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EAN : 9782709664066
200 pages
J.-C. Lattès (20/03/2019)
4.6/5   15 notes
Résumé :
« Le carnaval, disait Goethe en parcourant les rues de Rome, est une fête que le peuple se donne à lui-même. » Un peu partout, en Europe et ailleurs, la montée des populismes se présente sous la forme d'une danse effrénée qui renverse toutes les règles établies et les transforme en leur contraire.
Aux yeux de leurs électeurs, les défauts des leaders populistes se muent en qualités. Leur inexpérience est la preuve qu'ils n'appartiennent pas au cercle corromp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
HordeduContrevent
  27 avril 2022
Connaissez-vous Gianroberto Casaleggio, Steve Bannon, Dominic Cummings, Arthur Finkelstein ? A peine, un peu, beaucoup peut-être, vaguement certainement…Ce sont eux que Giuliano da Empoli vise dans cet essai qui fait froid dans le dos, ces personnes qu'il dénomme « Les ingénieurs du chaos », personnages de l'ombre, souvent diplômés, qui ont imaginé, bâti puis huilé les engrenages techniques, technologiques, notamment informatiques, qui sous-tendent la montée de l'extrême droite partout dans le monde. Les hommes-orchestre des populismes. Respectivement, dans cet essai, en Italie, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Hongrie. Il est fait allusion également au Brésil et à la France.
Cette lecture s'est imposée à moi. D'abord parce que cette semaine Idil ( @Bookycooky ) a publié une critique fort intéressante sur le dernier livre de Giuliano da Empoli, « le mage du Kremlin », ensuite parce que entendre cet auteur italien cette même semaine sur France Culture analyser la situation politique de la France m'a donné une irrésistible envie de prise de recul et de compréhension. Faire le point non pour juger, condamner mais pour comprendre. Et cet essai est édifiant.
L'auteur démarre son analyse avec le Carnaval, fête qui, depuis le Moyen-Age permet au peuple de renverser temporairement et de manière symbolique toutes les hiérarchies instituées entre le peuple et le pouvoir, « entre le noble et le trivial, entre le haut et le bas, entre le raffiné et le grossier, entre le sacré et le profane ». Une fête abolie un peu partout, la frontière entre le ludique et le politique étant assez mince. L'esprit subversif du Carnaval s'est ensuite retrouvé dans les pamphlets et dans les caricatures des journaux, puis plus récemment dans les shows télévisés et les invectives des trolls sur internet.
« Mais ce n'est qu'aujourd'hui que le Carnaval a finalement abandonné sa place préférée, aux marges de la conscience de l'homme moderne, pour acquérir une centralité inédite, se positionnant comme le nouveau paradigme de la vie politique globale ».
Derrière les apparences débridées de cette fête populaire qu'est le Carnaval, qui a lieu désormais sur Internet, se cachent le travail acharné d'idéologues, souvent des scientifiques et des experts en Big Data, tirant les ficelles du jeu politique et permettant aux populistes de prendre le pouvoir. Sans nier les autres causes de la montée en flèche de ces partis, notamment la colère du peuple, voire sa rage, qui se fonde sur des causes économiques et sociales réelles, mais qui n'arrive plus à être canalisée, l'auteur entend se focaliser sur les actions de ces ingénieurs de l'ombre et expliquer par le menu leurs méthodes. Leurs méthodes glaçantes. Qui se fondent justement sur cette rage, source d'énergie colossale, qui l'exploitent en en comprenant les codes et en maitrisant la technologie. Ils réalisent sans vergogne l'union de la colère et des algorithmes en attirant les foules sur la base d'un contenu décalé, transgressif, rendant la politique traditionnelle fade et soporifique et transformant la nature du jeu démocratique.
« Pour la première fois depuis longtemps, la vulgarité et les insultes personnelles ne sont plus tabous. Les préjugés, le racisme, le sexisme sortent du bois. Les mensonges et les complots deviennent une clé d'interprétation de la réalité ».
Sans doute parce qu'il est italien, Giuliano da Empoli démarre avec le cas de l'Italie, cette « Silicon Valley du populisme », et le cas Gianroberto Casaleggio, expert en marketing. L'auteur raconte, et ça se lit telle une bonne fiction, la naissance puis l'épanouissement du Mouvement 5 étoiles, société de marketing digital, tirant les ficelles des marionnettes Beppe Grillo (un humouriste) et Luigi di Maio, vice-premier ministre, ancien stewart. La façon dont ce mouvement manipule via un blog les foules de façon toute orwelienne sous couvert d'écoute, d'empathie, de compréhension est éclairante. En donnant en effet l'impression d'appartenance à un collectif qui se renouvelle, d'être écouté et reconnu en participant à ce blog, sans subir la discrimination fondée sur le revenus ou le niveau d'éducation. Alors que ces personnes ne sont en réalité que les instruments de l'ambition de pouvoir d'un petit nombre.
