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Philippe Hamon (Éditeur scientifique)Pierre Barbéris (Autre)
ISBN : 2253006289
Éditeur : Le Livre de Poche (31/08/2003)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 439 notes)
Résumé :
Mallarmé, le 18 mars 1876, écrivait à Zola à propos de Son Excellence Eugène Rougon : "Un intérêt profond s'y dissimule admirablement sous le hasard plein de plis et de cassures avec lequel le narrateur d'aujourd'hui doit étoffer sa conception. Je considère votre dernière production comme l'expression la plus parfaite du point de vue que vous aurez à jamais l'honneur d'avoir compris et montré dans l'art de ce temps. Dans l'attrayante évolution que subit le roman, ce... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (53) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  17 octobre 2014
Après un ouvrage, selon moi, franchement raté de son cycle (La Faute de L'Abbé Mouret), Émile Zola signe avec ce sixième livre de son histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, un roman à la frontière du roman historique et du documentaire.
Il est vrai qu'on peut probablement reprocher à son auteur une trame pas toujours captivante, quoique se lisant sans déplaisir. Par contre, cette oeuvre nous imprègne parfaitement des moeurs du milieu politique de l'époque et est donc indispensable à la bonne compréhension de cette période de l'histoire du XIXème siècle.
Personnellement, je vous conseille de le lire en quatuor parmi La Curée (le n° 2 des Rougon-Macquart), Nana (le n° 9) et L'Argent (le n° 18). Ainsi, vous aurez un panorama assez complet du mode de vie dans les hautes sphères de la société parisienne sous le second Empire, entre le brillant et le sombre, entre le légal et l'interlope.
Émile Zola peint un portrait bicéphale, l'un étant Eugène Rougon, en disgrâce pendant une bonne moitié du roman puis ministre dans la seconde, l'autre étant Clorinde Balbi alias, dans la réalité, celle qui fut surnommée La Castiglione, maîtresse attitrée de l'empereur Napoléon III.
On y découvre le travail souterrain ou en sous main réalisé par des éminences grises pour porter leur poulain aux affaires et ainsi récolter des dividendes lorsque le poulain en question, à savoir Eugène Rougon, sera aux commandes. Puis nous voyons ces mêmes éminences de l'ombre se dépêcher de le trahir dès que la fontaine aux avantages sera tarie et alors reporter leurs suffrages sur un autre poulain providentiel... jusqu'au prochain !
Zola nous endort un peu dans ce long cheminement mais développe, à mon avis, une démonstration efficace de ce qu'était la haute politique de l'époque. (Et est-elle très différente de nos jours ?)
Évidemment, l'auteur ne se prive d'aucune intrigue historique qu'il se contente de condenser sur les seules épaules soit de Rougon, soit de Clorinde. Ces intrigues concernaient en réalité plusieurs personnages influents et étaient peut-être un peu plus espacées dans le temps, mais dans l'ensemble, Zola ne nous ment pas. Mentionnons que c'est dans cet opus que l'auteur donne un vrai visage et fait parler celui par qui tout est arrivé, à savoir Napoléon III lui-même.
Tout compte fait, c'est un portrait étonnamment indulgent pour l'homme politique, présenté comme l'instrument, le pantin en quelque sorte de ceux qui tirent effectivement les ficelles et sont les vrais cyniques. (Est-ce différent aujourd'hui ? Quel financier n'est pas marionnettiste détenteur en ses mains des ficelles de quelques pantins politiques ?)
Rougon est donc sujet aux éloges infondés comme aux trahisons iniques. le personnage de Delestang me rappelle des politiciens à la Jospin (voire même un certain président normal élu plus récemment), poussés au pouvoir parce qu'ils n'effraient personne et qu'on peut les manoeuvrer facilement.
Eugène Rougon, lui, ferait davantage penser à un politicien à la Sarkozy, mis au purgatoire lors de la première élection de Chirac, puis ressorti comme l'homme providentiel au ministère de l'intérieur après les émeutes de 2005.
Le personnage de Rougon est présenté, somme toute, comme quelqu'un d'assez probe mais contraint d'honorer des dettes morales envers ceux qui lui ont déroulé le tapis rouge et ainsi de se renier, à la manière d'un certain président qui fit campagne sur les plates bandes de l'extrême droite puis, une fois élu, fit des ronds de jambe à la gauche tout en octroyant de beaux cadeaux fiscaux à ses amis grands patrons... Comme quoi la morale de ce roman pourrait être : SE RENIER POUR RÉGNER.
