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EAN : 9782020358248
160 pages
Seuil (18/11/1998)
3.91/5   94 notes
Résumé :
"La guitare est le récit d'une innocence massacrée et qui ne consent pas à se laisser écraser. Des nains de Vélasquez aux monstres de Goyat et de Valle-Inclan, nous savions l’Espagne fertile, hélas, en êtres disgraciés. C'est le problème de la grâce et de la disgrâce que Michel Del Castillo affronte dans ce récit. On ne peut oublier quand on referme le livre le visage monstrueux et pitoyable de cet "homme qui rit" surgi de la réalité espagnole, de ce paria qui cherc... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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Il est des livres dont on sort ébloui, émerveillé… Cette oeuvre de Michel del Castillo, « La Guitare » publiée en 1957 (la même année que Tanguy son premier roman) n'est pas de ceux là… On en sort ahuri, médusé…
Il s'agit du récit d'une tranche de vie d'un nain difforme et repoussant, haï des siens mais qui cherche en vain à atteindre leur coeur. Riche de vingt fermes il tentera de les donner à ses métayers, à la mort de son père, contre reconnaissance en vain… Devant une telle ingratitude, il les reprendra toutes ces fermes, ainsi que les femmes des fermiers, et deviendra méchant, tel qu'il se plait à le dire, "un monstre» ; du moins c'est ainsi qu'on l'appellera désormais dans le voisinage, où tout le monde se détourne ou fuit sur son passage…
Seul Jaïro, le guitariste Gitan de passage en Galice lui fera caresser l'espoir de toucher le coeur de ses « semblables » par la musique. Aussi, se fait-il violence, pendant un an , avec l'aide de Jaïro, pour atteindre un niveau compatible avec son grand projet : se produire en récital aux « Fêtes de l'Eau » organisées en hommage aux disparus en mer…
Dans ce récit, le narrateur s'adresse à plusieurs reprises directement au lecteur, l'agresse… Ou lui explique qu'on ne peut comprendre la Galice qu'à la condition d'en être natif.
Michel del Castillo alterne le violent (les agissements du et contre le nain ; on lapide ici, Monsieur, dans le cimetière) et le lyrique quand il décrit les paysages embrumés des rias de Galice, ou un accord de guitare.
Quelle puissance, dans ce « petit » récit. Ahuri, vous dis-je…
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"Brûle tes livres, car ils sentent la poussière et que le plus beau reste à écrire". Voici une phrase que l'on retrouve dans la postface de "La guitare". Doit-on y voir une lueur d'espoir à la fin de ce roman si noir, si désespéré ?
Michel del Castillo y met en scène un nain , difforme, borgne, d'une laideur extrême. D'une laideur que Marguerite Duras qualifierait peut-être de "sublime, forcément sublime". Car ce nain "las de faire peur et de faire pitié", "las d'être méchant et d'être bon", pourrait bien être le chantre d'un humanisme universel.
Comment un personnage aussi disgracieux pourrait-il faire oublier aux hommes leurs peurs (celle de la Guerre Civile espagnole, dont cette laideur semble être l'allégorie), les réconcilier avec leurs semblables, leurs anciens ennemis, comment accepter l'autre jusque dans sa laideur ? Comment combattre l'exclusion ? Comment forcer l'autre à accepter celui qui est différent ? Comment accepter soi-même sa différence au lieu d'en jouer pour mieux exclure l'autre ? Toutes ces questions sont au coeur du roman. Bien que publié en 1957, ce bref récit ne me semble pas réellement avoir subi les outrages du temps.
Pour rapprocher ces extrêmes, pour libérer ces tensions, une thérapie : la musique. Jaïro, rencontre providentielle, sera le "medicine man" de notre héros ... "La guitare est sacrée. Avec elle, on fait des gens ce qu'elle veut".
"Tu ne sais pas ce qu'est une joie désespérée ? N'importe . Qu'il te suffise de savoir qu'elle existe, cette voix sans espoir, et qu'elle agite mes membres, secoue mon corps, le jette dans une transe qui est le désespoir de ma joie".
Dans ce magnifique oxymore, "désespoir de ma joie", je vois la conclusion de ce livre, où le personnage cherche la voie de l'humanité des hommes, entre passion et répulsion.

"
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Un livre qui marque et qui ne laisse guère de place à l'espoir. Je l'ai lu il y a bien longtemps mais je m'en souviens encore.

J'avais été émue par ce personnage difforme, né d'un père syphilitique, haï de tous. Il tentera par tous les moyens de se faire aimer et accepter. Parmi les gitans, il trouvera un peu de ce qu'il attend mais il n'échappera pas à une fin dramatique, la peur engendrant l'intolérance.
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"La guitare" de Michel del Castillo est un petit livre qui m'a tout d'abord intriguée : un homme se jugeant laid nous raconte sa vie dans la Galice rurale du début du XXème siècle. Outre son quotidien, ce sont surtout ses relations avec les autres qu'il nous décrit, et le décalage énorme entre ce qu'il voudrait (être aimé) et ce que tout le monde attend de lui (être un monstre). Ou l'influence de ton physique sur tes relations sociales...
