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Fernand Delmas (Traducteur)
ISBN : 2253139254
Éditeur : Le Livre de Poche (01/03/1996)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 97 notes)
Résumé :
La vie de Balzac est un prodigieux roman. Accablé de dettes, immergé dans un titanesque labeur d'écriture, mort à cinquante et un ans, juste après son mariage avec celle qu'il avait si longtemps attendue, le romancier de La Comédie humaine incarne un mythe, celui du créateur rivalisant avec Dieu, et foudroyé comme Prométhée...
Loin d'être au second plan dans l’œuvre de Stefan Zweig, cette biographie, publiée après sa mort, l'occupa dix années durant. Et c'est... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
kielosa
  12 juin 2018
La biographie De Balzac est sans doute l'oeuvre qui a coûté le plus de temps et d'efforts à Stefan Zweig. Non pas que ce grand écrivain autrichien aurait souffert d'un manque d'enthousiasme pour son héros littéraire français, sûrement pas, mais à 2 reprises il a dû reconstituer en partie le résultat de ses amples recherches de la vie d'Honoré de Balzac, à cause de son compatriote Adolf Hitler et la Seconde Guerre mondiale. Voir à ce propos l'excellent ouvrage de Laurent Seksik "Les derniers jours de Stefan Zweig". Ce sera finalement sur son lit de mort - façon de parler - à Petropolis au Brésil qu'il achèvera son oeuvre, commencée des décennies avant, en 1942. L'ouvrage fut publié à titre posthume en 1946 et la version française en 1950. L'exemplaire que j'ai en main, date de 1947, une édition de luxe de la maison d'édition Cassell, relié avec 13 illustrations et 31 vignettes exclusives par différents artistes, que j'ai eu la chance inouïe de trouver à Londres, lors d'une foire en 2012, comme livre d'occasion, les pages juste un peu jauni, pour la somme modeste d'exactement 7,72 euros (le prix de 3 cappuccinos chez Marks & Spencer).
C'est en 1945 que son ami, Richard Friedenthal (1896-1979), auteur de biographies, entre autres de Goethe et Jan Hus, a reçu à Londres le manuscrit de Zweig avec des annotations de Lotte Altman, sa seconde épouse qui s'est suicidée le même triste jour du 22-2-1942. À la demande du maître lui-même, son ami a fait du beau travail en ajoutant des textes de Zweig sur Balzac, restés éparpillés en Angleterre.
De Balzac, j'ai eu grand plaisir à lire sur une période assez longue plusieurs de ses romans, la plupart faisant partie de sa vaste "Comédie humaine", écrits entre 1829 et 1848. Je me limite au nombre biblique de 7, en ordre de mes préférences : "Eugénie Grandet", "La Peau de chagrin", "Ferragus", "La Cousine Bette", "Le Père Goriot", "Le Colonel Chabert" et "Splendeurs et misères des courtisanes".
Comme Balzac (1799-1850) a été un des plus grands écrivains et un des plus prolifiques de France, je présume qu'à l'école vous avez certainement appris l'essentiel de ses 51 ans de vie et comme la biographie de Stefan Zweig dépasse les 400 pages serrées, au lieu de résumer cette vie, je vais faire allègrement un peu d'éclectisme en m'arrêtant sur quelques aspects et événements en particulier. Un billet fatalement incomplet et arbitraire, pour lequel je sollicite votre compréhension.
L'histoire d'amour De Balzac avec Madame de Hanska, comme Zweig appelle délicatement Ewelina Rzewuska (1801-1882), devenue Hanska après la mort de son mari, en est un. Balzac avait rencontré cette dame noble en 1833, mais il lui a fallu patienter 17 interminables années avant que cette beauté polonaise ne consente à marier notre géant de la littérature...en 1850, quelques mois avant sa mort ! Dans l'intervalle, Balzac a entrepris de nombreux voyages pour être auprès de sa bien-aimée, même jusqu'à Wierzchownia, près de Wroclaw/Breslau en Pologne, où elle habitait, ce qui lui prenait - en se dépêchant, car poursuivi par des créanciers - comme en l'hiver 1846 ... une bonne semaine. Pendant les longues absences entre leurs rencontres, Balzac lui a écrit 414 lettres d'amour !
