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Critiques sur Les Rougon-Macquart, tome 17 : La bête humaine (114)
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Kittiwake
  01 juin 2020
C'est du noir, celui de la suie qui se déposait sur les visages des conducteurs, et celui des âmes. Car le nombre de personnages animés d'une volonté de meurtres atteint des sommets dans ce dix-septième tome de la série des Rougon-Macquart.

On était pourtant satisfait de retrouver Jacques, l'un des fils de Gervaise, parti jeune du foyer familial à la dérive pour se préparer un avenir décent. Et voilà qu'on le retrouve hanté par une pulsion de massacre au couteau, dirigée surtout vers les jeunes femmes, (mais tout autre être vivant pourrait faire l'affaire!), et maudissant l'héritage épigénétique de ses ancêtres.

On y cotoîe aussi un empoisonneur. Un homme mourra sauvagement poignardé dans l'express qui relie Paris au Havre. L'enquête qui suivra ce meurtre fait de ce roman un polar avant l'heure. Décidément cette série est absolument exhaustive en matière de littérature!

Alors qui est-elle cette bête humaine? L'un des tueurs? Ceux qui poussent leur entourage au crime? Ou bien cette machine qui traverse la campagne à la vitesse démesurée de quatre-vingt kilomètres par heure? Un monstre rugissant, que l'auteur décrit comme une femme, et que Jacques Lantier entretient comme une maitresse aimée.


C'est aussi la critique d'une justice muselée par le souci d'épargner les puissants, ceux qui ont dans leurs mains le pouvoir de faire et défaire des carrières et de faire plonger avec eux des victimes collatérales pas vraiment innocentes. le risque du scandale est trop important pour ne pas profiter de l'aubaine d'un parfait candidat à la culpabilité pour endosser la responsabilité du forfait. Mais les temps ont-ils vraiment changé?

Construit comme un thriller, c'est l'un des plus toniques de la série. Une fois de plus, Zola ne nous donne pas l'opportunité de nous réconcilier avec l'espèce humaine, de plus en plus dégénérée .

Challenge pavés Babelio 2020

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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jeunejane
  11 juin 2017
Jacques Lantier, conducteur de trains, assiste au crime du président de la Compagnie des Chemins de Fer, Grandmorin.
Le crime est commis par Roubaud, un sous-chef de gare et Séverine, sa femme. C'est un crime de vengeance pour punir ce personnage d'avoir abusé de Séverine depuis sa plus tendre enfance.
Jacques décide de se taire. Séverine et lui tombent amoureux.
Mais Jacques est habité par des pulsions meutrières dues à une lourde hérédité alcoolique.
Celui-ci est passionné par son métier et il décrit sa locomotive "La Lison" comme une personne.
Le titre "La bête humaine" concentre tout le livre. On se demande s'il s'adresse à Jacques ou à la locomotive.
Magnifique roman de Zola où on retrouve la famille Lantier. Jacques est le fils de Gervaise rencontrée dans "L'assommoir".
Les romans sont habilement reliés les uns aux autres par l'auteur dans le cadre de la série des Rougon-Macquart.
"La bête humaine" est un formidable thriller sans aucune longueur, que je relis pour la troisième fois. Je croyais le relire en lecture rapide mais je me suis encore laissée entraîner dans l'histoire.
Il faut dire qu'il va un peu à l'encontre de mes certitudes car je suis tout à fait contre le déterminisme. Question de point de vue qui m'a bien servi.
A noter que Zola devait beaucoup se documenter pour sortir les romans de cette série car il a abordé de nombreux domaines avec énormément de précisions dans toute la série.
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Gwen21
  29 janvier 2017
Un excellent opus des Rougon-Macquart !

"La bête humaine" manquait encore à mon tableau de chasse zolien et dès le début de ma lecture j'ai éprouvé un grand regret de ne l'avoir pas découvert plus tôt. Regret vite effacé cependant par le plaisir toujours croissant procuré par sa lecture.

