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EAN : 9782330027308
72 pages
Éditeur : Actes Sud (08/01/2014)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 46 notes)
Résumé :
Le récit d’exil d'un père et sa fille, dont les deux voix, mues par une énergie d'entrailles et tissées sur le fil du rasoir, disent l’abîme qui les sépare : la rage urbaine de la jeune Adama face au mutisme résigné de son père, qui voit comme une malédiction la mort arriver par la main de sa fille inculpée pour un incendie dans la cité.
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Piatka
  11 mars 2014
72 pages seulement, mais incandescentes où deux voix se mêlent à la première personne, la voix précise et poétique presque du père, et la voix révoltée au " langage jeun's " de sa fille Adama, rescapés tous deux d'un charnier, quinze ans auparavant, quelque part, sans que nous sachions où.
L'essentiel du récit est sobrement tissé par le père. Avec des mots choisis, précis, il cherche rétrospectivement à comprendre pourquoi et comment.
Pourquoi sa fille chérie pour laquelle il a tout donné a un jour incendié les boîtes aux lettres d'un immeuble, semant gratuitement la mort à son tour, et comment en sont-ils arrivés là, après tant d'errance et de souffrance, lui qui croyait avoir déjà connu l'indicible, atteint l'horreur ultime dans son propre pays. Feu pour feu ?
Il se remémore leur histoire, ce père aimant, sans aucun reproche, aucune animosité envers sa fille désormais criminelle.
Tout commence au milieu des cadavres, par un corps à corps, " un peau à peau ", le père qui arrache sa fille de quelques jours à la mort, après le massacre.
Puis, c'est la fuite, l'errance interminable, l'épuisement, la désolation, la survie coûte que coûte pour sa fille. le Continent blanc, les villes, les campements provisoires, la cité. Un parcours hors du commun, prenant.
Au texte admirable d'introspection tout en retenue du père, s'ajoutent éparses les remarques en italiques de sa fille, violentes et réalistes bribes de la vie de la cité : le contraste entre la lutte absolue pour s'intégrer et la révolte de la déracinée marginale, le questionnement et évidemment l'incompréhension d'un père qui constate impuissant la perte de sa fille alors qu'il a tout donné.
C'est un récit beau, fort, cinq étoiles sans hésitation.
Heureusement que le mot roman est écrit sous le titre, j'ai eu l'impression de découvrir un témoignage, le témoignage d'un homme qui marche, qui avance courageusement, brindille indestructible et volontaire à l'image de la statuette d'Alberto Giacometti, si judicieusement reproduite en miniature sur la couverture du livre.
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trust_me
  23 janvier 2014
C'est la lettre d'un père à sa fille emprisonnée. Un père qui a quitté son pays d'origine alors qu'elle n'était qu'un bébé, le jour où tous les habitants de leur village ont été massacrés. Ensemble ils ont traversé des déserts et des océans avant d'échouer dans les rues et les parcs de villes sans nom. Ils ont erré, de centre de rétention en foyer de travailleurs, jusqu'à l'obtention du permis de séjour, ce Graal qui, enfin, aurait dû leur permettre de se réinventer une vie, même au coeur d'une cité délabrée. Mais le bébé, devenu une jeune fille hargneuse et révoltée, a commis l'irréparable…
Ce petit texte renforce ma conviction qu'il n'y a rien de tel que les écrits courts pour voir ce qu'un auteur a dans le ventre. Bon, en même temps je déteste les pavés, c'est pas un scoop alors je ne suis sans doute pas objectif mais quand même. Dans l'écriture minuscule l'écrivain se met à nu. Pas possible de se cacher ou de tricher, tout est dit en si peu de mots. C'est risqué, très casse-gueule même. Mais c'est un révélateur indiscutable. Et pour le coup ici, c'est parfait. Rien de trop, pas un poil de gras, on est tout de suite sur l'os. Évidemment je suis fan. Et puis quelle langue ! le récit du père vous emporte, les interventions de sa fille vous laissent groggy, c'est magnifiquement construit.
