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Dominique Autrand (Traducteur)
EAN : 9782253140580
121 pages
Le Livre de Poche (30/11/-1)
3.83/5   242 notes
Résumé :
L'Amérique aurait dû s'appeler Colombie. Amerigo Vespucci, qui lui donna son nom, n'avait en rien contribué à sa découverte, ni même revendiqué ce privilège. Alors, pourquoi lui ?
Dans cet essai écrit en 1941 - au moment où il s'installe en Amérique -, Stefan Zweig reconstitue l'enchevêtrement des circonstances, des hasards, des malentendus qui sont à l'origine de cette étrange erreur.
Constamment soucieux d'élargir son horizon, il nous invite ici à vo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
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Marple
  11 novembre 2013
Habituellement fan des biographies, nouvelles et autres romans du génial Stefan Zweig, je suis un peu embêtée au moment de rédiger cette critique de son enquête historique Amerigo... Embêtée parce que cette critique ne peut qu'être mitigée...
Rien à dire sur le fond et le style, qui me plaisent toujours autant. En revanche, pourquoi cette forme artificielle de l'enquête historique et ces circonvolutions sans fin sur le caractère honnête ou malhonnête d'Amerigo Vespucci ? Plus de 500 ans après les faits, nous aurons de toute façon du mal à nous faire notre propre idée... Bref, l'enquête a beau être brève avec ses 121 pages, elle était encore trop longue de 50 pages un peu verbeuses à mes yeux !
Pourtant, le sujet est vraiment intéressant : pourquoi l'Amerique porte-t-elle le nom d'Amerigo Vespucci alors même qu'il n'a pas du tout participé à sa découverte ? Cette information ne va pas changer votre vie d'homme ou de femme moderne, c'est sûr, mais elle donne lieu ici à des développements brillants et érudits, à lire par pur plaisir intellectuel, ou pour briller dans les dîners.
Cette dénomination est le fruit d'une suite de hasards et de coïncidences historiques, sans qu'Amerigo ne soit ni un grand navigateur ni un grand imposteur... Il a eu le mérite de réaliser en premier que cette terre atteinte par Christophe Colomb n'était pas un morceau d'Asie, mais bien un 'monde nouveau', et d'écrire des lettres à son patron Médicis sur ce thème.
Dans l'effervescence des découvertes et de leur diffusion, ses écrits ont été repris, déformés, transformés... jusqu'à ce qu'un petit géographe de Saint-Dié veuille intégrer ce 'monde nouveau' à la cartographie de Ptolémée et propose pour cela l'appellation Amérique, sans chercher plus loin que le bout de son 'monde nouveau'.
Amerigo était sans conteste au bon endroit au bon moment, mais Zweig aurait peut-être pu le raconter plus directement et simplement.
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dourvach
  01 juillet 2017
"Amerigo" oder "Die Geschichte eines historischen Irrtums" (Allez on vous traduit : "L'histoire d'une erreur historique"... et rien d'une mystification, vous allez voir !).
Ou... comment des approximations savantes forgées par un tout petit cercle d'intellectuels dans leur minuscule Duché de Lorraine (tapi au coeur aujourd'hui oublié des Vosges : Saint-Dié) ont fabriqué le nom et la mythologie d'un continent... Une histoire incroyable.
Nous ne saurons "presque" rien - du moins pas grand chose (informations biographiques parcellaires ou perdues... à l'instar du destin injuste de ces centaines de tragédies d'Eschyle et Sophocle dont les copies-papyrus furent certainement saccagés et brûlés à Alexandrie au IIIème siècle après J.-C.) - de la petite vie tranquille mais "un moment aventureuse" du brave Amerigo Vespucci... oui, malgré l'ultime chapitre qui fera le point sur la "question Amerigo"...
Nous apprendrons en revanche beaucoup sur les mentalités et la circulation hasardeuse de l'information à la fin du Moyen âge, en ce début des "Temps modernes" post-colombiens (qualifiés parfois de "Renaissance") ... et encore un peu plus sur le charisme de cet imprimeur et ses compères "ès approximations", lettrés et artisans si enthousiastes du début du XVIème siècle...