La galerie de personnages que Zola nous propose est superbe, autant les hommes que les femmes. Avec le brio d'un maître du thriller contemporain, le chef de file du naturalisme fouille une fois de plus l'âme humaine pour y dénicher ses plus noirs instincts. Ici, il s'agit du meurtre, de la soif de dominer que seul le crime peut étancher. Et ils sont nombreux les crimes au fil du roman ; véritable fil rouge d'une narration construite sur les instincts des "bêtes humaines", instincts congénitaux dans le cas de Jacques Lantier, héritier taré de Gervaise (cf. "L'assommoir") et mécanicien de la Lison, train express assurant le service le Havre-Paris, instincts sociaux dans le cas du sous-chef de gare Roubaud dévoré par ses passions : jalousie, jeu, ambition, dans celui de Séverine, la femme adultère, victime des hommes, manipulatrice malheureuse et dans celui de Flore, enfin, la femme amoureuse rejetée, poussée à la folie par ses tendresses inassouvies. Des personnages forts, égoïstes, si terriblement humains qu'ils font froid dans le dos, qu'ils s'aiment ou qu'ils se détruisent.

Toutes ces passions humaines ont pour cadre le chemin de fer, symbole violent des grands changements qui s'opèrent au coeur d'une société en pleine mutation. L'écriture est superbe, les descriptions - qui effraient tant de lecteurs - sont ici réduites à de justes proportions, donnant au roman un rythme très enlevé et un souffle digne des meilleurs polars.

Un Zola très noir ; du grand frisson.


Challenge XIXème siècle 2017
Challenge MULTI-DÉFIS 2017
Challenge PAVES 2016 - 2017
Challenge Petit Bac 2016 - 2017
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vincentf
  22 juin 2010
Roman de meurtre, de médiocrité, d'amour, de chemin de fer, La Bête humaine est un concentré de violence. La rencontre d'Eros et de Thanatos aboutit aux drames, les personnages se tuent parce qu'ils s'aiment ou s'aiment parce qu'ils se tuent, sans qu'on puisse l'expliquer, sinon par une hérédité qui dépasse de loin celle de la famille, l'homme des cavernes qui tuait au fond des bois. Les personnages tuent et personne n'en a le moindre remords, ni Jacques, qui avait cru jusqu'au bout qu'il était possible de résister à la pulsion fatale, ni Roubaud, qui se noie dans le jeu, ni Séverine, qui se noie dans le corps de Jacques, ni Misard, qui cherche à tout jamais ses mille francs, ni Flore, qui fait dérailler le train pour rien. La mort rôde partout où se trouve l'amour. Même la Lison, seul personnage véritablement innocent, avec le "coupable" Cabuche, meurt atrocement, assassinée. Tout est sang, instinct de mort, fuite en avant, comme le train, à la fin, qui annonce la débâcle. Pourtant, la vérité, l'ignoble vérité, la part de l'assassin en tous, reste cachée. le procès condamne un innocent, le seul. L'honneur est sauf. Cabuche est le coupable idéal. La preuve qui l'innocente est sciemment cachée. Dreyfus sera le coupable idéal. le bordereau livrera la vérité.
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michfred
  22 mai 2016
Avec La Bête humaine, Zola invente le thriller bien gore et forge un héros qui a tout du serial killer psychopathe!

La Bête humaine tisse sa toile d'araignée dans le réseau ferré, entre le Havre et Paris, avec un centre névralgique, le lieu maudit par excellence, le passage à niveau de la Croix de Maufrat. Accidents, catastrophes, crimes, passions adultères et vengeances impitoyables, tout converge vers cet oeil du cyclone ferroviaire...

La Bête humaine c'est d'abord une machine, une locomotive à vapeur, la Lison, tellement bichonnée, bouchonnée, briquée, lustrée, huilée, cajolée par son mécanicien qu'elle en prend vie, s'humanise, se féminise jusqu'au malaise: la Lison c'est la seule femme dont Jacques puisse supporter le concubinage

La deuxième bête humaine du livre, c'est lui, Jacques Lantier, le fils de Gervaise, morte de delirium tremens et qui a instillé dans son sang la fêlure héréditaire qui le rend fou furieux dès qu'une femme s'abandonne dans ses bras...

