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ISBN : 2850254037
Éditeur : Fernand Hazan (30/11/-1)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Leurs tableaux font scandale au Salon d'Automne de 1905. La critique s' indigne de ce "pot de peinture jeté à la figure du public" ! Les fauteurs de trouble s' appellent Matisse, Marquet, Derain, Vlaminck... En l'espace de quatre ans seulement (de 1904 à 1907), ceux qu'on appelle désormais les "fauves" vont sortir la peinture de l 'orbite impressionniste pour ouvrir la voie au cubisme, à l'abstraction, à l'expressionnisme, au futurisme.

Bernard Zürc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Alzie
  15 décembre 2014
Très belle édition Hazan de 1995. Elle n'a pas pris une ride. Cette promenade découverte chez les fauves signée Bernard Zürcher offre une débauche de couleurs qui n'effraiera ni le lecteur averti encore moins le profane qu'il contribuera à éblouir. Exit la lumière changeante et vibrante chère aux impressionnistes, par ici les couleurs pures. Dette envers Van Gogh et Gauguin, fascination naissante pour le primitivisme ou référence à Cézanne, qui meurt sur le motif le 22 octobre 1906, hantent toutes les oeuvres fauves présentées ici. "il n'y eut pas d'explosion brutale de la couleur, comme on aimerait le croire, mais la convergence de recherches particulières."
Au sens strict la période fauve dure quatre ans : de 1904 à 1907. Mais l'étude de Bernard Zürcher l'ouvre un peu plus largement de 1900 à 1907. Une génération de peintres - dont Matisse (1869-1954) est l'aîné prend ses distances avec l'impressionnisme en misant sur les potentialités de la couleur pour élaborer son propre langage pictural. Autant d'artistes, autant d'approches : celle sage et réfléchie des deux anciens de l'atelier de Gustave Moreau, Matisse et Marquet (1875-1947), dont l'activité tournait autour du nu avant 1904 (occupés par le divisionnisme de Seurat et Signac) ; celle plus radicale de Vlaminck (1876-1958) l'autodidacte et de Derain (1880-1954), formés dans une académie de la rue de Rennes. A titre de repère "Luxe, calme et volupté", commencé à Saint-Tropez par Matisse sous la houlette de Signac pendant l'été 1904, est terminé à Paris à la fin de l'année et présenté au Salon des Indépendants de 1905. Ni mouvement, ni école, les Fauves sont présentés comme un groupe mais le terme de mouvance utilisé aussi par Emmanuel Pernoud (l'Estampe des Fauves) semble tout aussi approprié.
Cette douzaine d'artistes bien différents les uns des autres qui travaillent parfois seuls, souvent en binôme, s'associent au gré des villégiatures, de l'amitié, du motif ou de l'inspiration. Derain et Vlaminck, dont Bakounine et les exploits de Ravachol animent les idées révolutionnaires, se connaissent depuis 1900, Matisse et Derain depuis 1899. En octobre 1904, après un long service militaire (trois ans !) Derain rejoint Vlaminck à Chatou. Ce couple d'incendiaires en recherche de solutions nouvelles pour la peinture est prêt pour "l'épreuve du feu". Matisse leur rend visite début 1905 et les invite à le rejoindre à Collioure ce que fait Derain dès l'été. Séjour fructueux dont le résultat, accroché aux cimaises du Salon d'Automne suivant, déclenche l'incompréhension du public et de la critique.
C'est lors du troisième Salon d'Automne en 1905 que la salle VII fut qualifiée de "cages aux fauves". Les toiles de Camoin (5), Mangin (5), Marquet (5), Vlaminck (5), Derain (9) et Matisse (10) resteront dans les annales. Vlaminck, Derain et Matisse recueillent le plus de critiques négatives. "La Femme au chapeau" de Matisse essuie tous les quolibets. Elle résume à elle seule le premier scandale du siècle : "un pot de peinture jeté à la tête du public" selon Camille Mauclair. "Le terme fauve désignait ici une double agression : celle qui livre au public le spectacle d'oeuvres "inintelligibles" et celle qui livre des artistes novateurs aux hurlements de l'outrage public" (p.99). Gertrude Stein elle ne s'y trompe pas et achète immédiatement le tableau, son frère Léo acquiert "Le Bonheur de vivre" l'année suivante.

