait pas résister. Tzeu-koung, si clairvoyant, ne sait pas céder. Tzeu-lou, si brave, manque de prudence. Tzeu-tchang, si digne, n’a pas d’entregent. S’ils me dépassent chacun par quelque qualité, ils me sont tous inférieurs par quelque défaut. C’est à cause de ce défaut, qu’ils restent à mon école, et que j’accepte de les traiter en disciples.

E. Devenu maître à son tour, Lie-tzeu le disciple de maître Linn de Hou-K’iou, l’ami de Pai-hounn-ou-jenn, demeurait dans le faubourg du sud, (où demeurait aussi le célèbre taoïste dont on ne connaît que l’appellatif Nan-kouo-tzeu, maître du faubourg du sud). Lie-tzeu disputait chaque jour avec quiconque se présentait, sans même se préoccuper de savoir à qui il avait affaire. Pour ce qui est de Nan-kouo-tzeu, il fut son voisin durant vingt ans sans lui faire visite, et le rencontra souvent dans la rue sans le regarder. Les disciples en conclurent, que les deux maîtres étaient ennemis. Un nouveau-venu de Tch’ou, demanda naïvement à Lie-tzeu pourquoi ? Lie-tzeu lui dit : Il n’y a, entre Nan-kouo-tzeu et moi, aucune inimitié. Cet homme cache la perfection du vide sous une apparence corporelle. Ses oreilles n’entendent plus, ses yeux ne voient plus, sa bouche ne parle plus, son esprit ne pense plus. Il n’est plus capable d’aucun intérêt ; donc inutile d’essayer d’avoir avec lui aucun rapport. Si vous voulez, nous allons en faire l’expérience. — Suivi d’une quarantaine de disciples, Lie-tzeu alla chez Nan-kouo-tzeu. Celui-ci était de fait si perdu dans l’abstraction, qu’il fut impossible de nouer avec lui aucune conversation. Il jeta sur Lie-tzeu un regard vague, sans lui adresser une seule parole ; puis, s’adressant aux derniers des disciples, il leur dit : Je vous félicite de ce que vous cherchez la vérité avec courage. ... Ce fut tout. — Les disciples rentrèrent très étonnés. Lie-tzeu leur dit : de quoi vous étonnez-vous ? Quiconque a obtenu ce qu’il demandait, ne parle plus. Il en est de même du Sage, qui se tait, quand il a trouvé la vérité. Le silence de Nan-kouo-tzeu est plus significatif qu’aucune parole. Son air apathique couvre la perfection de la science. Cet homme ne parle et ne pense plus, parce qu’il sait tout. De quoi vous étonnez-vous ?

F. Jadis quand Lie-tzeu était disciple, il mit trois ans à désapprendre de juger et de qualifier en paroles ; alors son maître Lao-chang l’honora pour la première fois d’un regard. Au bout de cinq ans, il ne jugea ni ne qualifia plus même mentalement ; alors Lao-chang lui sourit pour la première fois. Au bout de sept ans, quand il eut oublié la distinction du oui et du non, de l’avantage et de l’inconvénient, son maître le fit pour la première fois asseoir sur sa natte. Au bout de neuf ans, quand il eut perdu toute notion du droit et du tort, du bien et du mal, et pour soi et pour autrui ; quand il fut devenu absolument indifférent à tout, alors la communication parfaite s’établit pour lui entre le monde extérieur et son propre intérieur. Il cessa de se servir de ses sens, (mais connut tout par science supérieure universelle et abstraite). Son esprit se solidifia, à mesure que son corps se dissolvait ; ses os et ses chairs se liquéfièrent (s’éthérisèrent) ; il perdit toute sensation du siège sur lequel il était assis, du sol sur lequel ses pieds appuyaient ; il perdit toute intelligence des idées formulées, des paroles prononcées ; il atteignit à cet état, où la raison immobile n’est plus émue par rien.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PartempsPartemps   01 mai 2020
Chap. 2. Simplicité naturelle

