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Serge Niemetz (Traducteur)
EAN : 9782253140405
506 pages
Le Livre de Poche (01/11/1996)
4.46/5   1057 notes
Résumé :
Le monde d’hier, c’est la Vienne et l’Europe d’avant 1914, où Stefan Zweig a grandi et connu ses premiers succès d’écrivain, passionnément lu, écrit et voyagé, lié amitié avec Freud et Verhaeren, Rilke et Valéry… Un monde de stabilité où, malgré les tensions nationalistes, la liberté de l’esprit conservait toutes ses prérogatives.
Livre nostalgique ? Assurément. Car l’écrivain exilé qui rédige ces «souvenirs d’un Européen» a vu aussi, et nous raconte, le form... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (131) Voir plus Ajouter une critique
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sur 1057 notes
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paroles
  28 novembre 2013
Comme j'ai souffert avec vous monsieur Zweig !
J'aurais aimé vous aduler tout entier, vous l'homme et l'écrivain. Mais ce fut impossible. J'ai détesté en vous l'homme.
Issu d'une grande famille viennoise juive, vous avez eu la chance de faire de longues études. Mais ça ne va pas, vous trouvez vos professeurs médiocres. Vous regrettez presque que vos parents n'aient pas connu la guerre, alors que vous en avez connu deux. Quand vous évoquez votre jeunesse, vous déplorez le manque de liberté sexuelle que votre génération a connu par rapport à la génération suivante.
Après avoir terminé vos études, vous voyagez en Europe surtout, mais aussi en Inde et en Amérique. Vos multiples voyages vous permettent de faire connaissance avec de nombreux artistes. Ce qui vous enchante. On sent bien chez vous une soif d'échanges intellectuels.
Quand la première guerre mondiale se déclare, vous êtes réformé. On ne sait pas pourquoi, vous ne nous en dîtes rien. Mais vous avez à coeur d'être solidaire avec ceux partis au front, alors vous trouvez une place comme archiviste dans les armées. A quoi en êtes vous réduit ? Enfin le côté positif est que cette place vous laisse du temps libre, vous pouvez alors songer à écrire. C'est ainsi que naît votre pièce de théâtre "Jérémy". Vous êtes pacifiste et par cet écrit, vous dénoncez l'absurdité de la guerre et de ses ravages. Vous nous informez vous-même que lors de la première guerre mondiale, les autorités des différents pays continuent à exporter leur culture. Votre pièce a la chance d'être sélectionnée par un théâtre suisse, donc vous avez la possibilité de quitter l'Autriche pour la Suisse. La bas, vous rencontrez des intellectuels de tous pays qui s'y sont réfugiés. Votre soif d'échanges peut ainsi continuer d'être assouvie. Vous retrouvez Romain Rolland à qui vous vouez une admiration sans borne et ce pauvre Guilbault, que vous évoquez avec une certaine condescendance, qui dit tout haut ce qu'il pense et finira presque à la potence.
Vous restez en Suisse une année, oui une année. Vous adorez tellement ce pays pour toutes ses richesses. Puis à la fin de la guerre, vous décidez après moult réflexions de rentrer au pays. Cette décision est difficile (tout le monde le comprend et tout le monde aurait aimé avoir ce choix) car vous savez qu'à nouveau vous allez rencontrer la guerre, enfin la suite de la guerre, c'est-à-dire la faim, le froid, les destructions mais aussi les vagabonds sur les routes, etc. Ce qui vous meurtrit beaucoup.
Lors de votre retour au pays, vous en profitez pour vous arrêter à Salzbourg. C'est là que vous avez acheté une maison pendant la guerre. Oui certains vont au front et d'autres achètent des maisons.
La paix est maintenant là, vous en profitez pour vous remettre à écrire et à voyager. le succès est au rendez vous. C'est lors de ses voyages, grâce a votre don d'observateur, que vous vous rendez compte que la paix est fragile et qu'il suffirait d'un rien pour que tout s'embrase à nouveau.
Vous décidez enfin de visiter la Russie où tous vos amis se sont déjà rendu, et là vous vous interrogez sur l'enthousiasme de certains d'entre eux car vous comprenez que le décor et les dialogues ne sont que copies de pièces de théâtre donnant illusions.
Vous avez maintenant 50 ans et vous faîtes le bilan de votre vie, très positif, vous le reconnaissez. Enfin, ce ton plaintif s'éloigne.
Vous brossez avec réalisme et précision la montée au pouvoir d'Hitler qui a su si diaboliquement se mettre d'accord avec tous les partis, toutes les tendances. Vous comprenez qu'il faut que vous quittiez votre patrie afin de conserver votre liberté. Vous vous rendez donc à Londres où vous vous taisez, n'osant contredire les Anglais aveugles sur le sort de l'Autriche.
Vous avez bien compris que la guerre est là, vous avez bien compris que l'Angleterre ne pourra plus se voiler la face au vu de la situation outre-atlantique. Et vous décrivez vos sentiments et votre situation de manière si intense, si sensible, si bouleversante qu'enfin monsieur Zweig, je me sens proche de vous et s'éloigne mon ressentiment vis à vis de votre personne.