Marquet "le fauve en gris", Manguin (1874-1949) et Camoin (1879-1965) venus aussi de chez Gustave Moreau, fréquentent la Côte d'Azur en 1904. En 1906 Braque (1882-1963) et Friesz (1879-1949) rejoignent Anvers, Marquet et Dufy (1877-1953) peignent à Sainte-Adresse, Derain à Londres puis à L'Estaque ; sans oublier van Dongen (1877-1968), Valtat (1869-1952) et Jean Puy (1876-1960), Rouault se joint parfois à eux. de Honfleur à l'Estaque et de la Corse aux brumes du nord, leur peinture devenue réinvente par ses couleurs audacieuses les formes de la représentation. Se donner "de nouvelles raisons de peindre" en une période où l'art est avant tout passion.
Le texte est vivant, soigneusement balisé de Chatou au "Viaduc de l'Estaque" peint par Braque en 1907-1908 jusqu'à son ralliement (avec Derain) à Picasso. La mise en perspective des recherches fauves avec celles de la génération précédente (les Nabis, mais aussi Monet, Cézanne, Van Gogh et Gauguin) et l'évolution du contexte artistique d'époque extrêmement mouvant du tout début du XXe siècle ont de quoi susciter l'interêt. Le malentendu Signac/Matisse et la rivalité Matisse/Picasso ou le parallèle entre le noyau havrais (Braque, Friesz, Dufy) et l'atelier de Chatou ou encore, le regard de l'Académie toute puissante et des Salons (d'Automne et des Indépendants) qui ponctuent la vie artistique, l'influence des galeristes et des marchands offrent autant d'angles de vue variés excluant le propos guindé ou l'ennui d'une chronologie trop vertueuse. Cette dernière est renvoyée poliment à la fin du bouquin sa juste place.
Le lecteur observe la métamorphose chromatique et formelle dont les moyens plastiques sont décryptés et rendus immédiatement visibles grâce à la mise en page : "La desserte" de 1897 et "La desserte rouge" de 1908, juxtaposition de deux toiles de Matisse où l'on voit la perspective restée impressionniste de 1897 se fondre subtilement dans la bidimensionnalité de la toile de 1908 : l'immense aplat rouge nous parle ; vocabulaire nouveau inscrit aussi dans les face à face de rues pavoisées (Dufy et Marquet), les chassés-croisés de portraits spectaculaires (Derain peint par Matisse et vice-versa ou Vlaminck par Derain et vice-versa) ou les flamboiements londoniens (Derain). "Le Bonheur de vivre", "Le Nu bleu, souvenir de Biskra" (Matisse), "La Danse" et "Les Baigneuses" (Derain) ou les hésitations de Braque explorent enfin toutes les contradictions des futurs enjeux plastiques à venir. Et Picasso travaille déjà aux "Demoiselles" quand le parcours s'achève...

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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
AlzieAlzie   06 décembre 2014
Au cours de ces années qui précèdent la Première Guerre mondiale, une nouvelle génération de peintres "hausse le ton". Comme si les grands bouleversements à venir trouvaient une résonance en peinture. Des deux côtés du Rhin, les tableaux flamboient. Mais à Dresde, Munich ou Berlin, les peintres du groupe Die Brücke - Hecke, Kirchner ou Pechstein - ne réaliseront pas, avant 1907-1908, d'oeuvres comparables à celles des "fauves" - comme les a nommés le critique d'art Louis Vauxcelles, dans le supplément du Gil Blas daté du 17 octobre 1905. Cette année là, le Salon d’Automne voit naître non pas un "mouvement" - par la suite, les fauves réfuteront toujours une telle appartenance - mais déjà une avant-garde, une "formation de combat" en somme, la première que l'histoire de l'art ait inventée. Le ton d'une lettre de Dufy à Berthe Weill, qui fut la première à défendre les fauves dans sa modeste galerie, le montre assez : "Soyez convaincue, lui écrit - il, que vous avez en Matisse, Vlaminck, Derain, Friesz et quelques autres, les types de demain et de longtemps encore ; est-ce assez visible au Salon, voyons ? Comparez l'intensité de vie, de pensée que contiennent les toiles de ces gens-là, à celle de la quantité d'ennui et d'inutilité contenus dans la plupart des autres cadres. " (p.10)
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AlzieAlzie   14 décembre 2014
Vlaminck peint sur le motif, sans rechercher des points de vue inusités, des paysages familiers. [•••] Mais il y met une telle frénésie, une passion si forte, que les Berges de la Seine à Chatou prennent feu sous l'action conjuguée des touches frénétiques, multiformes, orientées en tous sens comme autant de flammes dévorantes. Le rouge est sa couleur préférée. Il en met partout, dans l'herbe sur les troncs d'arbre, dans le ciel et jusque dans l'eau. Vlaminck donne à la couleur tout pouvoir de transposition, sans pour autant trahir l'exactitude de la représentation. Simplement la lumière n'est plus celle du soleil, plutôt celle de Van Gogh, dont il n'aurait pas démenti le propos : "j'ai cherché à exprimer avec le rouge et le vert les terribles passions humaines." (P. 40)
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AlzieAlzie   08 décembre 2014
"Ce que je n'aurais pu faire dans la vie qu'en jetant une bombe - ce qui m'aurait conduit à l'échafaud - j'ai tenté de le réaliser dans la peinture en employant la couleur pure au maximum. J'ai satisfait ainsi à ma volonté de détruire de vieilles conventions, de "désobéir" afin de recréer un monde sensible, vivant et libéré".
Maurice de Vlaminck
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AlzieAlzie   05 décembre 2014
Je ne crée pas une femme, je fais un tableau (p.106).
H. Matisse
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Bernard Zurcher : Les fauves
Olivier BARROT présente "Les Fauves" de Bernard ZURCHER.
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