En conclusion, un roman pas forcément captivant mais pour le moins intéressant et qui cadre pleinement avec l'un des objectifs du cycle, à savoir, tracer une sorte d'historiographie de cette période-clé de l'histoire de notre pays. À noter, les commentaires d'Henri Mitterand pour l'édition Folio me semblent réellement excellents, mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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lyoko
  26 mars 2018
Encore une fois Zola décrit avec brio cette société en quête de pouvoir.
Les rouages et les malversations qui poussent un homme à vouloir conquérir à tout pris du pouvoir. Parce que Pour Eugène Rougon c'est ce qui lui importe de détenir le pouvoir entre ses mains.
Mais bien souvent on n'y arrive pas seul. Alors les proches de cet homme influent font tout pour qu'il garde son pouvoir en échange de petites choses... jusqu'au moment ou il n'a plus d'utilité.
Zola marque encore une fois le luxe dans ce roman, il le décrit avec de nombreux détails. Je pense qu'il anticipe ses futurs romans en montrant ce faste comme il le fait.
J'aime toujours bien évidemment le cynisme de l'auteur. Cette façon d'écrire parfois brusque, poétique ou les deux à la fois.
Je me suis régalée, une fois de plus avec ce roman.
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isajulia
  19 juillet 2013
Après deux escales en province qui n'ont pas été de tout repos, retour à Paris ou nous allons pénétrer dans les hautes sphères de la vie politique du Second Empire. Ce sixième volume des Rougon-Macquart met en pleine lumière un des personnages les plus énigmatiques de la saga : Eugène Rougon.
Vous vous souvenez sûrement la manière dont Pierre et Félicité Rougon ont soumis politiquement Plassans dans La Fortune des Rougon, des arnaques à l'Etat d'Aristide dans La Curée, de l'abbé Faujas qui a retourné Plassans dans la Conquête de Plassans ; c'est grâce à qui? A Eugène pardi!
Homme que l'Empire a fait, dont l'influence grandissante est palpable dans les précédents tomes de la série, nous le retrouvons ici en pleine disgrâce, s'étant trouvé obligé de donner sa démission de la présidence du Conseil d'Etat. Si le principal intéressé vit relativement bien sa mise à l'écart du monde politique, sa bande d'amis ne voit pas la chute du "grand homme" d'un bon oeil. Tous plus opportunistes les uns que les autres, ils voient en Eugène une manière d'obtenir toutes sortes de passe droits facilement.
Parallèlement, Eugène entretient une relation ambiguë avec Clorinde Balbi, une italienne extravagante et intrigante. Entre eux, l'ambiance est explosive et les rapports sont en dent de scie, Rougon va donc marier la jeune femme, avec Delestang haut fonctionnaire et béni oui-oui de service, après avoir refusé de l'épouser . Vexée, Clorinde va néanmoins entraîner toute la bande dans un travail d'influence phénoménal afin de ramener Eugène sur le devant de la scène politique. Mais c'est sous-estimer la fougueuse italienne que de la penser acquise, car blessée dans son orgueil, jouant sur plusieurs tableaux, elle est bien décidée à se venger...
Malgré le manque cruel d'action du roman, cette lecture est un régal!
Cette immersion dans les coulisses du monde politique est jouissive au plus haut point. Quand il s'agit de faire un portrait du milieu ou gravitent le plus de requins, Zola ne fait pas dans la dentelle et nous démontre avec hargne que c'est le premier qui bande qui en...e l'autre dans la course au pouvoir. Arrangements avec le ciel, malversations, piston à tout va et trahisons sont au programme de ce roman incroyablement moderne. Les époques ont passé mais les codes restent les mêmes dans cette jungle sans foi ni loi dépourvue d'humanité, ou les gens se retournent comme des crêpes quand ils ont obtenu ce qu'ils veulent. D'habitude, tout ce qui a trait à la politique a tendance à me barber, mais là l'intrigue m'a tenue en haleine jusqu'à la fin. Je ne cache pas que j'aurai bien aimé qu'il arrive une tuile à ce cher Eugène, histoire de clore le roman en beauté mais ce foutu colosse a le don de renaître de ses cendres donc je m'arme de patience, ces arrivistes de Rougon vont bien finir par tomber un jour. Ce volume de la saga est aussi bon que ses prédécesseurs, le tout est admirablement construit et l'histoire prenante. Si comme moi, vous êtes devenus accrocs aux Rougon-Macquart, vous ne pourrez qu'aimer.