Pardon ? C'est vrai, vous êtes fin observateur et vous remarquez parfois une certaine ironie dans le portrait que je viens de brosser. Oui, je le reconnais. Je n'ai pu supporter votre ton geignard, la façon de vous plaindre sans le dire vraiment. Vous êtes né avec une cuillère d'argent dans la bouche, vous observez le monde avec le prisme de votre statut privilégié. Je n'ai pas ressenti d'empathie envers les petites gens. On est bien loin de Pierre Michon (Vies minuscules) et de son petit peuple !
Bien sûr, votre éducation et votre milieu ne vous ont pas préparé à subir la guerre, à connaître les restrictions. Mais qui est préparé à l'enfer ?
Bon, quittons l'homme et passons maintenant à l'écrivain. Là, ma réaction est toute autre.
Vous êtes un excellent portraitiste de votre époque. Vos chroniques sur Paris, sur sa population, sur l'ambiance de la ville, par exemple, sont remarquables et très détaillées.
Vos écrits sur l'inflation galopante après-guerre et les conditions de vie (le marché noir par exemple) sont des pages excellemment bien écrites, riches de détails qui aident à comprendre le climat de l'époque.
Mais ce que j'ai par dessus tout admiré, ce sont vos rencontres avec les artistes. Les personnes que vous croisez et que vous admirez sont d'abord de vrais portraits et ensuite les échanges que vous entretenez avec elles sont riches de curiosité intellectuelle. On reconnaît bien là tout le bonheur, tout le respect et toute la frénésie intellectuelle que vous avez ressentis face à ces personnalités. Votre description du travail de Rodin est splendide. J'étais avec vous dans l'atelier, aussi muette que vous et observant l'artiste en plein travail, s'oubliant au monde. J'ai comme vous assisté aux entretiens de Gorki avec son visage animé et mimant les répliques qu'il vous faisait, lui qui ne parlait que le russe. J'ai participé auprès de vous aux joutes oratoires entre Shaw et Wells. Quelle puissante évocation, quelle précision dans ce duel littéraire ! Quel bonheur de lecture !

En fait, monsieur Zweig vous êtes un esprit. Entendez-moi bien, je ne parle pas de fantôme mais d'un pur esprit, d'une pensée pure. Et pour finir, je dois bien avouer que votre vision de l'Europe, bien avant-gardiste et qui ne relève pas d'une utopie, me prouve à quel point vous avez compris et cerné notre monde. Vous êtes, avant l'heure, un citoyen du monde (les pages concernant le passeport sont un vrai réquisitoire sur la liberté de circuler).
Difficile de conclure après tout ça ?
Et bien non pas vraiment. Je vais appliquer ce que vous recommandez vous-même et qui vous tient à coeur, vous qui ne supportez pas les intrusions dans votre vie privée. Je vais distinguer le nom de l'homme. Je vais oublier l'homme et m'attacher à votre nom. Je vais maintenant lire vos oeuvres car oui, monsieur Zweig, l'écrivain m'a éblouie.
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enjie77
  25 novembre 2017
Rédigé en 1941 au Brésil, Stefan Zweig adresse à son éditeur, peu avant son suicide en compagnie de son épouse, le 23 février 1942, cet important témoignage d'une époque où en Autriche, toute sa génération est passée d'une période de pleine sécurité, d'une grande stabilité, à une période plongée dans l'horreur. C'est extrêmement émouvant de l'imaginer à sa table en train d'écrire, se retournant sur toute l'histoire de l'Europe comme sur sa propre histoire, afin de laisser derrière lui un témoignage d'une grande richesse historique.
Ce n'est pas son testament personnel, le lecteur ne trouvera pas de bribes de son intimité, de ses relations amoureuses, mais plutôt le testament de toute une époque qui va de 1895 à 1941 assorti de sa propre réflexion d'observateur, avec toujours cette merveilleuse écriture qui le caractérise.
Il part de sa période scolaire afin de mettre en évidence sa propre critique d'une période qui lui aura paru monotone, étouffante. Il ne garde pas un bon souvenir de ses enseignants qu'il a trouvé imbus d'eux-mêmes, ne cherchant nullement l'épanouissement de l'élève, mais plutôt sous une discipline de fer, à dompter les personnalités individuelles de chaque enfant. D'ailleurs, il est un élève moyen. C'est l'université, où il s'inscrit en philo, qui va lui apporter ce souffle de liberté auquel il aspirait tant.
Descendant par son père, d'une famille juive de Moravie, industriel qui a fait fortune dans le textile en Bohême, et par sa mère, d'une famille juive allemande, il pourra ne pas travailler et laissera son frère, Alfred, reprendre les rennes de l'entreprise familiale.
A cette époque, l'antisémitisme fait partie du décor. Emancipés depuis 1848 et ayant réussi leur ascension sociale, les juifs viennois font partie de l'élite brillante : ils occupent un tiers des professions libérales et représentent plus de la moitié des médecins et des avocats et trois quart des journalistes : ce qui leur vaut en retour rancoeur et inimitiés. D'ailleurs, à cet effet, les premières pages de son témoignage m'ont donné l'impression qu'il éprouvait le besoin de se justifier de sa judéité et d'expliquer son judaïsme éclairé.
