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ISBN : 225300698X
Éditeur : Le Livre de Poche (01/04/1972)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 697 notes)
Résumé :
Zola est entré partout, chez les ouvriers et chez les bourgeois. Chez les premiers, selon lui, tout est visible. La misère comme le plaisir saute aux yeux. Chez les seconds tout est caché. Ils clament : « Nous sommes l'honneur, la morale, la famille. » Faux, répond Zola, vous êtes le mensonge de tout cela. Votre pot-bouille est la marmite où mijotent toutes les pourritures de la famille.
Octave Mouret, le futur patron qui révolutionnera le commerce en créant ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  20 août 2013
Pot-Bouille, c'est du très bon Zola. Peut-être pas le meilleur qui soit, mais sans nul doute du très bon, bien plus agréable à mes yeux que les deux volumes précédents, Une Page D'Amour et Nana.
On renoue ici avec une mouture que j'aime assez, une façon d'écrire qui me rappelle celle de la Conquête de Plassans ou qui annonce déjà celle de la Terre, par exemple.
À bien des égards, cet opus n°10 fait figure de diptyque : une sorte de dédoublement du n°7, L'Assommoir en version bourgeoise ou bien alors, une manière de préambule au n°11, le célèbre Au Bonheur Des Dames.
Tout d'abord évoquons ce titre étonnant, difficile à comprendre de nos jours, mélange de pot au feu et de bouillabaisse, rimant admirablement avec tambouille et évoquant la "petite cuisine", comme on dit, ce qui se passe en arrière-cour, loin des façades sublimes, parfaitement lisses et polies, agrémentées de brillants et de couleurs affriolantes.
Là, pas d'erreur, qu'on ne s'y méprenne pas, on est dans la crasse, dans l'égout, dans la vomissure, dans la pourriture glauque et flasque que les gens "comme il faut", que les "braves gens" s'ingénient à minutieusement dissimuler derrière des sourires de façade, de belles manières et des attitudes altières.
L'idée d'Émile Zola est manifestement, après la joute en direction de la classe ouvrière qu'était L'Assommoir, de rentrer dans le lard de la bourgeoisie, en peignant ces familles "dignes" qui se bouffent la rate, et en lui signifiant bien qu'elle ne vaut rien, absolument rien de mieux que le bas peuple, l'hypocrisie en plus.
On assiste donc à l'arrivée à Paris d'Octave Mouret (le frère de l'abbé Mouret du tome n°5), jeune loup aux dents longues, qui rêve de conquêtes, que ce soit de femmes ou de commerce ; il veut faire un magasin éblouissant qui rayonnera loin à la ronde et qui écrasera tout.
Celui-ci est donc introduit par l'architecte Campardon dans un immeuble bourgeois, typiquement haussmannien, qui se targue d'une très haute respectabilité et d'une morale impeccable.
L'auteur utilise admirablement le contraste naturel, technique presque, entre l'escalier principal, grand, beau, majestueux, grandiloquent, illuminé, orné d'un tapis rouge, destiné à être vu et montré, et l'autre escalier, l'escalier de service, dissimulé aux regards, celui qu'on veut absolument cacher, étroit, ténébreux, crépusculaire et où pourtant circulent et se passent beaucoup de choses, pour ne pas dire, les principales.
Tout au long du roman, Zola s'applique à descendre en flèche chacun des locataires de chaque étage, de la loge du concierge jusqu'aux chambres de bonnes, sans oublier les propriétaires. Tout le monde y passe, à tour de rôle, à l'exception notoire d'un foyer, siège énigmatique de la famille d'un écrivain qui passe son temps à calomnier la bourgeoisie...
Tiens, tiens..., mais qui cela pourrait-il bien être ? Aucune idée !
Bah oui, il ne pouvait pas trop faire autrement notre Zozo qui accuse, que de se ménager une petite porte de sortie car il crache un peu dans la soupe, lui qui, à cette époque-là, s'était mis à vivre exactement comme les bourgeois sur lesquels il tirait à boulets rouges.
Ce genre de dissonances mises à part (il en était de même pour Hugo), l'écrivain signe un livre féroce, impitoyable à l'égard de l'absence de moralité de cette classe, dont la réalité exsude par la bouche des domestiques, qui vident le fiel côté cour, par la fenêtre des cuisines, non loin de l'escalier de service.
On est lubrique, adultère, cupide, calculateur, mesquin, hypocrite, menteur, faux-dévot, insensible, inconséquent, etc., etc., etc.
