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ISBN : 2081395533
Éditeur : Flammarion (16/08/2017)

Note moyenne : 4.33/5 (sur 708 notes)
Résumé :
L'Algérie dont est originaire sa famille n'a longtemps été pour Naïma qu'une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?

Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu'elle ait pu lui demander pourquoi l'Histoire avait fait de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (224) Voir plus Ajouter une critique
isabelleisapure
  09 septembre 2017
Peut-être que le mot « chef d'oeuvre » est excessif et doit être réservé aux romans de Zola, Hugo ou Balzac. Peut-être…
Alors, je vais essayer de vous parler d'un livre magistral, un livre qui habite longtemps le lecteur avec des personnages qui au fil des pages deviennent des compagnons de route pour lesquels on a de la tendresse, qui vous font vibrer et partager leurs souffrances, leurs amours, leurs vies.
Ce livre, c'est « L'art de perdre » d'Alice Zeniter, une saga familiale foisonnante qui débute dans l'Algérie des années 30.
Dans la première partie, nous rencontrons Ali qui, dans sa Kabilie natale, semble promis à un avenir bouché à se casser le dos à essayer de cultiver une terre rocailleuse jusqu'à ce qu'un jour, comme un cadeau du ciel, un pressoir charrié par la rivière croise sa route, manquant de peu de l'estropier.
Dès lors, sa vie se transforme, Ali se lance dans la culture des oliviers et produit de l'huile, les affaires sont florissantes.
Mais ce que l'on appelle pudiquement « les évènements » sont en marche et le destin de bien des hommes et celui d'Ali devenu Harki va basculer, jusqu'à ce qu'un bateau l'emmène sous d'autres cieux.
Dans la deuxième partie, Ali essaie de survivre avec sa famille dans un camp à Rivesaltes et Hamid, son fils va poser des questions qui resteront sans réponse. le père à jamais blessé, garde le silence. Un fossé d'incompréhension va se creuser peu à peu.
Naïma, la petite fille d'Ali, vit heureuse à Paris, jusqu'à ce que les attentats de 2015, l'obligent à se poser des questions sur le passé de sa famille dont elle ignore tout.
Il y a beaucoup d'émotion et d'amour dans ce livre, même si les sentiments restent muets, faute de mots pour dire je t'aime ou je te comprends.
Ce roman poignant évoque avec subtilité et émotion les destins brisés par L Histoire et l'irrationalité des hommes, les séquelles de la colonisation, l'exil, le déracinement, le lourd poids de l'héritage familial mais aussi la force de l'amour filial.
La plume d'Alice Zeniter est élégante, tour à tour musicale et brutale. J'ai tourné les pages avec passion. La fin du livre m'a tiré des larmes.
Et j'ai relu ce livre, à haute voix, cette fois-ci, pour en partager l'émotion avec un proche qui a perdu la vue.
L'oralité transcende la beauté de l'écriture et cette relecture me bouleverse.
Alors « Chef d'oeuvre » ? Oui, je crois que ce roman mérite ce qualificatif.

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Annette55
  03 octobre 2017
En refermant ce beau livre en mouvement , l'on se dit qu'il va vivre en nous longtemps......longtemps, à travers le récit historique bouleversant, foisonnant , passionnant, prenant et vivant de bout en bout, écrit par une petite fille de harkis, qui ravive la mémoire d'une famille d'Algérie, transplantée, ballotée de 1930 à aujourd'hui ! Une histoire restée sous silence !

J'avais lu " -Sombre-dimanche" qui contait les sinistres existences hongroises avant et après le communisme, une histoire des Peuples aussi et "Juste-avant-l'oubli"de cet auteur .
Ici, en embrassant le passé, elle l'habite vraiment et rassemble les chaînons de son histoire familiale avec brio, sensibilité, doigté, en refusant toute conclusion facile , d'une manière pleine et rayonnante , juste aboutie.......

Elle met en scène la violence des relations France-Algérie qu'elle va suivre à la trace sur trois générations et conte courageusement en pages nourries d'un matériau riche à la fois historique et sociologique le destin , des Zekkar, cette famille d'immigrés , arrivée en métropole, au lendemain de l'indépendance de l'Algérie.