Un tout petit livre passionnant et un essai historique magistral - fort rapidement lu (sept chapitres) - du grand et prolifique Stefan Zweig (1841-1942), dont le génie a trop tôt disparu : l'entière faute de ces incultes, sinistres crétins (et bien sûr criminels) de Nazis...
Lien : http://fleuvlitterature.cana..
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CarlmariaB
  29 septembre 2020
Zweig s'étonne que le continent mythique de notre monde ait été baptisé du blaze d'un clampin. Parti pour raconter la vie d'Amerigo, comme il n'y avait rien à raconter sur l'homme, il a raconté la vie du prénom : Amérique. de ce court récit qui se lit vite, avant qu'il ne soit déjà l'heure d'aller chercher les enfants à l'école, j'ai retenu une réflexion sur la fragilité de la culture. Pas celle des autres - depuis Levi Strauss on la sait foutue - non, la nôtre. « L'esprit de l'humanité est paralysé, écrit Zweig, comme par l'effet d'une maladie mortelle, elle ne veut plus rien savoir du monde qui est le sien (...)  la main de l'homme n'est plus capable de représenter son propre corps à travers le dessin (...) on ne voyage plus, on ne connait rien des pays étrangers». J'observe mes enfants ricaner en regardant les enfants des autres se tortiller sur tiktok. Ils ne dessinent pas, ils sortent peu, on ne part plus en vacances, covid oblige, et à la place, ils sauvent un monde 3D de la menace zombie sur Fortnite. Zweig ajoute « On a désappris à lire à écrire à compter, même les rois et les empereurs d'Occident ne sont plus en mesure d'apposer leur propre nom au bas d'un parchemin. ». Je m'affole. Spengler ! Onfray ! Finkielkraut ! Et s'ils avaient raison ? Heureusement, à la télé, dans le bureau ovale, le 45ème Président des Etats-Unis d'Amerigo signe son nom au bas d'un tax bill. Et il exhibe fièrement sa signature à la caméra et à la cour. Sauvés ! Il sait écrire son nom ! Plaise à Dieu qu'il reste Président !
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Moan
  30 octobre 2012
Dans Amerigo, Stefan Zweig répond à la question :" Pourquoi a-t-on utilisé , pour baptiser cette partie du monde, le prénom d'Amerigo Vespucci?"
"Parce que Vespucci a découvert l'Amérique? Il ne l'a nullement découverte! Parce qu'il a été le premier à fouler le sol du continent, et non seulement des îles de la côte? Non, ce n'est pas non plus pour cette raison, car ce n'est pas Vespucci qui a posé le pied le premier sur le continent américain, mais Colomb et Sébastien Cabot. Dans ce cas, peut-être a-t-il abusivement prétendu avoir été le premier à aborder ces terres? Non,Vespucci n'a jamais revendiqué ce privilège auprès d'aucune instance. S'agirait-il donc d'un savant, d'un cartographe qui, pour satisfaire son ambition, aurait proposé que l'on donnât son nom à cette nouvelle terre? Non,il n'a jamais agit de la sorte non plus, et n'a même vraisemblablement jamais rien su de l'usage qui était fait de son nom."
C'est cette histoire pleine de hasards, d'erreurs et de malentendus , que raconte Stefan Zweig. Il reconstitue la vie d'Amerigo Vespucci et ce que son entourage en a fait, pour arriver à une conclusion que j'ai bien appréciée.
Son écriture m'a emportée de la première à la dernière page. C'est avec plaisir que j'ai fait un petit retour depuis l'an 1000 avant de plonger dans cette époque des grandes découvertes!
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Blandine54
  28 août 2017
Je ne m'étais jamais demandée pourquoi le continent américain a été baptisé ainsi et je n'avais jamais entendu parler d'Amerigo Vespucci.