Pas besoin de vous faire un plus ample dessin, vous avez bien compris qu'elle sent le gâté cette pot-bouille, mais qu'elle vaut le détour. Ceci dit, ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, bien peu de choses.
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rabanne
  16 novembre 2017
Octave Mouret, c'est un peu le Bel-Ami de Zola ! Fraîchement débarqué de sa province, les dents longues, ses vingt-deux ans audacieux, prêt à croquer la vie, les dames ne manquant pas de se retourner sur son passage...
Un roman aux allures de vaudeville, grouillant de vie, de rencontres, de drames et de passions. Dans cet immeuble bourgeois parisien, qui se gausse d'une réputation d'honnêteté, se joue une sacrée comédie humaine, celle des apparences. Du rez-de-chaussée au grenier, en passant par l'escalier de service, des hommes, des femmes, des couples, des familles, leurs domestiques, ça cause entre les étages, ça jase bon train, ça se salue poliment, ça s'invite à tour de bras. Mais une fois la porte close, derrière l'épaisseur des murs, il y a des pleurs et grincements de dents, des baisers chastes, des adultères, des passions volées, les petits et grands drames de la vie...
Un rythme soutenu, une foule de personnages, drôles, touchants, pathétiques ou horripilants, une plume jubilatoire, réaliste et incisive ; Zola m'a enchantée, comme lors de mon adolescence. J'ai aimé retrouver le héros de l'un de mes classiques favoris (Au Bonheur des Dames), en plein apprentissage de la vie.
Une fresque sociale riche et sans concessions sur la bourgeoisie parisienne du 19ème siècle, où mariage, argent, sexe et amour ne font pas toujours bon ménage, et où l'hypocrisie et la vénalité règnent en maîtres. Intemporel.
(NB : petit clin d'œil à Iboo, à propos de Zola...... :-p)
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isajulia
  15 novembre 2013
On continue les présentations avec les protagonistes du clan Mouret. Après avoir vu à l'oeuvre François et Marthe dans La Conquête de Plassans, Serge dans La faute de l'abbé Mouret et Hélène dans Une page d'amour, on a matière à penser que ces braves gens ont autant un grain dans la tête que les illustres membres de la famille Rougon-Macquart.
Heureusement il y a Octave. Ah Octave ! Voilà de quoi ramener un peu d'air frais au milieu de cet arbre généalogique perturbé à souhait.
Fils de François et Marthe Mouret, le jeune homme a tout de l'ambitieux qui possède un fort potentiel commercial. Tout juste arrivé à Paris pour conquérir la ville et le coeur des femmes, Octave est logé dans l'immeuble des Vabre, par l'intermédiaire de Campardon, locataire de longue date et vieil ami de Plassans.
Rapidement, Octave prends ses marques auprès des occupants de l'immeuble et dans le quartier ou Campardon lui trouve une place dans le petit magasin des Hédouin, Au Bonheur des Dames. N'oubliant pas ses projets d'ascension sociale, notre héros sait que sa réussite passera par les femmes et met tout en oeuvre pour les séduire les unes après les autres. Seulement, dans cette "marmite ou mijotent toutes les pourritures", Octave ne sait pas encore dans quoi il a mis les pieds...
Avec Pot-Bouille, Zola se lâche et on aime ça !
Sa cible? La bourgeoisie, qu'il n'hésite pas à mettre plus bas que terre en décrivant le mode de vie de ces gens qui mettent tout en oeuvre pour avoir l'air chic alors que l'envers du décor est loin d'être reluisant. A chaque fois que j'ouvre un Zola je sais que je peux m'attendre à des surprises, à passer un bon moment et Pot-Bouille n'a pas dérogé à la règle. Je crois que ce que j'ai préféré dans ce volume des Rougon-Macquart, c'est les personnages. Malgré une intrigue centrée sur Octave, c'est avec tout les locataires de l'immeuble que nous faisons connaissance et il y a vraiment de quoi rire. Ils se veulent tous bourgeois mais en réalité, comme on dirait dans ma Provence natale, ce ne sont que des mange-merde qui font des économies de bout de chandelle pour faire croire à une richesse quasi inexistante. Quand à leur sens moral , il ne vaut mieux même pas en parler! Tant pis si ils font les pires saloperies entre les quatre murs de leur foyer, tant qu'en extérieur ils gardent un pseudo luxe de façade, les apparences sont sauvées!
Ce cher Emile sait mettre sa patte pour donner du style à une histoire qui pourrait agacer à certains moments et qui finalement s'avère très drôle. Il nous dépeint des personnages à la mentalité pitoyable avec une ironie et une finesse dont lui seul a le secret.