Lors de la 1ère partie est retracée avec exactitude le parcours de son grand- père, Ali, petit propriétaire terrien et notable, devenu harki, presque malgré lui .
Pour sauver sa peau et celle de ses proches, il quitte son pays , se réfugie dans une France froide et peu accueillante , qu'il ne comprend pas .
Ali, Yema et leurs enfants se retrouvent parqués, brutalement déclassés , pendant des mois , dans un camp de transit , une espéce de bidonville, tout près de Perpignan, avant d'atterrir dans une cité HLM de Normandie .
Hamid, , leur fils aîné intériorise avec force leur chagrin et leur honte tout en les aidant à pallier à leurs difficultés , à sa manière .
Avec exactitude, romanesque, un sens pictural très aigu des situations fortes,des rencontres et affrontements poignants , l'auteur conte la tragédie de ces sacrifiés de l'histoire , elle le fait sans préjugés ni certitudes absolues, une saga aux allures de dérisoire Épopée.
Elle magnifie ces déchirements intimes, cette culpabilité mortifère d'une communauté bannie des siens, le silence et la peur , le repli où elle se réfugie , un fardeau qui pèse sournoisement sur elle.
Trois parcours foisonnants et passionnants se croisent : la petite fille, le fils, le père , le patriarche, trois manières d'être au monde et de revendiquer son statut d'homme ou de femme.
Trois pans d'histoire pétris de culture arabe et française, Naima, la fille d'Hamid a peur de faire des fautes de français et qu'on l'assimile aux terroristes!
S'alléger, accepter de perdre, renoncer à la haine, se délivrer du jugement des hommes: "Dans -L'art-de-perdre, il n'est pas dur de passer maître ", refuser les conclusions simplistes et les pensées toutes faites ! Se réconcilier avec soi !
C'est le pari que réussit l'auteur !
Un roman magnifique à la fois violent et mélancolique, sur l'immigration et l'identité de la France d'hier et de maintenant, impeccable de maîtrise, à la beauté affûtée que chacun devrait lire!
Un excellent moment de lecture !
J'ai eu la chance d'apercevoir l'auteur à "La Grande Librairie ", pédagogue, belle et concentrée , habitée par son sujet .....
Merci à Marie , ma libraire de" La Taverne du Livre" à Nancy..
Ce n'est que mon humble avis, bien sûr .

