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Raoul Girardet (Autre)Henri Mitterand (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070375868
672 pages
Éditeur : Gallimard (11/09/1984)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 346 notes)
Résumé :
La Débâcle : Sedan, l'effondrement de la France impériale, frivole et corrompue, devant «l'esprit scientifique» de l'Allemagne et l'implacable mécanique de ses armées. La défaite, le siège de Paris, le brasier de la Commune, «l'exécrable semaine» de la répression versaillaise. Reportage militaire d'une scrupuleuse exactitude, fresque de deuil, de souffrance et de sang, le roman est aussi l'analyse de la déchirure qui est au cœur de la conscience collective des Franç... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
tiptop92
  11 juillet 2019
Emile Zola - La Débâcle - 1892 : On n'évoque jamais la débâcle quand on parle des livres sur la guerre qui ont compté dans l'histoire de la littérature. Pourtant c'est un des plus poignant écrit sur le sujet. Fort de sa fibre naturaliste Zola décrivait avec un réalisme cru les misères des soldats épuisés par les marches et les contremarches, affamés par le manque de ravitaillement et démoralisés par les inepties d'un commandement complètement dépassé par la situation. Il n'excluait pas non plus les souffrances des civils témoins des destructions et de l'humiliation d'un pays foulée au pied par un ennemi trop fort. le courage inutile des soldats français dans des batailles perdues d'avance sonnait le glas d'un empire en complète décrépitude à l'image de Napoléon III qu'on croisait au fil des pages ravagé par la maladie et le désespoir. L'écrivain au plus près du récit historique trempait ses personnages dans les épisodes mythiques d'un conflit qui ne rapporta que peu de gloire à une armée totalement déboussolée par l'incurie de ses chefs. Pourtant malgré la situation désespérée des héros anonymes firent le coup de feu jusqu'à la mort dans des épisodes restés célèbres comme à Bazeilles dans la maison des balles ou en participant à la charge insensée de la division Marguerite sur les lignes de défenses prussiennes. En effet ces cinq milles cavaliers lancés sabres au clair firent preuve d'une telle furia que l'empereur allemand présent sur les lieux ne pu s'empêcher de s'écrier «Ah les braves gens !!». Outre les morts, ce déchaînement de violence engendra un nombre de blessés effrayant qui subirent dans leur chair mille tourments liés à une situation sanitaire catastrophique. Zola pouvait laisser libre cours à son emphase en dépeignant les éclopés, les fiévreux et les agonisants rendus fous par la peur de mourir et la douleur. Ce livre n'était pas qu'un compte rendu asymétrique des évènements qui pendant quelques semaines enflammèrent les Ardennes et la Lorraine, c'était aussi à cause ou malgré les combats une belle histoire d'amitié entre Jean le paysan raisonnable et Maurice le citadin révolté. Ces deux-là après des débuts difficiles se donnaient l'un à l'autre comme des frères avant de laver ce lien dans le fracas terrible de la commune de Paris. Dans une coïncidence fortuite comme seuls les romanciers de l'époque pouvaient se le permettre, Jean passé dans l'armée Versaillaise transperçait de sa baïonnette Maurice qui continuait sa lutte contre l'ordre établi au côté des insurgés. Aucun apaisement ne venait donc pour eux de la fin d'un conflit qui les privait chacun de l'essentiel, l'un de la vie et l'autre de l'amour. Car Henriette la soeur du jeune sacrifié qui devait donner son corps et son âme à l'ami parfait s'éloignait dans un veuvage décidé qui excluait le meurtrier de son frère. Ce livre en même temps que la déchéance de l'empire signait la fin des Rougon-Marquart en tant que dynastie. Eux qui s'étaient élevés à la suite de cette nouvelle élite retournaient dans l'anonymat du peuple et dans des vies sans éclats… un ouvrage magnifique et terrible
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michfred
  31 mai 2019
Petite mise au point préalable:
- les récits de guerre , les longues explications stratégiques m'ennuient au plus haut point.
