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Jean-Pierre Aoustin (Traducteur)
EAN : 9782266130752
277 pages
Pocket (17/06/2004)
4/5   27 notes
Résumé :
Alain de Botton est le meilleur des guides et nous mène, avec une ferme douceur, de merveille en merveille. Si la recherche du bonheur domine nos existences, peu d'activités expriment, comme les voyages, ce que pourrait être la vie en dehors des contraintes du travail et de la société. D'immenses plaisirs et autant de surprises nous attendent à Madrid, en Provence, à la Barbade ou Amsterdam. La poésie surgit partout où on ne l'attend pas, dans les gares, les aéropor... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Apoapo
  09 juin 2021
Je ne fréquente pas beaucoup la littérature de voyage ; sans doute devrais-je le faire davantage. Pourtant, dans les oeuvres littéraires comme dans les reportages d'exploration, je crois saisir que le surcroît d'intelligence des lieux et des circonstances, avec ou sans l'appui des récits des péripéties et découvertes des précurseurs, est proportionnel à l'ampleur de la motivation qui anime leurs auteurs. Parfois même proportionnel à leur hardiesse à surmonter obstacles et périls. Cet ouvrage est un essai sur les raisons – « soulev[ant] naturellement un certain nombre des questions ni si simples, ni si futiles que cela » – qui peuvent être invoquées par les voyageurs. Dans un catalogue étonnement exigu de « lieux », destinations tour à tour lointaines ou tout à fait proches, l'auteur se pose en situation dialogique avec un ou plusieurs « guides », mais ce qui est remarquablement original et toujours aussi bluffant chez lui, c'est qu'il n'est pas sûr que ni lui-même ni ses guides ne soient animés par une très grande conscience pas plus qu'une exemplaire ferveur par rapport à leurs attentes de l'ailleurs...
Dans le meilleurs des cas, dans ce dialogue, l'un s'oppose à l'autre, ce qui donne, en conclusion, une légitimité pleine et entière à la démarche de Xavier de Maistre (cit. en excipit) de pratiquer le « voyage autour de [sa] chambre » et de s'abstenir du voyage avec déplacement physique.
Il est de même du premier « guide », dans le chapitre « De l'anticipation » où l'auteur se rend à l'île caribéenne de la Barbade en plein spleen hivernal londonien, guide qui n'est autre que J.-K. Huysmans ; dans son roman intitulé : À rebours, son héros, le duc des Esseintes, misanthrope et casanier, fournit une foison d'excellentes raisons de ne pas céder à l'attrait illusoire que comporte la perspective du voyage ! L'auteur lui-même, sous de tels auspices, finit par effacer instantanément de sa mémoire la plupart des images qui eussent pu être marquantes et roboratives grâce à ce dépaysement climatiquement propice.
Autant se contenter de la fascination des lieux qui symbolisent ou incarnent le voyage (ch. II) : la station-service, l'aéroport, l'avion, le train, en compagnie de Baudelaire – un peu – mais surtout des tableaux d'Edward Hopper qui les a si souvent et si joliment représentés, toujours en y associant ce sentiment d'extrême solitude qui caractérise son oeuvre.
Le premier motif de voyage qui vient à l'esprit, c'est sans doute l'exotisme (ch. III). Pour Flaubert (et les autres orientalistes de son époque), l'exotisme c'est « l'Orient », pour De Botton, c'est Amsterdam : les deux donnent donc à cette notion un sens que le lecteur trouvera nécessairement très subjectif, et c'est sans doute le but recherché (afin de le discréditer).
Le deuxième motif, c'est « De la curiosité » (ch. IV). L'auteur s'attarde à Madrid en marge d'un colloque et peste contre les monuments objets d'intérêt imposé par les guides touristiques, tandis que son guide spirituel est Alexander von Humboldt qui, en 1799, est en fervente exploration du continent sud-américain, en particulier de la flore amazonienne. La curiosité est souvent et malheureusement celle d'autrui, semble conclure le chapitre.