Anecdote : En 1921, la princesse Catherine Radziwill, déclara posséder 17 lettres supplémentaires De Balzac à sa tante. S'il est exact que Madame de Hanska était sa tante - son vrai nom était Katarzyna Rzewuska (1858-1946) - au contraire, tout porte à croire qu'il s'agit de faux ! D'ailleurs, elle avait déjà fait 16 mois de prison au Cap en Afrique du Sud, pour avoir forgé sur des chèques la signature du Premier ministre de la Colonie du Cap, Cecil Rhodes. Il est vrai que l'homme, qui a donné son nom à la Rhodésie (l'actuel Zimbabwe), avait osé refuser de marier la chère Katarzyna !
De cette mythomane, je compte vous présenter sous peu un billet de son oeuvre historique (avec h minuscule) : "La malédiction des Romanov".
Madame de Hanska n'était pas le premier (grand) amour de celui qui, vers sa trentaine, décida d'ajouter un "de" avant son nom de famille. Zweig, avec beaucoup de sympathie pour son idole, raconte qu'il avait même fait décorer son fiacre des armes des "Balzac d'Entragues" , dont il se réclama, bien que descendent de pauvres agriculteurs du village La Nougayrié, près de Canezac/Montirat, en Occitanie. Son père, Bernard-François, parti de rien avait fait son chemin dans le monde de la finance, surtout en épousant à 51 ans Anne Charlotte Sallambier, 32 ans plus jeune que lui et fille d'un banquier. Aussi bien que lorsque Honoré naquit en 1799 , les Balzac appartenaient à la bourgeoisie prospère de Tours. Son père était un homme robuste, jovial et bon vivant (le père de quelques autres enfants, hormis les 4 de son ménage). Sa mère était tout le contraire, le plus souvent de mauvaise humeur, hystérique par moments et incapable d'affection pour son premier-né. Honoré la considérait comme un "monstre", la personne qui l'a fait souffrir le plus pendant son enfance. Apparemment le seul bon point pour Anne Charlotte était son faible pour les belles- lettres.
Et sans le vouloir, d'être à l'origine du premier Amour (A majuscule) de son fils, pour leur voisine, Laure de Berny. Un amour qui a fondamentalement changé la vie de cet écrivain, qui grâce à elle est devenu le géant que l'on connaît. En 1822, Honoré, à 23 ans, était timide et manquait dramatiquement de la confiance en lui-même. Pendant plus d'une décennie, jusqu'en 1833, Laure de Berny, qui avait 45 ans au début de leur liaison et avait mis au monde 9 enfants, a été son guide et bienveillante admiratrice avant de devenir - non sans hésitation et initiale longue résistance - sa maitresse. Cette métamorphose qu'elle a opérée en lui, Balzac pendant toute sa vie, lui en a été extrêmement reconnaissant, comme il apparaît indubitablement de ses nombreuses hymnes en sa faveur. Par ailleurs, toutes les femmes qu'il a conquises par après, étaient conformes au modèle de Laure de Berny. Il a toujours recherché les femmes d'un certain âge de tempérament maternel, tout comme il était insensible à la beauté de jeunes dames et filles, autant qu'aux "cocottes" et snobs littéraires.
La longue rencontre de ce maître autrichien avec son idole française était "condamnée" à résulter dans une biographie exceptionnelle. En fait, une des toutes meilleures que j'ai lues, car Stefan Zweig avec son amabilité de gentleman, s'y montre dans son admiration pour Honoré de Balzac lui-même tout à fait admirable. On regrette presque que les 2 n'aient pas pu devenir des amis, pour une bête raison de dates !
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pdemweb1
  27 août 2014
Les biographies Stefan Zweig sont toujours passionnantes.
Pour Balzac, il arrive à nous communiquer son amour et sa connaissance de Balzac . Il décrit l'époque de Balzac , La biographie est pleine de renseignements facilement assimilables car Stefan Zweig présente la vie de Balzac comme un roman. et le personnage central vit au dessus de ses moyens qui sont pourtant très grands.
