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EAN : 9782746735033
156 pages
Autrement (30/10/2013)
4.06/5   16 notes
Résumé :


Dans une société qui valorise le paraître et les confessions à grand spectacle, la discrétion est une forme heureuse et nécessaire de résistance.

Plaisir baudelairien de flâner anonymement parmi la foule, joie silencieuse de regarder son amour dormir ou ses enfants jouer sans qu'ils remarquent notre présence, soulagement de voir s'éloigner enfin le désir de triompher : loin de la dissimulation, du calcul prudent, ou de la peur d'êtr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
LucienRaphmaj
  04 mai 2014

"Il y a tant de manière indiscrètes de se montrer discret" nous dit Pierre Zaoui. Ce petit livre dévoile avec bonheur cette disposition de discrétion vis-à-vis du monde, attitude faite de souci de soi et des autres, de discontinuité et d'anonymat, de douceur et laisser-venir. Discrétion dont Pierre Zaoui défait les préjugés, d'abord celui de la timidité :
« L'apologie de la discrétion ne peut pas être une apologie des âmes discrètes. D'abord parce que les âmes vraiment discrètes n'ont aucun besoin d'un tel art, voire auraient plutôt besoin, au moins parfois, d'un art tout contraire : celui consistant à apprendre à se montrer, à s'affirmer, à se protéger du désir pathologique de se désister. Ensuite, et plus profondément, parce que l'idée d'une discrétion continuelle constitue presque une contradiction dans les termes [discretio = discontinu].» p.35
Et Pierre Zaoui se défend de faire basculer la notion vers ces deux pentes délétères de la « dissolution hémorragique de l'ego », vision sacrificielle d'une agnelle discrétion, ou bien, par un autre tour de force, la dicrétion comme « enfermement narcissique » du sujet dans son obscure forteresse intérieure. Ah mais ces forteresses sont minées par la terre meuble de l'inconscient et ses terriers pleins de luttes aveugles (forever Kafka).
D'ailleurs P. Zaoui n'hésite pas à positionner la discrétion dans une micropolitique un peu deleuzienne, immanente, façon d'aborder la vie dans les labyrinthes sociaux des foules citadines et de résister à l'indiscrétion permanente qui est le mode d'action des totalitarismes.
Le livre est aussi ce qu'il est : un livre d'une collection de vulgarisation de philosophie ("Les Grands Mots", suggestif, n'est-ce pas ? Alors à quand "Les Gros Mots" de la philosophie ? je trouve cette idée infiniment réjouissante : je ne pense pas au Lalande décliné par article, peu vendeur, je suggère quelque chose à la Jean-Bernard Pouy : Va te faire voir chez les sartriens, Face de spectre !, etc.) collection chez l'éditeur "Autrement" (la collection est dirigée par Alexandre Lacroix, qui oeuvre déjà dans la vulgarisation dans Philosophie magazine et dans ses ouvrages publiés). Donc nous avons bien dans cet opus (158 p.) un développement de la notion à travers un foisonnement de références toujours très délicates et jamais pesantes sur la lecture. Alors on peut découvrir rapidement la généalogie philosophique de la discrétion : l'aidôs grecque, la modestia latine, l'humilitas de Thomas d'Acquin, la « Gelassenheit » (le détachement) de Maître Eckart, jusqu'à Baudelaire et la solitude dans la foule et bien sûr Kafka, expérience centrale de cette notion.
Ce livre est réellement une ouverture à ce projet de relecture d'une autre façon d'être-au-monde, faite de réserve, de poésie et de secret, de résistance à la lutte acharnée pour la reconnaissance, à des milliers de choses intempestives quel que soit le temps où l'on soit, pourvu qu'il y ait des hommes et des sociétés.
Cela est bel et bien.
Mais quelque chose de plus m'a interpellé. Ce qui m'a manqué outre la pensée chinoise et la pensée japonaise c'est cet étonnement tout philosophique et contemporain : quoi un livre sans ninjas ? Vraiment ? Là le livre a raté le public moderne. Un livre sur la discrétion sans ninja… franchement. Ce court livre dans une collection qui ne se veut encore une fois pas exhaustive est un appel à prolonger soi-même cette notion présentée avec simplicité et bonheur de voir celle-ci se révéler si riche de sens. En ce sens, le repérage de la discrétion dans le champ philosophique est un beau façonnage de Pierre Zaoui.
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andras
  27 janvier 2016
Je ne saurais résumer ce petit livre d'une centaine de pages, écrites dans un style limpide. Je voudrais juste dire qu'il a été pour moi une source de grande joie et je sais que je le relirai avec grand bonheur dans quelque temps. C'est une philosophie pour les temps que nous vivons et ceux à venir. Pierre Zaoui est un sage.
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Farlay
  28 août 2018
Généalogie d'une éthique, d'abord, qui s'achève en Art d'aimer. Érudit et exquis.
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critiques presse (2)
Liberation   18 novembre 2013
C’est avec un certain bonheur, et une belle écriture, sans «effets», que le jeune philosophe Pierre Zaoui dresse, si on peut dire, la carte de la discrétion, avec ses reliefs, ses paysages ensoleillés et ses zones d’ombre.
Lire la critique sur le site : Liberation
Telerama   30 octobre 2013
Cet art de disparaître au profit de l'éclosion du monde et de la beauté des choses, Zaoui le déplie et le déploie avec une grande sensibilité jusqu'à lui faire connaître un envol subversif : se faire discret, c'est résister à la caméra de surveillance de l'époque, c'est vivre une expérience politique, une disponibilité urbaine et démocratique.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Fabinou7Fabinou7   30 décembre 2020
"une vie sans secret, sans mystère, sans part d'ombre, sans espace interstitiel entre soi et les autres comme entre soi et soi, c'est une vie vouée à la terreur absolue et sans limites qui détruit en nous, à terme, toute part d'humanité."
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MusikantMusikant   15 mars 2014
La ville, c'est la condition de la discrétion ; parce que dans les villages ou les petites villes, tout ce qui est caché est toujours su ; et dans les déserts, on est simplement solitaire - la question de la discrétion ne se pose pas. Seule la grande ville rend possible ce que Baudelaire décrit ainsi : "Être hors de chez soi, et pourtant se sentir partout chez soi ; voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde"
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MusikantMusikant   15 mars 2014
Le discret, aujourd'hui, c'est celui qui ne ressent ni crainte ni honte parce qu'il est justement sorti de la passion de son image publique ; c'est celui qui, au sens d'Aristote, de ressent pas l'Aidôs. Ce pourquoi c'est une expérience qui convient souvent mais pas toujours aux personnes d'un certain âge qui jouissent de laisser un peu de place à l'exubérance de la jeunesse, à ses forces naïves mais belles d'affirmation de soi.
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JasmineKaciJasmineKaci   09 février 2018
Aimer les villes, c'est être résolument moderne, c'est résister à toute nostalgie bucolique qui nourrit les âmes les plus réactionnaires; mais aimer les villes, c'est aussi légitimer leur monstruosité, leur formidable capacité à faire des hommes des déchets coupés de tout lien de solidarité, de filiation ou d'alliance.
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JasmineKaciJasmineKaci   09 février 2018
Tandis que l'âme indisponible, qui dit toujours non parce que toujours habitée par une tâche plus haute et sans fin, ne connaîtra jamais le bonheur et devra bien reconnaître, à la fin des temps, qu'elle eut une vie parfaitement sotte.
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