Les deux chapitres suivants se penchent sur la modernité du thème des paysages. le poète pré-romantique anglais William Wordsworth, habitant et décrivant la nature (et ses plus menus détails) de sa région des Lacs (« Lakes District »), après avoir essuyé une terrible campagne de dénigrement et de sarcasmes initiée par Byron, assista de son vivant à un renversement absolu du goût de ses contemporains, qui embrassèrent sa cause (rousseauiste) des bienfaits de la campagne et des méfaits de la ville sur l'âme et su ruèrent vers le Lakes District (comme il le font toujours). C'est dans ce même cadre que se trouve l'auteur, dont on ne comprend pas assurément jusqu'à quel point il se montre réceptif à l'enseignement de Wordsworth...
Le paysage, c'est aussi le « Sublime », notion qui se développe également en Europe au XVIIIe siècle. De Botton se rend au désert du Sinaï, avec dans sa besace Edmund Burke (Une étude philosophique de l'origine de notre conception du Sublime et du Beau) et naturellement le récit biblique de Job.
Mais le paysage semble demeurer en grande partie muet s'il n'a pas été révélé préalablement par l'art : l'auteur se rend en Provence (ch. VII), sur les traces de van Gogh. Une question complémentaire à la perception visuelle de la beauté grâce à l'art s'avère être celle « De la possession de la beauté ». Un étrange penseur anglais du début du XIXe s., John Ruskin, préconise la pratique du dessin pour tout un chacun, sans aucune velléité artistique, afin d'apprendre juste à observer ce qui nous entoure « structurellement » (dirait-on 150 ans plus tard) ; et ses croquis où la nature est psychologisée peuvent aussi prendre la forme de la « peinture verbale ». L'auteur – qui par ailleurs utilise moins que d'habitude ses belles photographies dans ce livre, en privilégiant les reproductions de toiles pour ses illustrations tout aussi nombreuses – s'y essaie un tout petit peu près de chez lui, autour des West India Docks.
Le chapitre conclusif (IX ; « De l'habitude »), placé quasiment sous l'exergue de la terrible pensée pascalienne : « Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre » (p. 282), ne peut ne pas être interprété comme une tentative de placer sur le même plan l'entreprise d'Alexander von Humboldt déjà citée et le Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre : une photo sur double page du lit et partie de la bibliothèque attenante de l'auteur y trouve sa place, ainsi que la tentative (très ratée!) de décrire son quartier d'un oeil vierge s'efforçant d'y trouver un intérêt...
Bon, j'ai l'impression qu'il manque vraiment l'essentiel à cette démonstration.
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cathe
  17 août 2015
Ceci est un récit de voyage qui n'en est pas un, c'est plutôt un récit sur l'idée que l'on se fait du voyage.
Alain de Botton nous avait déjà montré son esprit fin et caustique dans "Comment Proust peut changer votre vie" (ou la vie quotidienne avec Proust).
Ici il s'appuie sur son expérience d'anglais aimant le voyage mais n'étant pas "grand voyageur" devant l'Eternel, et sur les écrits ou les peintures de quelques grands aînés inspirés par l'errance (Hopper, Ruskin, Flaubert, Van Gogh, Humboldt,…)
Pourquoi a-t-on le désir de voyager ?
Pour s'évader surtout, et soleil, ciel bleu, mer et cocotiers semblent le remède à notre mélancolie.
Botton y succombe en quittant un Londres humide et froid pour un séjour à la Barbade.
Toutefois ses soucis ne s'effacent pas par magie car, écrit-il, "un fait important mais jusque là négligé, faisait sa première apparition, à savoir que je m'étais étourdiment amené avec moi dans l'île".
Et l'exotisme, toujours recherché, est de plus en plus factice et de moins en moins "exotique" (étranger).
Quant au lieu lui-même, mieux il est connu (par des tableaux, des photos), plus il sera visité par des voyageurs avides de "retrouver", de "reconnaître" plutôt que de découvrir.
D'ailleurs Botton se surprend à trouver les oliviers provençaux "rabougris" et les champs de blé "mornes" avant de les redécouvrir par le filtre (philtre ?) du regard de van Gogh.
