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ISBN : 2330037074
Éditeur : Actes Sud (05/11/2014)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 96 notes)
Résumé :
court roman ramassé dans la haine, travaillé au ventre dans un langage abrupt magnifiquement traduit, relate le calvaire d'une jeune femme sans enfant que son mari trompe dans sa propre maison avec l'adolescente qu'ils ont recueillie. Quand la douleur retenue jusqu'à l'asphyxie rompra les digues du silence, Sofia s'emparera de la hache et détruira l'enfant incestueuse. Métaphore de la haine qui submerge un cœur pur, la Neva débordante s'engouffre dans Petrograd: l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  20 octobre 2018
L'Inondation, c'est un peu comme un genre de Crime et Châtiment, en version nouvelle et dont la protagoniste principale serait une femme au lieu de l'inénarrable Raskolnikov. Je n'ai pu m'empêcher, tout du long de ma lecture, de faire une sorte de parallèle avec le roman de Dostoïevski, tant les points communs m'apparaissent nombreux.
Je vais donc tenter de me focaliser seulement sur les éléments qui me semblent propres à l'Inondation. Tout d'abord, voici une femme, Sophia, femme ordinaire, s'il en est (dans la moyenne serait une formule autrement plus heureuse mais " ordinaire " est le premier mot qui m'est venu), mariée à un homme qu'elle aime et qui l'aime en retour : bref, un couple sans histoire.
Le premier hic viendra du fait que Sophia, à l'approche de la trente-cinq/quarantaine, ne parvient toujours pas à avoir d'enfant. Son mari, Trofim Ivanytch va peu à peu en éprouver une douleur diffuse. Il ne fait pas ouvertement de reproche à Sophia, mais il sent que quelque chose le sépare imperceptiblement d'elle. La malheureuse s'en rend bien compte et, un jour, alors que le menuisier s'éteint, laissant des enfants orphelins, elle décide d'adopter sa fille, Ganka, qui a alors une douzaine d'années.
Avec le temps, une relation qui va au-delà de l'amour filial rapproche peu à peu Trofim de Ganka. Sophia se sent à la fois frustrée, blessée et humiliée par cette situation. D'autant plus que Trofim ne se prive bientôt plus de dormir auprès de la jeune fille et non plus avec la légitime épouse… Ganka se rend compte de l'ascendant qu'elle prend dans le foyer…
Jusqu'au moment où Sophia, sans l'avoir nécessairement prémédité, se retrouve avec une hache entre les mains, tandis que Ganka est accroupie en train de tailler du petit bois… La tentation est grande d'envoyer un coup de l'outil à celle qui lui a tout pris. le fera-t-elle ? Ne le fera-t-elle pas ? Comment vivre avec en tête une pensée pareille ? Quelles en seront les conséquences ?
Ça je me refuse à vous le divulguer. En tout cas une nouvelle vraiment puissante, qui m'a captivée sur presque toute la longueur, mais qui m'a un peu déçue sur la fin, ce qui est bien dommage car elle avait fait naître une grande tension en moi. Malgré cette toute petite déception finale, je vous la conseille tout de même de bon coeur, sachant que, comme toujours, ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.
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Jolap
  29 juin 2018
Les phrases sont courtes et les nombreuses métaphores sont belles. du début à la fin les faits sont à peine suggérés et pourtant, dès que l'on a les éléments de départ on se doute de ce qui va se passer.
C'est un peu ça « L'inondation ». Une tension qui monte, une histoire d'homme qui prend forme à pas feutrés, qui s'infiltre et déborde engloutissant tout sur son passage, et puis c'est la Neva, le fleuve qui coule à St Petersbourg, et qui déborde aussi, ravageur et inattendu faisant rompre les digues et ployer tout sur son passage.
Cette histoire dramatique m'a émue.
Trois personnages essentiels nous envahissent tout au long du récit :
Trofim Ivanytch, un macho sordide, Sophia une femme soumise et rongée par la culpabilité et Ganka un petit oiseau sans scrupules .Sordide si je les épingle de cette manière brutale non? Mes mots ont fini de salir ce que l'histoire avait déjà souillé.
