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Philippe Hamon (Éditeur scientifique)Pierre Barbéris (Autre)
EAN : 9782253006282
408 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (31/08/2003)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 513 notes)
Résumé :
Mallarmé, le 18 mars 1876, écrivait à Zola à propos de Son Excellence Eugène Rougon : "Un intérêt profond s'y dissimule admirablement sous le hasard plein de plis et de cassures avec lequel le narrateur d'aujourd'hui doit étoffer sa conception. Je considère votre dernière production comme l'expression la plus parfaite du point de vue que vous aurez à jamais l'honneur d'avoir compris et montré dans l'art de ce temps. Dans l'attrayante évolution que subit le roman, ce... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (67) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  17 octobre 2014
Après un ouvrage, selon moi, franchement raté de son cycle (La Faute de L'Abbé Mouret), Émile Zola signe avec ce sixième livre de son histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, un roman à la frontière du roman historique et du documentaire.
Il est vrai qu'on peut probablement reprocher à son auteur une trame pas toujours captivante, quoique se lisant sans déplaisir. Par contre, cette oeuvre nous imprègne parfaitement des moeurs du milieu politique de l'époque et est donc indispensable à la bonne compréhension de cette période de l'histoire du XIXème siècle.
Personnellement, je vous conseille de le lire en quatuor parmi La Curée (le n° 2 des Rougon-Macquart), Nana (le n° 9) et L'Argent (le n° 18). Ainsi, vous aurez un panorama assez complet du mode de vie dans les hautes sphères de la société parisienne sous le second Empire, entre le brillant et le sombre, entre le légal et l'interlope.
Émile Zola peint un portrait bicéphale, l'un étant Eugène Rougon, en disgrâce pendant une bonne moitié du roman puis ministre dans la seconde, l'autre étant Clorinde Balbi alias, dans la réalité, celle qui fut surnommée La Castiglione, maîtresse attitrée de l'empereur Napoléon III.
On y découvre le travail souterrain ou en sous main réalisé par des éminences grises pour porter leur poulain aux affaires et ainsi récolter des dividendes lorsque le poulain en question, à savoir Eugène Rougon, sera aux commandes. Puis nous voyons ces mêmes éminences de l'ombre se dépêcher de le trahir dès que la fontaine aux avantages sera tarie et alors reporter leurs suffrages sur un autre poulain providentiel... jusqu'au prochain !
Zola nous endort un peu dans ce long cheminement mais développe, à mon avis, une démonstration efficace de ce qu'était la haute politique de l'époque. (Et est-elle très différente de nos jours ?)
Évidemment, l'auteur ne se prive d'aucune intrigue historique qu'il se contente de condenser sur les seules épaules soit de Rougon, soit de Clorinde. Ces intrigues concernaient en réalité plusieurs personnages influents et étaient peut-être un peu plus espacées dans le temps, mais dans l'ensemble, Zola ne nous ment pas. Mentionnons que c'est dans cet opus que l'auteur donne un vrai visage et fait parler celui par qui tout est arrivé, à savoir Napoléon III lui-même.
Tout compte fait, c'est un portrait étonnamment indulgent pour l'homme politique, présenté comme l'instrument, le pantin en quelque sorte de ceux qui tirent effectivement les ficelles et sont les vrais cyniques. (Est-ce différent aujourd'hui ? Quel financier n'est pas marionnettiste détenteur en ses mains des ficelles de quelques pantins politiques ?)
Rougon est donc sujet aux éloges infondés comme aux trahisons iniques. le personnage de Delestang me rappelle des politiciens à la Jospin (voire même un certain président normal élu plus récemment), poussés au pouvoir parce qu'ils n'effraient personne et qu'on peut les manoeuvrer facilement.
Eugène Rougon, lui, ferait davantage penser à un politicien à la Sarkozy, mis au purgatoire lors de la première élection de Chirac, puis ressorti comme l'homme providentiel au ministère de l'intérieur après les émeutes de 2005.
Le personnage de Rougon est présenté, somme toute, comme quelqu'un d'assez probe mais contraint d'honorer des dettes morales envers ceux qui lui ont déroulé le tapis rouge et ainsi de se renier, à la manière d'un certain président qui fit campagne sur les plates bandes de l'extrême droite puis, une fois élu, fit des ronds de jambe à la gauche tout en octroyant de beaux cadeaux fiscaux à ses amis grands patrons... Comme quoi la morale de ce roman pourrait être : SE RENIER POUR RÉGNER.
