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EAN : 9782070300976
155 pages
Éditeur : Gallimard (22/01/1969)

Note moyenne : 4.43/5 (sur 74 notes)
Résumé :
Ce recueil est paru au départ en 2 fois:
-la 1 ere partie en 1946
Peu après, il apprend la mort de Nusch, sa compagne pendant 17 ans, profond désespoir jusu'à sa rencontre avec Dominique en 1949.
- la 2 e partie en 1952 peu avant sa mort à 57 ans.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
kimberlite
  20 octobre 2012
Poète dont les mots simples nous ravissent toujours malgré le temps qui passe, toute lecture représente d'heureuses retrouvailles.
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Fabricienne
  03 novembre 2013
Un petit recueil de Paul Eluard comme une incantation sensible et poétique, en vers libres, sur le temps qui passe, sur la condition humaine et sur la mission de l'artiste, plus précisément sur la condition du poète, tout à la fois moderne et intemporel. C'est pour ainsi dire une « Poésie ininterrompue » à lire et à relire ... pour le plaisir des mots et des sens !
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Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
noornoor   17 décembre 2013
Venant de très bas, de très loin,
nous arrivons au-delà.

Une longue chaîne d’amants
Sortit de la prison dont on prend l’habitude

Sur leur amour ils avaient tous juré
D’aller ensemble en se tenant la main
Ils étaient décidés à ne jamais céder
Un seul maillon de leur fraternité

La misère rampait encore sur les murs
La mort osait encore se montrer
Il n’y avait encore aucune loi parfaite
Aucun lien admirable
S’aimer était profane
S’unir était suspect

Ils voulaient s’enivrer d’eux-mêmes
Leurs yeux voulaient faire le miel
Leur coeur voulait couver le ciel
Ils aimaient l’eau par les chaleurs
Ils étaient nés pour adorer le feu l’hiver

Ils avaient trop longtemps vécu contradictoires
Dans le chaos de l’esclavage
Rongeant leur frein lourds de fatigue et de méfaits
Ils se heurtaient entre eux étouffant les plus faibles

Quand ils criaient au secours
Ils se croyaient punissables ou fous
Leur drame était le repoussoir
De la félicité des maîtres

Que des baisers désespérés les menottes aux lèvres
Sous le soleil fécond que de retours à rien
Que de vaincus par le trop-plein de leur candeur
Empoignant un poignard pour prouver leur vertu

Ils étaient couronnés de leurs nerfs détraqués
On entendait hurler merci
Merci pour la faim et la soif
Merci pour le désastre et pour la mort bénie
Merci pour l’injustice
Mais qu’en attendez-vous et l’écho répondait

Nous nous délecterons de la monotonie
Nous nous embellirons de vêtements de deuil
Nous allons vivre un jour de plus
Nous les rapaces nous les rongeurs de ténèbres
Notre aveugle appétit s’exalte dans la boue
On ne verra le ciel que sur notre tombeau

Il y avait bien loin de ce Château des pauvres
Noir de crasse et de sang
Aux révoltes prévues aux récoltes possibles

Mais l’amour a toujours des marges si sensibles
Que les forces d’espoir s’y sont réfugiées
Pour mieux se libérer

Je t’aime je t’adore toi
Par-dessus la ligne des toits
Aux confins des vallées fertiles
Au seuil des rires et des îles
Où nul ne se noie ni ne brûle
Dans la foule future où nul
Ne peut éteindre son plaisir
La nuit protège le désir
L’horizon s’offre à la sagesse
Le coeur aux jeux de la jeunesse
Tout monte rien ne se retire

L’univers de fleurs violentes
Protège l’herbe la plus tendre
Je peux t’enclore entre mes bras
Pour me délivrer du passé
Je peux être agité tranquille
Sans rien déranger de ton rêve
Tu me veux simplement heureux
Et nous serons la porte ouverte
A la rosée au grand soleil
Et je t’entraîne dans ma fièvre
Jusqu’au jour le plus généreux

