AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
Critiques sur Les Rougon-Macquart, tome 18 : L'Argent (41)
Classer par :   Date   Les plus appréciées  



Ajouter une critique
Nastasia-B
  16 juin 2014
L'argent... tiens, tiens, ça me dit quelque chose en ce moment... Un peu comme si une frénésie d'argent s'emparait de tout et de tout le monde avec des airs de jouer au ballon... Mais non, j'ai dû me tromper de sujet, il n'y a aucun rapport entre le sport et l'argent... Les joueurs ne sont pas une marchandise cotée en bourse... euh...

L'Argent, oui, nous y sommes en plein, L'Argent, un des plus magnifiques livres des Rougon-Macquart, selon moi, où l'on suivra cette fois Aristide Rougon, le frère du ministre, nommé Saccard, qu'on avait déjà vu à l'oeuvre dans La Curée, livre auquel je vous renvoie pour comprendre les raisons de ce changement de nom.

Ici seront moins détaillés les vices et les dérives du luxe comme dans La Curée (ou Nana) et l'angle de vue sera davantage focalisé sur les mécanismes financiers, un peu à la manière d'Au Bonheur Des Dames qui détaillait quant à lui la mécanique marchande.

Nous retrouvons Aristide, quelques années après ses déboires de la fin de la Curée, en pleine forme, as de la finance, mais emporté comme toujours par son euphorie du jeu et de l'argent facile sur un coup de dé. Il est sujet, dans sa frénésie du gain, à la perte totale de contrôle, quitte à faire tomber tout le monde dans son sillage. Cela ne vous rappelle pas certaines affaires récentes ou moins récentes et un certain Jérôme Kerviel (et tellement, tellement d'autres) ?

Dans ses tractations, le délit d'initié est roi. Cela ne vous rappelle pas l'affaire EADS (entre autres) ou plus anciennement Pechiney et son lien avec le pouvoir de l'époque (Mitterand). Ici, c'est Huret, l'homme de main du ministre et frère de Saccard (voir le n°6 Son Excellence Eugène Rougon).

Mais aujourd'hui il n'y a plus rien à craindre de ce genre puisqu'il n'y a plus aucun lien entre les hommes de pouvoirs et de finance (aucune élection qui soit pilotée, aux USA ou ailleurs, par des gros financiers, même pas un petit Sarkozy qu'on essaierait de caser, même pas le frère de l'ancien président à un poste important au MEDEF, rien, tout ça c'est du passé, maintenant tout est propre, à gauche comme à droite, l'intégrité fait loi !).

Bref, on est surpris de voir à quel point rien n'a changé, à quel point la finance était, est et restera une gigantesque magouille légale, qui fait ce qu'elle veut, et qui dicte aux politiques leur marche à suivre.

Saccard me fait penser à Jean-Marie Messier, génial tant qu'il gagnait, bon à jeter aux cochons quand l'empire s'écroula. Tous les rats de la bourse quittent évidemment le navire au premier tangage et seuls restent sur le carreau les petits actionnaires qui ont toujours une guerre de retard car ils ne jouent pas dans la même cour. Je le dis à tout hasard mais ça ne vous rappelle pas un scénario de 2008 ?

Le texte de Zola est extrêmement documentaire et décrit quasi intégralement le scandale de la banque Union Générale en 1882, désignée dans le roman sous le nom L'Universelle. Gundermann est le financier juif concurrent du fervent catholique et monarchiste Saccard. On reconnaît sans peine le portrait de James de Rothschild sous Gundermann et de Paul Eugène Bontoux sous Saccard même si historiquement, les deux hommes ne se sont jamais affrontés car James de Rothschild est mort avant même la création de la banque de Bontoux.

Autre personnage étrange du roman, Sigismond, le frère chétif du plus abject charognard du roman, communiste convaincu auquel Zola fait dire des tirades pleines d'utopie et qui annoncent déjà en quoi le communisme était voué à l'échec avant même d'avoir vu le jour.