En conclusion, un roman pas forcément captivant mais pour le moins intéressant et qui cadre pleinement avec l'un des objectifs du cycle, à savoir, tracer une sorte d'historiographie de cette période-clé de l'histoire de notre pays. À noter, les commentaires d'Henri Mitterand pour l'édition Folio me semblent réellement excellents, mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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lyoko
  26 mars 2018
Encore une fois Zola décrit avec brio cette société en quête de pouvoir.
Les rouages et les malversations qui poussent un homme à vouloir conquérir à tout pris du pouvoir. Parce que Pour Eugène Rougon c'est ce qui lui importe de détenir le pouvoir entre ses mains.
Mais bien souvent on n'y arrive pas seul. Alors les proches de cet homme influent font tout pour qu'il garde son pouvoir en échange de petites choses... jusqu'au moment ou il n'a plus d'utilité.
Zola marque encore une fois le luxe dans ce roman, il le décrit avec de nombreux détails. Je pense qu'il anticipe ses futurs romans en montrant ce faste comme il le fait.
J'aime toujours bien évidemment le cynisme de l'auteur. Cette façon d'écrire parfois brusque, poétique ou les deux à la fois.
Je me suis régalée, une fois de plus avec ce roman.
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isajulia
  19 juillet 2013
Après deux escales en province qui n'ont pas été de tout repos, retour à Paris ou nous allons pénétrer dans les hautes sphères de la vie politique du Second Empire. Ce sixième volume des Rougon-Macquart met en pleine lumière un des personnages les plus énigmatiques de la saga : Eugène Rougon.
Vous vous souvenez sûrement la manière dont Pierre et Félicité Rougon ont soumis politiquement Plassans dans La Fortune des Rougon, des arnaques à l'Etat d'Aristide dans La Curée, de l'abbé Faujas qui a retourné Plassans dans la Conquête de Plassans ; c'est grâce à qui? A Eugène pardi!
Homme que l'Empire a fait, dont l'influence grandissante est palpable dans les précédents tomes de la série, nous le retrouvons ici en pleine disgrâce, s'étant trouvé obligé de donner sa démission de la présidence du Conseil d'Etat. Si le principal intéressé vit relativement bien sa mise à l'écart du monde politique, sa bande d'amis ne voit pas la chute du "grand homme" d'un bon oeil. Tous plus opportunistes les uns que les autres, ils voient en Eugène une manière d'obtenir toutes sortes de passe droits facilement.
Parallèlement, Eugène entretient une relation ambiguë avec Clorinde Balbi, une italienne extravagante et intrigante. Entre eux, l'ambiance est explosive et les rapports sont en dent de scie, Rougon va donc marier la jeune femme, avec Delestang haut fonctionnaire et béni oui-oui de service, après avoir refusé de l'épouser . Vexée, Clorinde va néanmoins entraîner toute la bande dans un travail d'influence phénoménal afin de ramener Eugène sur le devant de la scène politique. Mais c'est sous-estimer la fougueuse italienne que de la penser acquise, car blessée dans son orgueil, jouant sur plusieurs tableaux, elle est bien décidée à se venger...
Malgré le manque cruel d'action du roman, cette lecture est un régal!
Cette immersion dans les coulisses du monde politique est jouissive au plus haut point. Quand il s'agit de faire un portrait du milieu ou gravitent le plus de requins, Zola ne fait pas dans la dentelle et nous démontre avec hargne que c'est le premier qui bande qui en...e l'autre dans la course au pouvoir. Arrangements avec le ciel, malversations, piston à tout va et trahisons sont au programme de ce roman incroyablement moderne. Les époques ont passé mais les codes restent les mêmes dans cette jungle sans foi ni loi dépourvue d'humanité, ou les gens se retournent comme des crêpes quand ils ont obtenu ce qu'ils veulent. D'habitude, tout ce qui a trait à la politique a tendance à me barber, mais là l'intrigue m'a tenue en haleine jusqu'à la fin. Je ne cache pas que j'aurai bien aimé qu'il arrive une tuile à ce cher Eugène, histoire de clore le roman en beauté mais ce foutu colosse a le don de renaître de ses cendres donc je m'arme de patience, ces arrivistes de Rougon vont bien finir par tomber un jour. Ce volume de la saga est aussi bon que ses prédécesseurs, le tout est admirablement construit et l'histoire prenante. Si comme moi, vous êtes devenus accrocs aux Rougon-Macquart, vous ne pourrez qu'aimer.
A lire et à découvrir!
