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ISBN : 9791028106010
Éditeur : Bragelonne (28/02/2018)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.39/5 (sur 49 notes)
Résumé :
Nous sommes en 1963, et Elisa Esposito survit tant bien que mal. Née muette, abandonnée par sa famille, elle travaille de nuit comme femme de ménage au Centre Occam de recherche aérospatiale.

Un soir, elle surprend quelque chose qu’elle n’était pas censée voir : un homme amphibie prisonnier d’une cuve, qui doit être étudié par les scientifiques pour faire avancer la course à l’espace de la Guerre Froide. La créature est terrifiante, mais aussi magnif... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
Saiwhisper
  25 mars 2018
Avant même que le film sorte et gagne plusieurs Oscars, j'avais envie de découvrir ce titre dont la couverture envoûtante m'intriguait… Or, lorsque j'ai vu le roman dans les sorties du mois, je n'ai pas hésité ! Merci encore aux éditions Bragelonne pour cet envoi dont je suis ressortie globalement conquise. J'ai beaucoup aimé la façon dont Elisa, femme de ménage et orpheline muette, a tissé une relation lente et progressive avec la créature. Speedy, une amie blogueuse, m'avait fait comprendre que, dans le film, l'attirance était directe, trop facile et réellement malsaine. Pour ma part, je n'ai pas eu cette impression avec le livre : on les voit prendre contact grâce aux oeufs durs, être fascinés l'un par l'autre, communiquer via la langue des signes, se rapprocher peu à peu, s'observer et s'écouter grâce à la musique qui joue un joli rôle dans cette romance naissante. Ce n'est pas si rapide que cela. Certes, on a du mal à concevoir cette union mais, après tout, pourquoi pas ! Si on compare leur amour avec celui de « La Belle et la Bête », c'est quasiment la même chose ! D'ailleurs, si on enlève les éléments historique et que l'on ne garde que l'histoire d'amour, on constate énormément de similitudes comme l'idée de physiques différents, le syndrome de Stockholm, le sauvetage, le triangle amoureux avec un rustre que l'héroïne n'aime pas et une part de la fin que je ne vous révèlerais pas (mais qui m'a agréablement surprise et qui, avec du recul, est assez logique)… On sent que les auteurs se sont inspirés de ce conte populaire. D'ailleurs, le message est le même : parmi tous les personnages, le monstre n'est pas la bête…
La narration alternée permet au lecteur de découvrir les pensées de l'héroïne ainsi que celles des personnages secondaires. On se retrouve alors du côté de Richard Strickland, l'antagoniste principal, sa femme Lainie, la créature (mais il faudra attendre environ trois-cent pages avant de connaître ses réflexions), Zelda (la collègue d'Elisa), etc. Parmi eux, c'est vraiment Richard qui m'a marquée. Son caractère est exécrable, il est réellement fou, violent, orgueilleux, méprisable, destructeur et mauvais. Sa folie n'a d'égal que sa brutalité. Un antagoniste perfide comme j'aime détester ! Par contre, je dois avouer que j'aurais souhaité que les protagonistes soient moins manichéens. En effet, on a vraiment la gentille héroïne, le monstre qui va s'humaniser grâce à l'amour, le méchant sans scrupules, les amis qui donnent tout pour leur camarade et les autres. Un peu plus de nuances et moins de stéréotypes… Heureusement que j'ai accroché à l'ambiance, parce que cela aurait pu être rédhibitoire durant ma lecture… Tout comme les quelques longueurs que j'ai ressenties de-ci de-là…