A. Hoang-ti régnait depuis quinze ans, jouissant de sa popularité, se préoccupant de sa santé, accordant du plaisir à ses sens, au point d’en être hâve et hagard. Quand il eut régné durant trente années, faisant des efforts intellectuels et physiques continuels pour organiser l’empire et améliorer le sort du peuple, il se trouva encore plus maigre et plus fatigué. Alors il se dit en soupirant : je dois avoir excédé. Si je ne suis pas capable de me faire du bien à moi-même, comment serai-je capable d’en faire à tous les êtres ? Sur ce, Hoang-ti abandonna les soucis du gouvernement, quitta le palais, se défit de son entourage, se priva de toute musique, se réduisit à un ordinaire frugal, se confina dans un appartement écarté, où il s’appliqua durant trois mois uniquement à régler ses pensées et à brider son corps. Durant cette réclusion, ?un jour, pendant sa sieste, il rêva qu’il se promenait dans le pays de Hoa-su-cheu. — Ce pays est à l’ouest de Yen-tcheou, au nord de T’ai-tcheou, à je ne sais combien de myriades de stades de ce pays de Ts’i. On ne saurait y aller, ni en barque, ni en char ; seul le vol de l’âme y atteint. Dans ce pays, il n’y a aucun chef ; tout y marche spontanément. Le peuple n’a ni désirs ni convoitises, mais son instinct naturel seulement. Personne n’y aime la vie, n’y redoute la mort ; chacun vit jusqu’à son terme. Pas d’amitiés et pas de haines. Pas de gains et pas de pertes. Pas d’intérêts et pas de craintes. L’eau ne les noie pas, le feu ne les brûle pas.? Aucune arme ne peut les blesser, aucune main ne peut les léser. Ils s’élèvent dans l’air comme s’ils montaient des marches, et s’étendent dans le vide comme sur un lit. Nuages et brouillards n’interceptent pas leur vue, le bruit du tonnerre n’affecte pas leur ouïe, aucune beauté, aucune laideur n’émeut leur cœur, aucune hauteur, aucune profondeur ne gène leur course. Le vol de l’âme les porte partout. — A son réveil, une paisible lumière se fit dans l’esprit de l’empereur. Il appela ses principaux ministres, T’ien-lao, Li-mou, T’ai-chan-ki, et leur dit : Durant trois mois de retraite, j’ai réglé mon esprit et dompté mon corps, pensant comment il faudrait m’y prendre pour gouverner sans me fatiguer. Dans l’état de veille, je n’ai pas trouvé la solution ; elle m’est venue, pendant que je dormais. Je sais maintenant que le Principe suprême ne s’atteint pas par des efforts positifs, (mais par abstraction et inaction). La lumière est faite dans mon esprit, mais je ne puis pas vous expliquer la chose davantage. — Après ce songe, Hoang-ti régna encore durant vingt-huit ans, (appliquant la méthode de laisser aller toutes choses). Aussi l’empire devint-il très prospère, presque autant que le pays de Hoa-su-cheu. Puis l’empereur monta vers les hauteurs, d’où, deux siècles plus tard, le peuple (qui le regrettait) le rappelait encore.

B. Le mont Lie-kou-ie se trouve dans l’île Ho-tcheou. Il est habité par des hommes transcendants, qui ne font pas usage d’aliments, mais aspirent l’air et boivent la rosée. Leur esprit est limpide comme l’eau d’une source, leur teint est frais comme celui d’une jeune fille. Les uns doués de facultés extraordinaires, les autres seulement très sages, sans amour, sans crainte, ils vivent paisibles, simplement, modestement, ayant ce qu’il leur faut sans avoir besoin de se le procurer. Chez eux, le yinn et le yang sont sans cesse en harmonie, le soleil et la lune éclairent sans interruption, les quatre saisons sont régulières, le vent et la pluie viennent à souhait, la reproduction des animaux et la maturation des récoltes arrivent à point. Pas de miasmes meurtriers, pas de bêtes malfaisantes, pas de fantômes causant la maladie ou la mort, pas d’apparitions ou de bruits extraordinaires, (phénomènes qui dénotent toujours un défaut dans l’équilibre cosmique).

C. De son maître Lao-chang-cheu, et de son ami Pai-kao-tzeu, Lie-tzeu apprit l’art de chevaucher sur le vent (randonnées extatiques). Yinn-cheng l’ayant su, alla demeurer avec lui, dans l’intention d’apprendre de lui cet art, et assista à ses extases qui le privaient de sentiment pour un temps notable. Plusieurs fois il en demanda la recette, mais fut éconduit à chaque fois. Mécontent, il demanda son congé. Lie-tzeu ne lui répondit pas. Yinn-cheng s’en alla. Mais, toujours travaillé par le même désir, au bout de quelques mois il retourna chez Lie-tzeu. Celui-ci lui demanda : Pourquoi es-tu parti ? pourquoi es-tu revenu ? Yinn-cheng dit : — Vous avez repoussé toutes mes demandes ; je vous ai pris en grippe et suis parti ; maintenant mon ressentiment étant éteint, je suis revenu. Lie-tzeu dit : Je te croyais l’âme mieux faite que cela ; se peut-il que tu l’aies vile à ce point ? ?Je vais te dire comment moi j’ai été formé par mon maître. J’entrai chez lui avec un ami. Je passai dans sa maison trois années entières, occupé à brider mon cœur et ma bouche, sans qu’il m’honorât d’un seul regard. Comme je progressais, au bout de cinq ans il me sourit pour la première fois. Mon progrès s’accentuant, au bout de sept ans il me fit asseoir sur sa natte. Au bout de neuf années d’efforts, j’eus enfin perdu toute notion du oui et du non, de l’avantage et du désavantage, de la supériorité de mon maître et de l’amitié de mon condisciple. Alors l’usage spécifique de mes divers sens, fut remplacé par un sens général ; mon esprit se condensa, tandis que mon corps se raréfiait ; mes os et mes chairs se liquéfièrent (s’éthérisèrent) ; je perdis la sensation que je pesais sur mon siège, que j’appuyais sur mes pieds (lévitation) ; enfin je partis, au gré du vent, vers l’est, vers l’ouest, dans toutes les directions, comme une feuille morte emportée, sans me rendre compte si c’est le vent qui m’enlevait, ou si c’est moi qui enfourchais le vent. Voilà par quel long exercice de dépouillement, de retour à la nature, j’ai dû passer, pour arriver à l’extase. Et toi qui viens à peine d’entrer chez un maître, qui es encore si imparfait que tu t’impatientes et te courrouces ; toi dont l’air repousse et dont la terre doit encore supporter le corps grossier et lourd, tu prétends t’élever sur le vent dans le vide ? Yinn-cheng se retira confus, sans oser rien répondre.