Il n’y a pas glaces qui tiennent
Devant la foudre et l’incendie
Devant les épis enflammés
D’un vrai baiser qui dit je t’aime
Graine absorbée par le sillon
Il n’y aura pas de problèmes
Minuscules si nous voyons
Ensemble l’aube à l’horizon
Comme un tremplin pour dépasser
Tout ce que nous avons été
Quand le crépuscule régnait

Toi la plus désespérées
Des esclaves dénuées
Toi qui venais de jamais
Sur une route déserte
Moi qui venais de très loin
Par mille sentiers croisés
Où l’homme ignore son bien
Innocent je t’ai fait boire
L’eau pure du miroir
Où je m’étais perdu
Minute par minute

Ce fut à qui donna
A l’autre l’illusion
D’avoir un peu vécu
Et de vouloir durer
Ainsi nous demeurâmes
Dans le Château des pauvres
Au loin le paysage
S’aggravait d’inconnu
Et notre but notre salut
Se couvrait de nuages
Comme au jour du déluge

Château des pauvres les pauvres
Dormaient séparés d’eux-mêmes
Et vieillissaient solitaires
Dans un abîme de peines
Pauvreté les menait haut
Un peu plus haut que des bêtes
Ils pourrissaient leur château
La mousse mangeait la pierre
Et la lie dévastait l’eau
Le froid consumait les pauvres
La croix cachait le soleil

Ce n’était que sur leur fatigue
Sur leur sommeil que l’on comptait
Autour du Château des pauvres
Autour de toutes les victimes
Autour des ventres découverts
Pour enfanter et succomber
Et l’on disait donner la vie
C’est donner la mort à foison
Et l’on disait la poésie
Pour obnubiler la raison
Pour rendre aimable la prison

Pauvres dans le Château des pauvres
Nous fûmes deux et des millions
A caresser un très vieux songe
Il végétait plus bas que terre
Qu’il monte jusqu’à nos genoux
Et nous aurions étés sauvés
Notre vie nous la concevions
Sans menaces et sans oeillères
Nous pouvions adoucir les brutes
Et rayonnants nous alléger
Du fardeau même de la lutte

Les aveugles nous contemplent
Les pires sourds nous entendent
Ils parviennent à sourire
Ils ne nous en faut pas plus
Pour tamiser l’épouvante
De subsister sans défense
Ils ne nous en faut pas plus
Pour nous épouser sans crainte
Nous nous voyons nous entendons
Comme si nous donnions à tous
Le pouvoir d’être sans contrainte

Si notre amour est ce qu’il est
C’est qu’il a franchi ses limites
Il voulait passer sous la haie
Comme un serpent et gagner l’air
Comme un oiseau et gagner l’onde
Comme un poisson gagner le temps
Gagner la vie contre la mort
Et perpétuer l’univers

Tu m’as murmuré perfection
Moi je t’ai soufflé harmonie
Quand nous nous sommes embrassés
Un grand silence s’est levé
Notre nudité délirante
Nous a fait soudain tout comprendre
Quoi qu’il arrive nous rêvons
Quoi qu’il arrive nous vivons

Tu rends ton front comme une route
Où rien ne me fait trébucher
Le soleil y fond goutte à goutte
Pas à pas j’y reprends des forces
De nouvelles raisons d’aimer
Et le monde sous son écorce
M’offre sa sève conjuguée
Au long ruisseau de nos baisers

Quoi qu’il arrive nous vivrons
Et du fond du Château des pauvres
Où nous avons tant de semblables
Tant de complices tant d’amis
Monte la voile du courage
Hissons-la sans hésiter
Demain nous serons pourquoi
Quand nous aurons triomphé

Une longue chaîne d’amants
Sortit de la prison dont on prend l’habitude

La dose d’injustice et la dose de honte
Sont vraiment trop amères

Il ne faut pas de tout pour faire un monde il faut
Du bonheur et rien d’autre

Pour être heureux il faut simplement y voir clair
Et lutter sans défaut

Nos ennemis sont fous débiles maladroits
Il faut en profiter

N’attendons pas un seul instant levons la tête
Prenons d’assaut la terre

Nous le savons elle est à nous submergeons-la
Nous sommes invincibles

Une longue chaîne d’amants
Sortit de la prison dont on prend l’habitude

Au printemps ils se fortifièrent
L’été leur fut un vêtement un aliment
L’hiver ils crurent au cristal aux sommets bleus
La lumière baigna leurs yeux
De son alcool de sa jeunesse permanente