Derrière la romance, on aborde diverses thématiques comme la religion, la course à l'armement, la science, la place de la Femme dans la société, le racisme, la discrimination, etc. Il y a donc de quoi faire ! le fait que ce ne soit pas qu'une simple histoire d'amour m'a plu… Par ailleurs, j'ai grandement apprécié l'ouvrage en lui-même : il y a une hard-cover, des chapitres illustrés ainsi que de superbes croquis accompagnant le récit. Je serai curieuse de voir le film afin de comparer les deux supports ! J'ai surtout envie de voir l'interprétation de Octavia Spencer, la superbe interprète de Minny dans « La Couleur des sentiments » ! Par contre, je regrette le fait que le résumé ET la bande-annonce du film dévoilent les trois-quarts de l'intrigue ! Certes, on est curieux de voir comment cette relation va s'établir, on souhaite découvrir les intrigues secondaires et on veut connaître la fin, mais ce spoil gâche un peu la découverte ! Pour ma part, j'ai pris la liberté de réduire le résumé sur mon blog, afin de ne pas trop en dire… Pour résumer, « La forme de l'eau » est donc un joli roman esthétique et onirique non sans défauts qui a globalement réussi à me convaincre.
Lien : https://lespagesquitournent...
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belette2911
  25 mai 2019
Une histoire d'amour entre une humaine et une créature qui a tout du monstre, ça sent le déjà vu, pour ceux qui connaissent "La belle et la bête".
Alors serait-ce ainsi un remake que l'on nommerait "La muette et le monstre amphibie" ?
Non, c'est plus que ça, c'est mieux que ça, c'est différent de ça. On oublie la Belle du conte ou de chez Disney et on découvre une histoire d'amitié, d'amour, différente de tout ce que l'on connait.
Différente car si le scénario pourrait être du réchauffé (tout à été écrit depuis le temps) la manière de nous le présenter est différente, bien amenée, notamment grâce à quelques personnages allant des plus sympathiques ou crétiniste à la Trump.
Elisa Esposito est muette, elle est insignifiante, personne ne la voit, ne fait attention à elle, ne prend la peine d'apprendre le langage de signes, sauf Giles, le vieil homo qu'elle a pour voisin et Zelda, une collègue de travail, Noire, que tout le monde considère comme une moins que rien, vu sa couleur de peau.
Face à ces trois personnages qui ont tout d'insignifiant, de laissés-pour-compte par le reste des gens, nous avons Richard Strickland, une espèce de militaire imbu de sa personne, qui va chercher une créature dans l'Amazonie et qui n'hésitera pas à tuer les témoins ou ceux qui se mettent en travers de la route.
L'archétype de l'Américain qui se prend pour le roi du Monde, qui pense que tout lui est dû, que ce qui appartient aux autres est à lui, enfin, à l'Amérique. D'ailleurs, les autres, ce sont des animaux, ça ne souffre pas, ça ne pense pas…
Bref, le salopard dans toute sa splendeur mais sous la carapace d'enculé de première on a aussi un homme qui a souffert et qui souffre encore. le portrait n'est pas que tout noir et on a l'impression que la rage qu'il passe sur la créature, c'est celle qu'il n'ose pas passer sur son chef, le général Hoyt, celui qui le tient par les roupettes.
Le récit prend le temps de planter son décor, de nous envoyer en Amazonie pour capturer la créature tout en nous faisant entrer dans la psyché de Strickland, dans les pensées de sa femme (Lainie), dans la vie d'Elisa Esposito et des autres personnages qui parsèment de leur présence importante les pages de ce roman (Giles, Zelda et Dmitri Hoffstetler).
N'allez pas croire que l'histoire d'amour/amitié entre la créature et Elisa ressemble à du mauvais Harlequin, del Toro a pris le temps de développer leurs différentes rencontres et de quelle manière cela va se dérouler. C'est bien amené et on ne sombre jamais dans la mièvrerie bas de gamme.
Anybref, voilà une histoire d'amour bien foutue, bien fichue que l'on repose sur la table avec une pointe de nostalgie à l'idée de devoir remonter à la surface.
Le tout est de se laisser entraîner par les auteurs et de vibrer pour cette histoire d'amûr non conventionnelle. Si vous ne voulez pas y entrer, vous serez comme Strickland, imperméable à tout.