« Il ne s'agit pas d'hommes politiques qui engagent de techniciens mais bien de techniciens qui prennent directement les rênes du mouvement en fondant un parti, en choisissant les candidats les plus aptes à incarner leur vision, jusqu'à assumer le contrôle du gouvernement de la nation entière ».
A noter que la colère mentionnée seule n'explique pas l'ampleur du bouleversement en cours. Ce ne sont pas nécessairement les gens les plus pauvres, ni les plus exposés à l'immigration qui se jettent dans les bras de ces partis populistes. L'auteur le souligne. L'Internet, les smartphones, les réseaux sociaux y sont également pour quelque chose dans cette transformation du peuple.
Les ingénieurs du chaos ce sont justement ceux également à l'origine des algorithmes de Facebook, de Google, ces fameux algorithmes qui vous enferment dans des bulles filtrantes, ne vous donnant que ce qui vous intéresse, vous confortant dans vos idées, vos gouts, vos croyances. C'est connu, pourtant les chiffres édifiants donnés par l'auteur nous interpellent : une fausse information a, en moyenne, 70 % de probabilité en plus d'être partagée sur Internet, car elle est en général plus originale qu'une vraie. Ou encore la vérité prend six fois plus de temps qu'une fake news pour toucher 1500 personnes…voilà des outils parfaits pour ces partis…
Les sites, les blogs, les pages Facebook des extrémistes sont les terreaux fertiles de candidats comme Trump, Orban, Bolsonaro et Salvini. Où le but n'est pas de se fonder sur des faits, expliqués et argumentés, cette vieille politique ronflante, mais sur des émotions négatives et des ressentis. L'intensité narrative prévaut sur l'exactitude des faits. A coup de fake news, d'injures, de complots, de mensonges…tel est le nouveau style politique, sans tabou.
Je pense aux jeunes qui sont les témoins de cette nouvelle forme de politique façonnée par Internet et par les nouvelles technologies…et c'est angoissant. Comme le souligne l'excellente critique de @Aquilon62 : « il est peu probable que les électeurs, accoutumés aux drogues fortes du national-populisme, réclament à nouveau la camomille des partis traditionnels ».
Par ailleurs, l'analyse par l'auteur de Donald Trump et de son ascension, est certes connue mais toujours aussi bluffante. J'ai aimé lire ces pages qui permettent de faire le point sur cet incroyable personnage burlesque et son utilisation d'outils sophistiqués pour sa promotion et sa victoire contre Hillary Clinton.
L'ascension de Viktor Orban est également sous les feux des projecteur de Giuliano da Empoli, où là encore, nous avons affaire à une politique opportuniste, guidé par un algorithme, qui a soif de pouvoir. Avec un ingrédient supplémentaire : le sentiment de frustration accumulé par les pays de l'Est dans cet effort pour tenter de rattraper les économies occidentales après la chute du mur de Berlin, rattrapage les éloignant de leurs valeurs traditionnelles et les rapprochant du multiculturalisme et du mariage homosexuel. Frustration jusqu'à produire une inversion radicale.
Enfin l'aventure du Brexit est expliquée sous l'angle de l'ingénierie ayant contribué à aboutir à ce résultat…Notamment est souligné le travail des ingénieurs « grâce » auquel chaque électeur a reçu un message ad-hoc, personnalisé : « pour les animalistes, un message sur les réglementations européennes qui portent atteinte aux droits des animaux ; pour les chasseurs, un message qui porte sur les règlementations européennes qui protègent les animaux ; pour les libertaires, un message sur le poids de la bureaucratie de Bruxelles et pour les étatistes un message sur les ressources soustraites à l'Etat Providence pour les transferts à l'union ». Messages qui ont pu être optimisés en continu, en fonction des clics enregistrés en temps réel.
Du beau travail de synthèse, éclairant, que nous offre là cet auteur italien !
Hier 26 avril 2022, Elon Musk s'est offert Twitter pour le rendre plus libre, moins surveillé, arène pour la libre expression…lorsqu'on vient de lire ce livre, cette nouvelle fait encore plus froid dans le dos…Elon Musk a-t-il un projet politique derrière la tête ? Voilà la question qui vient immédiatement à l'esprit.