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Christw
  07 avril 2013
Je pouvais, pour aborder le roman de cette vie, vous parler de l'immense talent de Stefan Zweig et de l'incommensurable génie du romancier français. Je préfère souligner d'abord le choix de l'illustration de couverture (moûture 1996) du Livre de Poche. Tout y figure sous les quelques traits d'un autre créateur monumental, Pablo Picasso, dans une lithographie de 1952. le portrait large, l'ambition, la puissance de l'homme, les cheveux comme des ailes d'aigle ou de vautour prêtes à se déployer pour survoler, Prométhée de l'écrit, l'infinie extravagance de la comédie humaine. Les yeux inquiets: ennuis d'une vie inextricable. Les sourcils froncés: forçat devant l'oeuvre à bâtir et la société, tout ce qu'il en comprend et veut exprimer dans les milliers de feuillets nécessaires à une tâche digne de le placer à la tête de l'Europe littéraire, tels Goethe, Hoffman ou Walter Scott. Les cinq cent pages de cette biographie figurent dans cette gueule de couverture: un géant gras — voyez ce menton — que la férocité au service du travail d'écriture et une vie néfaste éteindront en à peine un demi-siècle: !e dessin d'un homme sur le point d'imploser, dans l'intensité du talent, l'insatiabilité et la détermination. Et la souffrance.
Je ne m'attendais pas, en demandant ce livre à l'occasion de la dernière opération Masse critique de Babelio, à découvrir une oeuvre si minutieuse, exhaustive et dense. Et je souris encore en pensant aux mots d'une blogueuse évoquant à juste titre Zweig comme la Rolls des biographes: copieux, costaud sont les mots qui me viennent sur le moment.
Le récit est charpenté en 26 chapitres, de la naissance à la mort de l'auteur. Il se lit effectivement comme un roman et certains seront peut-être contrariés par de nombreux longs extraits De Balzac qui entravent le cours du récit. Il aura fallu une dizaine d'années à Stefan Zweig pour réaliser ce travail, en grande partie sur base, je l'imagine, de la correspondance de l'écrivain.
Sans cesse aux prises avec l'adversité, les exigences financières, harcelé par ses éditeurs, Balzac poursuit inébranlablement l'écriture de la Comédie humaine. Selon Zweig, il semble que ce soit sous les contraintes que Balzac se soit montré le plus talentueux et le plus prolifique. Comme si la folie de son entreprise et l'adversité qu'elle engendrait étaient nécessaires à son génie. Il a écrit en moins de dix ans plus de septante romans et donné vie à quelques deux milliers de personnages. Qui plus est, il était perfectionniste et il n'était pas rare de le voir réécrire cinq ou dix fois le même passage. Un galérien du manuscrit qui se gavait de café pour éviter ensommeillement.
Artiste pur et très adroit, il était un homme intéressé et arriviste. Les complications de sa vie, qu'elles soient professionnelles ou sentimentales, en ont fait un personnage idéal de fiction, ce qu'a parfaitement compris Zweig. Ce dernier était aussi conscient de l'importance De Balzac en tant que littérateur essentiel, preuve en est cette biographie immense, à l'image du romancier. le biographe autrichien propose un texte facile d'accès, moderne et fluide, empreint d'une grande justesse historique et, surtout, l'essentiel selon moi, il avait parfaitement compris l'être qu'était Balzac grâce à un travail minutieux sur base de documents publics et privés liés à l'auteur français.
L'énergie nécessaire à ce labeur de longue haleine trouve forcément sa source dans une grande passion pour l'oeuvre balzacienne.
Un des aspects dynamisant du livre est qu'il pousse à lire ou relire Balzac. J'avoue que je n'étais pas un grand lecteur de cet Honoré qui restait pour moi un grand classique de lycée. J'ai d'abord entrepris un texte court, "Le chef-d'oeuvre inconnu". Je ne l'ai lâché qu'à la dernière page. Brillante réflexion sur l'art, le démon de la peinture, ses excès, la folie des artistes, l'oubli de l'être cher au profit de la chimère artistique.
Sur la même lancée, je viens de terminer le curé de Tours. Un texte prenant d'où émerge un magistral discernement psychologique: nous entrons de plain-pied dans une grande tragédie humaine où Balzac s'entend fameusement à en déceler la monstrueuse hypocrisie. Tour cela roule et coule, intelligent, à travers l'expression de l'intériorité individualiste de prêtres et de vielles filles.
Vifs remerciements à Stefan Zweig, au Livre de Poche et à Babelio de m'avoir (re)conduit là.
Voilà une excellente biographie, que tout amateur De Balzac ou de littérature classique du 19ème siècle gagnera à posséder. Ne fût-ce que pour y retrouver le talent d'un auteur, qu'à tort, on estimerait anachronique.

Lien : http://www.christianwery.be/..
