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ISBN : 2072765277
Éditeur : Gallimard (14/06/2018)

Note moyenne : 3.33/5 (sur 27 notes)
Résumé :
La narratrice tunisienne raconte sa mère. Comme le lui dit l'une de ses amies, il t'aura fallu une révolution (des jasmins) pour oser parler de tes rapports avec elle. Le sujet n'est pas tabou mais dévoiler, au sens figuré comme au sens propre, la personnalité maternelle n'est pas une affaire facile. D'autant que le silence familial a toujours été la règle. Raconter l'intime c'est mettre un sens à tout ce qui a été, est et sera. C'est essentiel aussi pour comprendre... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
ChristianAttard
  16 février 2017
Je me souviens encore enfant, en Tunisie, avoir de nombreuses fois croisé ces énigmatiques femmes couvertes de bracelets et de pendentifs, parfois de tatouages. Ma grand-mère maternelle qui, par son physique méditerranéen, aurait pu être l'une d'elles avait d'ailleurs conservé ces lourdes fibules et ces bracelets d'argent qui ressemblaient à de grosses menottes. On les craignait sans les connaître comme on craignait en France les lanceuses de sort.
Fawzia Zaouri a tenté de nous retracer l'existence de sa mère, fille d'un petit village du bled tunisien, cette mère que j'aurais pu rencontrer enfant.
Presque ethnographique si on ne s'attache qu'à la seule substance des informations retrouvées, souvent poétique et lyrique, le récit de cette femme expatriée maintenant en France est exceptionnel. Car si il est bien une communauté au monde fermée à toute divulgation intime, c'est bien celle des femmes musulmanes.
Le personnage haut en couleurs de cette mère s'affirme au fil du livre pour nous livrer une femme courageuse et pragmatique mais baignant aussi dans l'obscur mondes des Djinns et des mannes ancestrales. Loin de la soumission aux hommes que l'on imagine, souvent manipulatrice, cette mère obligée laisse exploser, la maladie venant, ses frustrations et ses désirs. Médiatrice entre un monde que l'on croyait heureusement perdu et le modernisme libéré dont sa fille vivant en France est la brillante image, elle confie ses souffrances et ses rêves à une élue mais pas aux siens.
Ces femmes dignes et maltraitées par l'Islam car Allah ne les aime pas et s'en défie, persifle les Imams on fait et feront la Tunisie de demain. Un roman riche d'enseignements.
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frandj
  09 janvier 2019
Ce livre me parait très remarquable: l'auteure, une femme très cultivée installée en France, rapporte un témoignage sur la vie de sa mère, Yamna. Celle-ci a vécu dans un bled reculé de la Tunisie, volontairement cloitrée pendant cinquante années dans sa propre maison – sans qu'elle éprouve une sensation de frustration. Puis, malade, elle s'est trouvée déracinée à Tunis, où ses enfants voulaient qu'elle soit soignée. A l'hôpital moderne où elle va mourir, elle est accompagnée par ses filles, qui sont confrontées à ses bizarreries et à ses dissimulations. Car « Allah a recommandé de tendre un rideau sur tous les secrets, et le premier des secrets s'appelle la femme ».
La partie centrale du livre, qui m'a semblé assez extraordinaire, est la transcription du témoignage que la vieille femme a voulu confier exclusivement à sa domestique. Il lève le voile sur toute l'existence de Yamna, que ses enfants connaissaient très mal. Nous pénétrons dans un monde géographiquement proche, et pourtant extrêmement éloigné de nos références culturelles. Si l'Islam pur et dur est totalement accepté, d'autres croyances probablement préislamiques – les djinns, les ancêtres, etc – restent très vivaces. Un implacable conservatisme règne sur le village. Il s'appuie sur les préjugés, la soumission à la tradition, la peur du qu'en-dira-t-on, l'honneur de la famille (qui se situe principalement entre les cuisses des vierges) et la fermeture absolue aux « Nazaréens » venus coloniser le pays.
Pour le lecteur français que je suis, il est difficile de réfréner un sentiment de supériorité par rapport à une société à la fois naïve et sévère, que l'on considère spontanément comme "primitive". Mais ce témoignage, qui relève de l'ethnographie autant que de la piété filiale, est précieux. En fait, je ne l'ai pas trouvé très facile à lire, l'une de mes difficultés provenant de l'enchevêtrement des protagonistes dans le récit. La dernière partie de ce livre est empreinte d'émotion, celle de l'auteure qui retrouve ses racines en perdant sa mère.
Un excellent livre qui captivera les personnes s'intéressant aux cultures traditionnelles qui demeurent en marge de notre société mondialisée.
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GabySensei
  09 janvier 2017
Une femme tunisienne (vivant en France) accompagne sa mère tout au long d'une longue maladie qui finira par l'emporter. Pendant ces longs mois, la mémoire de sa mère lui revient et elle a envie de raconter sa relation avec elle dans un livre. L'entreprise n'est pas sans difficulté car sa mère a toujours été une taiseuse. de plus les rivalités entre frères et soeurs s'en mêlent. Certains estiment que la vie de leur mère doit rester privée et ne pas être exposée dans la lumière d'un livre. Dès lors il est bien difficile de recevoir les confidences sur certains épisodes inconnus de la vie de sa mère. D'autres estiment encore que le projet même d'écrire ce livre relève d'une démarche occidentale et française et que l'auteure trahit ses racines tunisiennes en faisant quelque chose qui ne relève pas de la tradition. Mais tous ces obstacles n'empêchent pas Fawzia Zouari de dire sa mère, avec une écriture très belle. A travers ce portrait de sa mère, elle fait un peu celui de toutes les mères. Une très belle réussite !
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valerievalou
  25 août 2017