Il dépeint très bien la Vienne d'alors. C'est un monde solide, tranquille, pérenne mais somnolent à l'image de l'empereur François-Joseph, monté sur le trône à 18 ans, en 1848. Et la jeunesse n'a pas sa place, la génération précédente ne lui fait pas confiance. Pourtant avec la nomination de Gustave Mahler, à moins de 40 ans, directeur de l'opéra impérial, un murmure d'inquiétude va parcourir Vienne. L'approche du nouveau siècle va réclamer un ordre nouveau et Vienne deviendra le centre d'un renouveau artistique dans le domaine des arts : peinture, littérature et musique.
Pourvu de son diplôme il va alors voyager, s'affranchir de son milieu familial. le lecteur va s'embarquer avec lui et rencontrer Théodore Herzl, Rainer Maria Rilke, Rodin, Romain Rolland, Verhaeren, Ratheneau, Gorki, Mussolini, Freud, et bien d'autres. C'est passionnant pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur cette période.
Zweig est un cosmopolite, il est modeste et doux, il aime l'Autre, ces voyages l'amèneront à rêver d'une Europe sans frontière, c'est un pacifiste, il ne comprend pas, au moment des guerres, pourquoi rejeter celui que l'on a aimé hier. Il n'aime pas les conflits, il les évite, il a besoin d'amour, d'amitié, peut-être dû au fait que la société viennoise de son enfance ne laissait pas de place aux enfants et évitait soigneusement toutes démonstrations d'affection. Enfin je ne sais pas ! Chaque individu est unique et différent. Mais un écrivain qui nous laisse « La Confusion des sentiments » ne peut être qu'un « écorché vif » un être qui a été cruellement atteint dans sa chair, dans son âme, un être qui comprend, est à l'écoute de l'Autre avec bonté, plein d'une compassion fraternelle et pour qui la création artistique devient la beauté du monde dans un monde qui part à la dérive et va droit vers la folie, l'horreur, l'insoutenable car en plus, il était clairvoyant.
Il évoque aussi sa manière d'élaguer ses textes, son besoin de perfection, comment il va droit au coeur de ses oeuvres.
A aucun moment je n'ai ressenti de lamentations, de nostalgie mais plutôt l'analyse des causes ayant entraîné une première guerre mondiale elle-même ayant engendré une deuxième guerre mondiale. Toutes ces atrocités sont devenues insoutenables pour cet homme pour qui j'ai une profonde affection.
Friderike Zweig, les larmes aux yeux, dira « Un homme qui aima profondément ses semblables ».
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palamede
  19 avril 2020
Le Monde d'hier, livre testament autobiographique, débuté en septembre 1939, montre que Stefan Zweig en tant qu'écrivain juif autrichien, humaniste et pacifique, fut le témoin malmené d'une époque sismique.
Stefan Zweig qui débute son récit par Vienne aux temps heureux, avant la grande Guerre, quand la ville était tournée vers la création artistique la plus exigeante. Un dynamisme culturel soutenu par la bourgeoisie juive fortunée, polyglotte et cultivée dont Zweig faisait partie avec ses amis, tous assoiffés d'un renouveau artistique mais attachés à un conservatisme politique.
Une situation politique et sociale en apparence immuable bientôt bousculée par l'apparition d'un parti socialiste autrichien auquel s'opposent un parti chrétien-social, petit bourgeois et antisémite, et plus anti juif encore, un parti national-allemand agressif, dont Hitler devait reprendre les méthodes brutales et la théorie raciale antisémite : « La saloperie c'est la race ».
A l'époque Zweig, étudiant en philosophie, n'est pas encore sensible à ce danger émergent. Il commence à publier et est heureux de cette reconnaissance. Mais la découverte de Berlin de ses idées nouvelles et de son atmosphère épicée le poussent à se remettre en cause ; il décide de « commencer par apprendre du monde ce qu'il a d'essentiel ». Il traduit Baudelaire, Verlaine, Keats, voyage en Europe, en Inde en Amérique en Afrique, découvre Émile Verhaeren dont l'enthousiasme pour le monde moderne le fascine, devient l'ami de Paul Valéry, Romain Rolland, Rilke, qu'il admire profondément, et de tant d'autres.
Une curiosité et une quête intellectuelles qui ne se démentiront jamais au cours de sa vie. Mais si Stefan Zweig témoigne de joies incomparables, de rencontres et de lectures merveilleuses, de voyages oh combien enrichissants, qui furent les siens pendant cinquante ans, les ouragans du monde, avec le gâchis de 1914, l'effondrement de l'empire austro-hongrois, les épouvantables régimes nationalistes et le sort inique qu'ils ont réservé aux juifs, auront raison de tout cela, et par conséquent de son envie de vivre. Et c'est assez émouvant.