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dourvach
  25 avril 2015
Un livre remarquable : déjà par sa taille (508 pages dans l'édition de poche) et son ambition : il aura mis dix ans à naître, sans cesse retouché et agrandi, sa confection perfectionniste ayant été -- hélas ! -- interrompue par cet incroyable ou "incompréhensible" passage à l'acte autolytique du grand écrivain-conteur viennois à Petropolis (Brésil), pris dans l'impasse de sa dépression chronique et d'un monde devenu fou le 22 février 1942 ! [cf. "Les derniers jours de Stefan Zweig" de Guillaume Sorel, adapté d'un essai de Laurent Seksik].
Commen un fils de bourgeois et descendant des roturiers "Balssa" devient -- à la force du poignet -- "Balzac" puis "Monsieur de Balzac" (1799-1950)...
Energie de vie incroyable ! Tempérament fougueux et imprudent, 100.000 francs de dettes dès avant trente ans...
D'autres que l'imprudent jeune éditeur des intégrales de "La Fontaine" et "Molière" puis imprimeur puis fondeur de caractères (toutes "auto-entreprises" humaines successivement en faillite) auraient mis fin à leurs jours : pour notre bonheur, Balzac a préféré jouer à cache-cache tout le restant de son existence avec ses créanciers (qui furent parfois ses parents et Laure de Berny, l'Amie/amante fidèle...) et, après un pan de sa vie à torcher du (mauavais) roman-feuilleto sous pseudonyme [CF. la première période alimentaire de Georges Simenon...] commencer une carrière dans le roman historique "le dernier Chouan") puis psychologique "Physiologie du mariage").
Stefan ZWEIG reconnaît en "Honoré Balzac" un frère. Car cet empereur de l'Empathie juge avec une tendresse fraternelle cet homme malmené par l'existence (cette enfance désertée par l'amour...) et piégé par son propre caractère fantasque : un "bourreau de travail", aussi, autant attaché aux vertus de Sainte-Caféïne qu'aux signes extérieurs de réussite sociale...
Car Balzac voulait à la fois paraître et être.
Et nous savons aujourd'hui qu'il n'avait pas tort : sa "Comédie humaine" est bien un continent qui "tient debout tout seul" et traversera bien encore quelques siècles...
Sans doute comme l'univers atttachant du beaucoup plus modeste artisan/artiste Zweig...
Un portrait extrêmement attachant et un ultime roman biographique réellement prodigieux, à l'image de son "héros" de Littérature ! (*)
(*) Nous ajouterons ici ce POST-SCRIPTUM bien tardif après avoir clos (douloureusement) notre lecture de l'ample opus zweigien : nous garderons de cet ouvrage remarquable -- Oui, y compris dans la production si prolixe et qualitativement richissisme du "Grand Viennois" ! -- l'impression tenace d'un "calvaire d'existence"... d'un involontaire parcours christique du célèbre et immortel Tourangeau, dont la brûlante "carrière" est retracée depuis son enfance étouffée jusqu'à son décès à face violette et à odeur de gangrène insupportable (notée par son ami Victor Hugo) ! Aucun biographe, avant ou après Zweig, ne nous a fait ressentir -- comme de l'intérieur de la chair balzacienne si malmenée -- l'ampleur de ce drame intérieur ayant duré pas moins de 51 années...
Lien : http://www.regardsfeeriques...
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Woland
  20 février 2014
Balzac. Roman seines Lebens
Traduction : Fernand Delmas
ISBN : 9782253139256

Il y a de cela très longtemps - vingt bonnes années - j'avais entrepris de lire une biographie De Balzac signée Pierre Sipriot. En dépit de tous mes efforts, elle m'avait paru très vite imbuvable. Etais-je trop jeune ? N'étais-je pas prête à lire ce livre ? le style de Sipriot était-il si ennuyeux que cela ? Je ne saurai dire qu'une chose : c'est que, contrairement à toutes mes habitudes, je ne chercherai pas à relire cette biographie-là, tant j'en ai conservé un mauvais souvenir.
Avec Stefan Zweig, et bien que, suite à ma malheureuse expérience sipriotine, j'appréhendasse un peu d'attaquer le sujet, le ressenti est bien loin d'être le même. Zweig a le don de s'emparer en douceur de son personnage et, tout en permettant au lecteur d'en acquérir une vision moderne, de faire de lui le héros de sa propre histoire. En bref, on ne quitte pas le XIXème siècle, mieux : on le vit, on le sent, on le respire et, malgré tout, tout ce qui, chez Balzac, est proche de nous, à la lueur du monde dans lequel nous vivons, nous, est fidèlement restitué. En un mot comme en cent, si vous voulez vous renseigner sur la vie et l'oeuvre De Balzac - mieux, vous immerger en Balzac - c'est la biographie de Zweig qu'il vous faut.