Une lecture nécessaire édifiante pour prendre du recul et mieux comprendre la progression de l'extrême droite actuellement partout dans le monde.
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Bookycooky
  16 avril 2019
Les ingénieurs du chaos du titre sont ceux qui ont compris avant les autres que la rage était une source d'énergie colossale, et qu'il était possible de l'exploiter pour réaliser n'importe quel objectif, du moment qu'on en comprenait les codes et qu'on en maîtrisait la technologie. Avec la montée des mouvements et parties populistes en Europe et outre-Atlantique, la rage contemporaine basée sur des causes sociales et économiques réelles, n'arrivant plus à se canaliser, dans la religion ou autres idéologies de gauche disparues à jamais, explose dans un Carnaval populiste aux apparences débridées. Pourtant loin d'être débridé ce Carnaval est orchestré, caché dans les coulisses, par le travail acharné de dizaines de spin doctors, d'idéologues et, de plus en plus souvent , de scientifiques et d'experts Big Data sans lesquels les leaders populistes ne seraient jamais venus au pouvoir.
Ainsi parmi ces ingénieurs du chaos,
En Italie, Casaleggio père, aujourd'hui décédé, à sa place son fils Davide Casaleggio
derrière le Mouvement 5 étoiles , une société de marketing digital ( Casaleggio Associati )au pouvoir, qui tire les ficelles des marionnettes Beppe Grillo et Luigi di Maio, vice-premier ministre ayant à son actif dans son passé qu'un seul boulot, employé comme steward au stade San Paolo à Naples. Les Casaleggio, une dictature sans précèdent,
Arthur Finkelstein, le grand conseiller derrière Viktor Orban le dictateur hongrois,
Facebook, l'algorithme déchaîné du réseau social californien, qui mixant l'épidémie de colère aux appels à la révolte des extrémistes de droite et de gauche, les fake News et les théories de complots provenant des sources les plus variées, derrière le mouvement des Gilets Jaunes,
Steve Bannon, l'homme orchestre du populisme américain, derrière Trump, celui qui l'a conduit au pouvoir, aujourd'hui au chômage et qui passe son temps en Europe dans les suites des hôtels les plus luxueux pour fonder une Internationale populiste afin de combattre ce qu'il appelle le parti de Davos des élites globales ?.....et grand copain de Mme le Pen,
D.M. Cummings* et les physiciens derrière le Brexit,
Mais aussi des ingénieurs de petits calibres, Luca Morisi, docteur en philosophie de l'Université de Vérone, qui gère " La Bête " ( explication dans le livre), derrière Matteo Salvini, l'autre clown de la Ligue du Nord, au pouvoir en Italie.
Pour les ingénieurs du chaos " le populisme nait de l'union de la colère avec les algorithmes". Quand à leur contenu concret ," pour la première fois depuis longtemps, la vulgarité et les insultes personnelles ne sont plus des tabous. Les préjugés, le racisme, le sexisme sortent du bois. Les mensonges et les complots deviennent une clé d'interprétation de la réalité."
Des expérimentations orweliennes qui donnent froid au dos mais qu'il faut malheureusement connaître, car elle sont déjà actuelles, et seront de plus en plus efficaces dans le proche futur. Des hommes dont l'intelligence maléfique ou non, engendre des systèmes virtuels impossible à saisir ou à contrôler et qui finiront par chambouler le peu qu'il en reste de l'ordre mondial, à jamais.....Même si on en connaît déjà une part de ce qui est écrit dans ce livre, je le conseille fortement vu la riche documentation et l'argumentation qu'il renferme. Cette lecture est aussi l'occasion pour chacun de nous, pour une prise de conscience des frontières de la "terra incognita" dans laquelle nos démocraties ont commencé à s'enfoncer, où oeuvrent physiciens et autres scientifiques pour une politique quantique dont le but est de pouvoir manipuler les populations le plus efficacement possible. Non ce livre n'est pas de la science fiction, c'est l'actualité même.
Écrit par un journaliste et écrivain italien, une brillante analyse de notre monde politique actuel.

*Cummings lui-même écrit que "si Victoria Woodcock, la responsable du software employé dans la campagne, avait été renversée par un autobus, le Royaume-Uni serait resté dans l'Union européenne ".
Un grand merci aux Éditions J.C.Lattés et NetGalleyFrance pour l'envoie de ce livre.
