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EAN : 9782290384213
224 pages
J'ai lu (06/09/2023)
3.67/5   177 notes
Résumé :
"S'il y avait un message diffusé dans des haut-parleurs avant l'entrée en territoire de fiction, il ressemblerait, curieusement, à celui des assurances ou des banques jointes par téléphone : Patientez quelques instants, vous allez être mise en relation... Ce que je cherche, sans doute, depuis le début, en tant que lectrice et en tant qu'écrivaine, ce sont des récits qui me permettent d'entrer en relation avec des êtres qui me sont inconnus et me deviendront proches,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
3,67

sur 177 notes
Pendant le confinement, Alice Zeniter réfléchit à ses pratiques de lectrice et de romancière et nous propose de se promener avec elle pour partager ses étonnements.
Lectrice, elle grandit en compagnie de Claude, l'héroïne du Club des Cinq d'Enid Blyton, de Fifi Brindacier créée par Astrid Lingren et découvre l'oeuvre Alice Rivaz, tiercé gagnant qui nous est commun. Elle fait son miel de Madame Bovary et de Lady Chatterley mais rate son rendez-vous avec Anna Karénine et est peu sensible à « Orgueil et préjugés ». Elle observe que le continent littéraire est un univers masculin où « Toute une moitié du monde » est laissée dans l'ombre des seconds rôles.
Même constat pour les auteurs …inspirée par Toni Morisson, prix Nobel de Littérature, elle découvre « Mais leurs yeux dardèrent sur Dieu » grâce à Sika Fakambi la traductrice de Zora Neale Hurston, « L'autre moitié du soleil » , de Chimamanda Ngozi Adichie et « Plasmas » de Céline Minard puis traduit « I love Dick » de l'américaine Chris Kraus et se régale avec le Podcast « Bookmakers » de Richard Gaitet qui valorisent une littérature féministe, genrée, cosmopolite qui offre aux femmes « issues de la diversité » les principaux rôles.
Poursuivant sa promenade, Alice Zeniter secoue la traditionnelle « intrigue » en récupérant l'héritage du Nouveau Roman, puis remet en cause la nécessité des « Personnages » en imaginant qu'un animal ou une plante puisse être une relation, romanesque … voie sur laquelle j'avoue avoir du mal à la suivre … et elle conclut par une méditation chaotique sur « La forme et le chaos ».
Une ascensions passionnante, instructive, de plus en plus difficile au fil des chapitres, qui m'a sorti de ma « zone de confort » et offert une série de titres à ajouter à ma Pile A Lire.
Un livre à lire, à relire chapitre par chapitre au fil du temps, par celles et ceux qui veulent « toujours comprendre, jamais avoir compris ».
Mais comme le constatait Helen Rowland au siècle dernier : « Une femme n'a besoin de connaître qu'un seul homme pour les comprendre tous, alors qu'un homme peut connaître toutes les femmes sans en comprendre une seule. »
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Toute une moitié du monde n'est ni un essai ni une rêverie, c'est un livre d'écrivaine et de lectrice, un point c'est tout. Vous voilà prévenu. J'y ai trouvé des réflexions pertinentes — pourquoi n'y avais-je pas pensé plus tôt ? — et des passages plus ennuyeux.

À quelle grande figure littéraire féminine, une lectrice peut-elle s'identifier ? Madame Bovary ? Lady Chatterley ? Constance Bonnacieux ? Cosette ? Vous n'auriez pas préféré D Artagnan ou Jean Valjean ? Comme Alice Zeniter, c'est plutôt à eux que je me suis identifiée et je me suis demandé brièvement dans quelle mesure, cette identification avait joué un rôle — et lequel — dans la construction de ma personnalité. Il faut bien constater que les écrivains, majoritairement des hommes jusqu'à très récemment, ont moins de difficultés à s'identifier à un extra-terrestre qu'à une femme.

Si j'ai trouvé dans Toute une moitié du monde des thèmes qui m'ont donné à réfléchir, j'ai trouvé des passages plus hermétiques ou d'autres plus contestables. J'y ai cependant appris quelque chose d'important : la littérature ne met pas seulement de l'ordre dans le chaos (parfois), mais elle subit à un point inimaginable les paradigmes de notre société.