Balzac, c'est avant tout un enfant mal aimé, surtout par sa mère, un enfant que l'on fourre dans d'incroyables pensionnats, le plus loin possible du noyau familial. du coup, nécessité faisant loi, il se crée très jeune un univers de substitution qui le réconforte et lui donne la chaleur et la liberté dont cet esprit congénitalement anticonformiste a besoin. Et puis - et surtout peut-être - Balzac aura toujours quelque chose à prouver, notamment à sa mère. Il y a, chez cet immense écrivain, une obsession qui prend racine dans son enfance rejetée, dédaignée, mise sous le boisseau et qui l'accompagnera jusque sur son lit de mort, quand il déplorera ne pas avoir eu assez de temps ...
Balzac a toujours aimé lire et il a gribouillé très jeune. Il a aussi longuement cherché sa voie, capable, pour assurer son très modeste ordinaire, non seulement de s'enfermer pour ainsi dire dans une mansarde froide et chichement meublée mais aussi de se soumettre aux terribles fourches caudines du genre feuilletonnesque. Eh ! oui, n'en déplaise aux hagiographes, le créateur d'Eugénie Grandet, de la Cousine Bette, de Philippe Bridau et de tant d'autres grandes figures de la littérature française et universelle, n'a pas hésité, dans ses débuts, à concocter des mélos tous plus atroces les uns que les autres mais qui se vendaient raisonnablement en une époque où le feuilleton tout puissant avait son mot à dire dans le succès des grands journaux. (Il n'eut jamais honte d'avoir écrit "sur commande" mais le lecteur moderne regrettera parfois certains "tics" et procédés qui alourdissent inutilement une prose qui, "La Rabouilleuse" en est le plus parfait exemple, cultivait aussi la simplicité.)
C'est que, bien que né dans une bourgeoisie paisiblement nantie, notre écrivain est viscéralement brouillé avec l'argent. Il est toujours heureux d'en gagner mais pour ce qui est d'en mettre un peu de côté en prévision des mauvais jours, c'est là une démarche que son cerveau pourtant si talentueux a bien du mal à concevoir. Il faut dire que Balzac est particulièrement doué pour se fourrer dans des combines, affaires et projets divers, tous plus beaux sur le papier et à long terme qu'ils ne le sont en réalité, une réalité qui les rend bientôt à leur seule et vraie nature : la chimère. Comme faire dans l'à-peu près le chagrine franchement, il s'enthousiasme toujours à fond et se conduit, il faut bien le reconnaître, dans le domaine des affaires matérielles, comme Don Quichotte partant en guerre contre ces moulins qu'il confond, de bonne foi, avec de monstrueux géants. L'imagination toujours et, ici, dans son rôle le plus regrettable, celui de la Folle du Logis.
Balzac aimait à travailler ceint d'un froc de moine et, de fait, l'écriture a pour lui tout ou presque du sacerdoce. Cet homme qui ne déteste pourtant pas s'amuser, rire, bien manger et plaisanter met tous ces bonheurs de côté pour, de minuit à huit heures du matin, s'enchaîner, en bagnard authentique, à sa table de travail de minuit. Seule compagne de son dur labeur : une cafetière débordante d'un café bien fort, bien noir, qui deviendra aussi célèbre que son illustre possesseur. A huit heures, on lui apporte en général les épreuves de ce qu'il a écrit la veille, qu'il s'empresse de corriger - ou plutôt de réécrire - tout à fait comme s'il se trouvait face au plus quelconque des premiers jets. de course en course, de visite en visite, avec une petite halte-repas par-ci, par-là, Balzac en vient à se coucher à 20 heures, ce qui lui laisse en tout et pour tout quatre heures de plein sommeil, un rythme infernal qui, s'il a profité aux multiples héros de "La Comédie Humaine", a aussi beaucoup contribué à abréger la vie de leur créateur.