#LesIngenieursDuChaos# NetGalleyFrance
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kielosa
  12 septembre 2019
Le titre de l'ouvrage de Giuliano da Empoli est astucieux et par ailleurs rigoureusement correct : des mauvais génies, tels Steve Bannon aux États-Unis, Dominic Cummings au Royaume-Uni, Gianroberto Casaleggio et son fils Davide, en Italie, ont effectivement et allègrement contribué à créer un climat de malaise et d'angoisse, soi-disant pour le seul bénéfice des pauvres citoyens que nous sommes ! À ce trio, il convient d'ajouter Arthur Finkelstein (1945-2017), le génial conseiller de Viktor Orbán d'Hongrie et Benyamin Netanyahou d'Israël, et avant de Nixon, Reagan et Sharon. Cet homme avait parfaitement bien compris que la haine ou la colère est un excellent motif pour gagner les élections. Cyniquement, peu avant sa mort d'un cancer, à 72 ans, il a déclaré : Je voulais changer le monde. Je l'ai fait, je l'ai rendu pire ("worse" en Anglais) !
Sûrement que l'auteur s'est inspiré du terme "ingénieurs de l'âme" que le romancier russe, Iouri Olecha (1899-1960), a inventé et lancé lors d'une rencontre chez Maxime Gorki, en présence de Joseph Staline, qui a utilisé, à partir de 1932, cette expression pour désigner les écrivains russes, supposés contribuer (exclusivement) à l'édification et la victoire du communisme.
Il existe un très bon livre historique sur ce phénomène par Frank Westerman, que je compte chroniquer sous peu.
Notre amie, Bookycooky, a présenté, déjà le 16 avril dernier, une chronique du livre de da Empoli de telle qualité, qu'il serait présomptueux de ma part de vouloir essayer de la refaire. Je vous recommande donc vivement de lire cette critique. Je souscris à son approche et conclusions et je me bornerai ainsi à quelques remarques en marge et aux tous récents développements, notamment en ce qui concerne un de ces fameux ingénieurs du chaos, Dominic Cummings, et son chef Boris Johnson dans la comédie pénible du Brexit et en Italie, l'écartement du pouvoir central de la grosse "star" Matteo Salvini, provisoirement du moins.
Je crois que j'ai été le tout premier sur Babelio à brosser un portrait, d'ailleurs peu flatteur, de l'horrible Steve Bannon dans une critique de "Une conférence au Vatican", du 17/07/2017. Je ne vais donc pas répéter mon énorme admiration pour ce "gentleman" ici. Je tiens juste à signaler que son "master plan" pour une victoire électorale partout en Europe de l'extrême droite nationaliste, qu'il avait concocté dans son bureau près des bâtiments de l'Union Européenne à Bruxelles et qu'il avait précisé à Lille lors du congrès du Rassemblement National et dans la capitale belge lors d'une audition d'experts organisée par l'extrême droite flamande ("Vlaams Belang") où a brillé également Mme le Pen, n'a pas donné les résultats escomptés par ce triste sire et grand pote de Salvini. Mais j'avoue que, comme Européen convaincu, j'ai eu peur. S'il y a un étranger que l'on devrait expulser de notre continent, c'est bien Bannon.
Quoique le ras-de-marée européen d'extrême droite populiste ne se soit pas manifesté, sauf par-ci par-là un gain de quelques sièges dans les parlements nationaux, comme malheureusement en Flandre, avec le résultat que la formation d'un gouvernement fédéral belge risque de devenir une entreprise de très longue haleine !
En Italie, la grande vedette politique Salvini, qui a provoqué, début août 2019, la chute du gouvernement de Giuseppe Conte dans lequel il était ministre de l'intérieur, en vue d'organiser des élections anticipées et sa victoire aux urnes, s'est légèrement trompé dans ses calculs. L'accord intervenu entre le mouvement 5 Étoiles et le Parti démocrate (PD) a conduit au gouvernement Conte II, le 4 septembre dernier, sans Matteo Salvini. le pauvre peut continuer, sur les plages italiennes ou dans bars et restos, à se laisser prendre en selfies par n'importe qui de passage où lui se trouve par hasard. Comme le note l'auteur : "Le secret de Salvini réside dans le fait qu'il a réussi à catalyser une attention constante sur lui-même".(page 89). le showman italien se trouve donc pour le moment à l'écart, mais vu sa popularité colossale, il est sûr que la bête cherche à rebondir !
Outre-Manche, le mauvais vaudeville du Brexit a connu récemment une période de faste. Toutes les initiatives de Boris Johnson n'ont mené nulle part et à chaque fois il a été défait par un vote contraire du Parlement. C'était notamment le cas avec la motion du Brexit sans accord et les élections anticipées. Sans compter des abandons qui font mal, comme celui de son propre frère Jo Johnson. Logiquement, l'on pourrait s'attendre à un renvoi immédiat de son conseiller principal Dominic Cummings pour avis erronés, mais Bojo est Bojo et uniquement intéressé par Bojo et qui sait si ce cher collaborateur ne trouvera pas une nouvelle solution magique.