-même dans Les Misérables, relu trois fois,  l' interminable évocation de la bataille de Waterloo  a sur moi un effet soporifique garanti.
-je croyais naïvement que La Débâcle parlait de ma chère Commune de Paris: seule la semaine sanglante sert de théâtre tragique à sa conclusion.
Que diable allais-je donc faire dans cette Débâcle où les armées françaises s'enlisent dans l'hésitation, les revirements, les ordres et les contre- ordres avant de se faire piler vilainement à Sedan, puis trimballer, affamer, essorer de camp en camp , tandis que, dans la ville, des ambulances de campagne se transforment en boucheries, sans pansement, sans morphine, sans médecins -sang, sang, sang, par contre, beaucoup de sang- , et que les chevaux de cavalerie, démontés, débandés, déchaînés deviennent des hordes cannibales qui ravagent, mordent et tuent, rendues folles par la peur, l'abandon et la faim?
Eh bien la réponse est déjà dans ma question, laquelle  s'est laissé emporter,  malgré toutes les préventions évoquées plus haut,   par l'extraordinaire puissance de cette chronique en rouge et noir d'une défaite annoncée.
La Débâcle,  je l'avoue, oui, j'ai kiffé grave!
Dans ce maelstrom d'armées en déroute,  de soldats perdus, de généraux incompétents et sans fesse -Mac-Mahon, ce sinistre guignol, a perdu la sienne dans la bagarre!- sous le regard aussi navré qu'impuissant d'un Napoléon III quasi moribond, ridiculement escorté, sur le champ de bataille, par la cohorte rutilante  de ses bagages  et tout a fait dépassé par les événements , se déroule le grand rouleau compresseur de la défaite, de la chute et  de la honte. "Cinquante ans avaient suffi,  le monde était changé,  la défaite s'abattait, effroyable, sur les éternels vainqueurs. " rappelle,  cruellement , Zola.
Pour donner une échelle humaine susceptible de mesurer l'ampleur de ce désastre, deux personnages: le paysan et le lettré,  le terrien et le bourgeois, le conservateur et le révolutionnaire -en tout cas deux ennemis de classe-  Jean Macquard et Maurice Levasseur, d'abord hostiles l'un à l'autre, vont, au gré des périls et des péripéties, se rapprocher, devenir plus que des frères d'armes: des frères tout court!
Quelques personnages secondaires , éparpillés comme des santons sur l'échiquier guerrier permettent à Zola, au prix de quelques coïncidences un peu forcées, d'avoir le don d'ubiquité qui donne chair, sang et perspectives à ce récit formidablement mené. 
Les rythmes lents, les mouvements confus du début , deviennent  cavalcades véhémentes, charges furieuses, débandade éperdue, sous l'entropie dévastatrice de la débâcle. La guerre fait aussi son tri parmi les hommes et les femmes, distinguant les héros et les lâches, les victimes et les traîtres, les profiteurs et les purs, les assassins et les sauveurs.
C'est le grand révélateur de l'âme humaine.
Et, quittant Sedan où nous n'avons que trop piétiné, c'est un  Paris exsangue, cerné par Prussiens et Versaillais, une  Commune mise à feu et à sang, qui prête sa scène tragique aux  retrouvailles de Jean et Maurice, les deux amis...
Je n'en dirai pas plus! Laissez-vous emporter par la Débâcle. ..
Du grand Zola !
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colimasson
  26 janvier 2015
C'est un livre étonnant… Après le Rêve, roman intimiste, subtile petite épopée personnelle remplie de détails et de songes, Emile Zola fait sauter le toit de la chaumière et se rue sur la scène de l'Histoire en choisissant d'évoquer la bataille de Sedan et le siège de Paris qui précède l'établissement de la Commune en 1871.