Ô ma maîtresse Dominique ma compagne
Comme la flamme qui s’attaque au mur sans paille
Nous avons manqué de patience
Nous en sommes récompensés

Tu veux la vie à l’infini moi la naissance
Tu veux le fleuve moi la source
Nul brouillard ne nous a voilés
Et simplement dans la clarté je te retrouve

Vois les ruines déjà du Château qu’on oublie
Il n’avait pas d’architecture définie
Il n’avait pas de toit
Il n’avait pas d’armure
Agonies et défaites y resplendissaient
La naissance y était obscure

Vois l’ombre transparente du Château des pauvres
Qui fut notre berceau notre vieille misère
Rions à travers elle
Rions du beau temps fixe qui nous met au monde

Il s’est fait un climat sur terre plus subtil
Que la montée du jour fertile
C’est le climat de nos amours
Et nous en jouissons car nous le comprenons

Il est la vérité sa clarté nous inonde

Nous étendons la fleur de la vie ses couleurs
Le meilleur de nous-même
Par delà toute nuit
Notre coeur nous conduit
Notre tendresse unit les heures

Ce matin un oiseau chante
Ce soir une femme espère
L’oiseau chante pour demain
La femme nous reproduit
Le vieux mensonge est absorbé
Par les plus drus rochers par la plume grasse glèbe
Par la vague par l’herbe
Les pièges sont rouillés

Sur la ligne droite qui mène
La cascade à son point de chute
Et sur la longue inclinaison
Qui torture le cours du fleuve
Se fixent mille points d’aplomb
Où la vue et la vie s’émeuvent
Éblouies ou se reposant

Fleuve et cascade du présent
Comme un seul battement de coeur
Pour l’unique réseau du sang
L’eau se mêle à l’espoir visible
Je vois une vallée peuplée
Des grands gardiens de l’ordre intime
L’exaltation jointe à la paix

L’homme courbé qui se redresse
Qui se délasse et crie victoire
Vers son prochain vers l’infini
Le jour souple qui se détend
Moulant la terre somme un gant
L’étincelle devient diamant
La vague enflammée un étang

Tout se retourne la moisson
Devient le grain de blé crispé
La fleur se retrouve bouton
Le désir et l’enfant s’abreuvent
De même chair de même lait
Et la nuit met sous les paupières
De l’homme et de l’eau la même ombre

La vie au cours du temps la vie
Le réel et l’imaginaire
Sont ses deux mains et ses deux yeux
Ma table pèse mon poème
Mon écriture l’articule
L’image l’offre à tout venant
Chacun s’y trouve ressemblant

Le réel c’est la bonne part
L’imaginaire c’est l’espoir
Confus qui m’a mené vers toi
A travers tant de bons refus
A travers tant de rages froides
Tant de puériles aventures
D’enthousiasmes de déceptions

Souviens-toi du Château des pauvres
De ces haillons que nous traînions
Et vrai nous croyons pavoiser
Nous reflétions un monde idiot
Riions quand il fallait pleurer
Voyions en rose la vie rouge
Absolvions ce qui nous ruinait

Dis-toi que je parle pour toi
Plus que pour moi puisque je t’aime
Et plus que tu te souviens pour moi
De mon passé par mes poèmes
Comment pourrais-tu m’en vouloir
Ne compte jamais sur hier
Tant l’ancien temps n’est que chimères

De même que je t’aime enfant
Et jeune fille il faut m’aimer
Comme un homme et comme un amant
Dans ton univers nouveau-né
Nous avions tous deux les mains vides
Quand nous nous sommes abordés
Et nous nous sommes pensés libres