D'ailleurs, je lui accorde une fois de plus une mention spéciale pour la garce de service qui sévit dans tous ses romans et qui ici répond au doux nom de Madame Josserand. On a affaire à une vraie matrone qui mène son petit monde à la baguette et qui clame haut et fort "quand j'avais vingt sous, j'ai toujours dit que j'en avais quarante, il vaut mieux faire envie que pitié!". Toute façon, même avec quarante sous elle fait quand même pitié cette brave dame... Bref, vous l'aurez compris, c'est une vipère comme on peut les aimer chez Zola alors si vous n'avez pas encore eu l'occasion de croiser tout cette bande de joyeux drilles, n'attendez-plus, foncez sur ce 10ème opus des Rougon-Macquart, il est excellent.
A lire !
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LiliGalipette
  06 novembre 2012
Octave Mouret arrive de Plassans avec la furieuse envie de conquérir Paris en passant par les femmes. Commis en tissus, il est embauché au Bonheur des Dames et rêve de séduire la patronne, Mme Hédouin. Octave loge dans l'immeuble de M. Vabre. Chaque étage accueille un parent du propriétaire et chaque ménage se veut honnête et bien arrangé. Lors des soirées bourgeoises où les voisins sont toujours invités, on discute des affaires de la famille. Mais, surtout, on essaie de marier les filles. C'est l'obsession de Mme Josserand qui ne sait plus que faire des siennes. « Hortense et Berthe hochèrent la tête, comme pénétrées de ces conseils. Depuis longtemps, leur mère les avait convaincues de la parfaite infériorité des hommes, dont l'unique rôle devait être d'épouser et de payer. » (p. 111) Quand le mariage de Berthe est enfin arrivé, rien ne se calme dans l'immeuble. Des querelles d'héritage et des dots non réglées agitent l'immeuble d'une même fièvre, celle de l'argent qu'on n'est jamais vraiment sûr de posséder tout en l'ayant dépensé pour bien paraître aux yeux de la famille et des voisins.
Le mariage de Berthe et Auguste Vabre est rapidement un échec, notamment parce que l'ombre de Mme Josserand plane sans cesse. « Sans doute […] on n'épouse pas seulement la fille, on épouse la mère souvent, et c'est bien désagréable quand celle-ci s'impose dans le ménage. » (p. 181) Voilà la sinistre particularité de cet immeuble où tout le monde sait ce que cachent les portes closes. M. Campardon, l'architecte diocésain, cocufie son épouse avec sa propre cousine. Chez les Pichon, l'héritage est conditionné au nombre d'enfants : les beaux-parents ne verseront pas un sou si leur gendre fait plus d'un rejeton à son épouse. de sa cour, M. Gourd, le concierge, veille d'un oeil intransigeant sur les allées et venues de tous. En cerbère des bonnes moeurs, il déteste la familiarité et la liberté des domestiques qui se moquent bien de lui.
Le pot-bouille, c'est la tambouille, la mauvaise cuisine faite de viande rance et de légumes flétris. C'est aussi le creuset où macère la crotte des petits bourgeois. La façade luxueuse de ce nouvel immeuble haussmannien dissimule des intérieurs chiches et crasseux. Les filles de cuisine et les domestiques gueulent aux fenêtres et sont les maîtres de l'arrière-cour. Et les baquets d'eau sale versés au ruisseau ne dissimulent pas la condition très humaine des locataires des lieux. Ça se pique de bourgeoisie et de mondanité, mais ça reste toujours des esprits étroits, vaniteux, arrivistes et intéressés. Ils ne sont séparés de la plèbe que par des plâtres bien essuyés et quelques meubles retapissés. « Quand ils se sont crachés à la figure, ils se débarbouillent avec, pour faire croire qu'ils sont propres. » (p. 465) Seul l'oncle Narcisse Bachelard a l'honnêteté de ses crasses. de tout le roman, on sort à peine de l'immeuble, mais c'est un monde à lui seul, un fabuleux microcosme parisien dont Émile Zola peint un tableau très cynique, voire cruel.