C'est donc un chef-d'oeuvre visionnaire que vous avez là sous les yeux, un quasi essai, un texte, à beaucoup d'égards, plus journalistique et documentaire que romanesque. À lire absolument si l'on souhaite ouvrir un peu son regard sur la manière dont fonctionne le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Un monde qui, je crois, répond plus que jamais à cette description — cruellement réaliste —, mais ce n'est là que mon avis, à ne pas prendre pour argent comptant, c'est-à-dire, pas grand-chose.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1104
FredMartineau
  17 avril 2016
L'Argent est le 18e roman du cycle des Rougon-Macquart, que je lis comme une poule qui picorerait sa mangeoire par intermittence, en sachant que le bon grain est là, qu'il m'attend et ne s'en ira pas. Quelques années ont passé depuis le dernier, mais j'ai retrouvé avec la même admiration, un plaisir jamais démenti, le réalisme de Zola. Il nous plonge dans la frénésie boursière, l'univers impitoyable des spéculateurs, la société sous Napoléon III dont il déroule des tranches choisies sans oublier la misère, le sordide et les destins tragiques. L'auteur s'est inspiré du scandale de la banque de Panama, qui défraya la chronique à la fin du 19e pour composer la trame de l'Argent. Il pourrait écrire le même livre aujourd'hui. Rien n'a changé. La spéculation domine le monde, l'explosion des bulles ruine et paupérise des millions de gens, la presse aux ordres de la finance participe du grand cirque. Les Saccard s'appellent Messier, les Gundermann Soros, mais les mêmes causes produisent les mêmes effets. Des sociétés sont valorisées à des montants faramineux qui ne reposent sur aucun actif tangible avant de se révéler des coquilles vides qui se brisent à la moindre pression sérieuse. En ce moment, les licornes drainent l'épargne des naïfs en quête d'une part du rêve promis. le système n'a rien appris de ce passé, ne veut pas se remettre en question malgré la certitude de la survenue de prochaines crises. Il continue à croire en la toute-puissance des marchés, en leur rationalité, en leur potentiel de développement, alors que tout montre l'inverse. Le veau d'or rend arrogant,sourd et aveugle. L'illustration de Zola emporte dans un voyage vers le futur. le mien sera celui d'un nouveau tome de sa série.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          330
Allantvers
  09 avril 2018
L'Argent de Zola : une nouvelle preuve que la saga des Rougon Macquart fait oeuvre de marqueur intemporel de l'évolution des sociétés humaines !
Nous voilà revenus, après la Curée, dans l'univers de l'argent. le gros argent, celui de la Bourse, que l'on fait couler à flot pour le seul plaisir de le sentir couler, quitte à dévaster dans son sillage tout ce qui l'a fait naître et grossir, les projets économiques viables et utiles comme les illusions des petites gens.
C'est cette soif inaltérable qui fait vibrer Saccard, filou magnifique, financier véreux, et qui le pousse à prendre appui sur les projets de développement en Orient de Hamelin et sa soeur, madame Caroline, pour faire sur la place de Paris la démonstration de sa puissance à travers la création de la Banque Universelle. Faisant peu de cas des quelques malversations nécessaires à son essor, il n'a de cesse de la pousser haut, toujours plus haut, entrainant avec lui dans un mouvement croissant d'hystéries collectives argentiers, entrepreneurs, nobles et politiciens corrompus, et surtout tout une kyrielle de petits porteurs d'abord sages puis rendus fous par l'appât du gain, jusqu'à l'effondrement final.

A travers le récit de la naissance à la mort de cette banque fondée sur une vision de prospérité saine mais viciée dès l'origine par des appétits démesurés, ce n'est pas seulement sous l'angle de la spéculation, de l'avidité, de la corruption et de la griserie du jeu que Zola nous présente l'argent ; en fin analyste et habile conteur, l'auteur met en regard de ces noirs aspects, grâce à une fantastique galerie de personnages de tous milieux, ce que l'argent apporte de positif aux hommes et aux sociétés : progrès économique et social, carburant pour employer les énergies créatives, recul de la misère. Utopies balayées au final, dans une scène paroxystique de débandade à la corbeille dont tant ressortiront rincés, finis, sauf ceux qui, tels Madame Caroline, restent riches de leurs valeurs.