Même sans son Cummings, il n'a pas hésité à se féliciter des avances de ses négociations avec l'UE. Une information formellement contredite par plusieurs sources à Bruxelles. Mais dans cette histoire on n'en est plus à un mensonge près.
J'ai toujours eu beaucoup d'estime et de sympathie pour l'Angleterre, où le premier parlement de l'histoire a vu le jour. Actuellement pourtant, avec la farce absurde du Brexit, les shows futiles du Premier ministre, son conseiller sans foi ni loi, les dissonances de Nigel Farage et Milo Yiannopoulos, mon enthousiasme pour "Dear Old England" a pris un sérieux coup.
Le gouverneur de la province où j'habite, la Flandre-Occidentale, a indiqué les graves perturbations du trafic sur le réseau autoroutier avec la France qu'il faut craindre en cas d'un retrait britannique sans accord, le 31 octobre prochain. Entretemps, les autorités sur le continent cherchent à recruter des dizaines de douaniers et s'attendent à une multiplication d'encombres pour la circulation des voitures et de délais considérables pour l'acheminement des marchandises.
J'ai été favorablement impressionné par l'analyse implacable de Giuliano da Empoli des maux de notre temps et de l'impact colossal de ses "ingénieurs" qui sur la base d'algorithmes et à travers les réseaux sociaux jouent un tel rôle politique important, pour ne pas dire hélas déterminant.
À ce propos, je me suis souvenu d'une citation du regretté Philip Kerr que j'ai posté il y a 2 ans sur Babelio et extrait de son roman "La feinte de l'attaquant", disant : "Je ne suis pas trop fan des réseaux sociaux. Selon moi, nous nous porterions tous beaucoup mieux si chaque tweet était tarifé cinq pennys, ou si nous devions coller dessus un timbre-poste avant de l'envoyer. " (page 12).
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Aquilon62
  26 avril 2022
Rédiger une critique sur ce livre le jour où Elon Musk vient de racheter Twitter est une pure coïncidence. Rachat pour lequel il se justifie en disant vouloir transformer le réseau social en "une arène inclusive pour la liberté d'expression", jugeant la plate-forme trop interventionniste....
Avec pour premier effet : le boum des recherches "delete Twitter" de 910% aux États-Unis et de 698 %dans le reste du monde.... Et ensuite avec les questions qui se posent légitimement : a-t-il un projet politique derrière la tête ?
Mais revenons-en à cet ouvrage avec en préambule un peu de sémantique :
Définition actuelle de l'académie française du mot ingénieur : Personne que sa formation scientifique et technique, reconnue par un diplôme, rend apte à diriger des travaux de construction ou d'exploitation, à participer à des recherches, des études ;
Définition actuelle de l'académie française du mot ingénieur du mot chaos : Confusion, désordre ;
Définition actuelle de L'Oxford English Dictionary du mot spin-doctor : une personne dont le travail consiste à présenter au public des informations sur un homme politique, une organisation, etc. de la manière qui semble la plus positive.
Car c'est bien de cela que traite l'auteur en se basant bien sûr sur l'expérience italienne qu'il connaît fort bien, l'élection de Donald Trump aux États-Unis, la victoire de Viktor Orban en Hongrie.
Et son constat est absolument glaçant et vertigineux. Selon lui ces ingénieurs du chaos ont donc compris avant les autres que la rage était une source d'énergie colossale, et qu'il était possible de l'exploiter pour réaliser n'importe quel objectif, du moment qu'on en comprenait les codes et qu'on en maîtrisait la technologie.
A titre d'exemple : les algorithmes d'Apple, de Facebook, et de Google lui-même font en sorte que chacun d'entre nous reçoive les informations qui l'intéressent. Et si, comme le dit Zuckerberg, nous sommes davantage intéressés par un écureuil agrippé à l'arbre devant chez nous que par la faim en Afrique, l'algorithme fera en sorte de nous bombarder de nouvelles sur les rongeurs du quartier, éliminant ainsi toute référence à ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée. C'est aussi simple et cynique que cela.
Les comportements humains qui étaient jusqu'ici restés une fin en soi ont commencé à produire un flux massif de données. Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, nos habitudes, nos préférences, nos opinions et même nos émotions sont devenues mesurables. Aujourd'hui, chacun d'entre nous se déplace volontairement avec sa propre "cage de poche", un instrument qui nous rend traçables et mobilisables à tout moment.
