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Claude Demanuelli (Traducteur)Jean Demanuelli (Traducteur)
EAN : 9782253125532
503 pages
Le Livre de Poche (06/05/2009)
3.48/5   72 notes
Résumé :
Orpheline à seize ans, Sai, qui a passé plusieurs années sous la férule des bonnes sœurs, se retrouve chez son grand-père, juge de district à la retraite, dans le nord de l'Inde. Elle vit les enchantements et désenchantements du premier amour, sous l'œil distrait du cuisinier de son grand-père, le père de Biju. Biju, lui, attiré par le mythe américain, s'est expatrié à New York. Sa quête d'identité passe par la solitude, le dépouillement, l'exploitation des sans-pap... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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1986, dans le nord-est de l'Inde. A Kalimpong, dans la région de Darjeeling sur les pentes du Kanchenjunga, la situation politique est instable : les Gorkhas, ethnie majoritaire d'origine népalaise, revendiquent la création d'un état indépendant, le Gorkhaland.

C'est dans ce contexte tendu qu'on suit les mésaventures de Sai, orpheline de 16 ans, élevée dans un couvent de religieuses avant d'être envoyée chez son grand-père, ancien juge à la retraite, un homme aigri et égoïste qui vit avec sa chienne – qu'il adore – et son cuisinier, qu'il méprise. Pendant que le cuisinier, une vraie mère-poule, à la fois fier et inquiet pour son fils Biju parti tenter sa chance aux USA, Sai tombe amoureuse de Gyan, jeune étudiant engagé pour être son précepteur de mathématiques. On suit également le triste parcours (ou absence de parcours) d'émigré clandestin de Biju à New York, qui n'a d'autre choix que de travailler et de loger dans des endroits sordides et précaires, une situation beaucoup moins glorieuse que ce qu'il laisse croire à son père.

« La perte en héritage » est un roman sur le choc entre deux cultures, l'indienne et l'occidentale, et leurs rapports de fascination/répulsion réciproques. Les trois personnages principaux tâtent ou ont tâté de l'Occident, surtout pour le pire. le grand-père, parti étudier à Cambridge du temps où l'Inde appartenait à l'Empire britannique, y a connu le racisme et n'est pas parvenu à se réintégrer à son retour au pays, se sentant étranger partout, profondément humilié. Sai, éduquée à l'occidentale chez les bonnes soeurs, découvre la réalité de son pays, qu'elle a bien du mal à comprendre, et ne rêve que de fuite. Quant à Biju, tout aussi inadapté aux USA que le grand-père de Sai l'était en Angleterre, il subit aussi le racisme ambiant, mais ne peut décemment avouer son échec et rentrer au pays sans argent ni statut social, la queue entre les jambes. Sans oublier Gyan qui, s'il n'a jamais quitté l'Inde, n'est pas moins en quête d'identité, tenté de délaisser son parcours universitaire prometteur pour s'engager dans le mouvement révolutionnaire des Ghorkas.

Aucun des personnages ne trouve sa place, chacun rêve de liberté et d'accomplissement sans avoir ou sans se donner les moyens d'atteindre cet ailleurs. On ressent beaucoup de frustrations, générées par le poids des traditions, les attentes déçues parce que fondées sur la fausse croyance que l'Occident est un Eldorado garanti.

Migration, inégalités sociales, racisme, conséquences du colonialisme, de l'indépendance et de la partition de l'Inde, nationalismes, il y a un peu de tout cela dans ce roman dont les chapitres alternent entre les personnages et les époques. Cela se lit avec une certaine fluidité mais aussi un certain ennui : il n'y a pas grand-chose qui rende les personnages sympathiques, tous dépressifs, déprimants, coincés dans leurs solitudes et leurs vies étriquées de façon plus ou moins irrémédiable. Quand aux événements politiques, l'auteure a présupposé qu'ils étaient connus du lecteur. En ce qui me concerne, j'ai dû faire des recherches pour comprendre de quoi il retournait précisément.

Sur le thème de la quête d'identité et de dignité, entre drame et dérision, un roman réaliste qui dépeint un portrait plutôt sombre de l'Inde de la fin du 20ème siècle.
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«  L'Inde est un navire en perdition » .

Comment évoquer ce roman de la littérature indienne qui explore les problèmes de la modernité , complexe et singulier?
Nous sommes en1986, la situation politique est trouble.
Sai, à seize ans , a perdu ses parents MR et Mme Mistry , lui, pilote de l'armée de l'air ,soviétique, elle , étudiante hindoue, écrasés par un bus.

Cette fille , qui , jusque là a passé plusieurs années sous la férule de bonnes soeurs , se retrouve accueillie chez son grand- père, Jemu Popathal, né en 1919, fils de paysans, juge à la retraite, misanthrope , préoccupé seulement de lui- même et de sa chienne Mutt.

Au début du roman, qui se situe à Cho Oyu, dans la région de Kalimpong, envahie par d'épaisses nappes de brouillard , c'est le début de l'insurrection des Népalais contre les Indiens , une minorité.