A lire et à découvrir!
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Eve-Yeshe
  01 septembre 2018
Il s'agit ici du pouvoir de l'homme, dans deux registres : l'animal politique et la vie privée. Ce qui intéresse Rougon, c'est le pouvoir pour le pouvoir, pour dominer les autres ; la conquête de ce pouvoir est intéressante, il connait tous les rouages pour y arriver, mais seule la jouissance de l'exercer a des limites : que se passe-t-il ensuite ?
Dans ce volume, Eugène Rougon arrive enfin en chair et en os ; jusqu'ici, il était présent, en filigrane, il tirait les ficelles à distance, et on avait envie de faire enfin sa connaissance.
Le roman étudie une période bien précise, de 1856 à 1861, inaugurée par les festivités nationales pour le baptême du petit prince, futur héritier présumé. Il y a beaucoup de mesures impopulaires. Son Excellence Eugène Rougon, au fait de sa gloire, décide de démissionner de ses fonctions, laissant la place à son ennemi juré : Monsieur de Marsy.
Il prétend être fatigué du pouvoir, et vouloir désormais créer un domaine dans les Landes, ne parlant plus que de cela avec ses amis, parasites intéressés par les miettes que le pouvoir de Rougon peut leur accorder : une ligne de chemin de fer pour l'un, une récupération d'héritage pour l'autre… Pour eux il est indispensable que Rougon revienne au pouvoir…
Dans la belle mécanique, de reconquête, une femme va jouer un rôle important : Clorinde Balbi, séductrice, elle apprend auprès de Rougon, se conduit en humble disciple, mais il l'a jadis repoussée, car les femmes ne l'intéressent pas, il n'en a pas une opinion extraordinaire, et il trouve leur intelligence limitée et se méfie du côté manipulateur de certaines… on se souvient de sa mère Félicité dans les volumes précédents.
Seulement Eugène Rougon se méfie des femmes qu'il ne tient pas en très haute estime, et pour être sûr de ne pas céder à la tentation, il repousse celle qu'il appelle mademoiselle Machiavel et lui fait épouser Delestang un jeune homme plein d'ambition et dont la langue est pleine de cirage à force de lécher les bottes. Et que va faire l'élève éconduite qui voulait l'épouser, sinon utiliser les mêmes méthodes que lui.
« Il disait d'ordinaire, d'un air convaincu, que « ce diable de Delestang irait loin » et il le poussait, se l'attachait par la reconnaissance, l'utilisait comme un meuble dans lequel il enfermait tout ce qu'il ne pouvait garder sur lui. » P 38
Alors que « la Curée » évoquait la spéculation immobilière, dans laquelle son frère était comme un poisson dans l'eau ; ce roman est basé sur une autre forme de spéculation : la spéculation politique.
Zola développe une fois de plus ses théories, peaufinant son étude de la jouissance par le pouvoir, avec un héros qui s'estime d'une intelligence supérieure, (il admire son intelligence comme Narcisse admirait son reflet !) ; de ce fait, tout le reste est secondaire, il n'a pas d'autre jouissance : les plaisirs de la table, de l'argent ou du sexe sont quasi inexistants, tant la joie du pouvoir prend de la place. Eugène Rougon, c'est l'amour du pouvoir et aussi l'ambition qui permet d'y accéder.
« C'était son idéal, avoir un fouet et commander, être supérieur, plus intelligent et plus fort. » P 45
Eugène a aussi une théorie, il pense qu'il n'est rien sans les autres (la bande de parasites qui l'entoure) et que les autres ne sont rien sans lui, ce qui n'est pas sans risque …
Les parasites, comme je les appelle, sont épouvantables; ils le flattent pour qu'il revienne sur le devant de la scène, et obtenir ce qu'ils veulent et quand ils l'ont obtenu, se mettent à le dénigrer, à dire qu'ils ne lui doivent rien, car le vent a tourné et ils préfèrent se tourner vers un petit jeune dont ils espèrent obtenir encore plus :
« Croyant avoir usé Rougon à satisfaire leurs premiers rêves, ils attendaient l'avènement de quelque pouvoir jeune, qui contenterait leurs rêves nouveaux, extraordinairement multipliés et élargis. » P 328
C'est une belle analyse du pouvoir, de la politique (Zola pourrait écrire la même chose aujourd'hui !), de l'Empire avec ses dépenses, la spéculation, les élections plus ou moins truquées, le désir de régner sans partage, en annulant toutes les libertés. L'auteur voulait probablement prouver aussi, que l'Empire n'a pas eu un véritable homme d'État… L'empereur n'est pas présenté comme un personnage de caractère, il est même assez terne dans ce roman.
