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Critique de Kirzy


Kirzy
  04 septembre 2020
°°° Rentrée littéraire #12 °°°

Ce roman letton met en scène l'enlèvement de trois enfants en 1906 dans la ville de Riga encore bouleversée par les émeutes révolutionnaires qui ont éclaté dans les ornières de la révolution russe de 1905 ( celle du fameux épisode du cuirassé Potemkine, bien avant celle de 1917 et des Bolcheviques de Lenine ).

Voilà une fiction historique qui ne fait pas le choix de la facilité : proposer au lecteur un personnage attachant à travers le prisme duquel sont présentés des événements relevant de la Grande histoire afin de les rendre lisibles. Très clairement, il n'y a aucun personnages sympathiques ou pouvant susciter de l'empathie. Et il faut s'accrocher dans les soixante-dix premières pages, très hermétiques, pour comprendre quelque chose à l'intrigue, tant des chapitres a priori disparates se succèdent, entre présent, retours en arrière et nombreux personnages, sans pouvoir s'accrocher à l'un qui nous guiderait dans cet apparent désordre.

Le mouvement du récit est donc très exigeant mais progressivement, il s'éclaire et devient passionnant lorsqu'on commence à en comprendre les mécanismes. La trame polar n'est en fait qu'un prétexte pour développer un projet beaucoup plus vaste : raconter un des moments décisifs de l'histoire de la Lettonie, ce moment où la population se soulève contre le régime tsariste oppressif pour réclamer plus de libertés, lorsque le futur pays balte entame son chemin vers l'émancipation ( la Lettonie ne naîtra officiellement qu'en 1920 ). Sans tabou, sans triomphalisme, au plus près des habitants.

C'est dans la reconstitution très terrienne de cette insurrection populaire que l'auteur convainc le plus. Les émeutes paysannes de 1905 sont excellemment rendues, notamment le mouvement des foules manipulées par d'habiles agitateurs, la misère en toile de fond. Pour un lecteur français qui ne connait rien à rien à l'histoire lettone, ça évoque très nettement la Révolution française, plus particulièrement la Grande peur de l'été 1789 avec le peuple qui s'en prend aux nobles propriétaires et à leurs châteaux sous l'exhorte des bolcheviks.

Un an après, le climat est encore très agitée en Lettonie entre répressions policières et expéditions punitives des milices pro-tsariste des Cent-Noirs. Et c'est dans ce climat tragique que l'auteur parvient à mêler avec intelligence grande Histoire et histoire plus intime. le vrai sujet de ce roman est quasi existentialiste : une réflexion sur le choix personnel, sur la place de l'individu pris dans la tourmente collective, sur ces actes que l'on commet dans l'exaltation et dont les conséquences nous ronge pour la vie. le personnage principal, auquel on accède par un flux de conscience hallucinée aux confins de la folie, ne dépareillera pas dans un Dostoïevski, hanté par la culpabilité, sans que la lumière ne semble vouloir éclairer son chemin de pénitence.
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