L'auteur de citer l'exemple édifiant du "rendu de monnaie", que je laisse le soin aux plus curieux de découvrir car cela vaut son pesant de pièces à défaut d'or ou de cacahuètes, qui illustre bien la dynamique paranoïaque qui est à la base des mille conspirations qui fleurissent sur la toile. "Les réseaux sociaux ne sont pas, par nature, portés à la conspiration. Sean Parker et Mark Zuckerberg ne sont pas particulièrement intéressés par la question du rendu de la monnaie. Mais, les complots fonctionnent sur les réseaux sociaux parce qu'ils provoquent des émotions fortes, des polémiques, de l'indignation, de la rage. Et ces émotions génèrent des clics et maintiennent les utilisateurs collés à leur écran."
Édifiant : une fausse information a, en moyenne, 70 % de probabilité en plus d'être partagée sur Internet, car elle est en général plus originale qu'une vraie ;
Effrayant : la vérité prend six fois plus de temps qu'une fake news pour toucher 1500 personnes ;
Effarant : "Les nouveaux employés qui entrent chez Facebook apprennent tout de suite que le paramètre crucial pour l'entreprise s'appelle L6/7 (un indice qui mesure le pourcentage d'utilisateurs tellement intoxiqués par la plateforme qu'ils l'utilisent six jours sur sept). Pour augmenter ce nombre, les vraies informations et les effusions entre anciens camarades de classe ne suffisent pas. « La simple contemplation de la réalité n'occupe pas assez de temps. Pour maintenir ses utilisateurs connectés, une entreprise de réseau social doit plutôt faire en sorte qu'ils s'énervent, qu'ils se sentent en danger ou qu'ils soient effrayés. La situation la plus efficace est celle dans laquelle les utilisateurs entrent dans d'étranges spirales de très fort consensus ou au contraire de conflit avec d'autres utilisateurs. Cela n'en finit jamais, et c'est bien le but. Les entreprises ne planifient ni n'organisent aucun de ces modèles d'utilisation."
Pour l'auteur "sur Internet, le noyau des durs et purs - sites, blogs et pages Facebook des extrémistes - constitue la source première des cascades qui nourrissent le bassin électoral de Trump, d'Orban et de Salvini. Il peut bien entendu arriver, de temps en temps, qu'une petite main confectionne de toutes pièces une fake news, comme il peut arriver que des faux profils et des bots automatiques contribuent au flux de la cascade. À vrai dire, cela arrive très souvent. Mais le point essentiel reste que les extrémistes sont devenus, à tous les égards, le centre du système. Ce sont eux qui donnent le ton de la discussion. Si, par le passé, le jeu politique consistait à mettre au point un message qui unissait, aujourd'hui il s'agit de désunir de la manière la plus éclatante possible. Pour conquérir une majorité, il ne faut plus converger vers le centre mais additionner les extrêmes."
Tout ressemblance avec des personnes et surtout des situations ayant existé ou existantes ne saurait être que fortuite....
Et la vision qu'il donne pousse bien entendu à réfléchir pour l'avenir car selon lui " libérer les animal spirits, les pulsions les plus secrètes et violentes du public, est relativement facile, tandis que suivre le chemin inverse est bien plus difficile. Trump, Salvini, Bolsonaro et les autres sont destinés, tôt ou tard, à décevoir les attentes qu'ils ont générées et à perdre le consensus de leurs électeurs. Mais le style politique qu'ils ont introduit, fait de menaces, d'insultes, d'allusions racistes, de mensonges délibérés et de complots, après être resté pendant des décennies à la marge du système en occupe désormais le centre. Les nouvelles générations qui observent aujourd'hui la politique sont en train de recevoir une éducation civique faite de comportements et de mots d'ordre illibéraux qui conditionneront leurs attitudes futures. Une fois les tabous brisés, il n'est pas possible de les recoller : quand les leaders actuels passeront de mode, il est peu probable que les électeurs, accoutumés aux drogues fortes du national-populisme, réclament à nouveau la camomille des partis traditionnels. Ils demanderont quelque chose de nouveau et de peut-être encore plus fort."
Et que dire quand selon lui " les progressistes sont passés de "prenez vos rêves pour la réalité" à "prenez la réalité pour votre rêve". Au cours de son mandat, par son admission même, Barack Obama a fait la transition de "yes we can" , le slogan de ses débuts, à "don't do stupid stuff",  ne fais pas de conneries, sa règle de conduite à la Maison Blanche. Les forces modérées, progressistes et libérales, continueront de reculer tant qu'elle ne parviendront pas à proposer une vision motivante du futur, capable d'apporter une réponse convaincante à une crainte désormais répandue de perdre à la fois son patrimoine matériel, ou son niveau de vie, et son patrimoine immatériel, ou son style de vie."