Tout est prédéterminé pour Zola, tout relève de la génétique, il ne laisse aucune chance d'évoluer à ses personnages, et à force cela devient pesant, on espère qu'Eugène aura tiré les leçons… certes, le phénix renaît de ses cendres, comme tout animal politique, il sent d'où vient le vent et quand il faut changer de cap, notamment à propos de la répression et de l'atteinte aux libertés mais in aimerait qu'il arrive à sortir de son schéma, sinon on risque de sombrer dans l'ennui !
J'ai bien aimé ce roman que j'ai dévoré même si la bande de parasites a fini par m'horripiler. Zola laisse la porte ouverte comme si c'était au lecteur de tirer les conclusions : on espère que Rougon va enfin retenir quelque chose de ses erreurs. Ce roman m'inspire et je pourrais en parler durant des heures, alors il est préférable que je vous laisse le découvrir ou le relire…
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Allantvers
  06 mars 2016
« Vous êtes tout de même d'une jolie force, vous » dit à Rougon à l'aube d'un de ces énièmes retours en grâce, la belle et intrigante Clorinde.
Gageons que ces deux-là se disputent encore en enfer la primauté de la rouerie et de la puissance, tant ces deux impressionnantes figures sont archétypales des luttes sournoises, sales et magistrales au sommet des pouvoirs !
J'ai dévoré ce 6ème opus des Rougon Macquart qui nous porte au coeur de la machine politique de l'empire autour des revirements de fortune d'Eugène Rougon, poussé à la démission du Conseil d'Etat, remis en selle par une « bande » motivée par les prébendes qu'elle entend tirer de son retour aux affaires, puis de nouveau mis à bas d'un fauteuil de ministre pour en retrouver un autre quelques années plus tard.
Je me suis surprise à éprouver une certaine fascination pour cet insubmersible phoenix, puissant jusque dans son ossature de colosse, porté par la seule force brute de l'envie de domination, d'une moralité repoussante mais pourtant bien en phase avec son milieu : abject parmi les abjections des courtisans, intrigants et quémandeurs de tout poil, manoeuvré par Clorinde, une femme dont il n'a pas su évaluer qu'elle put avoir plus de force que lui, et autant puissant que faible face à ceux-là même qui dépendent de lui mais dont il tire son pouvoir.
Comme dans « la Curée », les parallèles avec l'époque actuelle ne manquent pas dans cette intemporelle étude de moeurs du pouvoir, et ce n'est pas le moins plaisant dans cette lecture que de piocher dans la classe politique récente des masques à coller sur les protagonistes de l'histoire ; Rougon à lui seul en mérite un joli paquet !
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Citations et extraits (151) Voir plus Ajouter une citation
isajuliaisajulia   19 juillet 2013
C'est mon histoire que vous voulez? dit-il. Rien de plus facile à conter. Mon grand-père vendait des légumes. Moi, jusqu'à trente-huit ans, j'ai traîné mes savates de petit avocat au fond de ma province. J'étais un inconnu hier. Je n'ai pas comme notre ami Kahn usé mes épaules pour soutenir les gouvernements. Je ne sors pas comme Béjuin de l'Ecole polytechnique. Je ne porte ni le beau nom du petit Escorailles ni la belle figure de ce pauvre Combelot. Je ne suis pas aussi bien apparenté que La Rouquette qui doit son siège de député à sa soeur, la veuve du général de Llorentz, aujourd'hui dame du palais. Mon père ne m'a pas laissé comme à Delestang cinq millions de fortune, gagnés dans les vins. Je ne suis pas né sur les marches d'un trône, ainsi que le comte de Marsy, et je n'ai pas grandi pendu à la jupe d'une femme savante, sous les caresses de Talleyrand. Non, je suis un homme nouveau, je n'ai que mes poings...