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Eve-Yeshe
  01 septembre 2018
Il s'agit ici du pouvoir de l'homme, dans deux registres : l'animal politique et la vie privée. Ce qui intéresse Rougon, c'est le pouvoir pour le pouvoir, pour dominer les autres ; la conquête de ce pouvoir est intéressante, il connait tous les rouages pour y arriver, mais seule la jouissance de l'exercer a des limites : que se passe-t-il ensuite ?
Dans ce volume, Eugène Rougon arrive enfin en chair et en os ; jusqu'ici, il était présent, en filigrane, il tirait les ficelles à distance, et on avait envie de faire enfin sa connaissance.
Le roman étudie une période bien précise, de 1856 à 1861, inaugurée par les festivités nationales pour le baptême du petit prince, futur héritier présumé. Il y a beaucoup de mesures impopulaires. Son Excellence Eugène Rougon, au fait de sa gloire, décide de démissionner de ses fonctions, laissant la place à son ennemi juré : Monsieur de Marsy.
Il prétend être fatigué du pouvoir, et vouloir désormais créer un domaine dans les Landes, ne parlant plus que de cela avec ses amis, parasites intéressés par les miettes que le pouvoir de Rougon peut leur accorder : une ligne de chemin de fer pour l'un, une récupération d'héritage pour l'autre… Pour eux il est indispensable que Rougon revienne au pouvoir…
Dans la belle mécanique, de reconquête, une femme va jouer un rôle important : Clorinde Balbi, séductrice, elle apprend auprès de Rougon, se conduit en humble disciple, mais il l'a jadis repoussée, car les femmes ne l'intéressent pas, il n'en a pas une opinion extraordinaire, et il trouve leur intelligence limitée et se méfie du côté manipulateur de certaines… on se souvient de sa mère Félicité dans les volumes précédents.
Seulement Eugène Rougon se méfie des femmes qu'il ne tient pas en très haute estime, et pour être sûr de ne pas céder à la tentation, il repousse celle qu'il appelle mademoiselle Machiavel et lui fait épouser Delestang un jeune homme plein d'ambition et dont la langue est pleine de cirage à force de lécher les bottes. Et que va faire l'élève éconduite qui voulait l'épouser, sinon utiliser les mêmes méthodes que lui.
« Il disait d'ordinaire, d'un air convaincu, que « ce diable de Delestang irait loin » et il le poussait, se l'attachait par la reconnaissance, l'utilisait comme un meuble dans lequel il enfermait tout ce qu'il ne pouvait garder sur lui. » P 38
Alors que « la Curée » évoquait la spéculation immobilière, dans laquelle son frère était comme un poisson dans l'eau ; ce roman est basé sur une autre forme de spéculation : la spéculation politique.
Zola développe une fois de plus ses théories, peaufinant son étude de la jouissance par le pouvoir, avec un héros qui s'estime d'une intelligence supérieure, (il admire son intelligence comme Narcisse admirait son reflet !) ; de ce fait, tout le reste est secondaire, il n'a pas d'autre jouissance : les plaisirs de la table, de l'argent ou du sexe sont quasi inexistants, tant la joie du pouvoir prend de la place. Eugène Rougon, c'est l'amour du pouvoir et aussi l'ambition qui permet d'y accéder.
« C'était son idéal, avoir un fouet et commander, être supérieur, plus intelligent et plus fort. » P 45
Eugène a aussi une théorie, il pense qu'il n'est rien sans les autres (la bande de parasites qui l'entoure) et que les autres ne sont rien sans lui, ce qui n'est pas sans risque …
Les parasites, comme je les appelle, sont épouvantables; ils le flattent pour qu'il revienne sur le devant de la scène, et obtenir ce qu'ils veulent et quand ils l'ont obtenu, se mettent à le dénigrer, à dire qu'ils ne lui doivent rien, car le vent a tourné et ils préfèrent se tourner vers un petit jeune dont ils espèrent obtenir encore plus :
« Croyant avoir usé Rougon à satisfaire leurs premiers rêves, ils attendaient l'avènement de quelque pouvoir jeune, qui contenterait leurs rêves nouveaux, extraordinairement multipliés et élargis. » P 328
C'est une belle analyse du pouvoir, de la politique (Zola pourrait écrire la même chose aujourd'hui !), de l'Empire avec ses dépenses, la spéculation, les élections plus ou moins truquées, le désir de régner sans partage, en annulant toutes les libertés. L'auteur voulait probablement prouver aussi, que l'Empire n'a pas eu un véritable homme d'État… L'empereur n'est pas présenté comme un personnage de caractère, il est même assez terne dans ce roman.