Challenge MULTI-DÉFIS 2020
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Deleatur
  19 décembre 2019
Comme on le sait, Zweig a rédigé cette autobiographie en 1941, après avoir été chassé d'Europe par l'antisémitisme et la guerre. Devenu apatride avec l'Anschluss, il s'est d'abord réfugié au Royaume-Uni avant de s'installer finalement au Brésil. Lorsqu'il écrit ces mémoires, il a pratiquement tout abandonné derrière lui hormis son nom, ce qui n'est évidemment pas rien pour quelqu'un qui est déjà célébré comme l'un des plus grands écrivains de son temps.
A mesure que l'on avance dans la lecture du Monde d'hier, on sent l'immense lassitude et le désespoir pesant sur cet homme, qui se disait citoyen du monde à une époque où l'expression n'avait hélas aucun sens (en a-t-elle davantage aujourd'hui, à vrai dire...). Zweig s'est suicidé au début de 1942, juste après avoir envoyé le manuscrit à son éditeur, et un mois à peine après la conférence de Wannsee où venait de se sceller le sort des juifs européens. L'écrivain n'a évidemment rien su de ce dernier événement, mais il suffit de lire son texte pour comprendre qu'il redoutait l'innommable et qu'il ne voulait pas le voir advenir.
Son livre est comme un testament de la culture européenne. C'est le récit très simple de ses soixante années d'existence, moitié autobiographie moitié analyse des évolutions internationales. Zweig appartient à une génération qui a traversé un nombre effarant d'épreuves collectives : né dans « le monde de la sécurité » (Vienne dans les dernières décennies des Habsbourg), il a vu son pays se précipiter dans la guerre en 1914. L'épuisement, la défaite, la ruine, le chaos économique et monétaire d'après-guerre, la montée de l'antisémitisme, la progression du fascisme, l'expansionnisme hitlérien, la capitulation des démocraties occidentales, les persécutions puis une nouvelle guerre... Tout cela, Zweig le raconte, mais de son point de vue. Or il ne faut pas oublier, sous peine de contresens, que son point de vue est celui d'un bourgeois issu d'une riche famille juive de Vienne. Il est parfaitement conscient d'appartenir à un monde privilégié et ne cherche pas à le dissimuler : sa première guerre mondiale ne se déroule pas dans les tranchées et il n'est que spectateur de la misère des autres. Je ne vois cependant pas ce que cela enlève à la valeur de son témoignage ni à son caractère poignant, ni à la sincérité de son émotion et de son effroi.
Il a certes fréquenté quelques-uns des esprits les plus brillants du premier vingtième siècle (et son livre fourmille de portraits d'écrivains et artistes pris sur le vif, parfois assez étonnants), mais Zweig porte surtout un regard très lucide sur le naufrage collectif de l'Europe. C'est la partie qui m'a le plus impressionné, sans doute par déformation professionnelle. J'avais initialement le projet de distiller des citations au fil de ma lecture mais j'y aurais mis au moins le tiers du livre. Alors je me suis abstenu, et en fait je n'ai pas besoin de dire plus que cela : il faut lire ce livre. Surtout aujourd'hui, à l'heure où la Bête, qui ne dort jamais que d'un oeil, manifeste à nouveau les signes de son éveil.
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Kez
  29 mars 2022
J'ai commencé ce livre l'an dernier. Je l'avais laissé de côté depuis. Avec les événements de ces dernières semaines, j'ai senti qu'il était temps de m'y replonger. Entre la biographie, l'essai, les souvenirs, difficile de classer cet ouvrage. L'écriture, celle de Zweig, est forcément superbe.
On apprend que cet auteur est passionné de rencontres. Il a rencontré et été amis avec de nombreux écrivains (Romain Rolland, Rilke, Hoffman), musiciens (Strauss), médecins (Freud),… D'ailleurs parfois cela s'apparente à du name dropping.
Auteur reconnu de romans, pièces de théâtre, Zweig est également un biographe et un traducteur.
Le livre relate son enfance jusqu'à son séjour en Angleterre avant son départ en Amérique Latine et sa décision de se suicider.
On découvre un monde aujourd'hui disparu. Saviez vous que les passeports n'existaient pas avant la première guerre mondiale ?
Né à la fin du 19 siècle à Vienne, il relate dans la première partie ses études dans un institut très strict. Une fois cet obstacle franchit, il se décide pour l'étude de la philosophie car ce sont celles qui lui demanderont le moins de travail. Il va partir à Berlin et surtout rencontrer des écrivains, des artistes, des poètes. Issu d'une famille aisée, il n'a pas besoin de travailler et peut se consacrer à ces rencontres.
Il narre les relations hommes / femmes (inexistantes) et montre comment cette absence de relation mène à des drames (syphilis, suicides, etc). Il évoque les aspects hiérarchiques de l'Allemagne où plus que les études, c'est d'appartenir à un corps universitaire précis qui compte. On sent une partie des événements funestes qui arriveront par la suite.