J'ai dévoré cet opus trépidant et édifiant des Rougon, parfait de bout en bout, pour lequel je regrette juste le développement inabouti du personnage de Victor, fils caché de Saccard qui aurait pu mieux éclairer en creux et le caractère de son père, et celui de l'époque.



+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          313
LiliGalipette
  17 mai 2013
Nous retrouvons Aristide Saccard qui avait brassé tant de millions dans La curée, largement cocu et en passe d'être ruiné à la fin du roman. Nous voici 12 ans plus tard : après de sérieux revers de fortune, Saccard a tout perdu et il a dû vendre son superbe hôtel de la rue Monceau pour payer ses créanciers. Mais la rage de réussir tenaille toujours l'ancien spéculateur immobilier et c'est vers la Bourse qu'il tourne des regards avides. Hélas, il se chuchote que l'Empire court à sa fin : de prochaines élections pourraient le renverser et la guerre menace. « Est-ce que cet empire qui l'avait fait, allait comme lui culbuter, croulant tout d'un coup de la destinée la plus haute à la plus misérable ? » (p. 12) Et la Bourse est très sensible au climat politique : y entrer demande des nerfs d'acier, une solide connaissance de l'actualité, mais aussi un goût pour le jeu et le pari, surtout s'il est fou, hors normes.

Sachant ne pouvoir compter que sur lui-même, et certainement pas sur Eugène Rougon, son ministre de frère, Saccard fait fi des menaces qui planent : il lance ses dernières économies et toute son énergie dans la création de la Banque universelle, société de crédit destinée à financer de grands projets en Orient. « Rien n'était possible sans l'argent, l'argent liquide qui coule, qui pénètre partout. » (p. 154) Pour constituer le capital, Aristide Saccard attire de pauvres gens aux maigres économies, des nobles déchus rêvant de gloire retrouvée et toute une traîne de profiteurs qui espèrent d'enrichir dans la juteuse affaire.

L'homme est convaincu de sa haute intelligence financière et persuadé de faire fortune, pour une fois de façon durable. Aux quelques amis qui lui recommandent la prudence, notamment parce qu'il joue avec l'argent des autres, il répond plein de morgue qu'il connaît son métier. « Non, vous pouvez être tranquille, la spéculation ne dévore que les maladroits. » (p. 166) Et les premiers temps, la Bourse semble lui donner raison : la valeur des actions de la Banque universelle ne cesse de monter et Saccard savoure sa victoire et sa domination retrouvée sur les autres financiers parisiens. Mais la fièvre le gagne : voulant sans cesse augmenter la valeur de ses actions, il achète ses propres titres en catimini pour faire croire à une demande incessante. La manipulation est habile, mais risquée puisque l'édifice bancaire risque alors de s'effondrer sur lui-même. À cela s'ajoute une sordide histoire d'enfant naturel qui ressurgir après des années de silence.

Après La curée qui dénonçait les pratiques frauduleuses des spéculateurs immobilières et La terre qui peignait un tableau sans concession de l'avarice paysanne, L'argent est le point d'orgue d'une fièvre de possession. Nullement échaudé ou guéri après ses premiers échecs, Saccard se laisse dominer par une obsession de richesse sans mesure. « L'argent, l'argent roi, l'argent Dieu, au-dessus du sang, au-dessus des larmes, adoré plus haut que les vains scrupules humains, dans l'infini de sa présence. » (p. 274) Dans le milieu boursier où l'argent ne se compte qu'à millions, rares sont ceux qui semblent capables de se maîtriser. Parmi eux, il y a les juifs qui, tout au long du roman, sont accusés des pires malversations et à qui l'on prête les pires desseins. Voilà hélas un cliché qui a la vie dure.