Lien : https://thecanniballecteur.w..
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ThomasPassionCulture
  30 juin 2018
A sa sortie, j'avais beaucoup aimé la forme de l'eau. L'amour sincère et forte entre Elisa et la créature m'a bouleversé. J'appris un peu plus tard que le film avait été adapté au format littéraire. En fait, quand del Toro à commencé le projet, il à conçu cette histoire comme un film et un livre. Nous allons voir ensemble dans ma chronique, ce que vaux cette histoire en roman.
Le roman apporte davantage de précisions sur : la capture de la créature en Amazonie, nous suivons Richard Strickland qui est obsédé par la mission que le général Hoyt lui à confier, il deviendra fous avec cette jungle. Le background, la personnalité et la vie de la femme de Strickland sont beaucoup plus détaillé ici. Ou encore le moment où Elisa et Gilles ramènent la créature dans la rivière sur leurs chemin une orde d’animaux les laisse passer et les protègent. Ces idées mon bien plus, ils développent le fil du récit et les personnages.
Le récit alterne le point de vues de 7 personnages : Elisa, Zelda, Richard Strickland, sa femme Elaine, Dmitri Hoffstetler, Gilles et... la créature ! Del Toro et Krauss nous plongent dans leurs personnalités et leurs dilemmes. Ils reflètent les préoccupations, les injustices et les lois sociales de leurs époques : Les américains ont peur des russes et sont en constante rivalités : Qui arrivera à posé un homme sur la lune en premier, par exemple. Strickland représente cette pression que le général Hoyt exerce sur lui. Le droit des femmes, leur place dans la société et leurs droits, sont abordé avec Elisa, Zelda et Elaine. Dmitri Hoffstetler est russe et des soupçons d'infiltrations sont contre lui. Gilles est gay à une époque où la société rejette cette communauté.
Elisa Esposito est attachante. Son handicap et son langage des signes est bien utilisé et là rends intéressante. Elle aime la beauté esthétique et sonore du cinéma. Sa relation avec la créature est magnifique. J'ai apprécié ce personnage.
Richard Strickland est un connard, un fou, un homme qui prend les gens de haut et considère les femmes comme des objets qu'il peut contrôler. Sa personnalité est bien définis et comme dit plus haut, il ira au bout de son objectif pour le général Hoyt.
Gilles est un vielle homme gay et le voisin d'Elisa, celle-ci aime ses peintures et l'encourage à les présenter à des acheteurs potentielles. Son contact avec la créature va lui être bénéfique.
Dr Robert Hoffstetler / Dimitri Antonovich Mosenkov est le russe infiltré qui à une mission qui lui pèse sur les épaules : tué la créature. Il apprendras à la comprendre, il fera tout pour la protéger.
Zelda Delilah Fuller est l'ami de travaille de Elisa, elles sont toutes deux soudés. Son mari n'est qu'un idiot. Avec ce personnage les droits des noires sont abordés.
Elaine Strickland est devenus indépendante depuis le voyage de son maris en Amazonie qui à duré dix-hit mois. A son retour, elle continue à l'être. Richard se pose des questions sur ses horaires dans la journée et où elle travaille. Son statue représente le non-respect social et professionnelle des hommes envers les femmes.
La créature tente de comprendre la personnalité des humains et leurs émotions, son point de vue est écris sans virgule et avec des répétions, j'ai beaucoup aimé ses passages. Il aime Elisa et veut lui faire plaisir, cette être est magnifique !
Lien : https://thomaspassionculture..
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Carole94p
  04 avril 2018
C'est avant tout la couverture de la forme de l'eau (The Shape of Water) qui m'a de suite intrigué et donné envie d'en savoir plus. J'ai ensuite décidé de ne pas trop lire à ce sujet et surtout ne pas voir l'adaptation avant de le découvrir. Et j'ai bien fait ! Ainsi, j'ai pu me faire ma propre idée des personnages et de l'histoire.

