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ISBN : 2228908908
Éditeur : Payot et Rivages (17/04/2013)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 35 notes)
Résumé :
Un écrivain viennois apprend en lisant son courrier qu'une femme l'aime en secret d'un amour absolu depuis des années.
Une nuit, un voyageur rencontre dans un bar un homme autrefois dominateur, aujourd'hui humilié par une fille à matelots.
Ces deux nouvelles publiée en 1922 témoignent de l'art de Stefan Zweig de dépeindre les tourments de l'amour non partagé, la passion qui brule les coeurs et détruit les vies.
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Eve-Yeshe
  01 octobre 2016
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle, car l'auteur nous entraîne encore dans une de ces monomanies dont il a le secret.
Ici, Stefan Zweig se penche sur l'amour inconditionnel, virant à l'obsession pour la personne aimée. On n'est pas dans l'érotomanie, car notre inconnue ne s'imagine pas que l'écrivain est amoureux d'elle et ne lui demande rien. C'est un amour absolu sur lequel elle va construire toute sa vie, lisant beaucoup car il est écrivain, s'intéressant à la musique pour l'apercevoir lors d'un concert, allant sur son terrain mais restant incognito, sans le harceler…
L'amour de l'enfant de treize ans au départ ne semble pas pathologique, elle pense qu'elle est amoureuse avec un grand A (ça existe encore de nos jours, cf. les ados qui hurlent en voyant Justin Bieber ou Brad Pitt selon les générations) mais, peu à peu, il y a une dérive, une fixation, une obsession qui envahit toute sa vie. « J'étais en deuil et je voulais être en deuil ; je m'enivrais de chaque privation que j'ajoutais encore à la privation de ta vus. Bref, je ne voulais pas me laisser distraire de ma passion : vivre pour toi. »

Même lorsqu'elle le revoit des années plus tard, elle ne lui dit pas qui elle est. Elle se contente de quelques jours passés avec lui et va construire toute sa vie la dessus. Elle a un enfant de cet homme, mais ne le lui dira jamais, acceptant de vivre en marge de la société bien pensante de l'époque. Elle reporte sur l'enfant les sentiments qu'elle éprouve pour le père et n'existera que pour lui. On sait tout de suite qu'elle écrit cette lettre parce que l'enfant est mort. On imagine ce qu'aurait pu provoquer cet amour, presque idolâtrie, sur l'enfant…
Elle l'appelle « mon bien-aimé » chaque fois qu'elle lui raconte quelque chose de nouveau, et cette expression revient de façon itérative, comme l'est une obsession.
Elle est amoureuse de l'homme, de l'écrivain (celui qui raconte des histoires, les invente), de l'amour. On est plus dans le registre de la passion, de l'excès que de l'amour, car il y a une véritable fixation sur l'objet aimé. On retrouve de ce fait le thème des monomanies, cher à Stefan Zweig avec les échecs dans « le joueur d'échecs », ou le jeu dans « Vingt-quatre heures de la vie d'une femme », entre autres.
On trouve une phrase importante dans « le joueur d'échecs », où l'auteur écrit : « les tortures psychologiques de la Gestapo ont annihilé son être tout entier, et comment le jeu d'échecs lui a permis de survivre, à moins que justement il ne l'ait fait basculer dans la folie. » qui peut s'appliquer aussi à « Lettre d'une inconnue »
On retrouve enfin dans ce texte la notion de confession, la parole qui libère, le secret qui tombe, devenant ainsi la propriété de l'écrivain, objet d'adoration.
Zweig était contemporain de Freud dont il a publié une biographie et la maladie mentale l'intéressait. On peut noter également que, pour Freud, les auteurs de biographies devenaient habités par la personne dont ils étudiaient la vie au point que cela pouvait devenir obsessionnel et flirter ainsi avec la monomanie.
Bref, j'ai beaucoup aimé, comme toujours avec Stefan Zweig et cet auteur me plaît tellement que cela me rend peut-être indulgente. Je suis très perméable à sa sensibilité à fleur de peau, à son style, cette « nouvelle enchâssée comme il les aime, avec un court passage nous expliquant les circonstances de l'écriture de la lettre, puis le texte lui-même pour finir avec un épilogue où il développe les réactions de celui qui la reçoit.
La façon dont il aborde le fonctionnement mental m'intéresse beaucoup. Il flirte en permanence avec la persécution, le délire, l'obsession, la perversité ou l'autodestruction car l'amour de notre inconnue ne ressemble en rien à l'amour du Romantisme.
Dans ce livre, figure une autre nouvelle, très courte mais dense, « La ruelle au clair de lune » qui traite également d'un amour pathologique, celui d'un homme jaloux et radin qui va mendier l'amour de la femme qu'il a perdu, n'hésitant pas à s'humilier devant elle, dérivant ainsi dans une relation sadomasochiste, où les rôles s'inversent, le persécuteur devenant persécuté. L'auteur choisit, dans cette nouvelle, d'insérer le récit dans le cadre de deux promenades nocturnes que fait le narrateur dans les ruelles d'un port.
J'ai envie de « tester » ses biographies. Je crois que je vais demander au Père Noël ses oeuvres dans la Pléiade »….
Note : 9,2/10
Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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Allantvers
  06 mars 2017
Il y a quelque chose qui tourne la tête, voire qui vous remue dans cette confession à bout de souffle d'une femme inconnue à l'homme dont elle est depuis toujours follement éprise à son insu.