Tout est prédéterminé pour Zola, tout relève de la génétique, il ne laisse aucune chance d'évoluer à ses personnages, et à force cela devient pesant, on espère qu'Eugène aura tiré les leçons… certes, le phénix renaît de ses cendres, comme tout animal politique, il sent d'où vient le vent et quand il faut changer de cap, notamment à propos de la répression et de l'atteinte aux libertés mais in aimerait qu'il arrive à sortir de son schéma, sinon on risque de sombrer dans l'ennui !
J'ai bien aimé ce roman que j'ai dévoré même si la bande de parasites a fini par m'horripiler. Zola laisse la porte ouverte comme si c'était au lecteur de tirer les conclusions : on espère que Rougon va enfin retenir quelque chose de ses erreurs. Ce roman m'inspire et je pourrais en parler durant des heures, alors il est préférable que je vous laisse le découvrir ou le relire…
Challenge XIXe siècle
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Kittiwake
  25 mai 2019
Un peu moins d'enthousiasme pour cet opus de la saga, qui se déroule à Paris, et relate la carrière politique du fils de Félicité et Pierre, Eugène Rougon, habile orateur et politicien dans l'âme.
Sur le modèle d'Eugène Rocher, Rougon est le bras droit de Napoléon lll, son homme de confiance dans ce gouvernement autoritaire et répressif.
Le personnage est assez peu sympathique, même s'il semble honnête. Sa vie privée n'a rien de passionnant, d'autant qu'il repousse les avances de Clorinde Balbi, une intrigante qui sait mener ses affaires, et il n'apparaît même pas comme un homme avide de pouvoir, derrière ses allures débonnaires. Et pourtant…
Autour de lui naviguent une foule de profiteurs, d'arrivistes, de pique-assiettes en tout genre, prêts à le désavouer si la fortune semble changer de camp.

Intrigues de cour, trahisons, amitiés intéressées, manipulations au sein d'une cour impériale qui vit dans le faste (on en veut pour preuve les festivités qui entourant le baptême du fils de l'empereur), le contraste est grand avec d'autres romans de la série, qui se penchent sur le sort des plus déshérités.
Pas passionnant.
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Citations et extraits (196) Voir plus Ajouter une citation
gouelangouelan   28 mai 2020
Au ciel, l'orage avait laissé une queue de haillons cuivrés, toute une nuée sale, basse, d'où tombait un reste de jour mélancolique, une lumière louche de coupe-gorge.
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Nastie92Nastie92   19 avril 2019
Il se précipita, étala le journal sur son bureau, en montra les colonnes toutes balafrées à coups de crayon rouge. « Il n’y a pas dix lignes qui ne soient répréhensibles ! Dans votre article de tête, vous paraissez mettre en doute l’infaillibilité du gouvernement en matière de répression. Dans cet entrefilet, à la seconde page, vous semblez faire une allusion à ma personne, en parlant des parvenus dont le triomphe est insolent. Dans vos faits divers, traînent des histoires ordurières, des attaques stupides contre les hautes classes. » Le directeur, épouvanté, joignait les mains, tâchait de placer un mot. « Je jure à Son Excellence… Je suis désespéré que Son Excellence ait pu supposer un instant… Moi qui ai pour Son Excellence une si vive admiration… » Mais Rougon ne l’écoutait pas. « Et le pis, monsieur, c’est que personne n’ignore les liens qui vous attachent à l’administration. Comment les autres feuilles peuvent-elles nous respecter, si les journaux que nous payons ne nous respectent pas ?… Depuis ce matin, tous mes amis me dénoncent ces abominations. » Alors, le directeur cria avec Rougon. Ces articles-là ne lui avaient point passé sous les yeux. Mais il allait flanquer tous ses rédacteurs à la porte. Si Son Excellence le voulait, il communiquerait chaque matin à Son Excellence une épreuve du numéro. Rougon, soulagé, refusa ; il n’avait pas le temps. Et il poussait le directeur vers la porte, lorsqu’il se ravisa. « J’oubliais. Votre feuilleton est odieux… Cette femme bien élevée qui trompe son mari est un argument détestable contre la bonne éducation. On ne doit pas laisser dire qu’une femme comme il faut puisse commettre une faute. – Le feuilleton a beaucoup de succès, murmura le directeur, inquiet de nouveau. Je l’ai lu, je l’ai trouvé très intéressant. – Ah ! vous l’avez lu… Eh bien ! cette malheureuse a-t-elle des remords à la fin ? » Le directeur porta la main à son front, ahuri, cherchant à se souvenir. « Des remords ? non, je ne crois pas. » Rougon avait ouvert la porte. Il la referma sur lui, en criant : « Il faut absolument qu’elle ait des remords !… Exigez de l’auteur qu’il lui donne des remords ! »
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isajuliaisajulia   19 juillet 2013
C'est mon histoire que vous voulez? dit-il. Rien de plus facile à conter. Mon grand-père vendait des légumes. Moi, jusqu'à trente-huit ans, j'ai traîné mes savates de petit avocat au fond de ma province. J'étais un inconnu hier. Je n'ai pas comme notre ami Kahn usé mes épaules pour soutenir les gouvernements. Je ne sors pas comme Béjuin de l'Ecole polytechnique. Je ne porte ni le beau nom du petit Escorailles ni la belle figure de ce pauvre Combelot. Je ne suis pas aussi bien apparenté que La Rouquette qui doit son siège de député à sa soeur, la veuve du général de Llorentz, aujourd'hui dame du palais. Mon père ne m'a pas laissé comme à Delestang cinq millions de fortune, gagnés dans les vins. Je ne suis pas né sur les marches d'un trône, ainsi que le comte de Marsy, et je n'ai pas grandi pendu à la jupe d'une femme savante, sous les caresses de Talleyrand. Non, je suis un homme nouveau, je n'ai que mes poings...