La forme de l'eau n'est pas le genre d'histoire que je lis souvent. Mais parfois j'aime sortir de mes genres de prédilection (quoique, nous sommes dans un univers fantastique avec de la romance). Là où La forme de l'eau se démarque c'est véritablement dans son histoire et surtout de cette fameuse créature de l'eau.

Elisa est muette. Pour subvenir à ses besoins elle travaille comme femme de ménage dans un centre de recherches pour le moins assez secret. Ses collègues sont eux aussi plus ou moins exclus de la société et passent inaperçus. Pourtant, lorsqu'Elisa et sa collègue vont pousser la porte du labo, une nuit, tout va changer. Car ce qu'elles vont découvrir dépasse l'entendement.

Lorsque j'ai commencé ma lecture, j'ai été assez agréablement surprise de découvrir l'histoire du début. A vrai dire, je m'attendais à ce que cela commence une fois emprisonné dans cette cuve, mais non. Nous suivons Strickland, un militaire venu capturé la créature dans l'Amazonie. On voit tout de suite que ses plans sont loin d'être sympathiques et qu'il n'hésitera pas à faire preuve de brutalité et de force pour arriver à ses fins.

Au démarrage, nous découvrons chaque personnage et notamment Elisa nous fait découvrir son quotidien. Une femme de ménage dont la vie est relativement monotone et sans grande surprise. Très secrète, elle s'est tout de même lié d'amitié avec Giles, son voisin assez particulier.

L'alternance des différents points de vue est à double tranchant. Cela permet à la fois de suivre l'histoire de vraiment tous les angles mais c'est en même temps assez frustrant et parfois cela alourdit le récit. Je n'avais qu'une envie, repasser aux points de vues qui m'intéressaient le plus, Elisa voire Zelda et le scientifique. Parce que autant vous avouer tout de suite qu'être dans la tête de Strickland c'était juste horrible. C'est une brute qui ne pense qu'à ses intérêts. Pour le coup, il rempli le rôle du méchant parfaitement. Quant à celui de sa femme, je n'ai pas compris l'intérêt...

J'ai vraiment apprécié ma lecture lorsque les choses évoluent vraiment, c'est à dire lorsqu'Elisa découvre ce qu'il y a dans ce fameux labo. Là les choses prennent une toute autre tournure et les questions se multiples quant à savoir ce qu'il est, s'il peut communiquer, ce qu'il va devenir.

L'histoire prend une tournure intéressante et laisse le lecteur totalement dans la surprise. Les retournements de situations sont nombreux dans les derniers chapitres à tel point qu'il est possible de reposer La forme de l'eau avant de l'avoir terminé.

En conclusion, je dois dire que j'ai été agréablement surprise par La forme de l'eau. Cette lecture s'est révélée captivante et vraiment originale. Elle amène le lecteur à oublier les différences entre deux êtres et les réunir par l'amour et le langage non verbal.

En revanche, je déconseille de regarder la bande annonce avant de lire le livre car, à mon sens, celle-ci révèle quasiment toute l'histoire.
Lien : http://www.my-bo0ks.com/2018..
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chadik
  01 mai 2019
Ayant adoré le film, j'ai découvert par hasard l'oeuvre originale. J'ai été ravie de retrouver l'atmosphère et la sensibilité qui m'avaient tant plu dans l'adaptation.
Cette histoire d'amour extraordinaire est sublime et inhabituelle, conte de fée moderne, elle nous conforte dans l'idée que le vrai amour n'a nulle besoin de mot ou de raison. L'amitié et la loyauté sont également au coeur de l'histoire, thème traités avec justesse et bienveillance.
J'aime particulièrement le fait que chaque personnage de ce récit soit cabossé, loin des personnages stéréotypés habituels, chaqu'un porte en lui une blessure et une fragilité, celle ci deviendra sa force ou le rattrapera à un moment du récit.
L'esthétique a une place très forte dans ce texte, on imagine parfaitement les scènes et l'adaptation cinématographique était inévitable. Dans mon édition, certains chapitres sont accompagnés d'esquisses, j'ai adoré trouvé ces dessins au grès des pages, ils sont venus conforter mon imagination.
Cette histoire nécessite d'adopter un autre regard, de s'ouvrir à des thématiques, des personnages et des intrigues inhabituelles. Je me suis retrouvée dans la sensibilité de l'auteur et j'ai particulièrement apprécié ce récit, que j'ai savouré de la première à la dernière page. Malheureusement, je pense que tout le monde ne pourra pas entrer dans cet univers, et que de nombres lecteurs passeront à côté de cette histoire.
Un roman qui sera une expérience unique pour certains mais qui ne plaira pas à tout le monde.
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critiques presse (2)
SciFiUniverse   11 septembre 2018
Créer un conte de fée pour une époque troublée... Peu de réalisateurs pouvait le faire et Guillermo Del Toro en fait partie. Onirique, envoûtante, sa romance inspirée de L’étrange Créature du lac noir, était un chef d'oeuvre esthétique à défaut d'être son meilleur film. Et là est le point fort de cet ouvrage magnifiquement édité : même si vous n'avez pas apprécié le film, plonger dans ses coulisses est un régal.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
TPLF   18 juillet 2018
Entre fantastique, romance et horreur, La Forme de l’eau est un véritable hymne à l’amour, à la tolérance et une belle leçon d’humanité !
Lire la critique sur le site : TPLF
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
missmolko1missmolko1   18 février 2018
Le réveil secoue la table de chevet. Sans ouvrir les yeux, Elisa tâtonne en quête du bouton d’arrêt glacé. Elle était plongée dans un rêve profond, doux et chaud, et elle veut y retourner rien qu’une minute. Mais comme toujours, son rêve se dérobe à sa poursuite consciente. Il y avait de l’eau, de l’eau noire – ça, elle s’en souvient. Des tonnes d’eau qui l’entouraient de toutes parts ; pourtant, elle ne se noyait pas. En fait, elle respirait mieux qu’elle ne le fait dans sa vie éveillée, dans des pièces pleines de courants d’air, dans la bouffe bon marché et l’électricité crachotante.

