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EAN : 9782842614218
438 pages
Éditeur : Les Editions du Rocher (22/05/2003)
4.67/5   6 notes
Résumé :

Ecrit à la première personne, ce roman qui emprunte son titre à un proverbe derviche raconte avec une drôlerie vivifiante les premières années d'une jeune Turque, née juste après la Seconde Guerre mondiale. Il commence dans un train et dans le ventre maternel et s'achève dix-neuf ans plus tard dans un autre train qui emmène l'héroïne en Allemagne. Entre deux se déroule un long tapis fait de motifs bigarrés. Ce sont des villes avec leurs ruelles, leurs ma... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Under_the_Moon
  06 mars 2015
La vie est un caravansérail est le genre de roman dont il est assez difficile de faire une critique.
Tout d'abord parce qu'il ne ressemble à aucun autre ! Parfois, j'ai été tellement happée par la beauté et la poésie du langage et de la forme que j'ai eu l'impression d'être embarquée dans une ronde de derviches dans laquelle à force de tourner, on entre dans un ailleurs mystique où le temps n'a plus d'importance. Et en effet, ce récit semble parfois hors du temps. Entre l'Anatolie, Istanbul, Ankara, Bursa, Izmir ou tant d'autres, la narratrice nous fait partager son quotidien et les traditions de sa famille. La seule chose qui ait réellement de l'importance dans sa vie. Ainsi, on a parfois des dialogues absolument savoureux entre la grand-mère et la petite fille ou entre la mère et la fille. Il y a beaucoup de tendresse pour la figure de la grand-mère, et plus largement le respect des ancêtres et de ce qu'ils ont réussi à transmettre jusqu'à ce jour.
Et dans tout cela, le pays évolue quand même lui. On y parle d'Atatürk - ou de ce qu'il en reste - , des républicains, des magouilles de tous les bords et des exécutions. Pourtant, L Histoire moderne est réduite à un simple motif accidentel. On en parle comme on parlerait d'autre chose. La politique ou autre chose ? Quelle différence ?! La sagesse soufie nous l'a bien appris : la vie est absurde, comme un rêve, alors pourquoi donner plus d'importance à ces choses passagères qu'elles n'en ont réellement ?
Au cours de ses déménagements, la jeune fille nous parle des problèmes de chômage de son père, de ses dettes et de son alcoolisme (fléaux typiques de l'exode rural !). Et décrit les logements insalubres dans lesquels ils s'entassent et les habitants qui peuplent cette Cour des Miracles. Tout cela avec tendresse et détachement, même si le ton se fait plus grave avec l'arrivée de l'adolescence.
J'ai aussi aimé les phrases en turcs laissées dans la narration, qui donnent une couleur et un rythme particuliers au récit. Pas seulement les prières, les proverbes ou les chansons d'ailleurs.
Ainsi, le roman se fait le témoin (à l'échelle de la petite fille) d'une pratique de l'islam unique dans le monde musulman, faite d'un mélange d'héritages et de rencontres aux antipodes les unes des autres.
Enfin, tout ça pour dire que c'est un livre qui ne se critique pas, je ne suis pas sûre qu'il puisse se raconter. Il se lit. On y est embarqué ou non. C'est la vie et les rêves et c'est tout.
Un voyage littéraire qui m'a transportée mais pas sûr qu'il soit très abordable pour quelqu'un qui ne connaît pas la culture turque ou à cause de son aspect assez "compact".
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LesCahiersdeCorinne
  08 juin 2015
"La vie est un caravansérail / Elle a deux portes / Par une je suis entrée / Par l'autre je suis sortie"
Ce proverbe soufi signe le premier roman d'Emine Sevgi Özdamar qui nous raconte sa vie en Turquie, depuis le ventre maternel jusqu'à ce train qu'elle prendra pour l'Allemagne, à 19 ans. Enfance, adolescence et jeunesse dans un pays où elle naît peu après la Seconde Guerre mondiale et qui berce entre Atatürk et l'Islam, qui porte la chaleur de l'Orient et est aux carrefours d'une riche histoire et d'une civilisation complexe...Son regard malicieux, parfois naïf, parfois grave évolue au gré des années, des déménagements et des événements qui bousculent la vie de famille.
D'Istanbul à Bursa, en passant par l'Anatolie, les steppes et Izmir, Emine nous emporte dans un récit troublant et touchant, où son regard retrouve sans peine le ressenti de l'enfance pour aborder les souvenirs familiaux comme sa perception de l'actualité qui a jalonné ses deux premières décennies de cette jeune Kurde en Turquie.
Emine Sevgi Özdamar crée une complicité avec le lecteur en nous faisant volontairement entrer dans le cheminement de son enfance, ses réflexions, sa vision du monde, de la religion, des adultes. Elle adopte un ton qui est celui de cet âge, fait de chagrins disparaissant soudainement pour un éclat de rire, suivi de secrets chuchotés la nuit ou au creux de son coeur. On se prend au jeu et on parcourt avec elle la vie de son pays, de son père endetté jusqu'au cou qui contraint sa famille à fuir régulièrement les créanciers. On se balade avec elle dans les jupons de sa grand-mère qui régit un peu la famille, qui lui apprend à prier pour les morts et à se méfier du monde. On suit son regard tantôt aimant tantôt jaloux ou méprisant envers sa mère. Elle grandit sans qu'on s'en aperçoive et d'un coup, on se rend compte que ce n'est plus une petite fille, entourée de femmes du bazar, des folles du quartier, mais une jeune femme que les hommes regardent différemment, une femme encore enfant dans l'âme et dont le coeur se teinte de nouvelles interrogations.Elle nous fait parfois rire dans sa découverte du monde, qui est à la croisée de l'Orient et de l'Occident, où les BD "pour les garçons" lui plaisent autant que les jolies robes et où ses parents parlent de "«Humprey Pokart».