Il explique cette effervescence artistique qui le grise et le rend humble à la fois. Il raconte sa rencontre avec Théodore Herzl qui va publier ses premières oeuvres. Herzl, père du sionisme, va beaucoup l'impressionner mais Zweig ne se décidera pas à s'engager à le suivre d'un point de vue politique. A cette époque Zweig se consacre à la traduction pour apprendre et ciseler sa maitrise des langues. « Dans mon for intérieur, ma route pour les années suivantes était maintenant clairement tracée : voir beaucoup, beaucoup apprendre, et seulement ensuite débuter vraiment ! Ne pas paraitre devant le monde avec des publications prématurées – connaitre d'abord du monde ce qu'il a d'essentiel ! ». Pour appliquer cet adage, Zweig décide, après Berlin, d'aller en Belgique. En effet il a découvert le poète Belge Verhaeren et veut le traduire en Allemand pour le faire connaitre dans les pays germanophones.
Finalement Zweig obtient son doctorat de philosophie, grâce à Kolbenheyer, un ami d'enfance de Zweig. Cet ami et collègue de lettres, il lui règle son compte très élégamment « Avec Erwin Guido Kolbenheyer, un de mes amis de jeunesse et confrère en lettres – lequel, peut-être, n'aime guère qu'on le lui rappelle aujourd'hui parce qu'il est devenu un des poètes officiels et professeurs de l'Allemagne hitlérienne – je passai toutes mes nuits à bûcher. ».
Après cet examen, il part pour Paris. Zweig est un amoureux de la capitale Française et de sa littérature (Marceline Desbordes-Valmore, Balzac, Victor Hugo, Léon Bazalgette,..) Cette période va être l'occasion de se faire et de cultiver de nombreuses amitiés (Bazalgette, Rilke, Verhaeren). Il va rencontrer brièvement Rodin, qui lui inspire beaucoup d'admiration. Il poursuit son voyage par un séjour à Londres.
Il se décide à poser ses valises à Vienne pour un temps. Et heureux hasard il va rencontrer une des dernières personnes qui aura connu Goethe. Zweig en relatant cette période Viennoise, nous présente sa passion pour la collection des manuscrits, des courriers, des oeuvres en cours de musiciens et auteurs germanophones célèbres. Il explique l'évolution de sa collection. Et ses réflexions sur la création de l'oeuvre artistique est très intéressante. « Je n'en sais pas assez d'un artiste quand je n'ai sous les yeux que son oeuvre achevée, et je souscris à la parole de Goethe : pour comprendre pleinement les grandes créations, il ne suffit pas de les voir dans leur état d'achèvement, il faut les avoir surprises dans leur genèse, dans leur devenir ». P195 Aujourd'hui à l'heure de l'informatique, des copiés collés, des multiples versions, impossible d'avoir une telle collection, ni une telle réflexion.
Dans cette période viennoise il va écrire ses premières pièces de théâtre. Il nous raconte que ces pièces devaient être interprétées par deux grands artistes mais qui meurent quelques jours avant la première. Bouleversé par ces faits et sans doute un peu superstitieux, il abandonne l'écriture de pièce de théâtre pour se consacrer au roman.
Il repart en voyage qui vont cette fois l'amener en Afrique, en Inde et aux US. Il assiste à la construction du canal de Panama et au racisme et la pauvreté en Inde. On est au tout début du 20eme siècle, Zweig commence le chapitre « Les rayons et les ombres sur l'Europe » par expliquer les changements en cours. La jeunesse l'emporte sur l'âge. le sport qui n'était absolument pas une activité plébiscitée dans sa jeunesse, le devient. D'après lui le voyage se démocratise (enfin pour une petite partie de la population)… Puis les nuages commencent à s'accumuler. Les incidents se multiplient.
Il repart sur Paris où il découvre des artistes. En 1913, il relate sa rencontre avec Romain Rolland qui va devenir un ami fidèle. Avec des pages où il célèbre l'intelligence et la culture de son ami. Il cite cette citation intéressante : « L'art peut nous consoler chacun en particulier, mais il ne peut rien contre la réalité. »
Les premiers jours de la première guerre mondiale sont un coup de tonnerre.
