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EAN : 9782266234443
128 pages
Pocket (24/01/2013)
4.17/5   83 notes
Résumé :
Sur un paquebot reliant New York à Buenos Aires, une partie d'échecs ente deux passionnés que tout oppose et que le jeu réunit. Une partie à la fois envoûtante et dérisoire aux allures de confession...
"À toi qui ne m'as jamais connue." La lettre, anonyme, s'adresse bien à lui, à l'homme qu'il était et qu'il est demeuré, l'écrivain célèbre pour son talent, sa frivolité et ses conquêtes. Comment se souvenir de cette femme qui lui déclare sa passion de toute un... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Cer45Rt
  03 août 2019
Ce que j'admire, chez Stefan Zweig, c'est le don de faire surgir l'émotion en peu de mots.
Souvent, il suffit à l'auteur du "Joueur d'échecs", de quelques mots pour créer de fortes, de grandes, de puissantes émotions. Et "Le Joueur d'échecs" est mon Zweig préféré. C'est un court roman, c'est presque une nouvelle ; mais c'est passionnant. L'histoire est très originale, le texte très fort… L'histoire est toute en finesse et en intelligence, et les émotions sont là.
En revanche, le deuxième texte, la "Lettre d'une inconnue" a été une lecture relativement agréable, mais n'est pas été une lecture qui m'a ému au plus haut point.
C'est un texte, avec quelques défauts, il y a des longueurs, des répétitions, il est un peu verbeux ; il n'y a pas là l'admirable concision du "Joueur d'échecs". Néanmoins, j'ai bien aimé la "Lettre d'une inconnue", qui demeure une lecture relativement agréable.
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Cer45Rt
  02 septembre 2019
Dans ces deux courts romans, Stefan Zweig aborde la thématique de la monomanie.
"Le Joueur d'échecs" est, de ces deux romans, celui qui m'a le plus plu et touché. C'est une histoire forte, haletante, émouvante, inoubliable. On y trouve une puissance rare. Ce texte m'a tout simplement bouleversé.
La "Lettre d'une inconnue" est un peu inférieure au "Joueur d'échecs". On trouve là quelque défaut, quelques longueurs, des phrases relativement banales. Néanmoins, la "Lettre d'une inconnue" se lit vite et facilement.
On trouve donc ici deux textes, l'un vraiment excellent, l'autre un tout petit peu inférieur ; mais tous deux demeurent bons, même si j'ai une nette préférence pour "Le joueur d'échecs".
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4bis
  03 décembre 2022
Il ne fait pas bon être un idéal féminin sous la plume de Zweig…
R, le célèbre romancier, dandy aux moeurs luxueuses et libertines dans le Vienne du début 20e siècle, a la surprise de découvrir, dans une interminable lettre arrivée en son absence, qu'une jeune femme réclame lui vouer un amour inconditionnel et ce depuis des décennies. La confession que contient la missive dévoile toute la fascination que cet homme aura suscité à son insu. Ironie tragique s'il en est, il aura eu l'arrogance égoïste de recevoir cette femme dans son lit à plusieurs reprises sans pour autant en garder aucun souvenir.
On peut s'attacher à la peinture des sentiments de notre héroïne malheureuse. Trouver magnifique d'abnégation son amour sans écho et admirer en elle l'essence pure du sentiment absolu. On peut aussi frissonner du contraste avec le tempérament de l'écrivain, sa légèreté coupable avec les femmes que sauvent son talent et son amour des randonnées solitaires en montagne (sic !). On peut résumer ainsi la dualité entre deux génies : celui de l'homme qui s'abstrait dans une cérébralité ou une activité physique dénuée de toute attache et celui de la femme qui n'existe que pour s'aliéner à ses sentiments.
On peut aussi ricaner un peu bêtement devant l'invraisemblance du tableau et trouver que ce n'est pas dans la mesure que s'est ici illustré Zweig. Tout de même, une vie entière consacré à un homme qui ne l'a même jamais reconnue, quelle nouille ! Ce serait tragique si ce n'était pas ridicule. Quelle valeur accorde donc cette femme à elle-même ? Quel regard le monde lui a-t-il renvoyé pour qu'elle s'annihile ainsi à un seul être pour qui elle n'existe même pas ?
Quel est le sombre crétin capable d'inventer des histoires pareilles ? Car, au 21e siècle, on peut, de manière sans doute grossière et anachronique, j'en conviens, pester comme je l'ai fait, contre ces bonshommes imbus de leur masculinité et de la grandeur de leur art au point qu'ils fantasment des personnages féminins entièrement à leur botte mais complètement invisibles. C'est donc ça leur plus gros kiff ? Préférer à tout l'amour des sommets littéraires ou alpins au point de ne même pas voir le reste ? Avoir une nana par ailleurs désirée par d'autres qui s'immole complètement à vous mais qu'on ne voit même pas ? Et qui a la suprême élégance de ne vous le révéler que par-delà la tombe ?