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oran
  26 août 2017
Ecrire comme un exutoire pour apaiser, sans oublier,
Un roman où explose des vérités assassines,
Des vérités fratricides obombrées par l'écriture romancée…
Et en complément…
Le 6 septembre 1962, deux mois après la reconnaissance officielle par la France de l'Indépendance de l'Algérie , la vie d'un petit village bas-alpin , au pied de la montagne de Lure, ONGLE , 237 habitants, va renaître grâce à l'accueil du maire , Monsieur André Laugier et son adjoint Monsieur Raymond Reybautd, de vingt-cinq familles de réfugiés harkis, majoritairement originaires de la région de Palestro (aujourd'hui Lakhdaria) en Kabylie, 133 personnes parmi lesquelles les grands-parents et le père d'Alice ZENITER qui vont séjourner dans ce hameau de forestage jusqu'en 1966.
Ce rapatriement épique a été possible grâce à la pugnacité de l'ancien officier de Section administrative spéciale (SAS), le lieutenant DURAND , qui s'est occupé, avec son épouse, de l'exfiltration et de l'accueil de cette communauté. Après avoir transité dans une ferme près de Palestro, le camp de Tefeschoun (aujourd'hui Khemisti), puis Alger et enfin ,Marseille, ces familles, oh combien démunies, passent l'été au camp de Millau dans le Larzac . Elles sont dirigées vers les Basses-Alpes, où elles sont attendues, le préfet de ce département ayant accordé l'autorisation administrative de séjour. Jusqu'alors les longues prospections sont restées stériles, ainsi, le préfet de Vaucluse, Jean Escande (celui- là même qui assista aux obsèques de Camus) s'opposa formellement à l'installation d'une arrivée massive de français musulmans dans son département susceptibles de générer des incidents...
C'est finalement dans ce petit bourg en voie de dépeuplement que ces familles trouvent refuge début septembre. Les hommes deviendront ouvriers forestiers. Pendant que les harkis construisent leur hameau, les familles campent sous des tentes militaires. La population locale et les nouveaux venus ne se fréquentent pas, jusqu'à ce mois de novembre où une violente tempête de neige dévaste les installation précaires. Et là, la solidarité des habitants va être exemplaire : ils vont secourir les malheureux en les recueillant chez eux, dans les granges , en leur offrant réconfort et chaleur. En décembre 1962, la construction du hameau de forestage est achevée.
L'arrivée des familles de harkis a permis de sauver l'école de la commune. Un journal de l'époque décrit d'ailleurs les harkis comme de « vrais gars du pays ». A la fermeture du centre de forestage en 1965, certains iront à Cannes, d'autres resteront dans le département, d'autres s'installeront ailleurs.
La Maison d'Histoire et de Mémoire d'Ongles (MHeMO) a été ouverte en 2008 .Une exposition permanente intitulée Ils arrivent demain, conçue avec l'aide des historiens Jean-Jacques Jordi et Abderahmen Moumen. relate l'épopée du lieutenant Yves Durand qui démissionna de l'Armée pour pouvoir ramener des anciens supplétifs en France. Elle montre l'évolution de leur situation, puis la transformation du hameau de forestage en centre de formation professionnelle à l'intention des descendants d'anciens harkis, jusqu'en 1971.
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Sebthos
  28 septembre 2017
Extraordinaire récit que cette saga d'une famille kabyle des années 30 à aujourd'hui.
Avec pour point de départ, Naïma, "immigrée" de troisième génération, qui ne connaît rien de son passé, Alice Zeniter fait valser avec maestria les personnages de son roman, tour à tour français, algériens ou harkis. L'idendité, le rapport de la France avec ses anciennes colonies, sont présents à chaque page et nous donne à voir un tableau saisissant de la société française d'aujourd'hui.
Lu en juin 2017
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palamede
  15 novembre 2017
Parce que personne ne lui en a parlé, Naïma pendant longtemps ne connaît que peu de choses sur sa famille et sur l'Algérie - son pays d'origine mais pas de naissance. Ali, son grand-père enrichi dans le commerce des olives et devenu harki avec la guerre d'indépendance, disparaît avant de lui parler. Sa grand-mère Yema ne parle qu'arabe, une langue que Naïma ignore. Son père Hamid préfère taire l'histoire familiale, honteux de son propre père.
Ali, Hamid, Naïma, les représentants de trois générations d'une famille kabyle ballottée par l’Histoire, séparés culturellement par les conséquences de la guerre qui libère de la colonisation ; pour Ali et sa famille, l'exil forcé avec la perte d'identité et l'invisibilité dans les camps de harkis puis dans un HLM normand, pour Naïma, née en France d'une mère française, la barrière de la langue et de la culture. Pour chacun, l'art de perdre en partie sa culture, de celle qui fait le ciment et le lien entre les membres d'une famille, mais aussi pour Naïma la possibilité de se détacher d'un héritage trop lourd pour s'autoriser à être soi.
Alice Zéniter signe ici un roman saisissant sur les harkis et leurs descendants. Leur histoire racontée avec poésie et réalisme par cette jeune et brillante auteure est vibrante et touchante.
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critiques presse (14)
Culturebox   13 décembre 2017