Page 267, « Si l'on était venu à la guerre, cela n'avait pu être que contre la propre volonté de leurs propres hommes d'Etat ; eux-mêmes ne pouvaient être en faute, personne dans le pays n'encourait la moindre responsabilité. C'était donc de l'autre côté de la frontière, dans l'autre pays, que devaient nécessairement se trouver les criminels, les fauteurs de guerre : si l'on prenait les armes, c'était en état de légitime défense contre un ennemi astucieux et fourbe, qui sans le moindre motif attaquait la pacifique Autriche, la pacifique Allemagne. »
L'entre-deux guerres et ses troubles est décrit par Zweig comme une montée des désordres avec des enfants qui n'écoutent plus leurs parents, des filles et des garçons qui ne respectent pas l'ordre naturel des sexes (on ne parle pas encore de genre). Les filles coupent leurs cheveux et les garçons les laissent pousser. L'homosexualité se développe… Et Zweig a deux ou trois propos homophobes. Les homosexuels poussant à la guerre (p365). L'écriture est bousculée (p352-353). Tout cela ne vous rappelle rien ? « Partout les anciens désemparés couraient après le dernière mode ; on n'avait plus soudain qu'une seule ambition celle d'être jeune… Quelle époque sauvage, anarchique, invraisemblable que ces années où en Autriche et en Allemagne, tandis que fondait la valeur de la monnaie, toutes les autres valeurs se mettaient à glisser ! Une époque d'extase enthousiaste et de fumisterie confuse, mélange unique d'impatience et de fanatisme. »
En dehors de l'enthousiasme, cela ressemble à notre époque…
Zweig dénonce le poids des lobby de l'armement (le mot lobby n'est pas utilisé mais c'est l'idée). Par contre il est très peu clair sur ce qu'il fait personnellement pour empêcher cette vague de haine. Il faudra qu'il soit touché personnellement pour le comprendre. P401 « Comme pour toutes les choses essentielles de la vie, ce n'est pas jamais par l'expérience d'autrui que l'on acquiert ce genre de connaissances, mais toujours par sa propre destinée. »
Il va mettre du temps pour se décider à partir de l'Autriche car sa famille, ses amis, tous ne comprennent pas ses craintes. ET par une des rares touches personnelle, il va évoquer le décès de sa mère et l'impact des lois aryennes sur sa vie.
C'est un très beau livre. Zweig nous décrit une Europe en ébullition. Il s'épargne beaucoup et n'est pas sans préjugé mais ses descriptions de l'époque sont passionnantes. le monde d'hier de Zweig, c'est notre monde d'avant.
Et voici mon abécédaire.
A comme Apatride, ce que va devenir Zweig et qu'il présentera comme une douleur. A cette occasion on apprend que les passeports n'existaient pas avant la première guerre mondiale.
B comme Biographe, saviez-vous que Zweig en plus d'auteur est un biographe (Marie Stuart, Balzac, Joseph Fouché)
C comme Cosmopolite, Collectionneur : Zweig se présente comme un homme de son temps… mais c'est surtout un homme très riche. Il voyage sans arrêt, il s'achète une maison à Salzburg juste après la guerre… Et il se crée une collection de manuscrits originaux et d'autographe
D comme Dramaturge: Zweig est également un auteur de pièce de théâtre.

E comme Européen, Ecrivain, Empire, Ecriture, Exil : Zweig est un écrivain qui a connu plusieurs périodes sombres de l'Europe. Mais il reste un Européen convaincu.
F comme Freud, France : Zweig a des amis prestigieux et aime la France (surtout Paris).
G comme Guerres et Goethe : Zweig va éviter de se battre mais verra de ses propres yeux les horreurs de la première guerre mondiale en allant chercher des oeuvres en Russie.
H comme Hitler, Hofmannsthal, Herzl (Théodore, père du sionisme) : Tous des hommes Allemands sortant de l'ordinaire et qui auront marqués Zweig.
I comme Inflation : Zweig met en avant les effets de l'inflation entre les deux guerres sur la montée du nazisme
J comme Juif : Zweig est né dans une famille juive non pratiquante. La foi ne semble pas jouer un grand rôle dans son monde.
K comme Kolbenheyer : Ami et collègue que Zweig éreinte dans son livre : « Avec Erwin Guido Kolbenheyer, un de mes amis de jeunesse et confrère en lettres – lequel, peut-être, n'aime guère qu'on le lui rappelle aujourd'hui parce qu'il est devenu un des poètes officiels et professeurs de l'Allemagne hitlérienne – je passai toutes mes nuits à bûcher. ».
L comme Londres : C'est là où Zweig deviendra apatride.
M comme Musique, Manuscrits, Mussolini : Zweig aime la musique, il collectionne les partitions originales, il va collaborer avec Strauss. Et il mentionne dans son livre avoir écrit à Mussolini pour lui demander de libérer une de ses connaissances, ce que fera Mussolini.
Name dropping : on l'aura compris Zweig vous parle de ses connaissances connues et reconnues. Les autres …n'existent pas ou ne semblent pas exister. Exemple « de 1900 à 1914, je n'ai jamais vu le nom de Paul Valéry en tant que poète, ni dans Le Figaro ni dans le Matin, Marcel Proust passait pour un gommeux de salon, Romain Rolland pour un musicographe très averti ; ils avaient près de cinquante ans quand le premier rayon encore timide la renommée les atteignit, et leur grande oeuvre était plongée dans l'obscurité au milieu de la ville la plus curieuse et la plus spirituelle du monde. »
O comme Opéra, Oeuvres : Zweig va écrire pour l'opéra et Strauss.
P comme Politique, Poésie, Paris, Philosophie, Polyglotte : Zweig parle plusieurs langue et c'est sa décision de traduire de la poésie qui va l'amener à voyager en Belgique, en France.
Q comme Questions : Les questions que Zweig se posent. Qu'auraient dû faire les intellectuels de son temps pour empêcher le nazisme ?
R comme Romain Rolland, Rilke, Rodin, Russie : Zweig va rencontrer ces artistes. Les deux premiers seront ses amis. Il ira en Russie et fera part de ses doutes mais sans s'engager contre les communistes.