Quant à Octave, le futur propriétaire ambitieux du Bonheur des Dames, il va prendre une maîtresse à chaque étage, s'immisçant ainsi dans les intimités de tous les foyers. Lui qui était habitué à des succès faciles auprès des filles de Marseille, il enrage tout d'abord de ne faire plier aucune des jolies Parisiennes qui lui passent sous la main. « [Il] voyait un mauvais présage, une véritable atteinte à sa fortune, dans la déroute de ses séductions. » (p. 230) Finalement, il ne peut dissimuler un vague dégoût et une lassitude certaine du beau sexe : « Décidément, on n'aime bien que les femmes qu'on n'a pas eues. » (p. 385)
Vite, il me faut (re)-lire Au Bonheur des Dames ! Un Zola en appelle toujours un autre et mes vagues souvenirs de l'épisode à venir se sont réveillés à la lecture de cette description féroce de la petite bourgeoisie parisienne. Dans ce volume, Émile Zola ne met pas en avant la dégénérescence et l'atavisme de la famille Rougon-Macquart et de sa branche Mouret. Son étude sociale des moeurs sous le Second Empire lui fait explorer tous les univers en passant parfois par des prétextes : malgré ses conquêtes et ses liaisons, Octave Mouret a un rôle secondaire. Toutefois, je me suis parfaitement délectée de ce volume où l'auteur a une fois de plus fait montre de toute l'étendue de son talent.
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PiertyM
  05 septembre 2015
Une fois dans Pot-Bouille, on se rappelle forcement de la conquête de Plassans (4è tome) où on découvre la famille Mouret et on assiste à sa déchéance macabre, et on fait la rencontre des trois petits Mouret dont les deux autres Serge et désirée sont repris dans la faute de l'Abbé Mouret (5è tome), ici dans ce dixième tome, Emile Zola nous fait ressusciter le troisième fils des Mouret dont déjà dans le quatrième tome le père doutait déjà de sa moralité, criant son grand désespoir en découvrant la vie de débauche de son fils, il s'agit bien d'Octave Mouret, un gentleman bien dans sa peau qui débarque dans Paris pour faire bouillir les cœurs...
Zola nous confine dans les corridors, les salons et les chambres d'un immeuble, l'ambiance est très bien assaisonnée qu'on ne peut pas se perdre dans ces courtes allées qui fondent la vie de toute une société, l'arrivée d'Octave apporte une forme d'exaltation dans ce monde, il entraine avec lui une chaleur qui réanime chaque famille car il n'est pas comme son frère Serge Mouret qui se laisse ronger par sa conscience, il n'est pas non plus comme sa sœur désirée qui est la réincarnation pur jus de leur racine généalogique qui est Adélaïde, non, Octave est un jeune homme plein de vie, voulant profiter de chaque moment de la vie et enfin mordre sur une belle pomme quant à lui assurer un bel avenir...
Ce que j'ai aimé dans ce tome est cet agencement des portraits que nous fait l'auteur sur et des familles et des personnages comme si chaque famille représentait une couche sociale sans qu'on tombe vraiment dans des misères extrêmes ou dans des richesses affolantes, on reste beaucoup plus dans la gestion interne ou psychologique des foyers où on se rend compte que ça souffre presque des mêmes maux. On déguste ce tome du début jusqu'à la fin sans que le papa naturaliste nous alourdisse avec des détails à faire bomber des poitrines, il sent qu'il a eu plus de faits à gérer dans ce tome, surtout avec un Octave, toujours débout, bougeant dans tous les sens, prêt à saisir une opportunité, qu'il a rendu son écriture très vive!
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Citations et extraits (235) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   18 juillet 2013
Dans la vie, il n’y a que les plus honteux qui perdent. L’argent est l’argent : quand on n’en a pas, le plus court est de se coucher. Moi, lorsque j’ai eu vingt sous, j’ai toujours dit que j’en avais quarante ; car toute la sagesse est là, il vaut mieux faire envie que pitié… On a beau avoir reçu de l’instruction, si l’on n’est pas bien mis, les gens vous méprisent. Ce n’est pas juste, mais c’est ainsi… Je porterais plutôt des jupons sales qu’une robe d’indienne. Mangez des pommes de terre, mais ayez un poulet, quand vous avez du monde à dîner… Et ceux qui disent le contraire sont des imbéciles !
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Nastasia-BNastasia-B   17 juillet 2013
- Un sous-chef de bureau, continuait la mère ; pas trente ans, un avenir superbe. Tous les mois, ça vous apporte son argent ; c’est solide, il n’y a que ça… Tu as encore fait quelque bêtise, comme avec les autres ?
- Je t’assure que non, maman… Il se sera renseigné, il aura su que je n’avais pas le sou.
Mais madame Josserand se récriait.
- Et la dot que ton oncle doit te donner ! Tout le monde la connaît, cette dot… Non, il y a autre chose, il a rompu trop brusquement… En dansant, vous avez passé dans le petit salon.