C'est sans compter sur le talent d'Evgueni Zamiatine qui par la construction du récit, son sobre dépouillement, son rythme lent au départ bien sûr mais qui s'emballe très vite et la force des mots savamment maitrisés nous ôte tout envie de juger. C'est un peu comme si des phrases sublimes servaient de contrepoids aux actes les plus regrettables. Les mots sont animés par un souffle, une vie intérieure, une mission. ….je les ai aimés ces mots, j'ai suivi leur cadence et j'ai offert à cette lecture tout ce que je pouvais pour me glisser dans les pas de l'auteur.
Au début du récit « Pourtant il y avait quelque chose qui clochait. Quoi au juste, ce n'était pas encore bien clair, cela n'avait pas encore pris la consistance des mots ». Et ainsi nous progressons le souffle court : « Elle n'avait plus rien, ni bras, ni jambes, rien que son coeur qui tournoyait comme un oiseau, tombait, tombait, tombait » nous relisons certains passages tel un chien conduisant son troupeau…… « Ses lèvres frémissaient comme la peau du lait lorsqu'elle est tout à fait prise » ……… Cest beau non ?
J'ai assez parlé. Je partage encore le bruit de la pendule qui « frappait bruyamment du bec dans le mur » Vous l'entendez cette grosse pendule ? et avant de terminer ce billet je vous laisse imaginer un personnage du livre qui « avec difficulté, par degrés, se mit à inspirer de l'air, remontant avec son souffle, comme avec une corde, une pierre qui était au fond ». C'est moi qui manque de souffle quand je lis des phrases comme ça ! Que c'est beau ! Je crois l'avoir déjà dit!
Ce récit écrit en 1929 est un condensé de richesse. Je le classe dans la catégorie "Chef-d'oeuvres"
Vite lu ? Non car les retours sont fréquents. Nous ressassons, relisons, pour vivre un peu plus longtemps avec ces mots là.

Vite oublié ? Certainement pas. Une centaine de pages soulève des montagnes de questions sur la condition des femmes à cette époque.
Vite rangé? Non plus. Ce petit livre va circuler et inonder quelques amateurs, comme le ferait la Neva
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Osmanthe
  08 juillet 2018
Ce court récit de 60 pages s'apparente plutôt à une nouvelle. C'est un bijou, un chef d'oeuvre de la littérature russe !
Nous sommes à Saint-Pétersbourg, sur une rive de la Neva, dans les années 1920. le couple Sofia et Trofim n'a pas d'enfants. Une situation qui pèse et menace chaque jour un peu plus de disloquer cette union. L'espoir renaît en Sofia lorsqu'ils décident d'adopter une jeune orpheline du voisinage, Ganka. Trofim retrouve de l'entrain en instruisant Ganka toute heureuse…mais un jour, Sofia les surprend dans une situation compromettante…Sofia est dévastée, mais intériorise cette blessure. Rien n'est pourtant résolu, les trois vivent ensemble, dans une atmosphère de plus en plus pesante, taiseuse, chargée de sous-entendus…Sofia bouillonne, sa colère monte, comme les eaux de la Neva…Elle ne pourra bientôt plus la retenir et commettra un geste meurtrier, d'une sauvagerie inouïe. Pour un temps libérée, comme apaisée, elle tombe enceinte et semble retrouver l'amour de Trofim…Mais sa conscience revient la tourmenter…
C'est un livre d'une densité exceptionnelle. Au fil des pages, l'auteur parvient à tisser autour du trio un cocon, qui s'avère bientôt oppressant. Ils deviennent comme prisonniers d'un huis-clos auquel la Neva s'invite dans sa menace de tout emporter dans l'inondation qui s'avance…Le lecteur comprend que le drame est inévitable dans cette ambiance de plus en plus poisseuse.
La qualité narrative est remarquable. La concision ne cède en rien à la qualité d'écriture, le style est superbe. L'auteur ne présente pas ses personnages, n'en décrit pas la personnalité, guère les sentiments, il nous laisse le soin de les capter au travers justement des non-dits, des regards, des actes. Et ils sont complexes ! Sofia la femme en apparence douce et naïve, encore jeune mais désespérée de ne pas enfanter, bascule dans la folie meurtrière et l'illumination. Trofim est-il un séducteur brutal ou un homme manipulé, falot et indécis ? La jeune Ganka, est-elle victime ou calculatrice et perverse ? Sans doute tout cela à la fois pour chacun.