S comme Strauss, Salzburg, Suisse, Souvenirs : Zweig est autrichien. Il va travailler avec Strauss
T comme Théâtre, Traducteur : Zweig est également traducteur car il estime que c'est la meilleure façon d'appréhender une langue en profondeur.
U comme Unique : Un tableau unique de cette époque si bouleversée.
V comme Verhaeren, Voyages : Pour son époque Zweig va énormément voyager sur tous les continents (sauf peut-être l'Océanie). Verhaeren est le premier poète que Zweig va se décider à traduire car c'est un inconnu en Allemagne.
W comme Wien : la ville de son enfance.
X comme : Xénophobe. Zweig est homophobe mais pas xénophobe. Il faillait un X...
Y comme : Yiddish Zweig ne parle pas cette langue mais l'évoque en parlant des juifs de l'Europe de l'Est, qui ont été persécuté bien avant ceux de l'Europe de l'Ouest.
Z comme Zweig : Forcément.


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VilloteauVilloteau   28 août 2012
Je dois à la vérité avouer que dans cette première levée des masses, il y avait quelque chose de grandiose, d'entraînant et même de séduisant, à quoi il était difficile de se soustraire. Et malgré toute ma haine et mon horreur de la guerre, je ne voudrais pas être privé dans ma vie du souvenir de ces premiers jours ; ces milliers et ces centaines de milliers d'hommes sentaient comme jamais ce qu'ils auraient dû mieux sentir en temps de paix : à quel point ils étaient solidaires. Une ville de deux millions d'habitants, un pays de près de cinquante millions éprouvaient à cette heure qu'ils participaient à l'histoire universelle, qu'ils vivaient un moment qui ne reviendrait plus jamais et que chacun était appelé à jeter son moi infime dans cette masse ardente pour s'y purifier de tout égoïsme. Toutes les différences de rangs, de langues, de classes, de religions, étaient submergées pour cet unique instant par le sentiment débordant de la fraternité. Des inconnus se parlaient dans la rue, des gens qui s'étaient évités pendant des années se serraient la main, partout on voyait des visages animés. Chaque individu éprouvait un accroissement de son moi, il n'était plus l'homme isolé de naguère, il était incorporé à une masse, il était le peuple, et sa personne, jusqu'alors insignifiante, avait pris un sens. Le petit employé de la poste qui, d'ordinaire, ne faisait que trier des lettres du matin au soir, , qui triat et triait sans interruption du lundi au samedi, le commis aux écritures, le cordonnier avaient soudain dans la vie une autre perspective, une perspective romantique : ils pouvaient devenir des héros. [...] Mais peut-être une puissance plus profonde, plus mystérieuse, était-elle aussi à l'oeuvre sous cette ivresse. Cette houle se répandit si puissamment, si subitement sur l'humanité que, recouvrant la surface de son écume, elle arracha des ténèbres de l'inconscient, pour les tirer au jour, les tendances obscures, les instincts primitifs de la bête humaine, ce que Freud, avec sa profondeur de vues, appelait "le dégoût de la culture", le besoin de s'évader une bonne fois du monde bourgeois des lois et des paragraphes, et d'assouvir les instincts sanguinaires immémoriaux. Peut-être ces puissances obscures avaient-elles aussi leur part dans cette brutale ivresse de l'aventure et la foi la plus pure, la vieille magie des drapeaux et des discours patriotiques — cette inquiétante ivresse des millions d'êtres, qu'on peut à peine peindre avec des mots et qui donnait pour un instant au plus grand crime de notre époque un élan sauvage et presque irrésistible.
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DeleaturDeleatur   22 septembre 2019
Mon père, mon grand-père, qu'ont-ils vu? Ils vivaient leur vie tout unie dans sa forme. Une seule et même vie, du commencement à la fin, sans élévations, sans chutes, sans ébranlements et sans périls, une vie qui ne connaissait que de légères tensions, des transitions insensibles. D'un rythme égal, paisible et nonchalant, le flot du temps les portait du berceau à la tombe. Ils vivaient sans changer de pays, sans changer de ville, et même presque toujours sans changer de maison. [...]
Nous, en revanche, nous avons tout vécu sans retour, rien ne subsistait d'autrefois, rien ne revenait ; il nous a été réservé de participer au plus haut point à une masse d'événements que l'histoire, d'ordinaire, distribue à chaque fois avec parcimonie à tel pays, à tel siècle. Au pis aller, une génération traversait une révolution, la deuxième un putsch, la troisième une guerre, la quatrième une famine, la cinquième une banqueroute de l'Etat - et bien des peuples bénis, bien des générations bénies, rien même de tout cela. Mais nous, qui à soixante ans pourrions légitimement avoir encore un peu de temps devant nous, que n'avons-nous pas vu, pas souffert, pas vécu? Nous avons étudié à fond et d'un bout à l'autre le catalogue de toutes les catastrophes imaginables (et nous n'en sommes pas encore à la dernière page).

Ecrit en 1941. Pages 11-12 de l'édition Belfond.
