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ISBN : 2020047969
Éditeur : Seuil (01/02/1978)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 9 notes)
Résumé :

Rien ne détermine plus profondément une civilisation que la place qu'elle fait à la mort. Les Noirs du Brésil vénèrent et intègrent la mort : les rites consolateurs du Candomblé relient les vivants aux disparus. Notre société capitaliste marchande par contre refoule la mort et nie le statut des défunts.

Dès lors la mort resurgit en névrose, en folie, l'homme privé de finitude cesse d'être le sujet actif de son histoire. Car c'est la mort ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
okka
  02 avril 2017
Le chapitre sur « Les Maîtres de la mort » et « l'Agonie » m'ont le plus intéressé. Sans doute fortement m'ont-ils fait écho car cela est toujours d'actualité dans notre société Européenne. Par contre cette petite taille de police a rendu cette lecture longue et pas évidente, surtout par les tournures de phrases.
L'auteur en citant Melvin J. Crant rappelle à quel point des patients sont incompris, non écoutés donc non aidés dans les hôpitaux. Puisque les patients ne sont pas vus comme des humains doués de conscience, mais comme un objet, un meuble, une voiture qui est au garage. Évidemment, le ressenti du milieu médical dira toujours qu'ils ont fait le meilleur, ce qui de leur point de vue est vrai, mais pas nécessairement celui du patient-cobaye qui lui est spolié. Ce qui fait qu'en même temps il n'est pas respecté et ni libre. Et s'il va à l'encontre du traitement qu'il ressent néfaste, dès lors « son cas est déclaré pathologique, les soins changent de nature. le traitement devient punition pour délit de résistant au médecin. » Là encore demander un mercy-killing est incompris. C'est un paradoxe dans cet univers dit de " soins ". Comment peut-on aider " réellement " si nous ne sommes pas à " l'écoute " de l'autre ?
Nous sommes vus comme des biens marchands, on produit, on consomme → cela influence la qualité de vie, et aussi sa durée, qui est inégal d'un individu à un autre.
Une question m'est venue par rapport à l'indifférence du personnel médical tant médecins qu'infirmiers face à la douleur du patient, physique, psychique et à sa mort prochaine. → Cela changerait-il, si tous les humains étaient tous connus, célèbres ? Car un inconnu aura moins d'attention, de soins, qu'une star de cinéma, télévision, musique… Et donc il y a une injustice sociale, puisque si cela ne nous touche pas, alors on ne remue pas ciel et terre pour aider.
Et puis, comment une infirmière pourrait aller sociabiliser avec les patients, pour lui rendre cette fin de vie moins terrible ? Elles ne sont pas formées pour ça, et si quand bien même, elles ont cela en elle, elles n'ont pas de temps pour ça, overbooké qu'elles sont.

📖 Les vivants et la mort, cet essai écrit en, 1975 par Jean Ziegler est toujours d'actualité 42 ans après sa parution. Cela le sera sans doute fortement encore bien des années plus tard, puisque ce sujet-là reste tabou en France, et c'est uniquement par les mentalités, la prise de conscience générale qu'il peut y avoir changement.
La mort ne devrait pas être un sujet tabou, et comment le pourrait-il quand des milliards d'êtres humains ont une bien meilleure image de l'au-delà que la vie terrestre ?
Peut-être cette lecture vous fera échos, ou non, en tant que patient, soignant, vivant, ou mourant ?
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
okkaokka   01 avril 2017
p.155.

Il faut quelquefois plusieurs mois pour que les rescapés d’un accident prennent conscience de ce qui leur est arrivé. Je cite un exemple : une semaine après la catastrophe aérienne survenue à l’aéroport Midway de Chicago, le psychiatre Edward Stein, de l’école de médecine de l’université de Chicago, interrogea les huit survivants. Aucun d’eux ne montra d’anxiété ; certains d’entre eux articulaient des dénégations psychiques de la menace de mort.
Pour démontrer les effets pratiques du choc, lui, Lifton prend l’exemple des survivants d’Hiroshima. La langue japonaise désigne ces personnes par un terme spécifique : les hibakusha. Lifton résume en ces termes les signes cliniques du traumatisme des hibakusha : « Les survivants souffrent tous d’une perte de foi en une structure cohérente de l’existence. Ils ont également perdu la confiance qu’ils avaient dans les liens sociaux. Ils vivent la mort dans la vie.¹ »
Le traumatisme thanatique subi par l’homme qui reçoit brusquement – et cette information est toujours reçue brusquement – l’annonce de sa mort imminente est identique, du moins dans ses manifestations essentielles, au traumatisme thanatique des victimes d’Hiroshima. Une réalité nouvelle et inattendue fait irruption dans sa conscience. Il voit se défaire le monde alentour, puisque ce monde n’existe que par rapport à sa conscience. Martin Buber dit de ce moment : « L’ordre humain de l’être est démantelé. » Pour la première fois de son existence, l’être entrevoit sa solitude, sa nudité. Il la perçoit, mais ne peut l’accepter. Car ce monde qui se défait, ce monde qui s’effondre, cet ordre humain démantelé continue, selon toute évidence, à exister pour les autres. La personne humaine fait l’expérience de sa séparation d’avec le monde. Face à son malheur, le monde montre une désolante indifférence. Comme si de rien n’était, il continue à vaquer à ses occupations. Pendant un certain temps, l’homme traumatisé essaiera de faire comme s’il ne s’apercevait de rien. Puisque le monde ne semble nullement ébranlé par ce qui lui arrive, à lui, homme promis à la mort, lui aussi tentera pendant un certain temps de faire comme si de rien n’était. Il s’adonne de préférence aux activités les plus futiles.
1. Lifton R.J., « Death in Life : Survivors of Hiroshima », op. cit.
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okkaokka   30 mars 2017
p.81.