Alors quand Jacques aperçoit de la gare où il prend du repos une scène de crime et qu'il distingue brièvement le profil d'un des meurtriers- une femme, pâle et jolie- dans le compartiment éclairé qui défile à grande vitesse sous ses yeux, quand il retrouve cette femme, qu'il s'en éprend, et qu'il s'étonne de ne plus éprouver avec elle ses pulsions homicides, le drame se noue..car aimer une femme c'est trahir la Lison: la machine se venge...on est à deux doigts de la littérature fantastique!


Complicités, silences coupables, pulsions assoupies et sens réveillés, jalousies humaines et mécaniques vengeances remontées comme des ressorts...

La Bête humaine devient une machine infernale!

La folle machine est lancée, elle s'emballe, pas d'aiguillage possible, pas d'arrêt-buffet: comme aurait pu dire Jean Gabin à Simone Simon dans le film de Renoir adapté du livre: en voiture, Simone! (pardon...)

Je n'en dis pas plus: la violence, les excès, la surcharge de sang et de testostérone, tout est pardonné: autant en emporte le train! Et à grande vitesse encore - au moins...100 km à l'heure, du temps de Zola!!

Croix-de Maufras, Croix-de Maufras!! Tout le monde descend!!

Pas de lenteur dans ce récit haletant, trépidant, violent: les scènes fortes se succèdent, les descriptions sont époustouflantes -celles de la Lison sous la neige, celles de sa "mort" sont anthologiques!

Et comme je ne peux pas vous laisser sur le quai en train de compter les morts, voici une petite chanson réaliste de l'époque..C'est Adolphe Bérard d'ailleurs qui vous la chante, elle s'appelle "Le Train Fatal" !

J'ai toujours eu un petit faible pour elle. Une vieille copine ne terminait jamais un repas chez elle sans nous la chanter! La voici:

Dans la campagne verdoyante
Le train longeant sa voie de fer
Emporte une foule bruyante
Tout là-bas vers la grande mer.
Le mécanicien Jean, sur sa locomotive,
Regarde l'air mauvais Blaise, le beau chauffeur ;
La colère en ses yeux luit d'une flamme vive,
De sa femme chérie Blaise a volé le coeur.

Roule, Roule, train du plaisir
Dans la plaine jolie,
Vers un bel avenir
D'amour et de folie.
L'homme rude et noir qui conduit
Cette joyeuse foule
Sent de ses yeux rougis
Une larme qui coule.
Des heureux voyageurs, on entend les refrains.
Suivant les rails et son destin
C'est le train du plaisir qui roule.

Le pauvre Jean, perdant la tête,
Rendu fou par la trahison,
Sur son rival soudain se jette
Criant : «Bandit, rends-moi Lison».
Le chauffeur éperdu fait tournoyer sa pelle,
Jean lui sautant au cou l'étrangle comme un chien
Et tous les deux rivés par l'étreinte mortelle
Tombent de la machine abandonnant leur train.

Roule, roule, train du malheur
Dans la plaine assombrie,
Roule à toute vapeur
D'un élan de folie.
Les paysans saisis te voyant
Tout seul fendant l'espace
Se signent en priant
Et la terreur les glace
Des heureux voyageurs on entend les refrains.
Suivant son terrible destin,
C'est le train du malheur qui passe.

Tiens ! la chose est vraiment bizarre,
On devrait s'arrêter ici.
Le train brûle encore une gare,
Ah ça... que veut dire ceci ?
Alors du train maudit une clameur s'élève,
On entend des sanglots et des cris de dément,
Chacun revoit sa vie dans un rapide rêve,
Puis c'est le choc, le feu, les appels déchirants !