Cette histoire on la prend de plein fouet. L'histoire d'un homme qui fuit son pays en guerre avec son enfant sous le bras. Son voyage n'a rien d'une épopée au long cours. Rien non plus de glorieux, pas la peine d'en faire un roman fleuve, c'est juste une question de survie. On sent la tendresse, l'amour, le lien indestructible qui unit ces deux exilés. Mais avec les années le fossé se creuse entre le père et sa fille et l'inéluctable se produit : « J'ai accepté que le monde se glisse entre toi et moi et regarde, mon Adama, regarde où le monde t'a conduite ! Regarde où il t'a jetée ! ». Les mots disent la fragilité de l'homme, son incompréhension aussi. Naïvement, il a eu la faiblesse de croire que le plus dur était derrière eux : « Je ne me pardonne pas d'avoir cru que toi et moi, parce que nous en avions eu notre content, de drame, nous en avions fini. » Mais son bébé est devenu une ado de 15 ans emportée par le tourbillon de la cité et pour ce père, le besoin de consolation est aujourd'hui impossible à rassasier (une expression que j'emprunte à l'écrivain suédois Stig Dagerman).
C'est beau, c'est fort, c'est intense. Une tragédie.

Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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MarianneL
  16 janvier 2014
Les mots semblent consumer la page, dès la première phrase de ce court récit d'une force dévastatrice.
Survivant d'un massacre, l'homme a réussi à s'extraire et s'enfuir d'un charnier, quelque part en Afrique, emportant peau contre peau sa fille Adama, âgée de seulement quelques jours. Dans cette proximité, ils se sont soutenus et sauvés l'un et l'autre, dans une fuite nocturne, puis une traversée terrible vers le Continent blanc.
Quinze ans plus tard, le passé resurgit. Sa fille et ses amies, par vengeance inconsciente, ont déclenché un feu, dans une tour de la cité sans avenir où ils vivent maintenant. À sa fille, emprisonnée, le père lance une adresse, le chant désespéré d'un homme à la voix digne et puissante qui rappelle la force déchirante du grand Lyonel Trouillot.
L'homme raconte enfin tout ce qu'il n'a pas dit, le passé étouffé pour oublier l'horreur, le souvenir poignant de la mère d'Adama, le massacre puis l'exil, pour échapper aux tueurs et non pas au pays, l'infra-vie dans les marges du pays des blancs, cette peur permanente, l'errance et le désespoir des immigrants face à la porte close, les réflexes de survie, l'enfance sans horizon au coeur des tours délabrées de la cité, et enfin cet abime – de ces deux peaux jadis collées l'une à l'autre – qui s'est aujourd'hui creusé entre sa fille et lui.
«Toi à qui je n'ai pas expliqué que le quotidien médiocre, à toujours compter, l'appartement aux murs de papier laissant entrer les humeurs voisines, où nous nous croisons sans presque nous parler, les pans d'herbe pelée entre le béton, où vous étiez censés jouer, sont aussi notre salut, toi qui étouffes ici comme dans une monstrueuse contention, comment pourrais-tu ne pas ruer ? Je ne voulais pas que tu partages ma douleur. Je voulais que pour toi au moins tout commence ici.»
Et la voix de sa fille, parallèle à la sienne, vient souligner ce gouffre, dans cette langue étrangère pour lui des enfants de la cité, qui contient toutes les obsessions vides d'une vie sans avenir et la rage qu'elle engendre.
«Ici vous crachez sur nous, les anciens qui vous sommes plus étrangers que le moindre adolescent arborant vos signes de ralliement, répétant, stupide, les pauvres mots qui sont votre maison, vos barbelés où nous nous écorchons.»
Ce père qui rêvait d'un nouveau commencement pour sa fille, ne peut que constater la chute de celle qu'il a voulu préserver, semblable à une répétition, un retour du passé.
Un récit incandescent, comme pour exorciser une chute inéluctable.
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Isa0409
  19 octobre 2019
La vie est un cycle éternel, perpétuel, sempiternel. Ainsi, le début d'une chose marque la fin d'une autre, et inversement. Si la vie nous a fait un cadeau, c'est pour reprendre plus tard ce qu'elle nous a offert jadis.