Il ne fallait rien renoncer
Que le mal de la solitude
Il ne fallai
+ Lire la suite
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PiatkaPiatka   04 août 2013
Nue effacée ensommeillée
Choisie sublime solitaire
Profonde oblique matinale
Fraîche nacrée ébouriffée
Ravivée première régnante
Coquette vive passionnée
Orangée rose bleuissante
Jolie mignonne délurée
Naturelle couchée debout
Étreinte ouverte rassemblée
Rayonnante désaccordée
Gueuse rieuse ensorceleuse
Étincelante ressemblante
Sourde secrète souterraine
Aveugle rude désastreuse
Boisée herbeuse ensanglantée
Sauvage obscure balbutiante
Ensoleillée illuminée
Fleurie confuse caressante
Instruite discrète ingénieuse
Fidèle facile étoilée
Charnue opaque palpitante
Inaltérable contractée
Pavée construite vitrifiée
Globale haute populaire
Barrée gardée contradictoire
Égale lourde métallique
Impitoyable impardonnable
Surprise dénouée rompue Noire humiliée éclaboussée
Sommes-nous deux ou suis-je solitaire

Comme une femme solitaire
Qui dessine pour parler
Dans le désert
Et pour voir devant elle...
+ Lire la suite
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MoovanseMoovanse   13 juillet 2015
Savoir vieillir savoir passer le temps

Savoir régner savoir durer savoir revivre
Il rejeta ses draps il éclaira la chambre
Il ouvrit les miroirs légers de sa jeunesse
Et les longues allées qui l’avaient reconduit

Être un enfant être une plume à sa naissance
Être la source invariable et transparente
Toujours être au cœur blanc une goutte de sang
Une goutte de feu toujours renouvelée

Mordre un rire innocent mordre à même la vie
Rien n’a changé candeur rien n’a changé désir

L’hiver j’ai mon soleil il fait fleurir ma neige
Et l’été qui sent bon a toutes les faiblesses
+ Lire la suite
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michfredmichfred   15 mai 2015
Mon amour nous dormions ensemble
Et nous avons ri au matin
Ensemble tout le temps qu'il nous fallait pour vivre

Toute une éternité
Et plus je te voyais vivre à côté de moi
Plus je te confondais avec l'aube et l'été

Dormir profond rêver plus haut
Et s'éveiller l'un bien à l'autre
Telle est la loi de l'innocence

Et vivre plus haut que nos rêves
Être pareils par la confiance
Tel a été notre plaisir

Dans un monde toujours trop jeune d'un instant
Pouvions-nous donc prévoir l'hiver ou notre mort
Croire au fossile avant la fin du grand printemps

Raison nous étions deux à t'incarner légère
Comme une joue sous la rougeur du feu premier
Raison nous étions libres nous avons vaincu.
+ Lire la suite
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PilingPiling   13 août 2009
De l'océan à la source
De la montagne à la plaine
Court le fantôme de la vie
L'ombre sordide de la mort

Mais entre nous
Une aube naît de chair ardente
Et bien précise
Qui remet la terre en état
Nous avançons d'un pas tranquille
Et la nature nous salue
Le jour incarne nos couleurs
Le feu nos yeux et la mer notre union
Et tous les vivants nous ressemblent
Tous les vivants que nous aimons

Les autres sont imaginaires
Faux et cernés de leur néant
Mais il nous faut lutter contre eux
Ils vivent à coups de poignard
Ils parlent comme un meuble craque
Leurs lèvres tremblent de plaisir
À l'écho de cloches de plomb
À la mutité d'un or noir

Un cœur seul pas de cœur
Un seul cœur tous les cœurs
Et les corps chaque étoile
Dans un ciel plein d'étoiles
Dans la carrière en mouvement
De la lumière et des regards
Notre poids brillant sur terre
patine de la volupté
+ Lire la suite
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Vidéo de Paul Éluard
Paul ÉLUARD – Un siècle d'écrivains : 1895-1952 (DOCUMENTAIRE, 1995) Émission « Un siècle d'écrivains », numéro 50, diffusée sur France 3, le 13 décembre 1995, et réalisée par Isabelle Clarke et Daniel Costelle.
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