Un bon moyen pour s'imprégner d'un paysage ou d'un lieu et se l'approprier, est de faire de la "peinture verbale" (selon l'expression de Ruskin), c'est-à-dire de le décrire aussi minutieusement que possible.
Cela nécessite une observation et une mise en mots qui nous donne l'impression de garder en nous cet instant de bonheur.
A l'encontre des guides qui nous disent ce que nous devons voir et faire "là-bas", Botton nous propose son "art de voyager" qui serait donc l'art de mettre en adéquation ce que l'on cherche en faisant un voyage et les moyens de répondre à cette attente.
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keisha
  29 août 2008
D'une plume élégante, Alain de Botton nous emmène en voyage ; il le fait à travers des expériences personnelles ( La Barbade, Amsterdam, Madrid, le désert du Sinaï, la région des Lacs ... ), la découverte d'artistes (Vincent van Gogh, Edward Hopper ) ou d'écrivains (Flaubert, Baudelaire, Ruskin, Wordsworth, ... ). Avec humour et finesse, l'air de rien, il nous amène à partager son érudition et ses réflexions.
Après cette lecture, on ne regardera plus sa chambre, un paysage familier, ou un lieu nouveau de la même façon. A lire avant, pendant ou après un voyage ... même s'il ressemble à celui de Huysmans en Angleterre !
http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-20896325.html
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Daisybraille
  09 avril 2021
Je suis tout à fait d'accord avec l'auteur : le voyage, il est en soi-même, et le tout est d'harmoniser l'extérieur avec l'intérieur. Pour moi personnellement, je trouve qu'il est essentiel de bien préparer son séjour par la lecture, les documents. Sur place, la rencontre avec la population est aussi importante que la visite des monuments aimés de l'UNESCO. le gauche, droite, derrière, devant des autocars ne dit rien, les croisières où l'on n'entend que la mer pas plus. Les gens, les chants d'oiseaux, la musique folklorique, la bonne nourriture, voilà ce qu'est pour moi voyager... d'où ma passion des webradios du monde.
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Marnia
  19 février 2012
Un très beau livre qui apprend à re-garder et (re)découvrir autour de soi, ces paysages neufs (ou non) surtout pour ceux qui voyagent beaucoup, qui pourraient perdre cet oeil neuf et curieux. Joliment écrit, un livre qui redonne envie de regarder autour de soi...
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
ApoapoApoapo   09 juin 2021
Excipit : « Nous rencontrons des gens qui ont traversé des déserts et des banquises et se sont frayé à grand-peine un chemin à travers des jungles sauvages – et pourtant dans les âmes desquels on chercherait en vain une trace de ce qu'ils ont vécu. Vêtu d'un pyjama rose et bleu, satisfait des limites de sa propre chambre, Xavier de Maistre nous encourage discrètement à essayer, avant de partir pour de lointaines contrées, de remarquer ce que nous n'avons fait que voir. » (pp. 293-294)
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yaelleangelyaelleangel   23 novembre 2021
Ce n'est pas un hasard si l'intérêt pour les paysages sublimes en Occident s'accrut au moment précis où la croyance traditionnelle en Dieu commençait à décroître. C'était comme si ces paysages permettaient aux voyageurs d'éprouver les sentiments transcendants qu'ils n'éprouvaient plus dans les villes et les campagnes cultivées.
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yaelleangelyaelleangel   23 novembre 2021
Un paysage ne peut prétendre au sublime que s'il évoque une puissance plus grande que celle des hommes et potentiellement menaçante pour eux. Les lieux sublimes incarnent un défi à notre volonté.
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yaelleangelyaelleangel   23 novembre 2021
Pourquoi ce chaos, cette richesse touchaient-ils Flaubert ? Parce qu'il était convaincu que l'existence est foncièrement chaotique et que, sauf en art, les tentatives pour créer de l'ordre impliquent un refus borné et pudibond d'admettre notre condition.
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280261280261   03 janvier 2022
La confiance en soi c'est savoir jusqu'où on peut souffrir.
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Splendeur et misère du travail Marque-page 01-04-2011
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