Berthe se troubla.
- Oui, maman… Et même, comme nous étions seuls, il a voulu de vilaines choses, il m’a embrassée, en m’empoignant comme ça. Alors, j’ai eu peur, je l’ai poussé contre un meuble…
Sa mère l’interrompit, reprise de fureur.
- Poussé contre un meuble, ah ! la malheureuse, poussé contre un meuble !
- Mais, maman, il me tenait…
- Après ?… Il vous tenait, la belle affaire ! Mettez-donc ces cruches-là en pension ! Qu’est-ce qu’on vous apprend, dites !
Un flot de sang avait envahi les épaules et les joues de la jeune fille. Des larmes lui montaient aux yeux, dans une confusion de vierge violentée.
- Ce n’est pas ma faute, il avait l’air si méchant… Moi, j’ignore ce qu’il faut faire.
- Ce qu’il faut faire ! elle demande ce qu’il faut faire !… Eh ! ne vous ai-je pas dit cent fois le ridicule de vos effarouchements. Vous êtes appelée à vivre dans le monde. Quand un homme est brutal, c’est qu’il vous aime, et il y a toujours moyen de le remettre à sa place d’une façon gentille… Pour un baiser, derrière une porte ! en vérité, est-ce que vous devriez nous parler de ça, à nous, vos parents ? Et vous poussez les gens contre un meuble, et vous ratez des mariages !
Elle prit un air doctoral, elle continua :
- C’est fini, je désespère, vous êtes stupide, ma fille… Il faudrait tout vous seriner, et cela devient gênant. Puisque vous n’avez pas de fortune, comprenez donc que vous devez prendre les hommes par autre chose. On est aimable, on a des yeux tendres, on oublie sa main, on permet les enfantillages, sans en avoir l’air ; enfin, on pêche un mari… Si vous croyez que ça vous arrange les yeux, de pleurer comme une bête !
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Nastasia-BNastasia-B   21 août 2013
- Je ne suis qu’une bonne, mais je suis honnête ! criait-elle, en mettant à ce cri ses dernières forces. Et il n’y a pas une de vos garces de dames qui me vaille, dans votre baraque de maison !… Bien sûr, que je m’en vais, vous me faites tous mal au cœur !
L’abbé Mauduit et le docteur Juillerat descendaient lentement. Ils avaient entendu. Maintenant, une profonde paix régnait : la cour était vide, l’escalier, désert ; les portes semblaient murées, pas un rideau des fenêtres ne bougeait ; et il ne venait des appartements clos, qu’un silence plein de dignité.
Sous la voûte, le prêtre s’arrêta, comme brisé de fatigue.
- Que de misères ! murmura-t-il avec tristesse.
Le médecin hocha la tête, en répondant :
- C’est la vie.
Ils avaient de ces aveux, lorsqu’ils sortaient côte à côte d’une agonie ou d’une naissance. Malgré leurs croyances opposées, ils s’entendaient parfois sur l’infirmité humaine. Tous deux étaient dans les mêmes secrets : si le prêtre recevait la confession de ces dames, le docteur, depuis trente ans, accouchait les mères et soignait les filles.
- Dieu les abandonne, reprit le premier.
- Non, dit le second, ne mettez donc pas Dieu là dedans. Elles sont mal portantes ou mal élevées, voilà tout.
Et, sans attendre, il gâta ce point de vue, il accusa violemment l’empire : sous une république, certes, les choses iraient beaucoup mieux. Mais, au milieu de ses fuites d’homme médiocre, revenaient des observations justes de vieux praticien, qui connaissait à fond les dessous de son quartier. Il se lâchait sur les femmes, les unes qu’une éducation de poupée corrompait ou abêtissait, les autres dont une névrose héréditaire pervertissait les sentiments et les passions, toutes tombant salement, sottement, sans envie comme sans plaisir ; d’ailleurs, il ne se montrait pas plus tendre pour les hommes, des gaillards qui achevaient de gâcher l’existence, derrière l’hypocrisie de leur belle tenue ; et, dans son emportement de jacobin, sonnait le glas entêté d’une classe, la décomposition et l’écroulement de la bourgeoisie, dont les étais pourris craquaient d’eux-mêmes. Puis, il perdit pied de nouveau, il parla des barbares, il annonça le bonheur universel.
- Je suis plus religieux que vous, finit-il par conclure.