J'avais un peu peiné sur Son excellence Eugène Rougon et les longues considérations politiques sur le clientélisme. Ma lecture de L'argent a été encore plus difficile. Il faut tout de même relativiser puisque j'ai lu les 500 pages de ce volume en 3 jours, mais les descriptions de la Bourse et autres mécanismes financiers m'ont parfaitement barbée ! Heureusement, toujours aussi puissante et aiguisée, la plume d'Émile Zola sait emmener son lecteur dans une histoire où le sordide se dissimule souvent derrière les rideaux. Je ne suis pas déçue de cette lecture, mais j'en sors soulagée. Émile, mon chéri, entre amis, il ne faudrait jamais parler d'argent.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          284
colimasson
  29 mars 2015
Malgré les abondantes études qu'Emile Zola consacra à la question sociale et au marxisme en amont de l'écriture de ce volume, le roman de L'Argent ne permet pas de saisir d'un coup d'oeil la nature du système économique de la fin du 19e siècle. 400 pages de réflexion dans ses brouillons seront réduites à un feuillet dans le roman ; pour le reste, Emile Zola connaissait mal la Bourse. Sa vie durant, il n'eut jamais à gérer ses finances. Son éditeur Fasquelle lui tenait lieu de banquier et Zola lui demandait à mesure les sommes dont il avait besoin, sans qu'il ne lui soit nécessaire de se préoccuper plus attentivement des mécanismes de la banque.


C'est tant pis mais c'est aussi tant mieux : nous n'apprendrons peut-être pas grand-chose de surprenant concernant les processus déjà avides qui fondent le système bancaire à la fin de ce siècle (les processus de notre époque, bien plus abstraits et enchevêtrés, seraient une source mille fois plus prodigue en étonnement et consternation) mais nous suivrons avec émotion la démonstration dressée par Emile Zola pour traduire ce que suscita peut-être son étude préalable : le grand scandale selon lequel la misère n'est pas provoquée par l'argent mais par l'accaparement de l'argent dans une société qui se fonde sur l'exploitation des multitudes par quelques privilégiés.


L'intrigue s'inspire de l'affaire Bontoux qui suscita le Krach de l'Union générale en janvier 1882. Cette déconfiture fut ensuite utilisée pour accuser, entre autres, les juifs et les francs-maçons. Ce roman traduit d'ailleurs très bien l'antisémitisme naissant et relié aux envies, aux jalousies et aux ambitions folles dont la source est la concurrence économique. le discours d'Emile Zola est intelligent et mesuré. Il aurait été facile de blâmer uniquement l'argent et d'en faire l'image d'un dieu avilissant qui soumet une population d'êtres humains purs par nature, mais Emile Zola préfère souligner la culpabilité de l'homme dans l'établissement d'un système dominé par l'argent. A cause de l'homme, l'argent est devenu sale : il a tout souillé, même, et surtout, le désir. Et dans cette décrépitude du lien, de l'estime et de la dignité, que devient l'amour ?


A travers L'Argent, Emile Zola s'est posé beaucoup de questions qui ont le mérite de l'intemporalité. Saurons-nous jamais créer quelque chose de noble avec et malgré l'argent, ou notre nature même nous en empêchera-t-elle toujours ?
Lien : http://colimasson.blogspot.f..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
PiertyM
  12 mars 2016
Zola nous plonge dans ce tome dans le royaume du pouvoir car l'argent c'est le pouvoir, quand on tombe dans ses mailles au point d'en faire un acquis, on voudra toujours, encore et encore
Commenter  J’apprécie          230
Fabinou7
  10 mars 2018
Cet opus des Rougon-Macquart de Zola se concentre autour du personnage de Saccard, le personnage est animé par un désir profond de pouvoir, de puissance mais ce pouvoir passe par l'accumulation d'argent. Les batailles ont lieu à la bourse est non plus dans les prairies. La lutte virile contre son ennemi le banquier Gundermann anime Saccard. un temps on peut penser que le personnage est intéressé par l'accomplissement d'une mission chrétienne dans cette France encore première fille de l'Eglise, mais il s'agit d'un prétexte mensonger pour Saccard et un formidable argument de vente. Cela dit, peut être que les voeux de développement humain de la région du moyen orient ou de renaissance de la ferveur des croisades ne sont ils que des histoires que se racontent peut être chacun des personnages pour pouvoir masquer au monde et surtout à eux-même leur envie de s'enrichir par la spéculation, c'est à dire depuis leur séjour, leur divan (cela va de Madame de Beauvilliers à Mademoiselle Caroline Hamelin et son frère).

