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ISBN : 2330027303
Éditeur : Actes Sud (08/01/2014)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 42 notes)
Résumé :
Le récit d’exil d'un père et sa fille, dont les deux voix, mues par une énergie d'entrailles et tissées sur le fil du rasoir, disent l’abîme qui les sépare : la rage urbaine de la jeune Adama face au mutisme résigné de son père, qui voit comme une malédiction la mort arriver par la main de sa fille inculpée pour un incendie dans la cité.
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
Piatka
  11 mars 2014
72 pages seulement, mais incandescentes où deux voix se mêlent à la première personne, la voix précise et poétique presque du père, et la voix révoltée au " langage jeun's " de sa fille Adama, rescapés tous deux d'un charnier, quinze ans auparavant, quelque part, sans que nous sachions où.
L'essentiel du récit est sobrement tissé par le père. Avec des mots choisis, précis, il cherche rétrospectivement à comprendre pourquoi et comment.
Pourquoi sa fille chérie pour laquelle il a tout donné a un jour incendié les boîtes aux lettres d'un immeuble, semant gratuitement la mort à son tour, et comment en sont-ils arrivés là, après tant d'errance et de souffrance, lui qui croyait avoir déjà connu l'indicible, atteint l'horreur ultime dans son propre pays. Feu pour feu ?
Il se remémore leur histoire, ce père aimant, sans aucun reproche, aucune animosité envers sa fille désormais criminelle.
Tout commence au milieu des cadavres, par un corps à corps, " un peau à peau ", le père qui arrache sa fille de quelques jours à la mort, après le massacre.
Puis, c'est la fuite, l'errance interminable, l'épuisement, la désolation, la survie coûte que coûte pour sa fille. le Continent blanc, les villes, les campements provisoires, la cité. Un parcours hors du commun, prenant.
Au texte admirable d'introspection tout en retenue du père, s'ajoutent éparses les remarques en italiques de sa fille, violentes et réalistes bribes de la vie de la cité : le contraste entre la lutte absolue pour s'intégrer et la révolte de la déracinée marginale, le questionnement et évidemment l'incompréhension d'un père qui constate impuissant la perte de sa fille alors qu'il a tout donné.
C'est un récit beau, fort, cinq étoiles sans hésitation.
Heureusement que le mot roman est écrit sous le titre, j'ai eu l'impression de découvrir un témoignage, le témoignage d'un homme qui marche, qui avance courageusement, brindille indestructible et volontaire à l'image de la statuette d'Alberto Giacometti, si judicieusement reproduite en miniature sur la couverture du livre.
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trust_me
  23 janvier 2014
C'est la lettre d'un père à sa fille emprisonnée. Un père qui a quitté son pays d'origine alors qu'elle n'était qu'un bébé, le jour où tous les habitants de leur village ont été massacrés. Ensemble ils ont traversé des déserts et des océans avant d'échouer dans les rues et les parcs de villes sans nom. Ils ont erré, de centre de rétention en foyer de travailleurs, jusqu'à l'obtention du permis de séjour, ce Graal qui, enfin, aurait dû leur permettre de se réinventer une vie, même au coeur d'une cité délabrée. Mais le bébé, devenu une jeune fille hargneuse et révoltée, a commis l'irréparable…
Ce petit texte renforce ma conviction qu'il n'y a rien de tel que les écrits courts pour voir ce qu'un auteur a dans le ventre. Bon, en même temps je déteste les pavés, c'est pas un scoop alors je ne suis sans doute pas objectif mais quand même. Dans l'écriture minuscule l'écrivain se met à nu. Pas possible de se cacher ou de tricher, tout est dit en si peu de mots. C'est risqué, très casse-gueule même. Mais c'est un révélateur indiscutable. Et pour le coup ici, c'est parfait. Rien de trop, pas un poil de gras, on est tout de suite sur l'os. Évidemment je suis fan. Et puis quelle langue ! le récit du père vous emporte, les interventions de sa fille vous laissent groggy, c'est magnifiquement construit.
Cette histoire on la prend de plein fouet. L'histoire d'un homme qui fuit son pays en guerre avec son enfant sous le bras. Son voyage n'a rien d'une épopée au long cours. Rien non plus de glorieux, pas la peine d'en faire un roman fleuve, c'est juste une question de survie. On sent la tendresse, l'amour, le lien indestructible qui unit ces deux exilés. Mais avec les années le fossé se creuse entre le père et sa fille et l'inéluctable se produit : « J'ai accepté que le monde se glisse entre toi et moi et regarde, mon Adama, regarde où le monde t'a conduite ! Regarde où il t'a jetée ! ». Les mots disent la fragilité de l'homme, son incompréhension aussi. Naïvement, il a eu la faiblesse de croire que le plus dur était derrière eux : « Je ne me pardonne pas d'avoir cru que toi et moi, parce que nous en avions eu notre content, de drame, nous en avions fini. » Mais son bébé est devenu une ado de 15 ans emportée par le tourbillon de la cité et pour ce père, le besoin de consolation est aujourd'hui impossible à rassasier (une expression que j'emprunte à l'écrivain suédois Stig Dagerman).