Ces ingénieurs du chaos ont au moins donné raison sans le savoir à Mark Twain qui disait "un mensonge peut faire le tour de la terre le temps que la vérité mette ses chaussures"
En tout cas c'est un ouvrage à lire absolument en ces temps tourmentés...
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Christw
  09 décembre 2020
La fête du carnaval a un esprit subversif qui parcourt encore parfois les rues en déguisements grotesques et agressifs. Aujourd'hui, on le retrouve surtout dans certains shows télévisés et sur Internet avec les trolls. le carnaval n'est désormais plus aux marges de la conscience de l'homme moderne mais se positionne comme le nouveau paradigme de la vie politique.
"Les ingénieurs du chaos" explique comment des élus le sont grâce à des méthodes électorales menées par des experts de la maîtrise des données informatiques sur les réseaux sociaux. Quelque soit le sujet, des réseaux comme Facebook ont pour objectif de maintenir l'utilisateur derrière l'écran et ces ingénieurs se servent de cela. Afin de mener un candidat à la victoire électorale, il s'agit non plus de proposer un programme avec des idées mais d'organiser une plateforme internet attrayante (carnavalesque, pourquoi pas) qui va chercher les voix là où elles se trouvent. Et l'on cible les potentiels de mécontentement, de frustration, de rage, quelles qu'en soient les raisons. Fi de la gauche ou de la droite, les physiciens vont aux extrêmes piquer les colères sans se soucier d'aucune cohérence ni vérité. Ces systèmes virtuels sont extrêmement difficiles à détecter et à contrôler.
Malgré l'élection de Jo Biden, qui peut paraître rassurante, on a le droit d'être inquiet devant cette terra incognita de nos démocraties.
Le carnaval populiste inverse les positions, on moque les élites, causes des maux. L'impertinence et la grossièreté se répondent et si un candidat commet des injures ou des gaffes, «il est des nôtres» car il n'est pas de ces corrompus. Mensonges et complots deviennent l'interprétation de la réalité.
Quelques experts du chaos fustigés par Giuliano da Empoli : les Casaleggio, père et fils, derrière le "Mouvement 5 étoiles" en Italie, Arthur Finkelstein derrière Viktor Orban en Hongrie, Steve Bannon derrière Trump, D. Cummings derrière le brexit.
Avec le "Mouvement 5 étoiles", on a assisté au rejet de la démocratie représentative jugée dépassée au profit d'une démocratie directe où "les citoyens prennent toutes les décisions à travers un processus de consultation en ligne permanent étendu à tous les domaines de la vie sociale". L'essai explique comment ce parti est une plateforme digitale, un algorithme qui a soif de pouvoir.
En 2005, lors d'une vive polémique de gamers chinois mécontents – pour ces jeunes, le jeu en ligne est une raison de vivre – ils s'en prirent à la société "Internet Gaming entertainment" à laquelle participait Steve Bannon (il sera plus tard le directeur de campagne de Trump). Ce dernier, à travers le fiasco qui s'ensuivit pour la société de jeux, se rendit compte d'une réalité qu'il ne soupçonnait pas : "On trouve, en ligne, des millions de jeunes, surtout des hommes, immergés dans une réalité parallèle à laquelle ils sont férocement attachés et pour la défense de laquelle ils sont prêts à mobiliser une puissance de feu énorme [...]. C'est là que s'est transférée une part significative qui fait que les jeunes ont toujours été le socle des tumultes et des révolutions. Beaucoup pensent que cette énergie a disparu. En réalité elle est encore là. Il suffit de savoir l'intercepter, pour ensuite la canaliser dans une direction politique".
C'est le moment de citer l'épigraphe du livre : "Les méchants ont sans doute compris quelque chose que les bons ignorent" (Woody Allen).
Le livre ne stigmatise pas la frustration ni la rage souvent légitimes des gens ; il fait l'hypothèse qu'elle s'exprime aujourd'hui de manière désorganisée car ce qui la canalisait autrefois a évolué : la religion catholique a abandonné le ton apocalyptique, le jugement dernier et la revanche des perdants, tandis que les socialistes sont réconciliés avec le libéralisme et les marchés financiers.