Souvent, quand je lis des féministes qui affirment qu'elles ne lisent plus que des auteurs femmes, je lève un sourcil sceptique : ramener la production littéraire à de seules distinctions de genre me paraît impropre. Toutefois, après la lecture de cette Lettre d'une inconnue, je suis heureuse de savoir qu'il existe des plumes féminines (ou masculines et moins aveuglément sexistes) et que cette vision réductrice de la relation amoureuse n'est qu'un avatar parmi des milliers d'autres lignes.
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Cielvariable
  12 janvier 2019
J'ai été complètement envoûtée par l'histoire du Joueur d'échecs, une histoire horrible, incroyable, captivante! Sur un paquebot de luxe, un homme mystérieux parvient à vaincre un champion d'échec, alors même qu'il a appris ce "jeu" dans des circonstances terribles, alors qu'il était un cobaye aux mains des nazies (complètement isolé) et que son cerveau - pour survivre - faisait des parties d'échec contre lui-même. Les descriptions et les réflexions du personnage principal de ce récit font beaucoup penser à du Edgar Allan Poe ou encore à Maupassant avec le Horla. Un personnage principal à la limite de la folie y est pour quelque chose. Je crois que c'est cette ressemblance dans le style qui m'a tout de suite plu. J'ai trouvé ma lecture à la fois consternante et fabuleuse, je ne l'oublierai pas de sitôt! À classer parmi les auteurs à découvrir à tout prix.
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MlleJuin
  26 mai 2016
La première nouvelle, « Lettre d'une inconnue », se démarque par sa forme puisqu'il s'agit d'une longue lettre écrite à un écrivain par une admiratrice cachée. le style habituel de l'auteur laisse ici place à la plume du personnage principal, une jeune femme qui vit ses derniers instants et qui, compte tenu des circonstances, prend le temps de lui avouer son amour et de le lui conter en détails.
C'est un texte touchant, émouvant, qui rend hommage aux sentiments humains et, plus particulièrement, aux sentiments féminins.
Tout comme l'homme à qui ces mots sont dédiés, on est d'abord perplexes face à un tel déversement d'amour et de ferveur, avant d'éprouver de la compassion pour cette femme qui, toute sa vie durant, a adoré dans l'ombre celui qui la fascinait depuis l'enfance et qui n'a jamais cessé d'occuper ses pensées. On est admiratifs de sa fidélité et de sa loyauté à toute épreuve puis, dans les dernières pages, lorsque la situation se dévoile entièrement, on est touchés par son sens aigu du sacrifice, signe ultime de la profondeur de ses sentiments.
Je n'ai cependant pas été aussi conquise que pour les autres textes de Zweig que j'avais déjà lus, l'auteur disparaissant trop à mon goût derrière les mots de son personnage.
La seconde nouvelle, « le joueur d'échecs », est un texte plus classique.
Zweig y raconte la confrontation, autour d'un échiquier, d'un champion du monde et d'un joueur dilettante aux destins exceptionnels. Tous deux en voyage à bord d'un paquebot ayant pour destination l'Amérique du Sud, et alors que tout semble les opposer, se retrouvent face à face pour une partie d'anthologie dont les autres passagers sont les témoins ( dont le narrateur ).
Chacun d'eux a vu le silence jouer un rôle important dans sa vie; le premier s'en sert pour rester à distance de ses partenaires de jeu et se protéger, le second l'a subi durant une longue année de torture psychologique aux mains des nazis qui lui a laissé d'insidieuses séquelles.
J'ai adoré ce texte! Comme souvent dans ses écrits, Zweig y excelle pour décrire les émotions humaines et nous faire vibrer de concert avec ses personnages. Il joue avec son lecteur en le confrontant au mystère, à l'étonnement, au suspens, à la tension, à la compassion… et sa plume est terriblement juste et efficace. Alors que l'on pense avoir fait connaissance au début de la nouvelle avec le personnage principal, celui-ci se révèle en fait n'être qu'un personnage secondaire dont l'histoire sert de prétexte à celle, autrement plus sérieuse et intense, de son adversaire aux échecs.
C'est du grand Zweig!
Lien : https://mllejuin.wordpress.c..
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
CielvariableCielvariable   12 janvier 2019
Je n'entendais jamais une voix humaine. Jour et nuit, les yeux, les oreilles, tous les sens ne trouvaient pas le moindre aliment, on restait seul, désespérément seul en face de soi-même, avec son corps et quatre ou cinq objets muets : la table, le lit, la fenêtre, la cuvette.