Le prêtre semblait avoir écouté silencieusement. Mais il n’entendait pas, il était tout entier à sa rêverie désolée. Après un silence, il murmura :
- S’ils sont inconscients, que le ciel les prenne en pitié !

Chapitre XVII.
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Nastasia-BNastasia-B   21 août 2013
Comme elle ne pouvait plus marcher et qu’elle sentait la fin venir, elle eut encore la force d’étaler sur le lit une vieille toile cirée ronde, que madame Josserand lui avait donnée, pour mettre devant sa table de toilette. Et elle était à peine recouchée, que le travail d’expulsion commença.
Alors, pendant près d’une heure et demie, se déclarèrent des douleurs dont la violence augmentait sans cesse. Les contractions intérieures avaient cessé, c’était elle maintenant qui poussait de tous les muscles de son ventre et de ses reins, dans un besoin de se délivrer du poids intolérable qui pesait sur sa chair. Deux fois encore, des envies illusoires la firent se lever, cherchant le pot d’une main égarée, tâtonnante de fièvre ; et, la seconde fois, elle faillit rester par terre. À chaque nouvel effort, un tremblement la secouait, sa face devenait brûlante, son cou se baignait de sueur, tandis qu’elle mordait les draps, pour étouffer sa plainte, le han ! terrible et involontaire du bûcheron qui fend un chêne. Quand l’effort était donné, elle balbutiait, comme si elle eût parlé à quelqu’un :
- C’est pas possible… il sortira pas… il est trop gros.
La gorge renversée, les jambes élargies, elle se cramponnait des deux mains au lit de fer, qu’elle ébranlait de ses secousses. C’étaient heureusement des couches superbes, une présentation franche du crâne. Par moments, la tête qui sortait, semblait vouloir rentrer, repoussée par l’élasticité des tissus, tendus à se rompre ; et des crampes atroces l’étreignaient à chaque reprise du travail, les grandes douleurs la bouclaient d’une ceinture de fer. Enfin, les os crièrent, tout lui parut se casser, elle eut la sensation épouvantée que son derrière et son devant éclataient, n’étaient plus qu’un trou par lequel coulait sa vie ; et l’enfant roula sur le lit, entre ses cuisses, au milieu d’une mare d’excréments et de glaires sanguinolentes.
Elle avait poussé un grand cri, le cri furieux et triomphant des mères. [...] Alors, elle goûta pendant un quart d’heure un soulagement immense, une douceur infinie de calme et de repos. Elle était comme morte, elle jouissait de ne plus être.
Puis, les coliques reparurent. Une peur l’éveillait : est-ce qu’elle allait en avoir un second ? Le pis était qu’en rouvrant les yeux, elle venait de se trouver en pleine obscurité. Pas même un bout de chandelle ! et être là, toute seule, dans du mouillé, avec quelque chose de gluant entre les cuisses, dont elle ne savait que faire ! Il y avait des médecins pour les chiens, mais il n’y en avait pas pour elle. Crève donc, toi et ton petit !

Chapitre XVIII.
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Nastasia-BNastasia-B   27 août 2013
C’était, en elle, un appétit grandissant de liberté et de plaisir, tout ce qu’elle se promettait dans le mariage étant jeune fille, tout ce que sa mère lui avait appris à exiger de l’homme. Elle apportait comme un arriéré de faim amassée, elle se vengeait de sa jeunesse nécessiteuse chez ses parents, des basses viandes mangées sans beurre pour acheter des bottines, des toilettes pénibles retapées vingt fois, du mensonge de leur fortune soutenu au prix d’une misère et d’une saleté noires. Mais surtout elle se rattrapait des trois hivers où elle avait couru la boue de Paris en souliers de bal, à la conquête d’un mari : soirées mortelles d’ennui, pendant lesquelles, le ventre vide, elle se gorgeait de sirop ; corvées de sourires et de grâces pudiques, auprès des jeunes gens imbéciles ; exaspérations secrètes d’avoir l’air de tout ignorer, lorsqu’elle savait tout ; puis, les retours sous la pluie, sans fiacre ; puis, le frisson de son lit glacé et les gifles maternelles qui lui gardaient les joues chaudes. À vingt-deux ans encore, elle désespérait, tombée à une humilité de bossue, se regardant en chemise, le soir, pour voir s’il ne lui manquait rien. Et elle en tenait un enfin, et comme le chasseur qui achève d’un coup de poing brutal le lièvre qu’il s’est essoufflé à poursuivre, elle se montrait sans douceur pour Auguste, elle le traitait en vaincu.

CHAPITRE XII.
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