Stefan Zweig a grandement comblé mes lacunes grâce à son essai historique "Amerigo". Ce court récit nous permet de comprendre comment Amerigo Vespucci contemporain de Christophe Colomb s'est vu attribué la découverte de l'Amérique qui a été donc baptisée ainsi en son honneur.
Stefan Sweig nous indique comme dans une enquête les différentes pistes possibles pour expliquer ce malentendu historique.
Un petit cours d'histoire très plaisant avec le charme de l'écriture de Stefan Zweig.
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   21 mars 2022
De toutes les feuilles volantes de cette époque, depuis la première lettre où Colomb, en 1493, annonçait avoir atteint des îles proches du Gange, aucune n'a eu un retentissement aussi large et aussi lourd de conséquences que les huit pages de cet Albericus (Vespucius) totalement inconnu jusque-là. (...)
Le grand succès de ce livret minuscule est très compréhensible. Car cet inconnu, ce Vespucci, est le premier des navigateurs qui sache raconter, et de manière amusante. Ce qu'on trouve habituellement sur ces bateaux d'aventuriers, c'est un ramassis de pilleurs d'épaves analphabètes, de soldats et de matelots qui ne savent pas même écrire leur propre nom, auxquels peut s'adjoindre à la rigueur un escribano, un juriste fastidieux qui juxtapose froidement des faits, ou un pilote qui inscrit les longitudes et les latitudes. Au tournant du siècle, le grand public est encore tout à fait ignorant de ce qu'on a réellement découvert dans ces contrées lointaines. Et voici qu'arrive un homme digne de confiance, et même cultivé, qui n'exagère ni ne fabule, mais raconte au contraire avec sincérité comment il est parti, le 14 mai 1501, sur ordre du roi du Portugal, et a navigué pendant deux mois et deux jours sur le vaste océan, sous un ciel si sombre et si orageux qu'on n'y pouvait apercevoir ni le soleil ni la lune. Il fait participer le lecteur à toutes les horreurs vécues par l'équipage, il raconte comment ils avaient déjà abandonné tout espoir d'accoster sains et saufs dans leurs bateaux mangés des vers qui prenaient l'eau de toutes parts ; pourtant, grâce à son habileté de cosmographe, le 7 août 1501 - la date est différente de celle indiquée dans ses autres récits, mais il faut s'habituer à rencontrer ce genre d'imprécisions chez cet homme instruit -, ils ont tout de même fini par apercevoir une terre, et quelle terre bénie!
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araucariaaraucaria   20 mars 2022
Quel homme a donné son nom à l'Amérique?
A cette question, le premier écolier venu répondra d'une voix ferme, sans avoir à réfléchir : Amerigo Vespucci.
En revanche, même les adultes se montreront hésitants et perplexes si on leur pose la seconde question, à savoir : pourquoi a-t-on utilisé, pour baptiser cette partie du monde, le prénom d'Amerigo Vespucci? Parce que Vespucci a découvert l'Amérique? Il ne l'a nullement découverte! Parce qu'il a été le premier à fouler le sol du continent, et non plus seulement des îles les plus proches de la côte? Non, ce n'est pas non plus pour cette raison, car ce n'est pas Vespucci qui a posé le pied le premier sur le continent américain, mais Colomb et Sébastien Cabot. Dans ce cas, peut-être a-t-il abusivement prétendu avoir été le premier à aborder ces terres? Non, Vespucci n'a jamais revendiqué ce privilège auprès d'aucune instance. S'agirait-il donc d'un savant, d'un cartographe qui, pour satisfaire son ambition, aurait proposé que l'on donnât son nom à cette nouvelle terre? Non, il n'a jamais agi de la sorte non plus, et n'a même vraisemblablement jamais rien su de l'usage qui était fait de son nom. Mais alors pourquoi, s'il n'a rien fait de tout cela, pourquoi l'honneur lui est-il échu d'immortaliser son nom? Pourquoi l'Amérique ne s'appelle-t-elle pas Colombie, mais Amérique?