Un mot du style de Zola, l'inventeur du roman naturaliste, ce mouvement littéraire de la fin du XIXe siècle né dans le prolongement du réalisme entend faire du romancier un scientifique au plus proche de l'expérience du réel tout cela sans enjoliver le réel. le roman naturalisme prend les personnages tels qu'ils sont dans la vie et dépeint au plus près leurs traits, gracieux et disgracieux sans n'en rien épargner à la pudeur. Certes, Zola n'a pas la syntaxe de Flaubert, le verbe de Barbey d'Aurevilly ou le romanesque de Stendhal mais qu'importe. Il ne serait pas de bon ton d'opposer les auteurs car ce que Zola apporte est un air frais, venu d'en bas, venu du peuple sur le roman qui si souvent ne s'intéresse qu'au monde - souvent le même - dans lequel évolue son auteur. Alors à celles et ceux qui reprocheraient à Zola son manque de poésie, Hannah Arendt disait "on peut raconter des histoires et écrire des poèmes sur la vie, on ne peut rendre la vie poétique, la vivre comme si c'était une oeuvre d'art"; le prix à payer lorsque l'on veut (d)écrire au plus près ce que fut le réel.


Dans l'Argent, premier indice, nous sommes à la fin du second Empire, et des personnages réels tels que Bismarck apparaissent dans le roman, mais également nombre d'évènements de la vie politique de l'époque. Pour décrire le commerce de l'argent, l'auteur s'est beaucoup documenté, notamment pour dépeindre le mécanisme de ce “marché” pas comme les autres que constitue le marché boursier du XIXe siècle avec ces ordres, ces papiers, ces coulissiers, ces hommes de pailles etc.. mais également le fonctionnement des opérations de capital, les augmentations, les offres au public, les primes d'émissions, le code de commerce, habilement détourné par Saccard en faisant racheter par l'Universelle ses propres actions pour soutenir l'insatiable hausse du cours jusqu'à plonger les porteurs dans la ruine.
Mais au delà du détail, c'est l'atmosphère de la Bourse qui saisi le lecteur dans ses angoisses, ses fulgurances, ses émois et son éternel tumulte.
En plus de l'intérêt quasi-documentaire, le lecteur trouvera une réflexion littéraire sur l'argent et son impact à la fois sur la société, au travers de personnages comme Sigismond, le marxiste, qui promet sa disparition prochaine, mais également dans le coeur des hommes, avec les sentiments de Madame Caroline qui finit par y voir la corruption des coeurs et des âmes, de la Méchain et Busch qui le pourchasse sans jamais donner l'impression de le trouver. Chez les Maraud et autres joueurs et commentateurs qui se passionnent pour l'exaltation aléatoire du temple de la Bourse.
Et bien sur Saccard pour qui l'argent est la source de tout, dépassant ses rêves de gloire orientale et même son antisémitisme tenace, comme ivre de son pouvoir financier Saccard ne cesse d'appeler l'argent mais jamais ne profite de cet fortune amassée.
Etrangement, à la chute de l'Universelle, les réactions sont partagées, certains en veulent à Saccard d'avoir triché, de s'être noyé dans son avidité et sa quête folle de pouvoir au point d'oublier tous ceux qui lui avait fait confiance. D'autres en revanche gardent pour lui de la sympathie et même de la reconnaissance, prêts à lui faire confiance de nouveau tant la fulgurence de l'universelle reste un espoir à leurs yeux. Puis par contingence, Saccard a pu faire le bien, notamment pour Jordan et son épouse Marcelle.
Le personnage de Saccard suscite l'ambivalence, on aime à détester cet antihéros animé par peu de bons sentiments. Notre image du personnage est sans cesse questionné par le point de vue des autres personnages. Mais c'est peut être à Madame Caroline que nous devons le meilleur portrait de Saccard, personnification de l'argent comme un mal nécessaire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          216
cmpf
  21 octobre 2014
Où l'on retrouve Saccard, héros de deux volumes, comme Jean. Deux volumes séparés par seize autres titres alors qu'ils ne sont distants que de quelques mois. L'histoire s'étend de 1864 à 1869.
Une nouvelle fois Saccard veut trouver un moyen de s'enrichir. Il décide de s'attaquer aux banques juives en créant une banque catholique. Mais Saccard étant ce qu'il est, cela ne se fait pas sans irrégularités. Il s'entoure de personnes dont le nom inspire confiance mais qui ne sont pas irréprochables, utilise un prête nom pour acheter fictivement des actions, ne recule pas devant ce qu'on appellerait aujourd'hui un délit d'initié… Mais personnalité complexe, il s'occupe parallèlement très honnêtement de la comptabilité d'une maison destinée à recevoir des enfants afin de leur permettre d'apprendre un métier et la moralité.
Autant le dire tout de suite, ce n'est pas du tout mon préféré. Sans doute parce qu'il concerne « ce mystère des opérations financières où peu de cervelles françaises pénètrent », en tout cas pas la mienne.
En revanche j'ai apprécié les portraits des divers personnages : l'ingénieur Hamelin et sa soeur Mme Caroline, qui de retour d'orient avec des projets de développement, cherchent des fonds pour leur donner vie. Sigismond le socialiste rêveur qui imagine des mondes parfaits sur le papier mais ignore tout du monde réel et ne s'aperçoit pas que son frère recouvreur de dettes peu scrupuleux fait partie de ceux qu'il veut abattre. Les dames de Beauvilliers mère et fille, ruinées mais qui ne veulent pas déroger à leur rang…
Zola oppose le personnage de Saccard mené par ses passions à celui du banquier juif Gunderman de tempérament très froid. Il y a d'ailleurs de nombreuses attaques contre les juifs dont je ne suis pas certaine qu'elles ont toujours été lues comme des condamnations de l'opinion antisémite de l'époque. Car je suppose que cela ne reflète pas celle de Zola. Zola qui une fois encore a voulu faire un panorama le plus complet possible de la société du Second Empire et a taché d'y mettre beaucoup de choses, la banque et la bourse bien sûr mais aussi succinctement les journaux, le socialisme qui se développe de plus en plus, les nobles qui jusqu'alors avaient été peu présents..
le livre est inspiré du krach de la banque l'Union Générale de Bontoux et écrit au moment du scandale de Panama, dans lequel des petits épargnants auquel Ferdinand de Lesseps a fait appel ont été ruinés.
Il se termine toutefois sur la note positive de l'argent qui corrompt, qui ruine (petits épargnants), mais argent qui crée de la vie (projets de Hamelin).