Flambe, Flambe, train de la mort
Dans la plaine rougie
Tout se brise et se tord
Sous un vent de folie,
Les petits enfants, leurs mamans
S'appellent dans les flammes,
Les amoureux râlant
Réunissent leurs âmes !
Pourquoi ces pleurs, ces cris, pourquoi ces orphelins ?
Pour un simple, un tout petit rien :
L'infidélité d'une femme.
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MarjorieD
  15 juillet 2017
Plus un roman me plaît, plus il est difficile pour moi d'en faire la « critique ». D'autant plus que dans le cas présent, le roman est devenu un classique. Un chef-d'oeuvre, oui, pour moi, modeste lectrice de 2017. Comment éviter les écueils de la fiche de lecture, de l'analyse littéraire, pour ne laisser que son ressenti, ses émotions ? Certes, pour apprécier toute la saveur de ce roman, il faut en avoir quelques prérequis, quelques clés de lecture : « Il faut toujours replacer une oeuvre dans son contexte historique, géographique et social », nous disait notre professeur de littérature, Mr Raymond Trousson, dont je salue la mémoire.

La Bête humaine (1890) est le 17ème volume sur les 20 que compte « Les Rougon-Macquart. Histoire Naturelle et sociale d'une Famille sous le second Empire ». Ce titre est à lui seul tout un programme…
L'action du roman se déroule sur les 18 mois qui précèdent la guerre franco-prussienne, marquant le déclin puis la fin du second Empire et l'avènement de la troisième République en 1870. Sur cet aspect historico-politique, je ne m'étendrai pas. Je retiendrai juste que Zola l'aborde par l'intermédiaire des personnages de Grandmorin, Denizet (juge d'instruction) et Camille-Lamotte (secrétaire général) ; par le truchement de l'enquête policière et de l'instruction consécutive aux deux « affaires », fustigeant la magistrature, le système judiciaire qui condamne les innocents au profit de l'arrivisme politique.
Le XIXème siècle, c'est l'avènement de l'industrie. On applique les principes de la thermodynamique de la machine à vapeur aux moyens de transport : la locomotive à vapeur devient le symbole de la Révolution Industrielle et du progrès en marche. Zola assiste à l'accession de la bourgeoisie en tant que classe dirigeante et tandis qu'une société hypercapitaliste se fait jour, l'argent devient un thème littéraire. Zola n'aura de cesse de renvoyer dos à dos l'insolence de ses privilégiés et la misère de ses victimes.
H. Taine applique le déterminisme au domaine des sciences humaines. C'est à lui, ainsi qu'à Claude Bernard (Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, 1865) et à Prosper Lucas (Traité de l'hérédité naturelle, 1847-1850) que Zola emprunte les lois scientifiques sur lesquelles il fonde son projet des Rougon-Macquart, tel qu'expliqué dans la préface à la Fortune des Rougon (1871) :

« L'hérédité a ses lois, comme la pesanteur. Je tâcherai de suivre, en résolvant la double question des tempéraments et des milieux, le fil qui conduit mathématiquement d'un homme à un autre homme »

Ceci implique la subordination de la psychologie à la physiologie et la prééminence des instincts : les conditions physiologiques ainsi que l'influence du milieu et des circonstances déterminent la personne.

De fait, La Bête humaine illustre bel et bien la doctrine naturaliste, tombée en désuétude. Mais ce qui fait le génie de son chef de file, c'est qu'il déborde souvent, et particulièrement dans ce roman, du cadre froid et strict qu'il s'est lui-même imposé, au point d'en devenir épique. Et ce livre, je l'ai dévoré comme un « page turner ». Oui, je sais, c'est un anachronisme, un terme que l'on attribue de nos jours au roman policier et au thriller et c'est à dessein que je l'utilise.
Il y a un tel dynamisme, jusque dans les descriptions, et avant tout dans la construction où rien n'est laissé au hasard. Chaque personnage, chaque lieu, chaque phrase, chaque mot, chaque couleur même est à sa place et a son importance.
Zola utilise avec maestria le système ferroviaire comme métaphore et de la composition romanesque et de l'hérédité. Les principes de la thermodynamique sont la logique même de la transmission héréditaire. Réunies dans une même vision, la vie (le monde animé) est perçue comme un mécanisme et une somme d'énergies, tandis que la matière (monde inanimé) s'emplit d'un souffle vital. Je me suis réellement prise d'affection pour la Lison, ainsi que d'une femme amoureuse et docile, délaissée car supplantée par Séverine dans le coeur de Jacques. Vous en connaissez (ou découvrirez) la fin, furieuse et tragique. Je ne sais pas vous, mais moi je trouve qu'elles avaient de la gueule ces anciennes locomotives à vapeur, du caractère, comparées à nos insipides machines électriques actuelles… Je referme la parenthèse.

