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Critique de nadiouchka


nadiouchka
  25 novembre 2018
« Ne vous laissez pas abuser. Souvenez-vous de vous méfier. Et même de l'évidence : elle passe son temps à changer.
Ne mettez trop haut ni les gens ni les choses. Ne les mettez pas trop bas. Non, ne les mettez pas trop bas. Montez.
Renoncez à la haine : elle fait plus de mal à ceux qui l'éprouvent qu'à ceux qui en sont l'objet. Ne cherchez pas à être sage à tout prix. La folie aussi est une sagesse. Et la sagesse, une folie. Fuyez les préceptes et les donneurs de leçons. Jetez ce livre. Faites ce que vous voulez. Et ce que vous pouvez. Pleurez quand il le faut. Riez. J'ai beaucoup ri. J'ai ri du monde et des autres et de moi.
Rien n'est très important. Tout est tragique. Tout ce que nous aimons mourra. Et je mourrai moi aussi. La vie est belle. » Voici la préface écrite par Jean d'Ormesson pour le livre de Sophie des Déserts : « Le dernier roi soleilJean d'Ormesson, portrait intime. » Apparemment il s'agit d'une biographie richement documentée.

En effet, l'auteure actuellement journaliste à « Vanity Fair » a également travaillé au « Nouvel Observateur » et elle est connue pour ses enquêtes ainsi que ses portraits.
Pendant trois ans, elle a rencontré le célébrissime Jean d'Ormesson ou plutôt Jean d'O comme il aimait qu'on l'appelle. Elle a engrangé une multitude d'informations, de révélations parfois inédites, mais aussi parfois bien connues.
Il commençait la journée par un petit-déjeuner composé d'un bol d'Ovomaltine et de tartines beurrées, le tout préparé par Olivier, son majordome qui le chouchoutait. Il pouvait ensuite vaquer à ses occupations diverses et variées, importantes ou frivoles.

Ce qui ressort surtout de cet ouvrage, c'est tout ce qu'a révélé Jean d'O sur sa vie intime : il adorait les femmes plus grandes que lui – il cumulait les conquêtes (c'était plus fort que lui) – ses premiers écrits étaient rejetés (on ne lui trouvait aucun talent)….
Les entretiens se passent surtout dans la demeure qu'il occupe avec sa femme Françoise (au premier abord une femme froide mais seulement au premier abord) – une épouse qui a su gérer les finances du couple ainsi que les frasques de son mari. D'ailleurs : « Françoise ne pose pas de questions : « Fidèle à sa devise : « Moins on en sait, mieux on se porte » ». (p.163)

Jean d'O évoque son enfance faite de voyages par la fonction de son père. Son enseignement est fait par sa mère et comme il dit : « J'étais forcément le premier de la classe. » (p.33) « Les livres l'enchantent et il est un « petit roi adulé. » (p.34)
La famille revient en France, en 1938 mais en 1939 le clan D Ormesson se réfugie dans l'Hérault. C'est l'époque de Mussolini et Hitler mais « culpabilise-t-il de n'avoir pas plus souffert devant ces années noires, d'avoir survolé en première classe les horreurs» comme il l'écrit en 2016 dans « Je dirai malgré tout que cette vie fut belle » ? Sur le plateau de Laurent Ruquier, Yann Moix le bousculera ainsi : « Au fond, votre drame, c'est de n'avoir pas fait la guerre... ». « C'était injuste et brutal, Jean d'Ormesson n'a que dix-neuf ans en 1944. » (p.39)

D'autres confidences s'ajoutent, portant aussi bien sur les femmes rencontrées, admirées, aimées que sur sa carrière journalistique qui « peine à décoller. le patron de France-Soir, Pierre Lazareff (…) veut l'envoyer à Rome interviewer le Pape. Jean d'Ormesson tergiverse puis décline. » (p.93)
Puis voilà que « Puisque son éditeur historique, René Julliard est mort, il porte « La Gloire de l'Empire » au patron de Grasset, Bernard Privat qui cale sur les huit cents pages du manuscrit. Déçu, il ose alors les déposer sur le bureau de son patron à l'Unesco. Roger Caillois les avale d'un trait : « Il y a vingt-cinq ans que je n'avais pas lu un aussi bon livre. » (p.100). Pluie d'éloges et même Georges Pompidou lui souffle à l'oreille : « Jean, c'est formidable. Je ne savais pas que vous écriviez ».
Mais il y aurait beaucoup trop à dire et surtout à ne pas raconter sur cet homme « aux yeux à l'oxyde ce cobalt », toujours rieurs - un homme qui aimait se moquer aussi bien des autres que de lui-même.

On peut toutefois signaler qu'il a enfin connu la consécration en entrant à l'Académie, le jeudi 19 octobre 1973. le voilà enfin sous la Coupole, au « fauteuil numéro 12, autrefois occupé par Jules Romains » et que c'est grâce à lui qu'une femme, Marguerite Yourcenar est arrivée dans ce lieu masculin.
Je ne peux pas non plus évoquer les nombreux personnages politiques rencontrés.

Mais je n'ai pas encore mentionné sa fille Héloïse et c'était volontaire. Toute petite elle admirait son Papa dans son beau costume, puis en grandissant elle s'est un peu démarquée (un peu de révolte) et a même fondé sa propre Maison d'Éditions pour laquelle son père refusait que son nom y figure.

Il y aurait aussi beaucoup trop à dire sur sa carrière journalistique, entre autres au Figaro, sur celle d'écrivain et comme dit auparavant, celle de séducteur (petit mais charmeur).
Bien entendu je ne parlerai pas de toutes ces femmes qui ont croisé son chemin et j'admire son épouse Françoise qui a été d'une patience et d'une indulgence d'ange. de toute façon elle a dit qu'elle n'a pas vraiment eu de mari mais un compagnon sublime, un enchanteur, qui l'a séduite pendant cinquante-cinq ans. C'est ce qu'elle a raconté dans « Un hosanna sans fin », terminé deux jours avant la disparition de Jean, à l'âge de 92 ans et qu'elle avait jugé comme « pas fait pour le mariage. »
Il n'empêche qu'elle a su tout assumer, l'aider quand il le fallait, le soutenir pendant sa maladie.

A présent, il faut passer sur TOUT LE RESTE. le livre est là avec ses innombrables révélations (c'est étonnant ce que Sophie des Déserts a pu réunir tant de Jean d'O que de proches qui figurent d'ailleurs dans les Remerciements). Il est vrai aussi qu'elle l'a rencontré pendant trois ans, alors…

Pour en savoir plus et beaucoup plus, il faudra lire cet ouvrage « Le dernier roi soleil » de 287 pages où l'écrivaine termine par ces phrases :
« Puisse tout cela faire un astre dans les cieux, m'avait dit Jean un dimanche, citant ce vers d'Hugo, après avoir évoqué sa vie tourmentée. Il est exaucé l'alchimiste. J'espère qu'il l'observe devant la Douane de mer, dans ces eaux vénitiennes où son âme désormais repose. »
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