L'individu a encore son rôle à jouer mais il est ici subordonné à la marche esclavagiste de la nation. On retrouve et découvre bien quelques personnages aux caractères nettement définis mais leurs actes et leurs pensées sont subordonnés à l'évolution nécessaire d'un régime. Ici, Emile Zola semble moins se passionner pour l'étude des caractères humains que pour l'étude d'une nation. Il procède en journaliste moderne : c'est en ne participant pas aux batailles qu'il décrit dans son livre qu'il essaie d'en restituer la vérité, nuancée par l'imagination de son esprit littéraire. Richement documenté en amont, notamment par l'intermédiaire de Duquet, il repart également sur la route parcourue par l'armée de Mac-Mahon de Reims à Sedan afin de procéder à l'autopsie d'un champ de bataille sur lequel il passa 14 jours. Ses pages denses témoignent de cette volonté de représenter crûment la vérité et de briser l'héroïque légende de la lutte militaire. La réalité se saisit également dans le langage, qu'Emile Zola n'a jamais négligé dans ses romans, et la plupart de ses dialogues saisissent à vif l'effroi suscité par les scènes de carnage et l'incompréhension d'hommes dépassés par l'histoire qui se joue au-dessus et au détriment de leurs carcasses. le rythme, l'oralité et l'argot font déjà penser au style célinien…

« On se bat dans un enclos, on défend la gare, au milieu d'un tel train, qu'il y avait de quoi rester sourd… et puis, je ne sais plus, la ville devait être prise, nous nous sommes trouvés sur une montagne, le Geissberg, comme ils disent, je crois ; et alors, là, retranchés dans une espèce de château, ce que nous en avons tué, de ces cochons ! Ils sautaient en l'air, ça faisait plaisir de les voir retomber sur le nez… Et puis, que voulez-vous ? Il en arrivait, il en arrivait toujours, dix hommes contre un, et du canon tant qu'on en demandait. le courage, dans ces histoires-là, ça ne sert qu'à rester sur le carreau. Enfin, une telle marmelade, que nous avons dû foutre le camp… N'empêche que, pour des serins, nos officiers se sont montrés de fameux serins, n'est-ce pas, Picot ? »

La Débâcle recèle des passages fameux qui ne flattent pas l'esprit militaire. Et cependant, le doute s'insinue à la fin du livre concernant la démarche adoptée par Emile Zola pour son écriture. Il faut lire l'introduction de Henri Guillemin pour comprendre l'inconfort de la position zolienne lorsqu'il publie son livre, trente ans seulement après l'avènement de la Commune. L'épisode est encore frais dans la mémoire nationale et s'il ne veut pas se départir de son ambition naturaliste et rester fidèle à lui-même, Emile Zola sait aussi qu'il doit plaire à l'élite intellectuelle qui l'attend au tournant de l'Académie. Il faut donc éviter de raconter la lâcheté des décisions militaires prises par Bazaine, par Thiers ou par Fabre, ne pas parler des guerres en province, omettre d'évoquer l'acharnement des bureaux militaires à ruiner l'action de Gambetta, voire inventer des scènes de bataille pour la défense de Paris qui n'ont jamais eu lieu car, en quatre mois et demi de siège, les autorités civiles et militaires avaient seulement hâte de se rendre pour le salut des structures sociales. Il ne faut pas révéler les actes antisociaux commis par le pouvoir lors de cette période critique mais Emile Zola ne se contente pas de détourner le regard, il exalte également la répression de la Commune, « saignée nécessaire pour se laver du socialisme ». La victoire de Jean Macquart apparaît finalement comme la victoire de la « vraie France qui se redresse ».

On imagine quelle lutte a dû mener Emile Zola pour mener à bien ce témoignage militaire si impitoyablement attendu par les autorités en place. La Débâcle constitue un compromis entre réalisme et roman de commande –un acte de prostitution qui témoigne de la violence des tensions encore présentes en France trente ans après la Commune. Malgré ses compromis mondains et politiques, il reste un roman sous-tendu par une volonté d'authenticité et un dégoût profond pour la guerre. Emile Zola réaffirma ses positions quelques années plus tard lors de l'affaire Dreyfus. Celle-ci sera considérée comme une trahison immonde par rapport à la Débâcle par les membres de l'Académie.

Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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Gwen21
  24 juin 2018
On le sait, Zola est un maître de la description et là où Balzac et Proust, chacun dans leur registre, me font me décrocher la mâchoire d'ennui, Zola parvient toujours à m'emporter dans l'élan de son souffle dramatique.
Avec "La débâcle" qui relate l'issue de la guerre de 1870 contre la Prusse (comprendre l'Allemagne), Zola nous rafraîchit la mémoire et aussi vrai que toutes les guerres se ressemblent, il nous fait prendre conscience de cet éternel recommencement, de ce feu qui ravage et fait table rase, de cette vie blessée qui renaît douloureusement quand les canons se sont enfin tus ; de même, nous prenons conscience avec un pincement à l'âme que ce conflit de 1870, pourtant pas encore si éloigné de nous, s'efface inexorablement de la mémoire collective, sort commun dévolu à chaque guerre, quelle que soit la portée du traumatisme qu'elle a engendré.
Revenons au roman. Comme on peut rapprocher "La joie de vivre" de Zola d'"Eugénie Grandet" De Balzac, publié antérieurement, on peut également rapprocher "La débâcle" de Zola du "Feu" de Barbusse, publié ultérieurement. Ou bien est-ce simplement l'universalité de la guerre qui confère à ces derniers ce même caractère naturaliste lorsqu'au sein de l'escouade on s'attache à chacun de ses membres, on souffre avec eux du froid, de la faim, de la peur ? Toujours est-il que c'est encore une fois avec un grand réalisme que Zola nous immerge totalement dans son récit jusqu'au dénouement sanglant de la Commune de Paris qui clôt le récit sur des scènes dignes du "Guarnica" de Picasso.
Roman violent et passionné, "La débâcle" rappelle quelques uns des tomes les plus sombres des Rougon-Macquart dans sa dimension tragique et si Zola n'aborde le thème de la guerre que dans celui-ci, c'est justement pour renforcer sa grande intensité.
Parmi les nombreux personnages, saluons Maurice et Jean dont l'amitié fraternelle serre le ventre, et la figure féminine d'Henriette qui m'a énormément plu et que Zola érige en allégorie de la paix et de la tendresse face à la folie des hommes. Folie elle aussi condamnée à un éternel recommencement...

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LiliGalipette
  15 juin 2013
La guerre annoncée depuis les premiers volumes de la série est enfin déclarée : la France et la Prusse s'affrontent au nord-est de la France. On retrouve Jean qui, veuf et malheureux, a quitté la Beauce à la fin de la terre. Il a retrouvé son grade de caporal et il mène le 106° de ligne vers Sedan et Verdun où l'on se bat. « Puisqu'il n'avait plus le courage de la travailler, il la défendrait, la vieille terre de France ! » (p. 6) Il a sous son commandement Maurice Levasseur, un jeune homme bien élevé qui s'irrite tout d'abord de devoir répondre aux ordres à ce paysan sans éducation, puis qui développe pour lui une véritable admiration. Les épreuves se succédant, les deux hommes deviennent de proches amis, chacun sauvant l'autre des Prussiens. Mais le jeune homme est habité d'un terrible sentiment macabre. « Maurice, à ce moment, au fond de l'ombre frissonnante, eut la conscience d'un grand devoir. Il ne cédait plus à l'espérance vantarde de remporter des victoires légendaires. Cette marche sur Verdun, c'était une marche à la mort, et il l'acceptait avec une résignation allègre et forte, puisqu'il fallait mourir. » (p. 62)
Le 106° de ligne avance donc vers le nord-est, bien résolu à en découdre, mais la gaillardise bravache des débuts succombe rapidement devant les avanies de la marche. L'armée française apparaît désorganisée et les hommes sont torturés de faim et de fatigue, lassés des manoeuvres inutiles et des marches sans but. Les troupes sont épuisées avant même d'avoir livré un combat et l'indiscipline envahit les rangs. le tableau est celui d'une absurdité tragique puisqu'il est certain que cette désorganisation bouffonne finira en massacre. Et de fait, dès les premiers affrontements, l'armée prussienne mieux organisée écrase les troupes françaises. La guerre ne fait pas long feu et les soldats français sont faits prisonniers. Pendant ce temps, à Paris, la colère gronde et la Commune se prépare.