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Gwen21Gwen21   23 août 2018
Et, brusquement, elle ne fut plus Diane. Elle laissa tomber son arc, elle fut Vénus. Les mains rejetées derrière la tête, nouées dans son chignon, le buste renversé à demi, haussant les pointes des seins, elle souriait, ouvrait à demi les lèvres, égarait son regard, la face comme noyée tout d’un coup dans du soleil. Elle paraissait plus petite, avec des membres plus gras, toute dorée d’un frisson de désir, dont il semblait voir passer les moires chaudes sur sa peau de satin. Elle était pelotonnée, s’offrant, se faisant désirable, d’un air d’amante soumise qui veut être prise entière dans un embrassement.
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cmpfcmpf   25 septembre 2014
Alors, vous aviez quelque chose à me dire ? reprit Rougon, de son air paisible.
– Ne parlons plus de ça, mon cher ami ! s’écria le député. Vous avez assez de tracas. Je n’irai bien sûr pas, dans un jour pareil, vous tourmenter encore avec mes misères.
– Non, ne vous gênez pas, dites toujours.
– Eh bien ! c’est pour mon affaire, vous savez, pour cette maudite concession… Je suis même content que Du Poizat soit là. Il pourra nous fournir certains renseignements. »
Et, longuement, il exposa le point où en était son affaire. Il s’agissait d’un chemin de fer de Niort à Angers, dont il caressait le projet depuis trois ans. La vérité était que cette voie ferrée passait à Bressuire, où il possédait des hauts fourneaux, dont elle devait décupler la valeur ; jusque-là, les transports restaient difficiles, l’entreprise végétait. Puis, il y avait dans la mise en actions du projet tout un espoir de pêche en eau trouble des plus productives. Aussi M. Kahn déployait-il une activité prodigieuse pour obtenir la concession ; Rougon l’appuyait énergiquement, et la concession allait être accordée, lorsque M. de Marsy, ministre de l’Intérieur, fâché de n’être pas dans l’affaire, où il flairait des tripotages superbes, très désireux d’autre part d’être désagréable à Rougon, avait employé toute sa haute influence à combattre le projet. Il venait même, avec l’audace qui le rendait si redoutable, de faire offrir la concession par le ministre des Travaux publics au directeur de la Compagnie de l’Ouest ; et il répandait le bruit que la Compagnie seule pouvait mener à bien un embranchement dont les travaux demandaient des garanties sérieuses. M. Kahn allait être dépouillé. La chute de Rougon consommait sa ruine.
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fredhofredho   08 mars 2016
"Voyez-vous, mon cher, je vous l'ai dit souvent, vous avez tort de mépriser les femmes. Non, les femmes ne sont pas les bêtes que vous pensez. Ça me mettait en colère, de vous entendre nous traiter de folles, de meubles embarrassants, que sais-je encore? de boulet au pieds... Regardez donc mon mari! Est-ce que j'ai été un boulet à son pied?... Moi, je voulais vous faire voir ça. Je m'étais promis ce régal, vous vous souvenez, le jour où nous avons eu cette conversation. Vous avez vu, n'est-ce pas? Eh bien! sans rancune... Vous êtes très fort, mon cher. Mais dites-vous bien une chose: une femme vous roulera toujours, quand elle voudra en prendre la peine."
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Gwen21Gwen21   04 septembre 2018
En face, dans la baraque de toile, la jolie madame Bouchard tenait le tourniquet. Elle portait une délicieuse toilette bleue d’une coupe paysanne, la taille haute, le corsage formant fichu, presque un déguisement, pour avoir bien l’air d’une marchande de pain d’épice et d’oublies. Avec cela, elle affectait un zézaiement adorable, un petit rire niais de la plus fine originalité. Sur le tourniquet, les lots étaient classés, d’affreux bibelots de cinq ou six sous, maroquinerie, verrerie, porcelaine ; et la plume grinçait contre les fils de laiton, la plaque tournante emportait les lots, dans un bruit continu de vaisselle cassée. Toutes les deux minutes, quand les joueurs manquaient, madame Bouchard disait de sa douce voix d’innocente, débarquée la veille de son village :
- À vingt sous le coup, messieurs… Voyons, messieurs, tirez un coup…
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Alice Chemama est diplômée de L'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (2017), a reçu le Premier Prix de dessin pour un carnet de voyage déjanté (Concours Libé Apaj 2016) et publiera son tout premier album chez Dargaud à la rentrée 2019 ! Jeune autrice, grand talent, l'artiste impressionne par sa créativité sans borne et son style. Son premier album, Zola, avec Méliane Marcaggi au scénario, sera à découvrir en librairies en 2019. En attendant, visitez son site https://www.alicechemama.com/
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