Comment a-t-il fait ? Comment a-t-il pu tenir ? Et comment n'a-t-il pas compris à temps le vide incommensurable qui se cachait sous les lettres d'Eve Hanska, qu'il finit cependant par épouser mais qui ne daignera même pas demeurer à son agonie ? (Cela devait être écrit quelque part : c'est Mme Balzac mère qui, seule, assistera son fils en ses tous derniers instants. Désir de contrer "l'Etrangère" qu'elle n'aime pas et qui ne l'aime pas ? Remords tardifs ? Simple révolte de la chair vieillie mais encore vivante devant cette autre chair à qui elle a donné vie et qui s'en va avant elle ? Désir bien bourgeois de conserver l'héritage - lequel car Balzac laissait plus de dettes que d'avoirs sonnants et trébuchants ? Zweig ne se prononce pas et Mme Balzac serait bien la seule à pouvoir nous éclairer sur ce dernier mystère qui clôt son étrange relation avec son fils d'une manière ... typiquement balzacienne.)
Une biographie foisonnante, endiablée et enthousiaste, drôle et amère, attendrie et moqueuse - l'hommage ému et sincère d'un grand écrivain à celui qui fut l'un de ses maîtres ainsi qu'un véritable "monstre" de la Littérature mondiale. ;o)
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dourvachdourvach   17 mai 2015
Quand il allait parmi les hommes, c'était comme la demi-heure ou l'heure pendant laquelle un prisonnier a le droit de prendre l'air dans la cour de la prison. De même que les fantômes, au dernier coup de minuit, doivent rentrer dans les ténèbres de la terre, il lui faut, après ce court moment de détente délirante et exubérante, revenir à son cachot et à son travail dont tous ces oisifs et ces plaisantins n'ont pas la moindre idée. Le vrai Balzac est celui qui, en vingt ans, à côté d'une foule de drames, de nouvelles, d'articles, a écrit soixante-quatorze romans dont la valeur ne faiblit presque jamais, et créé, dans ces soixante-quatorze romans, un monde à lui avec des centaines de paysages, de maisons, de rues et deux mille personnages typiques.
Voila la seule mesure que l'on puisse appliquer à Balzac. C'est seulement à son oeuvre que l'on peut juger sa vie réelle. Celui qui parut un fou à ses contemporains fut en réalité l'intelligence artistique la plus disciplinée de l'époque ; l'homme que l'on raillait comme le pire des prodigues fut un ascète avec la persévérance inflexible d'un anachorète, le plus grand travailleur de la littérature moderne.

[Stefan ZWEIG, "Balzac -- le roman de sa vie", 1929, Livre II : "Balzac à l'oeuvre", chapitre VIII : "Balzac dans le monde et dans l'intimité" (page 170 de l'édition pour "Le Livre de Poche"), traduit de l'allemand par Fernand Delmas pour les éditions Albin Michel, 1950]
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WolandWoland   20 février 2014
[...] ... Ce que Balzac a souffert de cette femme [= sa mère] constamment maussade et chez qui l'instinct maternel était refoulé au point qu'elle se tenait froidement en défense contre tous les mouvements du coeur de ses enfants, contre toutes les manifestations de leur tendresse expansive, on peut s'en faire une idée en entendant ce cri qu'il lance dans une de ses lettres : "Je n'ai jamais eu de mère !" Quel motif mystérieux - serait-ce un réflexe de défense contre son mari, transféré sur les enfants - éloigna d'instinct Charlotte Balzac de ses deux premiers-nés, Honoré et Laure, tandis qu'elle choyait les deux plus jeunes, Laurence et Henri, il n'est sans doute guère possible de le découvrir aujourd'hui. Ce qui est sûr c'est qu'on peut à peine imaginer plus de froideur et d'indifférence de la part d'une mère à l'égard de son enfant. A peine a-t-elle mis son fils au monde - elle est encore sur son lit d'accouchée - qu'elle l'éloigne de la maison comme un lépreux. Le bébé est placé en nourrice chez la femme d'un gendarme et y reste jusqu'à quatre ans. Même alors on ne le laisse pas rentrer auprès de son père, de sa mère et de ses frère et soeurs, dans la maison pourtant spacieuse et bien située, on le met en demi-pension chez des étrangers. Une fois par semaine seulement, le dimanche, il peut aller voir les siens comme s'ils étaient de lointains parents. Jamais on ne lui fait la faveur de le laisser s'amuser avec ses cadets, on ne permet ni jouets, ni cadeaux. Point de mère qui veille à son chevet quand il est malade, jamais il n'a entendu sa voix s'attendrir et quand il se presse, câlin, entre ses genoux, elle repousse d'un mot sévère ces familiarités déplacées. Et à peine sait-il convenablement se servir de ses petites jambes, à sept ans, le voilà, cet indésirable, confiné dans un internat à Vendôme ; il faut avant tout qu'il soit loin, loin, ailleurs, dans une autre ville. Quand, au bout de sept années d'une intolérable discipline, Balzac rentre à la maison paternelle, sa mère lui fait, selon sa propre expression, "la vie si dure" qu'à dix-huit ans, de lui-même, il tourne le dos à ce milieu insupportable.