Outre Jean et Maurice, on rencontre Henriette, la soeur de Maurice, mais aussi Sylvine et Honoré, deux amants séparés, Delaherche et sa légère épouse Gilberte, ainsi que le père Fouchard, paysan placide qui regarde la guerre d'un oeil morne. Mais rien, ni les combats, ni les morts, ne viennent perturber la sérénité immuable de la campagne. Les paysans continuent à travailler la terre, comme de toute éternité. « Ce n'était pas parce qu'on se battait que le blé cesserait de croître et le monde de vivre. » (p. 260)
Ce volume des Rougon-Macquart ne m'a pas vraiment conquise et c'est d'autant plus dommage que j'ai retrouvé Jean, le héros de la terre, roman que j'ai particulièrement apprécié. Je suis passée un peu à côté des récits de marches militaires et d'affrontements. Mais Zola sait décidément parler de tout avec brio et la guerre offre un passionnant terrain d'analyse de la nature humaine : certains se montrent lâches, d'autres sont plutôt opportunistes, d'autres encore ont le patriotisme chevillé aux godillots et à l'âme. La débâcle reste donc un très bon roman, en dépit de quelques longueurs.
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Citations et extraits (134) Voir plus Ajouter une citation
Gwen21Gwen21   22 juin 2018
Lorsque la marmite fut enfin au feu, pleine d’eau, avec la viande dedans, la nuit noire était venue. Loubet avait épluché les betteraves, pour les faire cuire dans le bouillon, un vrai fricot de l’autre monde, comme il disait ; et tous activaient la flamme, en poussant sous la marmite les débris de la brouette. Leurs grandes ombres dansaient bizarrement, au fond de ce trou de roches. Puis, il leur devint impossible d’attendre davantage, ils se jetèrent sur le bouillon immonde, ils se partagèrent la viande avec leurs doigts égarés et tremblants, sans prendre le temps d’employer le couteau. Mais, malgré eux, leur cœur se soulevait. Ils souffraient surtout du manque de sel, leur estomac se refusait à garder cette bouillie fade des betteraves, ces morceaux de chair à moitié cuite, gluante, d’un goût d’argile. Presque tout de suite, des vomissements se déclarèrent. Pache ne put continuer, Chouteau et Loubet injurièrent cette satanée rosse de cheval, qu’ils avaient eu tant de peine à mettre en pot-au-feu, et qui leur fichait la colique.
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Gwen21Gwen21   17 juin 2018
- Oh ! la guerre, l’atroce guerre !
Du coup, Maurice la plaisanta, prenant sa revanche.
- Quoi donc ? petite sœur, c’est toi qui veux qu’on se batte, et tu injuries la guerre !
Elle se retourna, elle répondit de face, avec sa vaillance :
- C’est vrai, je l’exècre, je la trouve injuste et abominable… Peut-être, simplement, est-ce parce que je suis femme. Ces tueries me révoltent. Pourquoi ne pas s’expliquer et s’entendre ?
Jean, brave garçon, l’approuvait d’un hochement de tête. Rien également ne semblait plus facile, à lui illettré, que de tomber tous d’accord, si l’on s’était donné de bonnes raisons. Mais, repris par sa science, Maurice songeait à la guerre nécessaire, la guerre qui est la vie même, la loi du monde. N’est-ce pas l’homme pitoyable qui a introduit l’idée de justice et de paix, lorsque l’impassible nature n’est qu’un continuel champ de massacre ?
- S’entendre ! s’écria-t-il, oui ! dans des siècles. Si tous les peuples ne formaient plus qu’un peuple, on pourrait concevoir à la rigueur l’avènement de cet âge d’or ; et encore la fin de la guerre ne serait-elle pas la fin de l’humanité ?… J’étais imbécile tout à l’heure, il faut se battre, puisque c’est la loi.