En conservant un ton détaché et parfois crédule, l'auteure évoque des sujets graves comme les attouchements qu'elle a subis, le fait qu'à 13 ans une fille pouvait être mariée, sa tuberculose. Elle évoque les procès, les exécutions, les luttes entre les partis démocrates et républicains. Une trame historique file le récit et vient soutenir l'ensemble pour que le paysage de la Turquie ne soit pas que celui de sa vie personnelle. Un voyage soutenu par un mélange des langues où des expressions, des prières et des chants en turc viennent ajouter à l'immersion que l'on vit et rajoutent un supplément de tendresse dans ces expressions propres à l'enfance de l'auteure, qui semblent l'avoir marquée.
Ce récit autobiographique est plein de force, comme l'auteure, qui est remplie d'une énergie et d'une joie de vivre qui lui permettent d'avancer, de vaincre les contraintes, de triompher sans le dire d'un environnement difficile pour les femmes, de vivre ses rêves et de s'émanciper. C'est la belle leçon de ce livre vivifiant qui nous fait goûter avec générosité aux fragrances de la Turquie de son époque et à celle plus intemporelles de ses paysages et de sa culture millénaire.
Lien : http://wp.me/p12Kl4-zd
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Bookycooky
  18 août 2014
C'est l'histoire de l'enfance et de l'adolescence de l'auteure elle-même,une écrivaine turque,qui débute juste après la deuxième guerre mondiale ,dans un train alors qu'elle se trouve encore dans le ventre maternel et s'achève ,dix-neuf ans plus tard dans un autre train qui l'emmène en Allemagne.Un roman extrêmement riche dans tous les sens du terme,une prose très éclectique,très spéciale,très poétique,très visuelle,mêlant la langue parlée (beaucoup de proverbes et d'expressions métaphoriques que les turcs usent à tout bout de champs) à des contes,des rêves,des prières,des chansons populaires et à des détails précis sur la superstition et autres croyances qui font partis de la vie courante.Il raconte aussi l'histoire politique et sociologique de la Turquie des années 50,une Turquie entre la république fondée par Ataturk et ce qu'en ai devenu aujourd'hui,où la religion est toujours ancrée dans la vie quotidienne mais néanmoins n'arrive pas à dominer la structure laïque imposée par Ataturk.Ce qui est prodigieux dans cette écriture,on ne perd jamais le fil de l'histoire.Dans ces trois cents pages,des yeux de cette petite fille puis de l'adolescente,on voyagera à travers la Turquie(Istanbul,Bursa,Ankara...)au grès des mésaventures du père,on connaîtra la grand-mère paternelle analphabète qui vit avec la famille,le grand-père maternel,ancien bandit vivant en Anatolie,la mère qui lit "Mme Bovary",le père "entrepreneur en construction",qui passe plus de temps à disparaître que travailler,les frères,les voisins....Un magnifique roman,écrit en allemand,et qui reçut le prestigieux prix littéraire,Ingeborg Bachmann en 1991.
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Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
Under_the_MoonUnder_the_Moon   17 janvier 2015
Les autos s'invectivaient, les chevaux invectivaient les autos, le tramway invectivait les ânes, les ânes invectivaient les autos. La rue empoussiérait les tombes des saints hommes auxquels les femmes apportaient des bougies dans leurs mains. Les pierres tombales qui bordaient la rue regardaient cette rue devenue trop bruyante qui privait les morts de leur repos.
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   12 janvier 2015
Le train noir roule, et avec lui le vent comme un escargot sans coquille qui laisse derrière lui, en traces scintillantes, de sages maximes et des images, mais les mains des hommes ne peuvent pas les ramasser.
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   28 janvier 2015
Karagöz est un tzigane ou un paysan, Hacivat, un homme de la ville, peut-être un maître d'école, et ils parlent et se comprennent toujours de travers. Cela fait rire les gens. Au théâtre d'ombres il y a des juifs, des Grecs, des Arméniens, des voyous, des putes, chacun parle un dialecte différent, chacun est un instrument de musique différent qui parle sa langue et ne comprend pas les autres, chacun fait tin tin tin pour soi. 'est notre pays, dit-elle, un pays riche de gens, mais un pays pauvre.
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   05 mars 2015
Oh, mon coeur, n'ôte pas la lumière de tes yeux, n'oublie pas la mort, n'oublie pas le retour après la mort. Le passé, l'avenir mentent, ne crois pas le temps, car tu es dans un monde qui trompe les hommes qui y vivent. Oh, homme, tu pleures sur les morts. Les morts sont couchés dans leurs tombes, ils ont ce qu'il leur faut, ce drap blanc, laisse les morts, laisse-les dormir, car viendra un jour où ils seront appelés. Ils s'éveilleront comme du sommeil. Et ils iront où on les appelle, certains seront nus, certains auront des vêtements, certains auront de vieux vêtements, certains auront des vêtements neufs.


(poème de Ümmeyye)
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   21 janvier 2015
Si quelqu'un que tu aimes remet son âme dans les mains d'Allah et meurt, quarante bougies s'allumeront en toi. Quand tu auras enterré le mort, chaque jour une bougie s'éteindra, trente-neuf bougies s'éteindront, mais la quarantième continuera à brûler en toi jusqu'à ta mort. Ah, il n'y a pas de village plus lointain que la mort dans ce monde menteur.
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