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Nastie92Nastie92   07 août 2019
Mes enfants, dit un soir le colonel, moi, je ne reviens pas de quinze jours… Il faut le bouder. Nous verrons s’il s’amusera tout seul. » Alors, Rougon, qui rêvait de fermer sa porte, fut très blessé de l’abandon où on le laissait. Le colonel avait tenu parole ; d’autres l’imitaient ; le salon était presque vide, il manquait toujours cinq ou six amis. Lorsqu’un d’eux reparaissait après une absence, et que le grand homme lui demandait s’il n’avait pas été malade, il répondait non d’un air surpris, et il ne donnait aucune explication. Un jeudi, il ne vint personne. Rougon passa la soirée seul, à se promener dans la vaste pièce, les mains derrière le dos, la tête basse. Il sentait pour la première fois la force du lien qui l’attachait à sa bande. Des haussements d’épaules disaient son mépris, quand il songeait à la bêtise des Charbonnel, à la rage envieuse de Du Poizat, aux douceurs louches de Mme Correur. Pourtant ces familiers, qu’il tenait en une si médiocre estime, il avait le besoin de les voir, de régner sur eux ; un besoin de maître jaloux, pleurant en secret des moindres infidélités. Même, au fond de son coeur, il était attendri par leur sottise, il aimait leurs vices. Ils semblaient à présent faire partie de son être, ou plutôt c’était lui qui se trouvait lentement absorbé ; à ce point qu’il restait comme diminué les jours où ils s’écartaient de sa personne. Aussi, finit-il par leur écrire, lorsque leur absence se prolongeait. Il allait jusqu’à les voir chez eux, pour faire la paix, après les bouderies sérieuses. Maintenant, on vivait en continuelle querelle, rue Marbeuf, avec cette fièvre de ruptures et de raccommodements des ménages dont l’amour s’aigrit.
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Nastie92Nastie92   18 avril 2020
Du monde, pourtant, commença bientôt à sortir. Rougon, un des premiers, parut, ayant au bras une femme maigre, à figure jaune, mise très simplement. Un magistrat, en costume de président de la cour d’appel, les accompagnait. « Qui est-ce ? » demanda Mme Correur. Du Poizat lui nomma les deux personnes. M. Beulin-d’Orchère avait connu Rougon un peu avant le coup d’État, et il lui témoignait depuis cette époque une estime particulière, sans chercher pourtant à établir entre eux des rapports suivis. Mlle Véronique, sa soeur, habitait avec lui un hôtel de la rue Garancière, qu’elle ne quittait guère que pour assister aux messes basses de Saint-Sulpice. « Tenez, dit le colonel en baissant la voix, voilà la femme qu’il faudrait à Rougon. – Parfaitement, approuva M. Bouchard. Fortune convenable, bonne famille, femme d’ordre et d’expérience. Il ne trouvera pas mieux. » Mais Du Poizat se récria. La demoiselle était mûre comme une nèfle qu’on a oubliée sur de la paille. Elle avait au moins trente-six ans et elle en paraissait bien quarante. Un joli manche à balai à mettre dans un lit ! Une dévote qui portait des bandeaux plats ! une tête si usée, si fade, qu’elle semblait avoir trempé pendant six mois dans de l’eau bénite !
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