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enjie77enjie77   22 novembre 2017
A l 'exception de quelques généraux, toutes les hautes charges de l'Etat demeuraient exclusivement réservée à ceux qui avaient une culture "universitaire"; tandis qu'en Angleterre, un Llyod George, en Italie, un Garibaldi et un Mussolini, en France, un Briand étaient vraiment sortis u peuple pour s'élever aux plus hautes fonctions publiques, en Allemagne, o, ne pouvait concevoir qu'un homme qui n'avait pas même achevé ses études primaires et qui, à plus forte raison, n'avait pas fréquenté l'université, qui avait couché dans des asiles de nuit et, pendant des années, gagné sa vie par des moyens aujourd'hui encore demeuré obscurs pût jamais approché seulement une place qu'avait occupée un baron vom Stein, un Bismarck, un prince von Bulöw. Rien n'a autant aveuglé les intellectuels allemands que l'orgueil de leur culture, en les engageant à ne voir en Hitler que l'agitateur des brasseries qui ne pourrait jamais constituer un danger sérieux, alors que depuis longtemps, grâce à ses invisibles tireurs de ficelle, il s'était déjà fait des complices puissants dans les milieux les plus divers. Et même quand, en ce jour de janvier 1933, il fut devenu chancelier, la grande masse et même ceux qui l'avaient poussé à ce poste, le considérèrent comme un simple intérimaire et le gouvernement national-socialiste comme un simple épisode.

page 444
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AllantversAllantvers   03 mars 2017
Je n'ai rien vu en Russie de plus extraordinaire, de plus saisissant que la tombe de Tolstoï. Cet illustre lieu de pèlerinage est situé dans un lieu écarté et solitaire, au fond d'une forêt. Un étroit sentier conduit jusqu'à ce monticule, qui n'est qu'un tertre carré que personne ne garde, que personne ne regarde et qui n'est ombragé que par quelques arbres. (...)La crypte de Napoléon sous la coupole de marbre des Invalides, le cercueil de Goethe dans le caveau des princes, les monuments de l'abbaye de Westminster n'impressionnent pas autant que cette tombe merveilleusement silencieuse et d'un touchant anonymat, quelque part dans la forêt, environnée par le murmure du vent, et même sans un message, sans une parole.
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TipeeTipee   29 mars 2017
Ce livre est décrit comme une autobiographie. Soit, il nous parle de lui, de ses connaissances, de ses collections, de ses amis et de différents éléments de sa vie. Mais ne serait-ce pas une façon subtile de critiquer diverses facettes de diverses sociétés, de faire une fresque historique de différents milieux, sociétés et Etats ?
De sa jeunesse jusqu’à 1939, tout y passe. On apprend par exemple qu’il cachait ses lectures intéressantes sous les livres pompeux de ses mauvais professeurs vieillissants. Bien lui en a pris. On apprend ses divers désirs de jeunesse, les désillusions et incompréhensions des guerres, ses grandes amitiés. Cela est vraiment passionnant et permet de comprendre les évènements européens entre 1880 et 1939 du point de vue d’un autrichien habitué à naviguer dans le monde.
Autre aspect du livre qui m’a profondément passionné, ce sont toutes les références à des ouvrages et à des auteurs européens. Il y a de nombreux auteurs que je ne connaissais pas, et qui sont aujourd’hui grandement oubliés. Mais mon carnet de notes s’est rempli de nom à redécouvrir, ce sont les personnes qui ont entrainé les plus grandes passions et les plus grandes amitiés chez Zweig.
Enfin, une chose me surprend et me fais dire que cette autobiographie n’en est pas réellement une, ou alors déformé et incomplète : il ne parle ni de femme, ni d’enfant. Une fois à la fin de son livre il mentionne l’envie de se remarier, il est alors apatride, vivant à Londres et l’Angleterre est sur le point de rentrer en guerre. Mais on n’apprend pas quand il s’est marié la première fois, et encore moins avec qui. Silence total ! ou alors cela m’a réellement échappé.

Le point de vue de Zweig sur 60 ans d’histoire et de littérature européenne est passionnant. Son détachement envers les différents pays et sa bougeotte excessive de citoyen du monde lui ont permis de mieux vivre les évènements nazis (enfin il se suicide avant la fin de la guerre tout de même). Ses références littéraires sont excellentes, et il ne s’enorgueillit que peu de ses propres productions. Il semble plutôt surpris de ses réussites. Même s’il ne parle pas de sa famille, cette œuvre reste magnifique. Parler de sa famille aurait peut-être réduit les témoignages qu’ils voulaient manifester dans ce livre. Expliquer l’enchainement des évènements et les comprendre ; expliquer en parallèle le rôle et l’évolution des arts : littérature, peinture, sculpture, musique ; ainsi comprendre l’évolution dans tous les domaines d’une société amenant à son anéantissement et ainsi préserver les gens à retomber à l’avenir dans cette folie. La montée actuelle des extrêmes partout dans le monde à l’heure actuelle rend vraiment actuel son récit. Et tout cela est fait avec une telle prose, fluide et agréable, qu’il est difficile de passer à côté de ce livre.
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