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Critique de Wiewowas


Wiewowas
  07 avril 2020
Cette chronique s'inscrit dans la suite de mes chroniques dédiées à Picasso, qui sont toutes des échos de mon admiration démesurée.
Ce livre parle de l'exposition que j'ai visitée il y a un an et demi. Il réunit des articles d'auteurs différents dont les dialogues scientifiques prolongent et approfondissent l'effet de l'exposition.
J'avoue que lorsque je suis dans un musée je fais partie de ceux qui ne lisent pas : on danse notre ballet de visiteurs autour des tableaux sans avoir besoin d'intellectualiser. On a surtout envie de ressentir, s'imprégner ! Mais l'album est là pour me permettre, longtemps après, revivre nostalgiquement ma journée exceptionnelle, l'euphorie de l'exposition. Et les photographes tels Brassaï, Dora Maar, David Douglas Duncan, sont présents dans l'ouvrage pour rendre vivant l'atelier de Picasso, son regard, ses poses, ses lubies. Je pense à la chèvre de Monsieur Picasso, Esmeralda ! Quand le peintre se laisse photographier devant une de ses toiles, il est certainement conscient que cela produit une surimpression et un nouveau chef-d'oeuvre ! Par exemple, Jacqueline Roque et Picasso devant LA DANSE (Lee Miller, 1965), cette danse, aux apparences de crucifixion !
Picasso conserve par-devers lui tout au long de sa vie ses toiles et ses sculptures préférées mais il garde aussi l'ensemble de ses « papiers » formant une archive de milliers de pièces diverses. Sa création est donc caractérisée par une forme d'accumulation frénétique. Son goût pour les objets extra-occidentaux, des objets étranges, des objets de rebut, son refus de tout matériau noble en sculpture, sa sublimation de la poubelle en oeuvre d'art, sa tendance à peindre trop vite, son attrait pour le style enfantin, son appropriation des peintures anciennes, tout cela donne le sentiment d'une dé-hiérarchisation volontaire. Le chef-d'oeuvre « pour tout le monde » ne serait donc pas la même chose que le « vrai » chef-d'oeuvre !
Picasso touche et retouche les tableaux anciens (Velázquez, Manet, Titien, Delacroix) pour contester le fait qu'une fois reconnus comme chefs-d'oeuvre ils intègrent une forme d'académisme. Anti académiste, il veut les rendre choquants et embarrassants comme à leur époque !
L'artiste espagnol joue inlassablement avec la conception usuelle du terme de « chef-d'oeuvre » en tant qu'oeuvre unique, oeuvre accomplie et donc académique par excellence. Il travaille en série ses arlequins, ses baigneuses, démultipliant, rééditant le même motif pour contrecarrer la notion même du chef-d'oeuvre unique et valoriser l'ensemble ! Il pratique la poterie en collaboration et ainsi remet en question l'individualisme associé au génie.
De ce processus créatif particulier se dégagent une idée contemporaine du génie et une esthétique de l'inachèvement. Le génie, le chef-d'oeuvre, seraient donc des rois du carnaval où le couronnement et le détrônement vont toujours de pair !
Encore une fois bravo pour l'exposition et pour le livre qui la reflète et qui m'inspire !
Je n’ai jamais autant
Marché sur la chaussée
Qu’en temps de quarantaine !
Voitures confinées…

Et je pensais ceci,
Sans me moquer du monde :
Ma vie est un chef-d’œuvre
Un chef-d’œuvre inconnu !

Mon regard est un maître
Mon studio un musée
Mon oreille est un Bach
Et n’élaguons plus rien !

Mes digressions, mes chutes
Mon journal, mes genèses
Mes gribouillis, mes doutes
Mes variations sans but,

Mes suites malgré moi
Chefs-d’œuvre quotidiens
Beaux dans leur empilage
Beaux dans leur enfilade !

Ils font le tour du monde
De Paris à Paris
Valorisant la vie
Et mes moments infimes !

Le ciel inachevé
Est bleu comme un cheval !
Mais où vais-je arriver,
Moi, enflammée ainsi ?

Au poste de police ?
Au camion de pompiers ?
Ou bien dans l’atelier
De Pablo Picasso ?

Je ne sais si j’y rentre
Ou si j’ viens d’en sortir…
Je tombe du camion
Je me caricature
Je suis mon détracteur !

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