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          172
Gwen21
  30 octobre 2012
Ecriture magistrale comme toujours avec Emile Zola. Cependant, léger bémol personnel sur ce tome extrêmement ardu à lire pour une personne comme moi dont le cerveau rejette obstinément toutes les notions se rapportant à la Bourse, au monde de la Finance ou tout simplement aux Mathématiques.

Difficile, dans ces conditions, de saisir dans toute son intensité l'enjeu du récit qui est centré, comme son titre l'indique, sur l'argent. Je me souviens néanmoins avoir lu ce roman en 2008, juste après la Crise économique et je me rappelle avoir été douloureusement frappée par l'actualité du texte de Zola qui se calquait alors parfaitement à l'actualité mondiale.

Cependant, j'ai eu toujours autant de plaisir à découvrir les personnages, toujours aussi émouvants.
Commenter  J’apprécie          173
Neneve
  18 avril 2020
Tome 18 de la série des Rougon-Macquart... mine de rien, j'arrive u bout de cette grande fresque littéraire.. Ici, nous retrouvons le personnage de Saccard, ce personnage animé par une envie profonde de pouvoir, de puissance. Cette puissance, selon lui, se mesure à l'argent accumulé... L'argent est donc le thème central de ce tome. Projet enrichissant, pot de vin, corruption, pillage des plus pauvres... On sent bien comment l'argent rend fou et Zola rend à merveille tous les travers qui peuvent lui être liés. Une bonne lecture, parce que Zola a une plume merveilleuse...
Commenter  J’apprécie          140


Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

Les personnages des Rougon Macquart

Dans l'assommoir, quelle est l'infirmité qui touche Gervaise dès la naissance

Elle est alcoolique
Elle boîte
Elle est myope
Elle est dépensière

7 questions
473 lecteurs ont répondu
Thème : Émile ZolaCréer un quiz sur ce livre