Sofia est la figure centrale. Son crime est le point d'orgue du livre, décrit le geste et ceux qui s'ensuivent sont décrits avec une précision clinique et glaçante, voire écoeurante. Sofia est alors un zombie qui ne s'appartient plus (Cela m'a fait penser au Meursault de l'Etranger de Camus). Le Destin a pris la main...
Un auteur injustement un peu oublié, qu'on redécouvre avec plaisir depuis peu, et un livre à dévorer de toute urgence !
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Renod
  10 mars 2015
« L'inondation » est un véritable chef d'oeuvre. Je classe son auteur, Evgueni Zamiatine, dans la catégorie des écrivains de l'âme humaine aux côtés de Georges Simenon, mon auteur fétiche. Il réussit avec ce récit d'un drame terrible et banal à extraire le coeur d'une femme et à mettre à nu ses sentiments les plus puissants : la jalousie et la culpabilité. En voici la trame : Trofim et son épouse Sofia mènent une vie modeste et laborieuse que vient gêner un seul manque : Sofia ne parvient pas à tomber enceinte. Leur voisin décède laissant une orpheline, Ganka ; ils décident de l'adopter. le ménage retrouve sa joie de vivre mais progressivement la jeune fille va s'émanciper et séduire Trofim. Sofia ne parvient pas à s'opposer à cette liaison ; son ressentiment refoulé va croître et bientôt déborder. le drame peut débuter.
Le récit mené par un style concis est d'une grande densité. le roman se déroule sur une île de la ville de Saint-Pétersbourg et se trouve donc symboliquement coupé du monde et de l'histoire. L'inondation amplifie cette impression de confinement. le huis clos se tient dans l'intimité d'un ménage, entre les murs d'un appartement exigu. le texte comprend de nombreuses analogies implicites. L'inondation de l'île par le fleuve accompagne le débordement des passions sur l'âme. L'enfantement est une délivrance physique puis morale, lorsque la culpabilité pèse trop sur la conscience. le récit est jalonné de thèmes répétés qui se répondent : l'eau, le champs voisin dit de Smolensk, la chaudière, les cris des enfants, le chat, la canonnade… Tout est distillé avec rigueur, finesse et légèreté. J'ai commencé cette critique en parlant de chef d'oeuvre. Je la conclus en qualifiant ce livre de coup de coeur. le bonheur du lecteur n'est autre que de trouver de temps à autre ce genre de pépite. Je vais recroiser très vite ce Monsieur Zamiatine !
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ninamarijo
  12 novembre 2018
Nouvelle écrite en 1929, le récit a pour cadre la ville de Petersburg.
C'est l'histoire douloureuse d'un couple sans enfant, Trophim Ivanytch et Sophia. Un drame qui ronge la femme dans son corps et son esprit, tandis que Trophim devient amer et méchant, finalement ils s'épient et se déchirent. L'arrivée dans le foyer de Ganka, la petite voisine maintenant orpheline, va briser ce couple fragilisé. Comme en écho à ce drame intime, dehors, il fait un sale temps, le vent souffle avec rage, les eaux de la Neva montent dangereusement et menacent la ville d'inondation.
le suspens est ouvert, le récit s'engouffre dans ce décor.
En lisant cette nouvelle de 70 pages on halète, on a le souffle coupé et un noeud à la gorge. C'est une histoire universelle mais pas seulement, en effet, nous sommes au début des années Staline le peuple russe souffre et Zamiatine, visionnaire, voit la Russie pris au piège, comme ce couple.
Zamiatime trouve une cadence dramatique. Son écriture symbolique est rythmée par des phrases courtes, et des mots puissants dont la force évoque des images et des sons mêlant furie des éléments et des sentiments, paysages et objets s'animent. Ce langage imagé crée une tension psychologique, une ambiance irréelle proche de virer à la folie.