C'est beau, c'est fort, c'est intense. Une tragédie.

Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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MarianneL
  16 janvier 2014
Les mots semblent consumer la page, dès la première phrase de ce court récit d'une force dévastatrice.
Survivant d'un massacre, l'homme a réussi à s'extraire et s'enfuir d'un charnier, quelque part en Afrique, emportant peau contre peau sa fille Adama, âgée de seulement quelques jours. Dans cette proximité, ils se sont soutenus et sauvés l'un et l'autre, dans une fuite nocturne, puis une traversée terrible vers le Continent blanc.
Quinze ans plus tard, le passé resurgit. Sa fille et ses amies, par vengeance inconsciente, ont déclenché un feu, dans une tour de la cité sans avenir où ils vivent maintenant. À sa fille, emprisonnée, le père lance une adresse, le chant désespéré d'un homme à la voix digne et puissante qui rappelle la force déchirante du grand Lyonel Trouillot.
L'homme raconte enfin tout ce qu'il n'a pas dit, le passé étouffé pour oublier l'horreur, le souvenir poignant de la mère d'Adama, le massacre puis l'exil, pour échapper aux tueurs et non pas au pays, l'infra-vie dans les marges du pays des blancs, cette peur permanente, l'errance et le désespoir des immigrants face à la porte close, les réflexes de survie, l'enfance sans horizon au coeur des tours délabrées de la cité, et enfin cet abime – de ces deux peaux jadis collées l'une à l'autre – qui s'est aujourd'hui creusé entre sa fille et lui.
«Toi à qui je n'ai pas expliqué que le quotidien médiocre, à toujours compter, l'appartement aux murs de papier laissant entrer les humeurs voisines, où nous nous croisons sans presque nous parler, les pans d'herbe pelée entre le béton, où vous étiez censés jouer, sont aussi notre salut, toi qui étouffes ici comme dans une monstrueuse contention, comment pourrais-tu ne pas ruer ? Je ne voulais pas que tu partages ma douleur. Je voulais que pour toi au moins tout commence ici.»
Et la voix de sa fille, parallèle à la sienne, vient souligner ce gouffre, dans cette langue étrangère pour lui des enfants de la cité, qui contient toutes les obsessions vides d'une vie sans avenir et la rage qu'elle engendre.
«Ici vous crachez sur nous, les anciens qui vous sommes plus étrangers que le moindre adolescent arborant vos signes de ralliement, répétant, stupide, les pauvres mots qui sont votre maison, vos barbelés où nous nous écorchons.»
Ce père qui rêvait d'un nouveau commencement pour sa fille, ne peut que constater la chute de celle qu'il a voulu préserver, semblable à une répétition, un retour du passé.
Un récit incandescent, comme pour exorciser une chute inéluctable.
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Seraphita
  10 octobre 2014
Deux voix se mêlent et s'entrechoquent, celle d'un père qui a fui un pays et un passé mortifères que le feu a détruits à tout jamais, celle d'une fille sauvée d'une mort certaine par ce dernier et qui a grandi en France. le père pensait avoir réussi à reconstruire une vie meilleure, à s'être intégré, comme fondu, dans le pays d'accueil. Et pourtant, sa fille, qu'il avait voulu protéger d'un passé trop douloureux en taisant l'insoutenable de ses racines, va venir raviver la blessure princeps.
« Feu pour feu » de Carole Zalberg raconte en moins de 100 pages le choc des cultures et des traumatismes, le déracinement, les non-dits qui exacerbent les béances là où l'on voudrait qu'ils protègent et apaisent, le hiatus des voix narratives : d'un côté, le père, sur le versant d'un passé tu qui vient le chanter en son for intérieur d'une manière où le poétique magnifie la souffrance, de l'autre, la fille, sur le versant d'un présent adolescent que des rivalités amoureuses viennent brouiller, et qui scande sa douleur de manière hachée, lapidaire, où le futile le dispute au tragique.
« Nous l'avions gagnée, m'imaginais-je, notre immunité. Ne nous battons-nous pas jour après jour, mois, année, dès notre arrivée, dans ce pays ? Ne sommes-nous pas des greffons exemplaires, absorbant ce qu'il y a à absorber de notre hôte, mots, institutions, usages, afin de ne pas être rejetés ? Je le fais pour nous deux, au commencement, avec conscience et acharnement. Je nous fonds. J'ai su passer pour mort au milieu des morts, je peux bien mimer tout ce qu'il y a à mimer pour avoir le droit de vivre ici. » (p. 70.)
Et quand les mots se heurtent, s'entrechoquent sans même se rejoindre, le passage à l'acte n'est pas loin, l'irrémédiable vient affleurer, le feu des origines peut de nouveau araser les coeurs…
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frconstant
  31 janvier 2017
"Feu pour feu", petit livre de quelques 72 pages, est un grand roman de Carole ZALBERG (Ed.: Actes Sud, 2014).