D'où l'ambivalence du titre, La Bête humaine. À quoi, à qui se rapporte-t-il exactement ? À la Lison, à Jacques Lantier ? Cet oxymore prête à différentes interprétations, toutes légitimes. Pour ma part, j'adopterai plutôt l'avis de ceux qui le renvoient à l'inconscient, même si, en 1890 la psychanalyse n'en n'était qu'à ses balbutiements. Ne s'attachant pas à une classe sociale ou à une caste en particulier, un peu à part dans le cycle, ce roman est celui du crime, du meurtrier. Chaque personnage est un criminel en acte, en puissance ou par procuration, Jacques cumulant les trois. Qu'est-ce qui les motive à tuer ? Pour certains, c'est l'argent (le couple Misard/Phasie dont l'obsession, la passion, nous les rendent ridiculement tragiques. Misard est le type de l'assassin froid et calculateur). Pour tous les autres, c'est l'amour, synonyme de jalousie et de possession. Dès lors, la Bête, c'est la passion, l'instinct, l'inconscient, qui l'emporte sur la raison et l'éducation, sur l'humain.
Jacques est le criminel né, celui qui possède cette fêlure en lui, en digne héritier de l'aïeule « tarée » mais dont Zola fait remonter l'origine bien au-delà, jusqu'aux prémices de l'humanité. C'est l'amour et la mort qui unissent Jacques, l'homme, et Séverine, la femme, prédestinés l'un à l'autre. Eros et Thanatos. Par ailleurs, Jacques préfigure le tueur en série « moderne » : même une fois rassasiée la Bête, l'instinct de meurtre contre lequel il aura beau lutter, n'aura de cesse de se manifester, encore et encore, réclamant toujours plus de sang. Il est paradoxal que Jacques soit le seul à éprouver quelques scrupules.

Cette prééminence accordée aux instincts, aux sens, en fait un roman éminemment sensuel tandis que la prédestination est la caractéristique même de la tragédie antique. En dépit de sa science, l'être humain n'échappe pas à son destin. le progrès qui en découle le précipite vers sa chute, vers ce carnage allégorique de la catastrophe ferroviaire annonçant l'autre, bien réel celui-là.
C'est une vision sombre et pessimiste de la condition humaine qu'a Zola, à rapprocher de celle de Schoppenhauer.

Enfin, et pour conclure, je dirais que si Zola est encore lu et apprécié aujourd'hui, c'est parce qu'il était et reste un écrivain résolument moderne, voire visionnaire pour certains aspects.

Pour écrire cette « critique », je me suis aidée de ce bon vieux Lagarde et Michard. Par ailleurs, je ne peux que vous renvoyer à la préface d'Anne Percin (lue après avoir refermé le roman) aussi pertinente que bien écrite.
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colimasson
  25 juillet 2015
La « Bête humaine » est l'un des romans les plus passionnants de la série des Rougon-Macquart. Pas qu'on damnerait son âme de lecteur pour en apprendre le plus possible sur le développement des trains et du réseau ferroviaire au 19e siècle, mais Zola a visé juste en ayant l'idée malicieuse de suggérer que le développement des techniques pouvait aller de pair avec le dérèglement des moeurs. La locomotive gronde et consomme avidement son carburant, pas difficile de voir que l'homme aux appétits démesurés pourra se confondre avec cette nouvelle machine. Plus de brides : c'est la voie ouverte au progrès, allons-y gaiement pour tout brûler et carboniser au fourneau des désirs insatiables. Même pas indigeste, on en redemanderait.
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nadiouchka
  02 mai 2020
Une bête ? Et en plus humaine ? Voyons, voyons : c'est vite vu : il s'agit de « La bête humaine» de Zola bien sûr ! Un grand classique du XIXe siècle. Ce livre a été publié en 1890 et constitue le dix-septième roman du cycle des Rougon-Macquart (qui en compte vingt).📚 On peut lire en page 20 :
« La bête humaine est un roman expérimental en ce sens un peu particulier que Zola n'avait pas prévu dans son grand texte théorique... (…) Elle explore une réalité encore à peine soupçonnée qui n'est pas psychologique et plus seulement physiologique…. » Suivent plusieurs pages de présentation écrites par Gisèle Séginger et il est agrémenté, tout au long du texte, de quelques illustrations en noir et blanc.