Ce récit, ce double drame dégage une force inouïe ! J'ai lu et relu ce texte et je vous y invite fortement.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
OsmantheOsmanthe   08 juillet 2018
Ganka était sortie couper du petit bois. Sofia se tint immobile, le front contre la fenêtre. Le verre tintait, le vent hurlait, dans le ciel défilaient des nuages gris et bas, des nuages de la ville, des nuages de pierre, comme s'ils étaient revenus, les nuages étouffants de l'été que pas un orage n'avait crevés. Sofia sentit que ces nuages ne se trouvaient pas dehors, derrière la fenêtre, mais en elle, ils s'y entassaient comme des pierres, les uns sur les autres, depuis déjà des mois et, pour ne pas suffoquer sur-le-champ, il fallait réduire quelque chose en miettes ou bien fuir cet endroit ou hurler à plein poumons comme le cordonnier lorsqu'il prophétisait le Jugement Dernier.
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ninamarijoninamarijo   07 novembre 2018
Le balancier sur le mur s'agitait comme un oiseau en cage lorsqu'il sent sur lui le regard attentif du chat. Sophia dormait. Cela dura peut-être une heure, et peut-être seulement le temps d'un mouvement du balancier. Lorsqu'elle releva la tête, devant elle, les pieds plantés dans le sol, se tenait Trofim Ivanytch...

Trofim Ivanytch la suivait des yeux, il voyait sa main tendue qui n'osait pas toucher le crochet. "Eh bien, pourquoi tu t'arrêtes ?" demanda-t-il en ricanant à moitié. " Il sait tout ..." pensa Sophia, le balancier devant elle fit un rapide mouvement et se figea. Lentement, en silence, Trofim Ivanytch devint rouge sang, puis il repoussa la table, quelque chose tomba - c'était en Sophia, à l'intérieur d'elle. Voilà, maintenant, à cet instant il allait tout dire... Arrachant péniblement ses pieds du sol, il avançait vers Sophia, avec sur son front une veine bleue, gonflée comme la Néva... ferme la porte ! Qu'elle passe la nuit où elle veut, avec qui elle veut.
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coco4649coco4649   12 décembre 2016
      Sur la fenêtre il y avait un bocal
retourné, dans lequel, on ne sait trop
comment, avait pénétré une mouche. La
mouche ne pouvait s'échapper nulle part,
mais elle rampait pourtant là-dessous
toute la journée. Dans le bocal le soleil
faisait régner une chaleur indifférente,
sourde, lente, et cette même chaleur
régnait sur toute l'île Vassilievski. Sophia
pourtant s'affairait du matin au soir,
s'occupait à quelque chose. Durant la
journée les nuages, souvent, s'amonce-
laient et devenaient menaçants ; le ciel
était comme une vitre verte qui, là-haut,
allait d'un instant à l'autre craquer, fai-
sant enfin jaillir et se déverser l'averse.
Mais les nuages se dispersaient sans bruit
et, à la nuit, le vitrage se faisait toujours
plus épais, plus étouffant, plus impéné-
trable. Personne, la nuit, ne les entendait
respirer chacun de façon différente : l'une,
la tête enfouie dans l'oreiller pour ne pas
entendre, et les deux autres, à travers
leurs dents serrées, d'un souffle avide et
brûlant comme s'il sortait du gicleur
d'une chaudière.

p.35-36
Traduit du russe par Barbara Nasaroff,
édition Solin 1988
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ninamarijoninamarijo   08 novembre 2018
Une vague de chaleur la saisit tout entière, ses dents s’entrechoquaient, elle plissa les yeux. « Sophia… » prononça à voix basse Trophim Ivanytch, puis encore plus bas : « Sophia. » Elle reconnut cette voix particulière qu’il avait la nuit, son cœur se détacha de la branche et, roulant sur lui-même en désordre, se mit à tomber comme un oiseau, toujours plus bas.
Sans réfléchir, Sophia comprit… Il l’étreignit comme s’il voulait se venger sur elle de toute sa haine avide pour l’autre
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nelly76nelly76   16 novembre 2017
Tout autour de l'île Vassilievski,en une vaste mer,s'étendait le monde: là-bas il y avait eu la guerre puis la révolution.Mais dans la chaufferie,chez Trofim Ivanytch la chaudière faisait toujours entendre le même grondement,le manomètre indiquait toujours neuf atmosphères. Seul le charbon avait changé : avant il y avait du cardiff à présent C'était du Donesk.
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