Est-ce le style si fin de Zweig, est-ce les effets de perspective autour desquels ce texte est construit ? On a le sentiment de passer d'un personnage à l'autre, tantôt on est la femme qui jette avant de mourir ses derniers mots sur le papier, tantôt on est l'homme, séducteur innocent qui les reçoit, on est dans ses yeux à elle qui encore enfant essaie d'apercevoir l'aimé par le judas de la porte, on est lui quand il la croise, par deux fois sera son amant mais ne la reconnaîtra pas, on est elle, absente toujours, morte déjà, dans le vase vide qu'elle ne garnira plus clandestinement et qu'il regarde en frissonnant en reposant la lettre de cette inconnue…
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rabanne
  18 août 2016
Cela m'a fait plaisir de retrouver la plume de Stefan Zweig, auteur chéri de mon adolescence, le temps de deux nouvelles.
J'ai préféré la première à la seconde, bien que les deux abordent le même thème : les tourments de la passion, ce sentiment violent, qui consume, fait souffrir et mène parfois aux excès...
La langue est belle et fluide, les sentiments parfaitement dépeints, les émotions crédibles et intemporelles.
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RanaZou
  01 janvier 2018
La passion compulsive est le thème de "Lettre d'une inconnue" suivie de "La Ruelle au clair de lune". Jusqu'où un être humain peut aller lorsque l'irrationnel du feu brûlant de l'amour est dépassé ? Les amours non partagées, destructeur de vies, sont au coeur des deux récits.
Quelle prouesse d'écriture ! C'est majestueux ! Un petit bijou littéraire !
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Northanger
  04 septembre 2013
A Vienne, un écrivain d'une quarantaine d'années de retour de voyage découvre une mystérieuse et longue missive : il s'agit en quelque sorte de la confession d'une femme, une ancienne voisine, qui avoue l'avoir aimé passionnément depuis son adolescence. Mais pour quelle raison se décide-t-elle à lui écrire seulement maintenant ? Qui est-elle vraiment ?
C'est un court récit qui m'a beaucoup émue. J'en ai découvert la trame dans un ancien numéro de Je bouquine, dont j'ai toujours une série dans ma salle de classe pour faire patienter les plus rapides ! J'ai été immédiatement séduite par cette nouvelle de forme autobiographique. Stefan Zweig est un conteur talentueux qui a l'art de se glisser avec subtilité dans la peau de ses personnages – y compris les plus inattendus, comme celui de cette jeune femme brisée. Difficile de vous en dire plus sans tout dévoiler, toujours est-il que j'ai été très sensible au destin tragique et poignant de cette mystérieuse inconnue, autant qu'à l'écriture. le style fluide, prenant, est de toute beauté, une invitation à poursuivre ma découverte de cet auteur !
Dans La Ruelle au clair de lune, le narrateur tente de comprendre le lien complexe qui unit un homme à une prostituée qui le rudoie au vu et au su de tous. C'est un tableau lyrique et sombre de la rue et des amours clandestines, au ton très différent de la nouvelle précédente. Ma préférence va cependant à Lettre d'une inconnue, plus proche de mon univers...
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Eve-YesheEve-Yeshe   10 octobre 2016
Aussi tout ce qui ailleurs se partage et se divise ne forma en moi qu’un seul bloc, et tout mon être concentré en lui-même et toujours bouillonnant d’une ardeur inquiète, se tourna vers toi.
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SuperPommeSuperPomme   02 mars 2017
Tu étais pour moi, comment dirais-je? toute comparaison serait trop faible; tu étais, précisément, tout pour moi, toute ma vie. Rien n'existait pour moi que dans la mesure où cela se rapportait à toi; rien dans mon existence n'avait de sens que si cela me rapprochait de toi.
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BenedicteBiblioBenedicteBiblio   27 mai 2015
C’est alors que son regard tomba sur le vase bleu qui se trouvait devant lui sur le bureau. Il était vide, vide le jour de son anniversaire pour la première fois depuis des années. Il tressaillit : ce fut pour lui comme si une porte s’était brusquement ouverte quelque part et qu’un courant d’air glacial venu d’un autre monde s’engouffrait dans sa chambre silencieuse. Il sentit la mort et sentit un amour immortel : au plus profond de son âme quelque chose s’épanouit, et la pensée de l’absente persista, obsédante et insaisissable, comme une lointaine ritournelle.
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NorthangerNorthanger   04 septembre 2013
J'aimais ces ruelles des villes étrangères, ce marché impur de toutes les passions, cet entassement clandestin de toutes les séductions pour les matelots qui, excédés de leurs nuits solitaires sur les mers lointaines et périlleuses, entrent ici pour une nuit, satisfaire dans une heure la sensualité multiple de leurs rêves.
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amontionamontion   22 avril 2016
Ces rues sont les mêmes à Hambourg qu'à Colombo et à la Havane; elles sont les mêmes partout, comm le sont aussi les grandes avenues de luxe, car les sommets ou les bas-fonds de la vie ont partout la même forme; ces rues inciviles, émouvantes par ce qu'elles révèlent et attirantes par ce qu'elles cachent, sont les derniers restes fantastiques d'un monde aux sens déréglés, où les instincts se déchainent encore brutalement et sans frein, une forêt sombre de passions, un hallier plein de bêtes sauvages. Le rêve peut s'y donner carrière.
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Videos de Stefan Zweig (26) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Stefan Zweig
Stefan Zweig, écrivain, journaliste et biographe autrichien, est né le 28 novembre 1881 à Vienne. Il assiste avec horreur à l’arrivée au pouvoir d’Hitler (1933). Sa judéité, jusque-là peu revendiquée, devient plus présente à son esprit et dans son œuvre. La persécution des juifs et le déchirement imminent de l’Europe le plongent dans une dépression dont il ne sortira plus. Il fuit l’Autriche en 1934, se réfugie en Angleterre puis aux États-Unis. En 1942, il se suicide avec sa femme à Petrópolis, au Brésil.
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