Mais passons à l'histoire. Roman classique mais de nos jours, on peut le comparer à un roman policier ❤🔪 et difficile d'en parler car l'ouvrage est dense par les faits. Il comporte aussi des notions Historiques et politiques .

Et cette fameuse bête n'est tout simplement que la locomotive (La Lison ) dont le conducteur est Jacques Lantier (fils de Gervaise, qui a hérité du « sang gâté des Macquart ») et assure le trajet entre Le Havre et Paris. Quant aux autres personnages, on pourrait citer : Roubaud et Mme Roubaud, Séverine, Misard, Cabuche, Grandmorin, Denizet, Camy-Lamotte…. Amour, meurtre et des rails (ceux du chemin de fer).

Quand Lantier est témoin d'un crime, sa « Lison » s'emballe et devient une bête, elle fonce et prend les commandes : elle qui a été tellement adorée 💕 par Lantier, elle devient « impitoyable ». Son comportement ressemble tellement à celui d'une femme, la seule que Lantier a pu supporter pendant longtemps.

Zola, a pris la gare Saint-Lazare comme l'épicentre de ce drame et a démontré ainsi de l'impressionnisme : « Là où aujourd'hui la peinture, écrivait-il à propos des toiles de Claude Monet lors de l'exposition de 1877, nos artistes doivent trouver la poésie des gares comme leurs pères ont trouvé celle des forêts et des fleuves. »

Il ne faut pas trop en dévoiler de cette histoire noire, mais on peut se demander si Lantier ne peut pas être considéré, lui aussi, comme une bête. Après tout, il a des sentiments destructeurs.

Le récit est trépidant, il y a de la violence, certaines descriptions sont assez éprouvantes.

Si mon livre « La Bête humaine » est paru dans la collection « Le Livre de Poche », il n'en compte pas moins de 509 pages, très fournies.

Quant à la fin ! En voici quelques lignes : « Qu'importaient les victimes que la machine écrasait en chemin ! N'allait-elle pas quand même à l'avenir, insoucieuse du sang répandu ? Sans conducteur au milieu des ténèbres, en bête aveugle et sourde qu'on aurait lâchée parmi la mort, elle roulait, elle roulait, chargée de cette chair à canon, de ces soldats, déjà hébergés de fatigue, et ivres qui chantaient. »

Qui parle de chanson ? Il m'en est venue une à l'esprit, peut-être pas très appropriée (quoique), « Le Train du soir » de Gérard Manset :

🎵 ♫« Pour tous ceux qui n'ont plus de raison de vivre
Qu'ils s'assoient sur le trottoir
Il reste le train du soir
Qui roule, qui roule dans le noir
Qui roule, qui roule dans le noir.
Y'a le train qui roule dans le noir
Comme un chien qui pleure dans un couloir
Et moi je pense à toi, et je pense.
Et y'a le train qui roule dans le noir
Comme un boulet de feu dans ma mémoire.
Pour tous ceux qui n'ont plus de femme, plus de maison
Plus de raison d'y croire
Il reste le train du soir
Qui roule, qui roule dans le noir
Qui roule, qui roule dans ma mémoire.
Y'a le train qui roule dans la nuit
Comme un chien qui pleure dans un taudis
Et moi je pense à toi, et je pense.
Et y'a le train qui roule dans le noir
Comme un boulet de feu dans ma mémoire
Et moi je pense… » etc...🎵 ♫

En conclusion, encore un grand classique de Zola, à relire pour le redécouvrir.