Pont entre les générations, ce livre prenant vaut aussi voyage, navette entre la France et l'Algérie. Il ne règle pas de comptes, mais raconte la vie qui va, loin des identités figées.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeJournaldeQuebec   09 octobre 2017
Même si elle n’a que 31 ans, la romancière française Alice Zeniter signe ici un très grand roman qui, en plus d’avoir déjà remporté plusieurs récompenses, est en lice pour les prestigieux prix Goncourt et Renaudot.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LaLibreBelgique   19 septembre 2017
"L’Art de perdre" est une saga familiale qui plonge dans les non-dits de la guerre d’Algérie. Un roman universel absolument magnifique.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Culturebox   18 septembre 2017
Dans "L'art de perdre" (Flammarion), Alice Zeniter fait vivre et bouger trois générations meurtries par la guerre d'Algérie, à commencer par le grand-père harki. Une fiction pour réparer les non-dits d'une guerre occultée.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeFigaro   15 septembre 2017
Alice Zeniter se penche sur le parcours de sa famille paternelle ­algérienne.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LePoint   11 septembre 2017
Les petits-enfants n'en ont pas fini avec une histoire non écrite. Alice Zeniter la raconte ici, pour tous, dans un roman générationnel d'une superbe liberté.
Lire la critique sur le site : LePoint
LaPresse   07 septembre 2017
Un sujet délicat ‒ les relations avec l'Algérie demeurent un sujet sensible en France ‒ traité avec beaucoup de finesse.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Culturebox   07 septembre 2017
Un récit puissant sur les non-dits de la guerre d'Algérie racontant avec une rare empathie le destin d'une famille française dont le grand-père fut harki.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Culturebox   05 septembre 2017
"L'art de perdre" est un récit puissant sur les non-dits de la guerre d'Algérie qui raconte avec une rare empathie le destin d'une famille française dont le grand-père fut harki.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeFigaro   04 septembre 2017
En quelque 500 pages, drôles et tragiques, captivantes et touchantes, la jeune Alice Zeniter confirme son talent de conteuse
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LePoint   04 septembre 2017
Comment se définir quand on n'a pas de mots à mettre sur son passé ?
 C'est tout l'enjeu de ce roman dans lequel la trentenaire revient sur la guerre d'Algérie dans une France traversée par les questions identitaires.
Lire la critique sur le site : LePoint
LaCroix   25 août 2017
Sur trois générations, Alice Zeniter dresse la grande histoire d’une famille kabyle, que le destin a placée dans le camp des harkis.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde   24 août 2017
Avec « L’Art de perdre », la jeune romancière signe une saisissante enquête en filiation sur les non-dits de la guerre d’Algérie.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   16 août 2017
Avec souffle et empathie, ce roman écrit par une petite-fille de harkis ravive la mémoire d'une famille d'Algérie ballotée de 1930 à aujourd'hui.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (387) Voir plus Ajouter une citation
biloudibiloudi   19 juillet 2018
Elle n'est arrivée nulle part au moment où je décide d'arrêter ce texte, elle est en mouvement, elle va encore.
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StephaniePStephanieP   11 juillet 2018
-L’amour, c’est bien, oui, dit Ali à son fils, c’est bon pour le cœur, ça fait vérifier qu’il est là. Mais c’est comme la saison d’été, ça passe. Et après il fait froid.
Pourtant, il ne peut pas s’empêcher d’imaginer ce que serait de vivre avec une femme qu’il aimerait comme un adolescent. Dont le sourire le paralyserait chaque fois. Dont les yeux lui feraient perdre les mots. Michelle par exemple. C’est plaisant de rêver quelques secondes. Il ignore que pour ses enfants et encore plus pour ses petits-enfants ces quelques secondes de rêve qu’il s’autorise parfois deviendront la norme à partir de laquelle ils jaugeront leur vie sentimentale. Ils voudront que l’amour soit le cœur, la base du mariage, la raison qui pousse à fonder une famille et ils se débattront en tentant d’articuler l’ordre du quotidien et la fulgurante de l’amour sans que l’un des deux n’étouffe ou ne détruise l’autre. Ce sera un combat permanent et souvent perdu mais toujours recommencé.
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VALENTYNEVALENTYNE   11 juillet 2018
Elle battrait des mains devant cet assortiment hétéroclite et charmant, ce marché miniature que l’on déploie dans sa maison et qui se répand sur le tapis, de toutes les couleurs et de toutes les formes, elle se laisserait enivrer par les parfums lourds si elle n’était pas aussi anxieuse. Elle a quatorze ans et elle épouse Ali, un inconnu qui a vingt ans de plus qu’elle. Elle n’a pas protesté quand on le lui a annoncé mais elle voudrait savoir à quoi il ressemble. Est-ce qu’elle l’a déjà croisé sans le savoir, un jour où elle allait chercher de l’eau ? Elle trouve difficile – presque insupportable – de penser à cet homme avant de s’endormir et de ne pouvoir associer aucun visage à son nom.