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araucariaaraucaria   22 mars 2022
1512. Un cercueil, suivi par un maigre cortège, est porté d'une église de Séville au cimetière. Ce n'est pas un enterrement spectaculaire, pompeux ; ce n'est pas l'enterrement d'un homme riche, d'un noble. On conduit à sa dernière demeure un vulgaire fonctionnaire du roi, le Piloto mayor de la casa de Contratacion, un certain Despuchy ou Vespuche. Personne, dans cette ville étrangère, ne se doute qu'il s'agit de ce même homme dont la quatrième partie de la Terre va porter le nom, et ni les historiographes ni les chroniqueurs ne consacrent une ligne à cette mort insignifiante ; trente ans plus tard, on lira encore dans les ouvrages historiques qu'Amerigo Vespucci est mort en 1534 aux Açores. La mort du parrain de l'Amérique passe complètement inaperçue, de même en 1506, à Valladolid, on porte en terre dans un silence total l'adelantado, l'Amiral des Nouvelles-Indes, Christophoro Colombo, sans qu'aucun roi ni duc n'accompagne le cercueil et, là non plus, aucun chroniqueur de l'époque ne juge l'événement suffisamment important pour en informer le monde.
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JcequejelisJcequejelis   20 août 2016
Bermuda a été baptisée par référence à Juan Bermùdez, la Tasmanie d'après Tasman, l’île de Fernando Po d'après Ferdinand Po. Pourquoi cette nouvelle terre en porterait-t-elle pas le nom de celui qui en a divulgué la découverte ? C'est un geste de reconnaissance à l'égard d'un érudit qui le premier – tel est le mérite historique de Vespucci – a avancé la thèse que ces régions récemment découvertes n’appartenaient pas à l'Asie mais constituaient une nouvelle partie du monde, quartam pars mundi. En attribuant, de bonne foi, cet honneur à Vespucci, le brave Waldseemüller ne soupçonne nullement qu'il est en train de lui adjuger, au lieu de cette présumée île dénommée Terra sacta crucis, un continent tout entier qui s'étend du Labrador à la Patagonie, spoliant par la même Christophe Colomb, le véritable découvreur. Mais comment pourrait-il s'en douter quand Colomb lui-même l’ignore, qui soutient avec flamme que Cuba est la Chine et Haïti le Japon ?

2849 – [Le Livre de poche n° 14058, p. 55]
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JcequejelisJcequejelis   26 août 2016
… ce n'est pas l’appât de l'or et de l'argent qui … a lancé [Vespucci] à la conquête de l'océan, comme tous les autres, mais le pur plaisir de l'exploration. Il n'a pas martyrisé des hommes et détruit des royaumes comme tous les conquistadores criminels : il a observé les peuples étrangers en humaniste, en érudit, décrivant leurs mœurs et leurs coutumes sans les glorifier et les blâmer ; en sage élève de Ptolémée et des grands philosophes, il a observé la course des nouvelles étoiles et exploré les mers et les terres pour découvrir leurs merveilles et leurs secrets. Ce n'est pas un hasard aveugle qui l'a guidé, mais une connaissance rigoureuse des mathématiques et de l'astronomie – oui, clament les érudits, il est bien l’un des leurs, homo humanus, un humaniste ! Il sait écrire et, qui plus est, écrire le latin, la seule langue qu'ils jugent apte à exprimer les choses de l’esprit ; il a sauvé l'honneur de la science en la servant, elle, au lieu de succomber à l'attrait du gain et de l'argent. Chacun des chroniqueurs de son époque commence par une révérence avant de citer le nom de Vespucci, aussi bien Pierre Martyr que Ramus et Oviedo ; et comme ils ne sont pas plus d'une douzaine d'érudits à éclairer leur temps, Vespucci passe pour le plus grand navigateur du siècle.

2853 – [Le livre de poche n° 14058, p. 69]
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