Nota : En fin de livre, se trouvent des « Commentaires » bien utiles. 👍
A signaler que ce livre a été adapté au cinéma 🎬
⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️
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Allantvers
  19 mars 2018
Parvenue aux deux tiers des Rougon Macquart, je pensais avoir touché le fonds en matière d'aperçu de toutes les teintes de noirceur de l'âme humaine, jusqu'aux plus sombres : raté, il y avait encore un degré à franchir avec « La bête humaine », qui nous amène au coeur de l'indicible, là où Eros et Thanatos luttent et se confondent.
Je ne saurais vous dire à quel point ce thriller au suspens haletant, sombrissime au point de noircir les étendues de neige qui le traversent, m'a collée au récit. De chapitre en chapitre, les instincts de mort se dévoilent sous chaque caractère, n'épargnant aucun personnage : du notable sadique assassiné pour ses crimes à l'assassin vengeur, de la jeune femme faussement candide qui ne renâcle pas longtemps à tuer pour libérer devant elle le chemin de sa vie au mari qui lentement empoisonne son épouse pour récupérer son magot, tous ceux-là, ouvertement ou non, maquillent une âme bouillonnante d'instincts tueurs. Et tous donneront la mort, même Cabuche, celui que tout son être désigne comme assassin, qui n'a pas ces instincts-là. Même Lison, la puissante locomotive conduite par Jacques Lantier et qui entraine jour après jour ces centaines de citoyens vers leur brutal avenir, porte en elle la mort.
Il n'y a guère que Jacques pour s'émouvoir de ses propres pulsions, terrifié par cet autre lui-même qui prend possession de ses sens à la vue de la gorge d'une femme, luttant pour maintenir en place ses garde-fous moraux, et à qui les turpitudes mortifères des autres serviront de catharsis.
Quelle terrible histoire que celle de ces bêtes humaines viciées par nature et par l'époque délétère de fin d'empire, pleine de rebondissements et de sordide ! Un roman noir hivernal qui glace jusqu'aux os, l'un des plus trépidants de la grande saga de Zola.

Challenge XIXème siècle 2018
Challenge Multi-défis 2018
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fredho
  17 décembre 2013
Roubaud sous chef de gare a épousé Séverine, une jeune fille qui au décès de ses parents a été adoptée par M. Grandmorin, président de la compagnie ferroviaire.
Un soir après un repas bien arrosé, Roubaud se met dans une colère folle quand il apprend que sa jeune femme a été abusée par son tuteur durant sa jeunesse. Aveuglé par la jalousie, se sentant profondément trahi, il décide avec la complicité de sa femme d'assassiner le président Grandmorin.
Jacques Lantier conducteur de train, assiste au crime mais décide de se taire. Lors des interrogatoires judiciaires sur l'assassinat il croise le couple Roubaud, aussi, très attirés l'un vers l'autre Séverine et Jacques vont devenir amants et entretenir une relation passionnelle. Mais Jacques porte une lourde hérédité alcoolique, il est souvent pris de pulsions meurtrières qu'il maîtrise avec beaucoup de difficulté.
Le couple Roubaud vacille, et Séverine se sent menacée par son mari, emportée par sa passion pour Lantier elle lui confie l'abominable meurtre dont elle fut complice.
Souillée à 16 ans par son tuteur, violentée par son mari, Séverine garde malgré tout une candeur d'enfant et trouve dans les bras de Jacques un bonheur voluptueux qu'elle n'espérait plus.
Mais est-elle réellement en sécurité dans les bras de son amant, et Jacques réussira-t-il à contenir ses pulsions meurtrières ?
Un roman très noir sur des meurtres sanguinolents, une justice défaillante, l'auteur porte un regard sur la violence portée aux femmes, sur les dérives de l'alcool tout cela dépeint sous un décor obscurci par le milieu sordide des chemins de fer. Une histoire mélodramatique qui file sur les rails des chemins de fer, emportée par la locomotive nommée Lison que Jacques identifie presque à une personne et dont il voue une passion indicible.
Zola décortique à vif l'âme de ses personnages emplis de douleur, de perversité et d'immoralité.
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