Des tubas claironnent au niveau de la rue. Une femme crie. Elisa soupire dans son oreiller. C’est vendredi ; l’Arcade Marquee, le cinéma vingt-quatre heures sur vingt-quatre du rez-de-chaussée, diffuse un nouveau film – autrement dit, elle va devoir intégrer de nouveaux dialogues, de nouveaux effets sonores et une nouvelle bande-son à son rituel matinal si elle ne veut pas risquer la crise cardiaque en permanence. Maintenant, des trompettes. Maintenant, une foule d’hommes hurlants. Elle ouvre les yeux et voit d’abord le « 22:30 » affiché par le réveil, puis les lames de lumière du projecteur qui jaillissent entre les lattes du plancher, parant les moutons de poussière de teintes Technicolor.

Elle s’assoit et carre les épaules pour se protéger du froid. Pourquoi ce parfum de chocolat chaud dans l’air ? L’étrange odeur s’accompagne d’un bruit désagréable : un camion de pompiers au nord-est de Patterson Park. Elisa pose ses pieds sur le sol glacé et regarde clignoter la lumière du projecteur. Du moins ce nouveau film est-il moins sombre que le précédent, un truc en noir et blanc appelé Carnaval des âmes ; les riches couleurs qui se déversent sur ses pieds l’autorisent à glisser dans un confortable rêve éveillé. Elle a de l’argent, beaucoup d’argent, et des vendeurs obséquieux lui présentent un assortiment d’escarpins multicolores. « C’est ravissant, mademoiselle. Avec une paire de chaussures pareille, ma foi, vous allez conquérir le monde. »

Au lieu de ça, c’est le monde qui l’a conquise. Aucune quantité de babioles achetées dans des vide-greniers pour quelques pennies et punaisées aux murs ne pourrait dissimuler le bois rongé par les termites ou détourner l’attention des cafards qui s’éparpillent dès qu’elle allume la lumière. Elle choisit de les ignorer ; c’est son seul espoir de traverser la nuit, le lendemain, le reste de sa vie. Elle se dirige vers le coin cuisine, règle le minuteur, plonge trois œufs dans une casserole d’eau et passe à la salle de bains.

Elisa ne prend que des bains. Elle ôte son pyjama en flanelle tandis que l’eau coule. Au boulot, ses collègues abandonnent des magazines féminins sur les tables de la cafèt’, et d’innombrables articles ont informé Elisa des zones précises de son corps sur lesquelles elle doit faire une fixation. Mais les hanches et les seins ne peuvent rivaliser avec les chéloïdes roses et boursouflées des cicatrices sur les deux côtés de son cou. Elle s’enfonce dans la baignoire jusqu’à ce que son épaule nue touche le fond. Chaque cicatrice mesure sept ou huit centimètres de long et file de sa jugulaire à son larynx. Au loin, la sirène se rapproche. Elisa a passé toute sa vie à Baltimore, trente-trois années, et elle peut suivre la progression du camion dans Broadway. D’une certaine façon, ses cicatrices aussi dessinent un plan, pas vrai ? Le plan d’endroits qu’elle préfère ne pas se rappeler.