Cette histoire est celle d'un homme qui a fui son village, ravagé, saccagé, démoli puis brûlé, en y abandonnant sa femme, prise par les flammes, et en emportant leur petite fille, survivante de cette tragédie.
Le chemin vers la liberté et un monde meilleur est long, semé d'embûches, et ce père esseulé le sait, ce chemin requiert des sacrifices, de l'abnégation et du courage, mais sa petite fille, son étoile, est la seule lumière qui sera son guide vers le continent.
Alors les bateaux, les camps de fortune et autres formalités ne sauraient tâcher son ambition de survie. Et il faut parler de survie oui, car on ne peut vivre, on ne peut pas ré-apprendre à vivre après un tel drame, on ne peut que survivre, amputé de son âme soeur, de son unique amour, c'est pour elle, en sa mémoire, et pour le fruit de leur vie qu'il continue. Pour sa petite fille.
Et il a réussi. Oui, il a réussi à fouler le sol de ce continent dont le champ des possibles est infini, où, où que l'on regarde, les opportunités se bousculent, les changements s'opèrent, le mieux chasse le bien, tout ceci au nom du Bonheur. Sa fille aussi a eu sa chance, comme n'importe quelle petite fille ici. Certes, le quotidien n'est pas rose, il y a des jours difficiles dans la morosité du gris des cités mais après tout, ils sont en vie, et c'est déjà bien assez.
Pourtant, les choses ne prennent pas exactement la tournure que le narrateur aurait imaginé... Et s'il avait trop protégé sa fille ? S'il ne lui avait pas assez enseigné l'amour pour la vie, la reconnaissance, le bien tout simplement ?
Alors, mauvaises fréquentations, mauvais choix au mauvais moment, erreur de jeunesse et fougue adolescente deviennent les ingrédients d'un bien malheureux destin que l'on n'avait osé envisager.
Si seulement...
Dans Feu pour Feu, Carole Zalberg réussit le pari fou en seulement 72 pages de narrer l'histoire d'un père qui a bravé les pires épreuves et les plus grands malheurs de la vie pour le bien de sa fille comme seul objectif. Sa vie à lui pour elle. Cette vie et ces sacrifices qu'elle ignore, ces flammes auxquelles elle a survécu, ces terres foulées dans le noir, la peur au ventre, sans savoir où aller ni de quoi demain sera fait, ces camps sales, les regards qui blessent, la rage qu'on lit dans les yeux des autres. Tout ça pour quoi ? Pour vivre !
Ces flammes, disais-je, auxquelles elle a survécu et qui pourtant la rattrapent, tel un boomerang, je te donne et je reprends, et qui marquent la fin de sa liberté.
Un roman merveilleux et profond, qui explore différents thèmes très actuels : la migration, les drames, les génocides, l'égoïsme et la peur de l'étranger, l'inévitable cloisonnement et la marginalisation qui en découlent, et l'adolescence, sa stupidité, sa rage, son absence de fondement dans le réel, trop occupée à se créer une vie virtuelle, sans mesurer la portée de ses actes.
L'ignorance est un feu qui brûle tout sur son passage ...
« Cause in the darkness I hear somebody call my name
And when you realize how they tricked you this time
And it's all lies but I'm strung out on the wire
In these streets of fire »
(Bruce Springsteen - Streets of fire)

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Seraphita
  10 octobre 2014
Deux voix se mêlent et s'entrechoquent, celle d'un père qui a fui un pays et un passé mortifères que le feu a détruits à tout jamais, celle d'une fille sauvée d'une mort certaine par ce dernier et qui a grandi en France. le père pensait avoir réussi à reconstruire une vie meilleure, à s'être intégré, comme fondu, dans le pays d'accueil. Et pourtant, sa fille, qu'il avait voulu protéger d'un passé trop douloureux en taisant l'insoutenable de ses racines, va venir raviver la blessure princeps.
« Feu pour feu » de Carole Zalberg raconte en moins de 100 pages le choc des cultures et des traumatismes, le déracinement, les non-dits qui exacerbent les béances là où l'on voudrait qu'ils protègent et apaisent, le hiatus des voix narratives : d'un côté, le père, sur le versant d'un passé tu qui vient le chanter en son for intérieur d'une manière où le poétique magnifie la souffrance, de l'autre, la fille, sur le versant d'un présent adolescent que des rivalités amoureuses viennent brouiller, et qui scande sa douleur de manière hachée, lapidaire, où le futile le dispute au tragique.