Dans cette quête d'un endroit où aller, un père raconte sa fuite des massacres rebelles. Pour lui, un seul objectif, donner à sa fille, un endroit où vivre un avenir, loin des rancoeurs et de la haine que le passé pourrait faire germer en elle. Il ne dira rien à sa fille de la mort de sa mère, des violences extrêmes générées par ses frères de sang, de sa longue errance et de sa route de fuyant cherchant refuge dans un pays qu'il voudrait d'accueil. Il ne lui dira rien de la nécessaire invisibilité à épouser pour se fondre, se diluer dans l'anonymat qui seul permet d'exister encore. Il ne lui dira rien du mépris, de la suffisance et de l'arrogance des passeurs, des négriers et des bureaucrates ou bénévoles se targuant d'être dispensateurs d'aides sociales...
Il ne dira rien à sa fille, pas plus qu'il ne comprendra la lente et sûre montée de la colère qui habite désormais le coeur de l'enfant devenue adolescente dans la cité.
Quand, à son tour, elle boutera le feu, "Feu pour feu! Feu pour feu?", il n'aura rien vu venir, ne comprenant pas. Et pourtant, il accordera toute sa confiance à cette fille qu'il a tant voulu sauver! .
Avec une écriture fluide, des changements de style maîtrisés, Carole ZALBERG nous introduit dans la complexité de la vie. Liant des massacres de rebelles aux périples des réfugiés et au mal-être des jeunes dans nos cités déshumanisées, elle nous invite à vouloir, si non comprendre, au moins envisager la trame qui lie des situations que, par facilité, nos médias traitent séparément. Une invitation à développer un esprit critique, une prudence avant tout jugement.
Pour moi, un livre coup de coeur, assurément!
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critiques presse (2)
Actualitte   24 juin 2014
Le livre de Carole Zalberg n'avait pas besoin de ce prix pour retenir l'attention et l'intérêt du lecteur, c'est une évidence. Sa qualité est bien au-delà.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Lhumanite   03 mars 2014
Rescapés d’un massacre en Afrique, un père et sa fille, en fuite, sont rattrapés par la violence.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   11 mars 2014
Mais j'aurais du le savoir, ce qu'on ne regarde pas ne cesse pas pour autant d'exister. Il y a du drame à revendre dans tous les coins de toutes les vies même les plus tranquilles, même les plus ternes. Je ne me pardonne pas d'avoir cru que toi et moi, parce que nous en avions eu notre content, de drame, nous en avions fini. Des petits malheurs, oui, des revers et des déceptions, oui, je m'attendais à ce que nous en rencontrions encore. Mais du drame, imbécile que je suis, je nous croyais définitivement protégés.
Nous l'avions gagnée, m'imaginais-je, notre immunité.
+ Lire la suite
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manU17manU17   26 mai 2014
Dans un autre de ces lieux sans nom que la nécessité aide à rejoindre, une nuit où tu t'es pour une fois endormie sans te nicher, je laisse une étrangère se couler le long de moi. Elle est vaste et douce et puissante et je cède à la fugitive évidence de ses bras. Je ne sais plus si je suis un homme ou un enfant contre ce corps, cette nuit-là, contre cette femme qui n'est pas mon Ezokia, mais je sais qu'elle me choisit et m'accueille et m'apaise et m'aime assez pour qu'au matin rien ne soit trahi.
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PiatkaPiatka   10 mars 2014
J'en fais le serment alors : une fois là où nous pourrons être en vie sans avoir à justifier, détailler, exhiber la moindre seconde nous ayant conduits avec d'autres à l'exil, plus jamais je n'emprunterai le chemin des mots qui me ramènent au drame. Nous serons neufs et tu auras le droit de croire aux promesses du monde
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trust_metrust_me   23 janvier 2014
Je ne pourrai remonter le cours de notre vie jusqu'au lit de ton crime car il est le dernier domino à tomber et j'ignore ce qui, de mon silence, de nos épreuves, de ton désœuvrement ou de tout autre chose encore a été le premier vacillement. Et quelle différence cela aurait-il fait si je t'avais raconté d'où nous venions ?
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SeraphitaSeraphita   10 octobre 2014
Nous l’avions gagnée, m’imaginais-je, notre immunité.
Ne nous battons-nous pas jour après jour, mois, année, dès notre arrivée, dans ce pays ? Ne sommes-nous pas des greffons exemplaires, absorbant ce qu’il y a à absorber de notre hôte, mots, institutions, usages, afin de ne pas être rejetés ? Je le fais pour nous deux, au commencement, avec conscience et acharnement. Je nous fonds. J’ai su passer pour mort au milieu des morts, je peux bien mimer tout ce qu’il y a à mimer pour avoir le droit de vivre ici.
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