Lien : https://dequoilire.com/toute..
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« Moi, ce que j'avais en tête, ce que je voulais, c'était une promenade
On n'aurait pas forcément marché au même pas, à la même vitesse, vous et moi. Vous m'auriez trouvée traîne-la-patte par endroits et détestablement rapide à d'autres mais on aurait quand même cheminé ensemble. » (p. 226)
***
Eh bien, c'est réussi ! Une promenade, en effet. Au début, on ne sait pas très bien où on va, on part un peu dans tous les sens, mais on se recentre assez vite sur « toute une moitié du monde ». L'autrice, Alice Zeniter, nous parle d'abord de ses perceptions de lectrice et de spectatrice quand elle lit ou voit des livres et des films réalisés par des hommes. La plupart du temps, pour ne pas dire tout le temps, les figures de femmes qu'ils proposent ne sont que les projections de leurs propres fantasmes : le désir féminin en est tout simplement absent. Une partie du livre est consacrée à ses expériences de lectrice, expériences qu'elle appuie et nourrit de nombreux auteur·rices qui ont les mêmes préoccupations et qu'elle cite abondamment, parfois un peu trop à mon goût. Elle bifurque ensuite sur ses interrogations en tant qu'autrice et s'attache là aussi à montrer à quel point le monde de la création est masculin : par exemple, l'écrivain américain se doit d'être viril pour être pris au sérieux, remarque-t-elle. Certains chapitres m'ont vraiment plu, « Aimer, pleurer ou être un personnage » où elle analyse les rapports entre fiction et empathie, entre autres, et « La parade virile » avec une conclusion hilarante à propos d'une interview de Sylvain Tesson. En revanche, j'ai trouvé que « La forme et le chaos » portait bien son titre : je m'y suis parfois un peu perdue, sauf pour ce qui concerne les percutantes remarques sur le discours politique. Dans l'ensemble du livre, une grande place est faite aux écrivaines féministes qui ont fait bouger les choses et à celles (et ceux) qui continuent à écrire en ayant à l'esprit ces aspirations. Alice Zeniter pratique toujours l'humour, même dans un ouvrage de ce type. J'ai craqué pour certaines notes de bas de page et pour « Mon problème avec Avatar ». Bref, un peu d'errance, beaucoup de plaisir et… quantité de livres à lire.
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Ouvrir un livre d'Alice Zeniter c'est toujours l'assurance - en tout cas pour moi - d'une belle dose d'intelligence. J'avais adoré Une fille sans histoire - texte lu puis vu sur scène - et ce nouvel essai (essai ? elle semble ne pas vouloir entrer dans cette catégorie alors qu'est-ce ? Des réflexions ? Allez, disons essai pour simplifier) en est en quelque sorte le prolongement. Un regard de lectrice et d'autrice, de femme aussi sur la façon dont la littérature nous façonne en véhiculant des codes qui finissent par déterminer nos comportements, nos idées sans même que nous en soyons conscients. Il est bien sûr question de la façon dont les femmes sont représentées en littérature, de la difficulté à sortir des schémas établis, de casser les codes ... mais le propos est élargi au roman dans son ensemble. Petit passage par ce que l'on décrète en littérature - on a souvent tendance à décréter, ce qui est ou n'est pas littérature par exemple - ce qui est ou n'est pas bon dans un roman, bref, tout ce qui contraint et restreint l'écrivain qui ne se sent pas autorisé à... Il y a parfois des passages abscons - manque de références pour moi ? - alors que l'autrice a heureusement une capacité à exposer très clairement son propos même dans sa complexité. La petite touche d'humour offre des respirations (merci les notes de bas de page), ça balance un peu - juste ce qu'il faut - sur le virilisme qui hante non seulement les écrits mais aussi les couloirs des salons littéraires et les bureaux des maisons d'édition.
C'est intelligent, un peu fouillis mais c'est le genre de livre qu'on aime garder pour aller y farfouiller au moment où on en a besoin.
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Qu'est-ce donc? Un essai, une balade littéraire, un manifeste?
L'autre moitié du monde : les femmes, les minorités majoritaires en nombre mais pas dans les arcanes du pouvoir.
Auto-psychanalyse sauvage qui pose beaucoup de questions très à la mode et qui propose des pistes de réflexion.
N'y cherchez pas un essai construit très méthodiquement, mais plutôt l'occasion d'aiguiser votre regard sur le monde qui nous entoure, littérature comprise.
Je l'ai "lu en audio" et la voix de Séphora Pondi m'a un peu dérouté au début. Puis je m'y suis habitué, elle a réussi l'exploit de m'immerger complètement dans le discours un peu aérien de l'auteure. Lorsque cela s'est terminé, je me suis comme "réveillé".
Bravo à elles donc.
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critiques presse (3)
Marianne_
28 septembre 2022
Toute une moitié du monde ne « cancelle » rien, au contraire : servi par une plume attentive et curieuse, il empile, ouvre des tiroirs à rallonge, pose des questions, amorce des réponses. Et rend hommage à la foule de références qui ont laissé leurs traces, exhibant finalement la littérature pour ce qu’elle est : un ensemble de strates, une vaste chambre d’échos.
Lire la critique sur le site : Marianne_
LaCroix
14 septembre 2022
Alice Zeniter poursuit sa quête littéraire avec une préoccupation : ouvrir le roman à ceux – et surtout à celles, à en croire son dernier titre, réflexion sur la place de la femme dans la fiction – qui n’y ont pas de droit de cité.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LaLibreBelgique
08 septembre 2022
Avec "Toute une moitié du monde", Alice Zeniter offre une très belle promenade dans ses souvenirs et expériences de lectrice et d’écrivaine.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
Le test de Bechdel (ou Bechdel-Wallace), qui apparaît dans la bande dessinée d'Alison Bechdel L’Essentiel des gouines à suivre publiée dans les années 1980, a permis de mettre en avant l’absence ou la faible présence des femmes au pays des fictions.