« Nous l'avions gagnée, m'imaginais-je, notre immunité. Ne nous battons-nous pas jour après jour, mois, année, dès notre arrivée, dans ce pays ? Ne sommes-nous pas des greffons exemplaires, absorbant ce qu'il y a à absorber de notre hôte, mots, institutions, usages, afin de ne pas être rejetés ? Je le fais pour nous deux, au commencement, avec conscience et acharnement. Je nous fonds. J'ai su passer pour mort au milieu des morts, je peux bien mimer tout ce qu'il y a à mimer pour avoir le droit de vivre ici. » (p. 70.)
Et quand les mots se heurtent, s'entrechoquent sans même se rejoindre, le passage à l'acte n'est pas loin, l'irrémédiable vient affleurer, le feu des origines peut de nouveau araser les coeurs…
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critiques presse (2)
Actualitte   24 juin 2014
Le livre de Carole Zalberg n'avait pas besoin de ce prix pour retenir l'attention et l'intérêt du lecteur, c'est une évidence. Sa qualité est bien au-delà.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Lhumanite   03 mars 2014
Rescapés d’un massacre en Afrique, un père et sa fille, en fuite, sont rattrapés par la violence.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   11 mars 2014
Mais j'aurais du le savoir, ce qu'on ne regarde pas ne cesse pas pour autant d'exister. Il y a du drame à revendre dans tous les coins de toutes les vies même les plus tranquilles, même les plus ternes. Je ne me pardonne pas d'avoir cru que toi et moi, parce que nous en avions eu notre content, de drame, nous en avions fini. Des petits malheurs, oui, des revers et des déceptions, oui, je m'attendais à ce que nous en rencontrions encore. Mais du drame, imbécile que je suis, je nous croyais définitivement protégés.
Nous l'avions gagnée, m'imaginais-je, notre immunité.
+ Lire la suite
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manU17manU17   26 mai 2014
Dans un autre de ces lieux sans nom que la nécessité aide à rejoindre, une nuit où tu t'es pour une fois endormie sans te nicher, je laisse une étrangère se couler le long de moi. Elle est vaste et douce et puissante et je cède à la fugitive évidence de ses bras. Je ne sais plus si je suis un homme ou un enfant contre ce corps, cette nuit-là, contre cette femme qui n'est pas mon Ezokia, mais je sais qu'elle me choisit et m'accueille et m'apaise et m'aime assez pour qu'au matin rien ne soit trahi.
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PiatkaPiatka   10 mars 2014
J'en fais le serment alors : une fois là où nous pourrons être en vie sans avoir à justifier, détailler, exhiber la moindre seconde nous ayant conduits avec d'autres à l'exil, plus jamais je n'emprunterai le chemin des mots qui me ramènent au drame. Nous serons neufs et tu auras le droit de croire aux promesses du monde
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trust_metrust_me   23 janvier 2014
Je ne pourrai remonter le cours de notre vie jusqu'au lit de ton crime car il est le dernier domino à tomber et j'ignore ce qui, de mon silence, de nos épreuves, de ton désœuvrement ou de tout autre chose encore a été le premier vacillement. Et quelle différence cela aurait-il fait si je t'avais raconté d'où nous venions ?
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SeraphitaSeraphita   10 octobre 2014
Nous l’avions gagnée, m’imaginais-je, notre immunité.
Ne nous battons-nous pas jour après jour, mois, année, dès notre arrivée, dans ce pays ? Ne sommes-nous pas des greffons exemplaires, absorbant ce qu’il y a à absorber de notre hôte, mots, institutions, usages, afin de ne pas être rejetés ? Je le fais pour nous deux, au commencement, avec conscience et acharnement. Je nous fonds. J’ai su passer pour mort au milieu des morts, je peux bien mimer tout ce qu’il y a à mimer pour avoir le droit de vivre ici.
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