La distinction entre la mort volontaire et la mort imposée est fondamentale : il existe des situations où, pour des raisons diverses, des hommes réclament la mort ; si une personne accepte (ou même demande) la mort, elle le fait sur la base d’une élaboration analytique de sa situation, d’un choix volontaire, bref, par un acte de volonté consciente ¹.

1. Il faut lire les études de Jordan M. Scher, qui fut pendant un temps psychiatre auprès des condamnés à mort de la prison du Cook County ; je pense notamment aux rapports de traitements des condamnés John Carpenter et James Duke, qui plus tard furent électrocutés. Un troisième homme dont le rapport de traitement révèle le permanent et non conscient refus de la mort est Paul Crump. Il fut gracié et purge maintenant une peine de prison à vie, cf. Scher J. M., Death Interpretations, Delta-Books, New York, 1960, p.96 s.
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okkaokka   31 mars 2017
p.91.

Ruth Assel définit les démarches constitutives de cette nouvelle praxis :
Le problème doit être abordé en toute honnêteté et en acceptant l’idée que le mourant a vécu la vie qu’il s’était choisie. Si l’infirmière en est capable, il y a de fortes chances pour que tout son comportement soit honnête, authentique. Les quelques suggestions qui permettront d’aider efficacement le mourant sont :
1. Rester avec lui, savoir déceler ses besoins de contacts humains;
2. Permettre aux personnes qui tiennent une place importante dans sa vie d’être avec lui, particulièrement les enfants qui, bien souvent, ne sont pas présents, mais qui pourraient apporter un grand réconfort au malade.
3. Lui fournir ce qu’il aime et dont il a l’habitude, par exemple sa nourriture, ses boissons préférées, ses vêtements. Satisfaire tous ses besoins et non seulement les besoins en médicaments.
4. Lui donner l’occasion de mettre de l’ordre dans ses affaires, de faire un testament, de régler ses dettes et lui assurer l’assistance spirituelle dont il a besoin.
5. Se rendre compte de son besoin de parler de sa mort, savoir se taire quand il le faut, savoir parler « d’autre chose ». l’infirmière croyante devrait être ouverte aux problèmes, questions, doutes, du malade en matière spirituelle. Son rôle n’est pas de le convertir, mais d’être disponible pour répondre à ses questions concernant Dieu et l’au-delà. En écoutant parler de sa vie, en lui confirmant qu’il l’a bien vécue et qu’il a accompli sa tâche, elle l’aide. Il est vrai que, pour les personnes qui meurent jeunes, ce dernier point n’a pas grande signification. Il y a vraiment peu de choses à dire quant au pourquoi de la mort.

Dans de nombreux cas, l’infirmière est, face au discours dominant du thanatocrate, la véritable conscience critique. Cela, d’ailleurs, s’explique aisément. L’infirmière n’appartient pas, en général, aux mêmes classes sociales que le médecin. Elle subit, dans son enfance, sa jeunesse et dans sa formation professionnelle, un processus de socialisation différent de celui du médecin. Elle appartient à une autre classe salariale et occupe une autre position dans la hiérarchie fonctionnelle de l’hôpital.
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okkaokka   01 avril 2017
p.299.

En faisant silence sur l’événement thanatique, en privant l’homme du choix de l’instant de sa mort, en masquant son agonie et en refusant son statut au mourant, le système capitaliste détruit l’homme dans son être. Il le prive de l’expérience réflexive de la phase la plus importante de sa vie et l’empêche de prendre, à son terme, la mesure de son existence. Mais il y a plus : en vidant la mort de tout sens existentiel qu’elle véhicule, le système capitaliste prive l’existence humaine de sa liberté, de sa signification eschatologique, donc de sa qualité de destin. L’homme est occulté à lui-même.
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okkaokka   01 avril 2017
p.139.

Je résume : l’intentionnalité de la société marchande se révèle ici avec force : le mourant n’a d’autre statut que celui que lui assigne l’univers hospitalier, c’est-à-dire un statut négatif, le statut d’un homme qui, puisqu’il ne peut ou ne veut plus retourner à la normalité fonctionnelle telle qu’elle est définie par la société, est en attente, en dépôt en quelque sorte. Le mourant est un gêneur. Puisque la mort elle-même est occultée, masquée, évacuée et puisque sur elle se fixe l’ensemble des valeurs négatives de la société, l’agonie ne peut avoir de statut autonome. A plus forte raison, elle ne peut pas être sacralisée, valorisée. Il faut au contraire qu’elle soit engloutie dans la dégradation générale de la maladie. Il faut qu’elle disparaisse dans la pathologie, emportée par le courant, dévorée, perdue et rendue méconnaissable par le processus général de dégradation qui, d’un agent fonctionnel de la société marchant, faut un « défunt ».
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