2007 : la mère de l'auteure est à l'agonie ; hospitalisée à Tunis, c'est la famille entière qui l'entoure à son chevet. L'auteure, parisienne, mariée en France, revêt le vêtement traditionnel (mélia) et découvre sa mère nue, c'est-à-dire la tête découverte ; elle note le tatouage représentant un palmier entre les seins et recherche la vérité sur cette femme, qui s'est toujours cachée dans ses vêtements, ses bijoux, ses secrets, ne se confiant pas à ses enfants et surtout pas à ses filles (deux d'entre elle ont suivi des études, tandis que les deux autres s'occupent de leurs enfants, la scolarité des deux cadettes n'étant que le fait de la colonisation et de l'école obligatoire). L'auteure a beau interrogé sa mère, celle-ci se mure dans un silence et dans l'oubli de la maladie d'Alzheimer. Soudainement, c'est la bonne, la fidèle Naïma qui apprendra à l'auteure qui était vraiment sa mère, nous plongeant dans une saga familiale dramatique où la réalité, le mythe, les croyances s'interpénètrent pour une vérité. L'auteure renoue dans ce beau récit avec les traditions familiales et nous livre les secrets si cachés de sa mère. L'écriture est poétique, onirique et nous égare parfois sur des chemins presque fantastiques.
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medelhedisam
  19 mars 2018
En savourant cet ouvrage, autant de mélancolie m'a traversé, m'a hanté, m'a scotché à ce roman retraçant la vie d'une mère… La mère de l'écrivain… Une mère qu'on s'autorise, le temps d'une lecture, à se l'approprier…
Cette mère qui nous ramène à une époque si lointaine, si étrange et si naïve… Une époque que nous ne pouvons que l'admirer.
C'est une lecture tellement agréable qu'on sent du chagrin en terminant le livre… Un grand merci à Mme Fawzia Zouari qui m'a beaucoup marqué.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
sandpicsandpic   24 avril 2019
Mois, je pense que nous étions tout simplement trop nombreux pour que maman montre son attachement à chacun de nous, a répondu Souad. Huit enfants ce n'est pas rien. Cependant, elle manifestait de la fierté envers ses garçons, et avait de peur pour ses filles... Mais jamais de tendresse, interrompt Jamila malgré ses pieuses déclaration. [..] On dirait que nous sommes tous sans cesse en train de chercher à combler les manques d'affection...
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mireille.lefustecmireille.lefustec   22 novembre 2016
Elle savait sûrement qu'une fois sortie de chez elle, elle ne serait plus que...ce que tu as vu à l'hôpital !
C'est-à-dire une chose simple à manipuler, une peau à inciser de piqûres, des veines branchées à des tuyauteries, un morceau de chair estampillé de plaies, comme des bêtes de boucherie .
Comment peut-on laisser faire ça à sa mère ?
p.78
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rkhettaouirkhettaoui   20 décembre 2016
Je m’en veux de n’avoir pas été témoin de la passion de ma mère. De son dernier chant de vie. De ses maximes indéchiffrables. De ses expressions qui fleuraient le désir et charriaient des rimes arabes à profusion. Je m’en veux d’être partie loin d’elle. L’exil, c’est peut-être ça : vivre en dehors du temps de sa mère.
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valerievalouvalerievalou   25 août 2017
e m’en veux de n’avoir pas été témoin de la passion de ma mère. De son dernier chant de vie. De ses maximes indéchiffrables. De ses expressions qui fleuraient le désir et charriaient des rimes arabes à profusion. Je m’en veux d’être partie loin d’elle. L’exil, c’est peut-être ça : vivre en dehors du temps de sa mère (p.69). 

Yamna dictait des recettes pour soigner l’impuissance ou la sécheresse vaginale, à moins que ce ne fût ce mal mystérieux qui s’emparait parfois des veuves, les faisant tomber enceintes alors qu’aucun homme ne s’était hasardé à l’intérieur, puisque leur mari avait trépassé depuis des lustres ! Dans ce cas, Yamna concluait au diagnostic de l’« endormi », ce bébé conçu du vivant de l’époux mais qui se serait assoupi pendant des années, sous la coupole utérine, douce et à belles nervures. La maman n’y pouvait rien, Dieu seul le réveillerait un jour et le pousserait vers la sortie. (p.161 
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rkhettaouirkhettaoui   20 décembre 2016
A défaut d’images, l’aveugle recourt sans tri à tous les registres du parler. Et mésestime la portée du mot, dans la mesure où il n’en voit pas l’effet sur son interlocuteur.
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