C'est donc un livre qui nous fait réfléchir un peu, non pas tant sur sa forme (il est court et se lit très bien) que sur son fond : pourquoi dans notre inconscient collectif la beauté est elle forcément la norme, et la laideur rejetée ? Qui ne s'est jamais fait une idée sur une personne rien que sur son physique, sans essayer de creuser ce qu'il y a derrière ? Michel del Castillo nous décrit les ravages que cela peut engendrer, et c'est touchant, forcément.
Concernant la forme, le livre gagnerait à mon avis beaucoup à être lu d'une traite. Malheureusement pour moi j'ai dû m'arrêter en route, et le charme du début a été difficile à retrouver par la suite. En tout cas un livre singulier.
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On peut dire que ce court récit ne laisse personne indifférent ! Dans les critiques que j'ai pu lire, ou on déteste, ou on adore !
Alors oui, il a été publié pour la première fois en 1957, et non, je ne trouve pas qu'il a mal vieilli contrairement à certains de mes confrères babeliotes ;-) Les thèmes abordés sont bel et bien toujours d'actualité, que ce soit le "délit de sale gueule" même si aujourd'hui il se pose un peu différemment, que ce soit celui des croyances et des superstitions qui nous entravent (on a beau être en 2022, qui y échappe ?), que ce soit sur les nombreuses "défaillances" de l'humanité (eh bien non, l'homme n'est pas bon, c'est un fait) mais aussi cette réflexion sur l'art, messager de la parole profonde de l'âme humaine, métaphore de l'indicible, promesse d'une compréhension profonde.
Le style est incisif, voire même parfois agressif puisque le lecteur est parfois pris à parti assez violemment par le narrateur qui s'adresse directement à lui en le houspillant : j'aime bien ! Il peut être aussi poétique dans les phases descriptives (la Galice, la mer, la brume sur les plaines, la pluie froide et serrée, ...). Ce bouquin, ça doit être un régal à travailler en fac tant les interprétations sont multiples : le personnage du nain difforme bossu laid au possible peut être la métaphore de tant et tant de choses ! Et ses aspirations (être aimé via ce qu'il exprime par le truchement de la musique et de sa guitare) peut aussi être lu de façon plus universelle... Bref, c'est un récit, oui, mais ce peut être aussi conte ou fable où la morale est plurielle. le plus drôle, c'est que dans la postface, l'auteur se moque joliment de tous ceux-là justement qui voudraient interpréter son récit : il l'a écrit comme ça, laissant courir les mots qui l'habitaient, et vaille que vaille, jusqu'à presque en avoir honte ;-)
Une belle découverte, oui, vraiment !
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
Je suis laid. D'une laideur qui fait peur.
C'est par cet aveu qui m'est pénible que je veux commencer mon récit.
Laid!... Toi qui me liras, pénètre bien ce mot. Il y a mille laideurs comme il y a mille beautés. Il y a même une beauté laide : la beauté prétentieuse. Moi, je suis totalement laid. Nain, bossu, borgne ; mon nez est aplati comme celui d'un boxeur et une grande cicatrice rouge déshonore mes traits. (...) Et pourtant, je ne voudrais pas te faire peur ; même pas te faire pitié. Je suis las de faire peur et de faire pitié. Las d'être méchant et d'être bon.
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La solitude ?... A vrai dire, les solitaires ne sont pas seuls : leur pensée leur tient souvent lieu de prochain. La seule solitude irrémédiable est une autre chose. C'est seulement celle-là qui se découvre dans le regard d'autrui. J'ai souvent dit que c'est par les autres que j'ai compris que j'existais. C'est aussi par les autres que j'ai compris que j'étais totalement, absolument, irrémédiablement seul.
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Et il y avait Linda. Linda c'était ma guitare, celle que j'avais achetée. Je voudrais que tu l'eusses pu voir. Elle était d'un bois foncé, presque noir. Ses courbes, comme les hanches d'une femme, étaient douces à caresser. Elle avait au beau milieu du corps une ouverture. C'était là que gisait son coeur, ce qui la faisait vivre. Et puis, elle avait une âme. Où donc se trouvait-elle, son âme?... Où se trouve la tienne?... Peut-être nulle part; peut-être partout.
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Il te faut admettre simplement qu'en Espagne les joueurs de guitare guérissent. Ce ne sont pas des charlatans. Ce sont des artistes. Et les artistes, crois-m'en, ont un étrange pouvoir sur les maladies. Tu ne me crois pas et je le regrette pour toi. Tu n'as pas la Foi. Tu devrais l'avoir. Sans cette fois en l'art, que devient la vie, la vraie vie ?... Tu me fais pitié. Je t'imagine incrédule, sceptique, pétri de satisfaction parce que tu lis le Reader's Digest... Oui, tu me fais pitié.
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Il y a des gens qui diront que chacun es libre de croire ce qu'il luit plait de croire. Ils ont sans doute raison. Mais je n'aime pas les gens qui ont raison. Les gens qui ont raison ne sont jamais inquiets. Il est épouvantable de n'être jamais inquiet.
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Vidéo de Michel del Castillo
Michel del Castillo vous présente son ouvrage "Mamita" aux éditions Fayard.
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