Enfoncer ses oreilles dans l’eau du bain amplifie les bruits du cinéma. « Mourir pour Chemosh, crie une fille dans le film, c’est vivre éternellement ! » Elisa n’est pas sûre d’avoir bien entendu. Elle presse un bout de savon entre ses mains savourant la sensation d’être plus mouillée que l’eau, si glissante qu’elle pourrait la fendre tel un poisson. Des bribes de son rêve agréable pressent sur elle, aussi lourdes que le corps d’un homme. Brusquement submergée par leur érotisme, elle insinue ses doigts savonneux entre ses cuisses. Elle est sortie avec des hommes et a eu des rapports sexuels, tout ça. Mais cela fait des années. Quand ils tombent sur une femme muette, les hommes profitent d’elle. Pas un seul d’entre eux n’a tenté de communiquer vraiment lors d’un rendez-vous. Ils se sont contentés de l’empoigner et de la prendre comme si, n’ayant pas plus de voix qu’un animal, elle en était un. Ça, c’est bien mieux. Si flou soit-il, l’homme de son rêve est bien mieux.

Mais le minuteur, cet avorton infernal, se met à couiner. Elisa postillonne, embarrassée même si elle est seule, et se dresse dans la baignoire, ses membres luisants et dégoulinants. Elle s’enveloppe d’un peignoir et, frissonnante, revient vers la cuisine où elle éteint le feu et accepte la mauvaise nouvelle dispensée par l’horloge : il est « 23:07 ». Comment a-t-elle perdu autant de temps ? Elle enfile un soutien-gorge au hasard, boutonne un chemisier au hasard, lisse une jupe au hasard. Elle se sentait intensément vivante dans son rêve, mais à présent, elle est aussi inerte que les œufs qui refroidissent sur une assiette. Il y a un autre miroir dans la chambre, mais elle choisit de ne pas le regarder, au cas où son impression serait justifiée et où elle serait invisible.
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DanieljeanDanieljean   03 mars 2018
Incapable de percevoir Ta forme, je Te trouve tout autour de moi. Ta présence emplit mes yeux de Ton Amour, Elle rend humble mon coeur, Car Tu es parTout.
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SaiwhisperSaiwhisper   25 mars 2018
Ce qu'elle ignore, c'est à quoi elle servira une fois là-bas, et quelles seront les conséquences. Mais on ne peut jamais savoir ces choses à l'avance, pas vrai ? Le monde change, ou il reste le même. On se bat pour ce qu'on croit juste, et on se réjouit de l'avoir fait.
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rkhettaouirkhettaoui   08 mars 2018
On vous apprend surtout à connaître les flingues et les balles, hein ? La plupart des indigènes croient que le dauphin d’eau douce rose est un encantado, un métamorphe. Par les nuits comme celle-ci, il se change en homme d’une beauté irrésistible et se rend au village le plus proche. On peut le reconnaître au chapeau qu’il porte pour dissimuler son évent. Grâce à son déguisement, il séduit la plus belle femme du village et l’emmène dans sa maison sous l’eau. Attendez et vous verrez. Nous ne croiserons que très peu de femmes le long de la rivière la nuit ; elles ont trop peur d’être enlevées par l’encantado. Mais je trouve que c’est une histoire pleine d’espoir. Ne vaut-il pas mieux un paradis sous l’eau qu’une vie de pauvreté, d’inceste et de violence ?
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rkhettaouirkhettaoui   08 mars 2018
Chaque fois qu’elle fend le Scotch d’emballage, c’est comme si elle éventrait une biche. Ces cartons contiennent dix-sept mois d’une autre vie. Une vie qui l’a poussée à s’écarter du chemin conventionnel qu’elle suivait depuis toute petite : fréquenter un garçon, l’épouser, avoir des enfants, s’occuper de la maison. Sortir les affaires de ces cartons, c’est comme arracher les organes de cette autre version d’elle-même, cette femme pleine d’ambition, d’énergie et de promesses. Tout ça est idiot, elle le sait. Elle finira par s’y mettre. Vraiment.
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Bande annonce (VO) du film, The shape of water, coécrit, coproduit et réalisé par Guillermo del Toro
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