On vivait comme le plongeur sous sa cloche de verre, dans ce noir océan de silence, mais un plongeur qui pressent déjà que la corde qui le reliait au monde s'est rompue et qu'on ne le remontera jamais de ces profondeurs muettes.

On n'avait rien à faire, rien à entendre, rien à voir, autour de soi régnait le silence vertigineux, un vide sans dimensions dans l'espace et dans le temps. On allait et venait dans sa chambre, avec des pensées qui vous trottaient et vous venaient dans la tête, sans trêve, suivant le même mouvement.

Mais, si dépourvues de matière qu'elles paraissent, les pensées aussi ont besoin d'un point d'appui, faute de quoi elles se mettent à tourner sur elles-mêmes dans une ronde folle.
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CielvariableCielvariable   12 janvier 2019
Car je ne peux pas rester seule avec mon enfant mort sans épancher mon âme, et à qui pouvais-je parler en cette heure terrible sinon à toi, toi qui m'étais tout et m'es tout ! Peut-être que je ne parviendrai pas à te parler avec toute la clarté souhaitable, peut-être que tu ne me comprendras pas – j'ai la tête si lourde c'est vrai, le sang bat et bourdonne dans mes tempes, mes membres me font si mal. Je crois que j'ai la fièvre, peut-être est-ce déjà la grippe, qui va maintenant de porte en porte ; ce serait bien, car alors je partirais avec mon enfant et je n'aurais pas à me faire violence. Par moments mes yeux se couvrent de noir, peut-être n'arriverai-je même pas à finir d'écrire cette lettre – mais je veux rassembler toutes mes forces, pour qu'une fois, rien que cette fois, je puisse te parler, à toi mon aimé, toi qui jamais ne m'auras reconnue.
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CielvariableCielvariable   12 janvier 2019
De toute la soirée, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à toi ; et je ne t'avais même pas encore vu. Je ne possédais quant à moi qu'une douzaine de livres bon marché, reliés en carton raboté par l'usage ; je les aimais par-dessus tout et les relisais sans cesse. Et voilà que je brûlais de savoir quel genre d'individu pouvait bien posséder et avoir lu tous ces livres magnifiques, connaître toutes ces langues, être à la fois si riche et si savant. La vue de tous ces livres m'inspirait une sorte de respect surnaturel. J'essayai de me forger une image de toi : tu devais être un homme âgé, avec des lunettes et une longue barbe blanche, un peu comme notre professeur de géographie, mais en plus aimable, beau et doux. J'ignore pourquoi j'ai toujours su que tu étais beau, même quand je te prenais encore pour un vieil homme.
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CielvariableCielvariable   12 janvier 2019
La transposition était parfaite ; j'avais projeté l'échiquier dans mon esprit avec toutes ses pièces, et les simples formules me suffisaient pour voir chaque position, comme un simple regard sur la partition suffit à un musicien expérimenté pour entendre chacune des voix, ainsi que l'harmonie de l'ensemble. Avec quinze jours de plus, je fus capable de rejouer sans aucun effort, par cœur-ou, comme on dit dans le métier, à l'aveugle-, toutes les parties du manuel ; alors seulement je me rendis compte quel inépuisable bienfait m'avait obtenu mon impudent larcin. Car d'un seul coup, j'avais de quoi m'occuper-une occupation absurde, gratuite je vous l'accorde, mais qui abolissait ce néant autour de moi ; avec ces cent cinquante parties de maîtres, je possédais une arme merveilleuse contre l'accablante monotonie de l'espace et du temps.
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DanieljeanDanieljean   12 novembre 2015
Le visage d'une jeune fille, d'une femme, est forcément pour un homme un objet extrêmement variable; le plus souvent, il n'est qu'un miroir où se reflète tantôt une passion, tantôt un enfantillage, tantôt une lassitude, et qu'il s'évanouit aussi facilement qu'une image dans une glace, que donc un homme peut perdre plus facilement le visage d'une femme parce que l'âge y modifie les ombres et la lumière, et que des modes nouvelles l'encadrent différemment. Les résignées, voilà celles qui ont la véritable science de la vie.
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Vidéo de Stefan Zweig
David Sala nous parle de son adaptation en roman graphique du JOUEUR D'ÉCHECS de Stefan Zweig. Un vrai défi qui lui a permis d'explorer de nouvelles façons de raconter le chef-d'oeuvre d'un auteur pour lequel il a une grande admiration.
LE JOUEUR D'ÉCHECS est en librairie en version classique et en édition luxe.
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