Jamais, malgré sa bonhomie naturelle, l'artiste n'a pu dans son âge mûr oublier les rebuffades qu'il a subies de la part de cette étrange mère. Beaucoup plus tard l'homme de quarante-trois ans aux mèches déjà blanches, qui, à son tour, a reçu à son foyer le bourreau de son enfance, ne peut oublier ce que, par son aversion, elle a fait souffrir au gamin de six ans, de dix ans, au coeur aimant et avide de tendresse, et dans une révolte impuissante, il jette à Madame de Hanska ce terrible aveu :

"Si vous saviez quelle femme est ma mère : un monstre et une monstruosité tout ensemble. Pour le moment elle est en train de mener en terre ma soeur après que ma pauvre Laurence et ma grand-mère ont péri par elle. Elle me hait pour mille raisons. Elle me haïssait déjà avant ma naissance. J'ai été sur le point de rompre avec elle, ce serait presque nécessaire. Mais je préfère continuer à souffrir. C'est une blessure qui ne peut guérir. Nous avons cru qu'elle était folle et avons consulté un médecin qui est son ami depuis trente-trois ans. Mais il nous a dit : "Mais non, elle n'est pas folle. Elle est seulement méchante..." Ma mère est la cause de tous les malheurs de ma vie." ... [...]
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WolandWoland   20 février 2014
[...] ... Les Hanski qui habitent le troisième arrondissement, le quartier chic des diplomates, ont retenu pour Balzac une chambre dans le voisinage immédiat, à l'Hôtel de la Poire d'Or. Une chambre bien curieusement choisie, comme on ne tardera pas à s'en rendre compte, car dans le lit même où va dormir Balzac s'est suicidé peu de temps auparavant Charles Thirion, secrétaire du comte Rasumowski, marié secrètement à sa belle-soeur la comtesse Lulu Thürheim, un pistolet dans la main droite et un roman de Balzac dans la main gauche. A peine l'écrivain a-t-il franchi le seuil qu'il apprend comme il est célèbre et adoré à Vienne - il aurait pu se passer du valet en livret et du blason d'emprunt. Toutes les avanies qu'il a subi dans le Faubourg Saint-Germain et de la part de ses confrères haineux, les voici réparées ici. La plus haute aristocratie brigue l'honneur de le recevoir dans ses palais. Le prince Metternich, qui tient le plus haut rang après l'empereur, a triomphé de Napoléon et domine toute la diplomatie européenne (par dessus le marché le prédécesseur de Balzac auprès de la duchesse d'Abrantès), invite chez lui le célèbre écrivain, bien qu'il n'en ait pas lu grand chose, et lui raconte, au cours de cette longue conversation, une plaisante anecdote sur laquelle Balzac construira plus tard sa pièce de théâtre : Paméla Giraud.

Bien que tous ces nobles noms historiques soient une manne pour la folie aristocratique de Balzac, il ne peut pas accepter toutes les invitations parce que Madame de Hanska a mis l'embargo sur lui pour son cercle à elle. Ce n'est qu'à ses plus proches amis de la noblesse polonaise, les Lubomirsky, les Lanskoronski qu'elle prête quelquefois son cavalier servant. Il ne fait la connaissance d'aucun écrivain ou savant sauf de l'orientaliste baron Hammer-Purgstall qui lui fait cadeau d'un Bedouk, un talisman - gardé superstitieusement et respectueusement par Balzac jusqu'à sa fin - et un petit poète, le baron de Zedlitz, qui tombe du ciel en entendant le grand, le vénéré, le célèbre Balzac ne parler que d'honoraires et d'argent. ... [...]