D. Lie-tzeu demanda à Koan-yinn-tzeu : Que le surhomme passe là où il n’y a pas d’ouverture, traverse le feu sans être brûlé, s’élève très haut sans éprouver de vertige ; dites-moi, s’il vous plaît, comment fait-il pour en arriver là ? — En conservant, dit Koan-yinn-tzeu, sa nature parfaitement pure ; non par aucun procédé savant ou ingénieux. Je vais t’expliquer cela. Tout ce qui a forme, figure, son et couleur, tout cela ce sont les êtres. Pourquoi ces êtres se feraient-ils opposition les uns aux autres ? Pourquoi y aurait-il entre eux un autre ordre, que la priorité dans le temps ? Pourquoi leur évolution cesserait-elle, avec la déposition de leur forme actuelle ? Comprendre cela à fond, voilà la vraie science. Celui qui l’a compris, ayant une base ferme, embrassera toute la chaîne des êtres, unifiera ses puissances, fortifiera son corps, rentrera ses énergies, communiquera avec l’évolution universelle. Sa nature conservant sa parfaite intégrité, son esprit conservant son entière liberté, rien d’extérieur n’aura prise sur lui. Si cet homme, en état d’ivresse, tombe d’un char, il ne sera pas blessé mortellement. Quoique ses os et ses articulations soient comme ceux des autres hommes, le même traumatisme n’aura pas sur lui le même effet ; parce que son esprit, étant entier, protège son corps. L’inconscience agit comme une enveloppe protectrice. Rien n’a prise sur le corps, quand l’esprit n’est pas ému. Aucun être ne peut nuire au Sage, enveloppé dans l’intégrité de sa nature, protégé par la liberté de son esprit.

E. Lie-uk’eou (Lie-tzeu) tirait de l’arc en présence de Pai-hounn-ou-jenn, une tasse contenant de l’eau étant attachée sur son coude gauche. Il bandait l’arc de la main droite, à son maximum, décochait, replaçait une autre flèche, décochait encore ; et ainsi de suite, avec l’impassibilité d’une statue, sans que l’eau de la tasse vacillât. — Pai-hounn-ou-jenn lui dit : — Votre tir est le tir d’un archer tout occupé de son tir (tir artificiel), non le tir d’un archer indifférent pour son tir (tir naturel). Venez avec moi sur quelque haute montagne, au bord d’un précipice, et nous verrons si vous conservez encore cette présence d’esprit. — Les deux hommes firent ainsi. Pai-hounn-ou-jenn se campa au bord du précipice, dos au gouffre, ses talons débordant dans le vide (or l’archer doit se rejeter en arrière pour bander), puis salua Lie-uk’eou d’après les rites, avant de commencer son tir. Mais Lie-uk’eou, saisi de vertige, gisait déjà par terre, la sueur lui ruisselant jusqu’aux talons. — Pai-hounn-ou-jenn lui dit : Le sur-homme plonge son regard dans les profondeurs du ciel, dans les abîmes de la terre, dans le lointain de l’horizon, sans que son esprit s’émeuve. Il me paraît que vos yeux sont hagards, et que, si vous tiriez, vous n’atteindriez pas le but.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00

autres livres classés : taoïsmeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Jésus qui est-il ?

Jésus était-il vraiment Juif ?

Oui
Non
Plutôt Zen
Catholique

10 questions
1375 lecteurs ont répondu
Thèmes : christianisme , religion , bibleCréer un quiz sur ce livre