Quand elle est hissée sur la mule, immobile dans sa parure d’étoffes et de bijoux, elle a l’impression, l’espace d’un instant, qu’elle va s’évanouir. Elle le souhaite presque. Mais le cortège se met en branle au son des flûtes, des youyous et des tambourins. Elle croise le regard de sa mère, mélange de fierté et d’inquiétude (sa mère n’a jamais posé d’autres yeux sur ses enfants). Alors, pour ne pas la décevoir, elle se redresse sur sa monture et s’éloigne de la maison de son père sans montrer sa peur.
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VALENTYNEVALENTYNE   11 juillet 2018
Du camp, très rapidement, en grappes cachées dans des camions, on amène toute la famille jusqu’au port d’Alger.
Sur les murs de la capitale, entraperçus par les trous dans la bâche du véhicule :

VIVE SALAN
TU VAS NOUS COMPRENDRE
OAS VEILLE
LA FRANCE RESTERA

Les bateaux sont énormes et sur la mer, leurs flancs sont un mur de métal. Les bateaux sont énormes, comme l’est la foule qui cherche à embarquer et qui s’agglutine sur les quais. Les bateaux sont énormes mais vus derrière cette marée humaine qui exige ou supplie d’obtenir une place, ils le sont un peu moins.
Qui a décidé de ceux qui pourraient y trouver refuge ?
Ils font monter à bord les animaux français, des poules, des moutons, des ânes et des chevaux français. Les chevaux sont absurdes au-dessus des flots, sanglés au ventre, pris aux jambes, entravés et levés comme des caisses, poussant des hennissements, montrant des yeux affolés qui tournoient sur eux-mêmes dans le crâne oblong, la capsule des os.
Ils font monter des chevaux sur le pont, la houle et le roulis les rendent fous. Certains se brisent net la jambe avant. D’autres tombent par-dessus bord. On dirait qu’ils se jettent.
Ils font monter des chevaux.
Ils prennent à bord des meubles français, des plantes en pot dont les fleurs se détachent, des buffets larges comme des automobiles. D’ailleurs ils chargent aussi des automobiles. Françaises.
Un peu plus tard, ils rapatrieront même des statues, déboulonnées des places devenues algériennes pour gagner l’abri de petits villages de France où les officiers de l’armée de 1830, figés pour toujours dans une pose de bronze, pourront continuer à saluer bravement, à tendre leur lunette ou à commander leurs soldats invisibles.
Ils font monter des statues.
Mais à des milliers d’hommes à la peau sombre, ils disent – en essayant peut-être de dissimuler dans leur dos les chevaux, les voitures, les buffets et les sculptures :
Ça n’est pas possible.
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CriTicCriTic   10 juillet 2018
Peu de temps après l'entrée de Hamid au collège, Ali est convoqué par le professeur principal de la classe de sixième. Celui-ci veut lui parler des signatures au bas des bulletins, parce que, voilà, toussotement, voilà voilà, c'est un peu gênant, mais il pense que c'est hamid qui les fait lui-même.
Oui, dit Ali en hochant la tête avec fierté. Il les fait tout lui-même.
Mais il ne devrait pas ! s'exclame le professeur. C'est à vous de signer.
Ali secoue la tête fermement : bien sûr que non. Il ne sait pas écrire. Il ne va pas mettre une croix sur les cahiers propres et ordonnés de son fils. Celui-ci est bien plus habile à tracer les lettres, belles et étrangères, du français.
- C'est lui qui fait. C'est bien.
Le professeur change de sujet :
C'est un bon garçon, Hamid, il travaille dur. A nouveau la fierté gonfle la poitrine d'Ali. Il voit que son fils est intelligent. Ca se sent dans les yeux du gamin, dans son sourire, dans la manière dont il mène les jeux avec ses petits frères et sœurs.
Vous pensez à son avenir ?
Ali doit lui faire répéter la question, plus lentement. Quand il comprend, il se contente de hocher la tête et de pincer les lèvres, en silence. Qu'est-ce qu'il croit, ce professeur ? Bien sûr qu'il y pense. Il y pense chaque jour, devant la presse de l'usine, dans le vestiaire des ouvriers, à table, dans le bus, avant de s'endormir, tout le temps.Et il ne contrôle riende ce que pourra être l'avenir de son fils, de ses enfants, et ça lui fait mal. Il sait que leur avenir lui échappe malgré tous ses efforts, que son incapacité à saisir le présent le rend incapable de construire le futur. Leur avenir s'écrit en langue étrangère.
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