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dourvachdourvach   25 avril 2015
Cette conscience de sa force repose chez Balzac sur son corps, sur son cerveau, sur son énergie. C'est pour ainsi dire une conscience dirigée dans le sens de la vie tout entière et non pas fondée par exemple sur la gloire et le succès.

[Stefan ZWEIG, "Balzac -- le roman de sa vie", 1929, Livre II : "Balzac à l'oeuvre", chapitre VII : "L'homme de trente ans" (page 143 de l'édition pour "Le Livre de Poche"), traduit de l'allemand par Fernand Delmas pour les éditions Albin Michel, 1950]
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andreepierretteandreepierrette   19 avril 2015
Le travail, l'immense travail, ce sera jusqu'à sa dernière heure la véritable forme de l'existence de Balzac et il aime ce travail, ou plutôt, il s'aime dans ce travail. Au milieu de son tourment créateur il jouit avec une joie mystérieuse de son énergie démoniaque, de sa puissance créatrice, de sa force de volonté qui tire de son corps herculéen et de son élasticité intellectuelle le maximum et plus que le maximum. Il jette ses jours et ses nuits dans cette forge ardente et peut dire fièrement de lui :" Mes débauches sont des volumes."
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Vidéo de Stefan Zweig
Chaque vendredi matin, Valérie Expert vous donne rendez-vous avec Gérard Collard pour leurs coups de c?ur... Voici les références des livres présentés dans l'émission du 14 décembre 2018 :
Mujirushi ou le signe des rêves (Tome 1) de Naoki Urasawa et Ilan Nguyên aux éditions Futuropolis https://www.lagriffenoire.com/121681-livres-mangas-musee-du-louvre---mujirushi-ou-le-signe-des-reves-tome-1.html
Mujirushi ou le signe des rêves (Tome 2) de Naoki Urasawa et Ilan Nguyên aux éditions Futuropolis https://www.lagriffenoire.com/128090-livres-mangas-mujirushi-ou-le-signe-des-reves-tome-2.html
Les Premiers voyageurs photographes: 1850-1914 de Olivier Loiseaux et Gilles Fumey aux éditions Glénat https://www.lagriffenoire.com/130050-livre-d-art-et-histoire-de-l-art-les-premiers-voyageurs-photographes---1850-1914.html
90 ans du Midi Olympique 1929-2019 le meilleur du rugby de Bruno Fabioux et Jean michel Baylet aux éditions Hugo Image 9782755639315 (pas de lien sur lagriffenoire.com)
Concours pour le Paradis de Clélia Renucci aux éditions Albin Michel https://www.lagriffenoire.com/121084-divers-litterature-concours-pour-le-paradis.html
Le dernier Vénitien: roman de Gilles Hertzog aux éditions Grasset https://www.lagriffenoire.com/129308-divers-litterature-le-dernier-venitien---roman.html
Casanova: Mes années vénitiennes de Michel Delon aux éditions Citadelles & Mazenod https://www.lagriffenoire.com/125796-romans--casanova---mes-annees-venitiennes.html
L'embaumeur - ou L'odieuse confession de Victor Renard de Isabelle Duquesnoy aux éditions Points https://www.lagriffenoire.com/116284-divers-litterature-l-embaumeur---ou-l-odieuse-confession-de-victor-renard.html
Les Confessions de Constanze Mozart de Isabelle Duquesnoy aux éditions Points https://www.lagriffenoire.com/57737-poche-confessions-de-constanze-mozart-les.html
Valentine ou la belle saison de Anne-Laure Bondoux aux éditions Fleuve https://www.lagriffenoire.com/127219-divers-litterature-valentine-ou-la-belle-saison.html
Mezze : Assiettes du Moyen-Orient à partager de Salma Hage aux éditions Phaidon https://www.lagriffenoire.com/126116-livres-de-cuisine-mezze---assiettes-du-moyent-orient-a-partager.html
Rosalie Lamorlière Celle qui accompagna Marie-Antoinette à l'échafaud Ludovic Miserole aux éditions French Pulp https://www.lagriffenoire.com/134875-romans--rosalie-lamorliere---celle-qui-accompagna-marie-antoinette-a-l-echafaud.html
Zamor, le nègre républicain de Ludovic Miserole aux éditions French Pulp https://www.lagriffenoire.com/134874-romans--zamor---le-negre-republicain.html
L'Affaire Rose Keller - tome 1 Les crimes du Marquis de Sade de Ludovic Miserole aux éditions French Pulp https://www.lagriffenoire.com/12418
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