La politique nouvelle ne souhaite plus rassembler autour d'un dénominateur idéologique commun. Il s'agit d'enflammer les passions de groupuscules distincts, concernés par des problématiques différentes, pour les additionner (immigration, enseignement, armes, animaux, végétalisme, masques, sport, jeux, tout ce que vous voulez). Peu importe si les thèmes sont en contradiction, les messages de nature différente adressés aux uns et aux autres resteront de toute façon inconnus des médias et du public. C'est le "techno-populisme-post-idéologique" non plus fondé sur des idées mais sur les algorithmes mis au point par les ingénieurs du chaos.
Nous voilà prévenus, avec un sentiment d'inquiétude quand même. Laissons la conclusion à Giuliano da Empoli, auteur d'un livre indispensable : "Un peu comme les savants du siècle dernier qui ont été contraints d'abandonner les certitudes, confortables mais trompeuses, de la physique newtonienne pour commencer à explorer la mécanique quantique, inquiétante mais capable de mieux décrire la réalité, nous devons désormais accepter la fin des vieilles logiques politiques".
Lien : https://christianwery.blogsp..
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critiques presse (1)
Lexpress   20 mars 2019
Il est lumineux. Implacable. De Budapest à Rome et de Saint-Cloud à Moscou, il éclaire les menées de ces partis qui misent sur une sorte d'e-démocratie totale pour flatter la rage de la vox populi et, à l'arrivée, parvenir a démolir l'UE.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
BookycookyBookycooky   15 avril 2019
Mais si l'Italie fait fort comme d'habitude, le retour en force du Carnaval va bien au-delà de la péninsule. Un peu partout, en Europe comme ailleurs, la montée des populismes a pris la forme d'une danse effrénée qui renverse toutes les règles établies et les transforme en leur contraire. Les défauts des leaders populistes se transforment, aux yeux de leurs électeurs, en qualités. Leur inexpérience est la preuve qu'ils n'appartiennent pas au cercle corrompu des élites et leur incompétence est le gage de leur authenticité. Les tensions qu'ils produisent au niveau international sont l'illustration de leur indépendance, et les fake news, qui jalonnent leur propogande, la marque de leur liberté d'esprit.
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HordeduContreventHordeduContrevent   26 avril 2022
Les défauts des leaders populistes se transforment, aux yeux de leurs électeurs, en qualités. Leur inexpérience est la preuve qu'ils n'appartiennent pas au cercle corrompu des élites et leur incompétence est le gage de leur authenticité. Les tensions qu'ils produisent au niveau international sont l'illustration de leur indépendance, et les fake news, qui jalonnent leur propagande, la marque de leur liberté d'esprit.
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BookycookyBookycooky   16 avril 2019
Le grand mérite de Trump est, au fond, celui d'avoir compris que la campagne électorale était un format télévisé de pacotille, produit par des dilettantes et mettant en scène des personnages tristes et sans vie, qui n'auraient probablement pas passé la roue de la Roue de la fortune, et encore moins celles d'un show de télé-réalité suivi par des millions de fans de Kim Kardashian et de Justin Bieber.
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BookycookyBookycooky   15 avril 2019
Une étude américaine a démontré qu'en moyenne chacun d'entre nous exerce 2617 pressions par jour sur son smartphone. Pas vraiment le comportement d'une personne saine d'esprit, mais plutôt celui d'un junkie en phase terminale, qui se shoote à longueur de journée à coups de refresh et de like.
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HordeduContreventHordeduContrevent   26 avril 2022
Une forme d'impatience légitime s'est emparée de chacun d'entre nous : nous ne sommes plus disposés à attendre. Google, Amazon et Deliveroo nous ont habitués à voir nos désirs exaucés avant même de les avoir complètement formulés. Pourquoi la politique devait-elle être différente ?
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Vidéo de Giuliano da Empoli
Qui de mieux placé qu'un homme qui a fréquenté le pouvoir pour commenter la très récente élection présidentielle ? Ancien conseiller de l'homme d'État italien Matteo Renzi, Giuliano Da Empoli pose son regard sur les récents changements dans l'exercice du pouvoir en France et en Europe. Entre populisme et autocratie, quelques démocraties semblent en effet vouloir s'inspirer des méthodes de Moscou. Dans son premier roman “Le mage du Kremlin” - une histoire presque réelle - Giuliano Da Empoli revient justement sur les méthodes d'un conseiller de l'ombre qui a longtemps dessiné la stratégie politique de Vladimir Poutine.
#Electionprésidentielle2022 #Macron #LePen #Poutine #Russie #Fascisme ___________________ Découvrez tous les invités des Matins de Guillaume Erner ici https://www.youtube.com/playlist?list=PLKpTasoeXDroMCMte_GTmH-UaRvUg6aXj ou sur le site https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins
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