Redoutablement facile à utiliser, il ne contient que trois critères :

1) II doit y avoir deux femmes nommées dans l’œuvre.

2) Ces femmes parlent ensemble.

3) Elles parlent d'autre chose que d'un homme.

Ce test a donné lieu à de nombreuses variations ces dernières années, dont une que j'aime beaucoup proposée par la scénariste américaine Kelly Sue De Connick : le test de la lampe.

Plus lapidaire encore que le test de Bechdel, la version de De Connick ne contient qu une question : « Peut-on remplacer le personnage féminin par une lampe sans que l'histoire soit modifiée ? »

La formule me fait beaucoup rire; le fait que la réponse soit « oui » dans un certain nombre de productions contemporaines, beaucoup moins.
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Ce livre est un livre d'écrivaine mais sans doute avant tout un livre de lectrice. Il porte sur de vieux souvenirs de lecture comme sur des livres récemment ouverts et posés sur la table de chevet. Sa cohérence vient du fait que les ouvrages dont je parle, c'est moi qui les ai lus et qui continue à en porter des bribes, des fantômes de phrases ou de personnages, des paragraphes tronqués et devenus ritournelles. Je suis ce qui transforme en ensemble les livres si différents que je cite.

Si on considère ce livre comme un essai, il ne se œmportera pas tout à fait bien. Il désobéira Ici ou là. Il manquera à ses obligations de sérieux. Si on le considère comme une réverie autour de la fiction, il péchera au contraire par excès de sérieux de temps à autre. Alors disons que c'est un livre, et puis c'est tout.
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C'est cette image des Vrais Mecs de la Littérature, des Vrais Mecs de la Vraie Littérature qui se perpétue et qui me revient sans cesse, à laquelle j'ai parfois l’impression qu’il faut que je me mesure si je veux être prise au sérieux.

Je vais donc vous livrer cette réponse étonnante de Sylvain Tesson à la question du JDD « Pourquoi n’êtes-vous pas sur les réseaux sociaux ?» (article du 22 juin 2019) : «Au contraire, je suis de tous les réseaux : les bivouacs dans la montagne, les conversations dans la fumée du tabac, le groupe des Écrivains de marine. Jusqu’en 2014, je buvais beaucoup, j'avais en moi des présences - fantômes, visions, voix -, connexion totale ! »

L’auteur nous livre ici un combo gagnant (sport, franche camaraderie, aventures, alcool et tabac) au moment où on lui demandait son opinion sur Facebook et Twitter, c'est assez remarquable pour être noté.
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Et est-ce que, quand j'écris, j'ai envie d'écrire pour les gens comme moi, le petit groupe de ceux et celles qui lisent deux fois ? Pour les miens ? Arrive alors cette peur bien connue (que d'autres ont retournée en fierté) : la peur d'être élitiste en allant un peu trop loin dans une direction ou dans une autre.

Si je peux accepter que ce que j'écris requière un effort de « lectant », je refuse que mes livres intimident. Ou plutôt, parce que je sais que la longueur de certains suffit à le provoquer, je refuse de jouer de ce phénomène d'intimidation, de créer volontairement un tri dans mon lectorat.

Je veux écrire des livres qui soient accessibles au plus grand nombre mais je veux aussi sortir des schèmes préétablis dont je connais pourtant le pouvoir de séduction comme la capacité à rassurer.

Pour résumer, j'ai le cul entre deux chaises narratives.
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J'avais dit que je n’allais pas écrire un essai rnais je me retrouve, malgré tout, à considérer certaines de mes envies comme des digressions, à avoir peur que mon livre se comporte mal. Peut-être que je me fais rattraper par une forme ancienne qui pèse sur moi, que je ne sais pas si j’ai le droit une fois encore. Ça pèse très lourd, une forme ancienne. Surtout une forme ancienne que l'on comptait ne pas écrire...

Moi, ce que j'avais en tête, ce que je voulais, c’était une promenade.

On n’aurait pas forcément marché au même pas, à la même vitesse, vous et moi. Vous m'auriez trouvée traîne-la-patte par endroits et détestablement rapide à d'autres mais on aurait quand même cheminé ensemble.

Je voulais vraiment que ce livre se comporte comme une promenade.
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