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colimassoncolimasson   27 septembre 2015
Ce samedi-là, d’ailleurs, la disette cessa. Comme on était moins nombreux et que des vivres arrivaient de toutes parts, on passa d’un coup de l’extrême dénuement à l’abondance la plus large. On eut à volonté du pain, de la viande, du vin même, on mangea du lever au coucher du soleil, à en mourir. La nuit tomba, qu’on mangeait encore, et l’on mangea jusqu’au lendemain matin. Beaucoup en crevèrent. »

« — Enfin, ça continue, Paris brûle !

C’était vrai, les flammes avaient reparu, dès la tombée du jour ; et, de nouveau, le ciel s’empourprait d’une lueur scélérate. Dans l’après-midi, lorsque la poudrière du Luxembourg avait sauté avec un fracas épouvantable, le bruit s’était répandu que le Panthéon venait de crouler au fond des catacombes. Toute la journée d’ailleurs, les incendies de la veille avaient continué, le palais du conseil d’état et les tuileries brûlaient, le ministère des finances fumait à gros tourbillons. Dix fois, il avait fallu fermer la fenêtre, sous la menace d’une nuée de papillons noirs, des vols incessants de papiers brûlés, que la violence du feu emportait au ciel, d’où ils retombaient en pluie fine ; et Paris entier en fut couvert, et l’on en ramassa jusqu’en Normandie, à vingt lieues.
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Gwen21Gwen21   21 juin 2018
- [...] Doucement, j’avais tâché de dégager ma hanche ; mais impossible, Zéphir pesait bien comme les cinq cent mille diables. Il était chaud encore. Je le caressais, je l’appelais, avec des mots gentils. Et c’est ça, voyez-vous, que jamais je n’oublierai : il a rouvert les yeux, il a fait un effort pour relever sa pauvre tête, qui traînait par terre, à côté de la mienne. Alors, nous avons causé : "Mon pauvre vieux, que je lui ai dit, ce n’est pas pour te le reprocher, mais tu veux donc me voir claquer avec toi, que tu me tiens si fort ?" Naturellement, il n’a pas répondu oui. Ça n’empêche que j’ai lu dans son regard trouble la grosse peine qu’il avait de me quitter. Et je ne sais pas comment ça s’est fait, s’il l’a voulu ou si ça n’a été qu’une convulsion, mais il a eu une brusque secousse qui l’a jeté de côté. J’ai pu me mettre debout, ah ! dans un sacré état, la jambe lourde comme du plomb… N’importe, j’ai pris la tête de Zéphir entre mes bras, en continuant à lui dire des choses, tout ce qui me venait du cœur, que c’était un bon cheval, que je l’aimais bien, que je me souviendrais toujours de lui. Il m’écoutait, il paraissait si content ! Puis, il a eu encore une secousse, et il est mort, avec ses grands yeux vides, qui ne m’avaient pas quitté… Tout de même, c’est drôle, et l’on ne me croira pas : la vérité pure est pourtant qu’il avait dans les yeux de grosses larmes… Mon pauvre Zéphir, il pleurait comme un homme…
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Gwen21Gwen21   20 juin 2018
Lui, ce qui le bouleversait, plus encore que les cadavres des camarades, c’étaient les corps des chevaux, les pauvres chevaux sur le flanc, qu’on rencontrait en grand nombre. Il y en avait vraiment de lamentables, dans des attitudes affreuses, la tête arrachée, les flancs crevés, laissant couler les entrailles. Beaucoup, sur le dos, le ventre énorme, dressaient en l’air leurs quatre jambes raidies, pareilles à des pieux de détresse. La plaine sans bornes en était bossuée. Quelques-uns n’étaient pas morts, après une agonie de deux jours ; et ils levaient au moindre bruit leur tête souffrante, la balançaient à droite, à gauche, la laissaient retomber ; tandis que d’autres, immobiles, jetaient par instants un grand cri, cette plainte du cheval mourant, si particulière, si effroyablement douloureuse, que l’air en tremblait.
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