Sai attend la venue de son précepteur de mathématiques , Oyan , dont elle est tombée éperdument amoureuse: elle vit les enchantements et les désillusions du premier amour.

Mais à la place de Goyan, ce sont des voyous népalais en blouson noir qui arrivent à l'improviste , menaçants : Sai est pétrifiée , tout peut arriver, ils volent les fusils de chasse du juge.. sous l'oeil hagard du cuisinier de celui- ci qu'ils tirent sans ménagements de sous la table de la salle à manger où il s'était dissimulé.

Le juge, à l'excellente réputation après ses études en Angleterre se voit profondément bafoué, humilié.

La police contactée lui rit au nez.

De son côté Sai ,se soucie du retard de Goyan , mais le jeune homme glaçant, sitôt arrivé lui reproche son éducation non - indienne .
Pendant ce temps , le cuisinier du grand- père, ne cesse de penser à son fils Biju, attiré irrésistiblement par le mythe américain qui s'est expatrié à New- YORk..
Il rame de petits boulots en petits boulots , aimerait recevoir la carte verte pour enfin rentrer au pays et ne pas subir la honte des siens.
Son père , ignorant les faits ,l'abreuve de lettres de sollicitations afin de venir en aide à chaque nouvel émigré indien , il ne se doute pas de la précarité et des soucis récurrents que vit le jeune homme.
Sa quête d'identité passe par le dépouillement et la solitude.
Les chapitres bien construits alternent entre la vie de la communauté de la petite ville de Cho Oyu et les graves difficultés d'adaptation de Biju à New- YOrk.
C'est un ouvrage paradoxal, très bien écrit , où chaque personnage , chacun à sa manière rêve d'un ailleurs , inaccessible , pour mieux masquer la rage et la frustration d'avoir été déçus par la société occidentale .
Les protagonistes soit aigris, soit désoeuvrés, revivent leur passé comme le juge, notamment .....
La souffrance, la déception , les conflits culturels,même anciens sont partout.
Ce livre provoque doute et incompréhension : un mélange subtil, de politique , cynisme , humour et triste réalité de la comédie de la vie.

Une lecture forte et troublante où l'on découvre la perte d'identité, les blessures du passé, l'expatriation , les conséquences de l'indépendance,les inégalités entre riches et pauvres, et surtout , surtout , la Corruption généralisée !
On oscille entre drame , dérision, histoire collective et individuelle, attraction mutuelle, choc des cultures, rigidité , traditions, enthousiasme et terribles contradictions .
Aux yeux des indiens l'occident apparaît semblable à un pays de cocagne , fascinant et riche de promesses.

Une réalité très différente attend ceux qui franchissent les océans .
Un roman un peu désespérant , je trouve ,par l'attitude des protagonistes prenant tous ou presque la position de victimes.
Contrairement aux autres Ouvrages lus à propos de ce continent il donne une idée assez sombre de l'Inde .
J'aime beaucoup la littérature indienne .
Mais je n'ai pas encore lu «  Le-Gourou sur la branche» premier roman de l'auteure .
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Après être devenue orpheline, Sai était contrainte d'habiter avec son grand-père maternel qu'elle n'avait jamais rencontré. Il a été juge et habite Kalimpong, dans les régions montagneuses himalayennes, en compagnie de sa chienne adorée Mutt et de son fidèle cuisinier. Afin que Sai continue sa scolarité, le juge engagea une préceptrice, Noni, une vielle fille qui vit avec sa soeur, Lola qui est veuve. Mais les compétences en mathématiques et en physique de Noni deviennent très rapidement limité et c'est un étudiant en comptabilité, Gyan, qui deviendra le professeur particulier à Sai quelques heures par semaine. Entre les deux jeunes gens, un lien particulier naîtra, mais Gyan a du sang népalais et la région est touché par le mouvement des Gorkhas qui réclament l'Indépendance de cet État. Gyan est uni par le sang à ce mouvement, il subit les injustices faites à sa communauté et il devra faire un choix. de son côté, Kalimbong va plonger dans une période très sombre, où chaque habitant aura peur du lendemain.
En Amérique, Biju est le fils du cuisinier du juge. Il ne possède pas la carte verte et donc il est un sans-papier parmi tant d'autres dans ce pays considérées par de nombreux migrants comme être un eldorado et qui s'avèrent en réalité une société injuste où ils sont exploités. Biju travaille dans des restaurants où il est payé une misère qui lui permet à peine de louer une petite pièce dans une cave et qui ne lui permet pas d'économiser des sous. L'Inde lui manque.

"La Perte en héritage" est un roman très fort et dur. Malheureusement, la quatrième de couverture ne prépare pas le futur lecteur à ce qu'il risque de découvrir au fil des pages et ce dernier se retrouve déçu. Il est effectivement assez complexe en surface mais en grattant un peu on retrouve ce qui lui confère sa notoriété et ses prix attribués. Ce roman nous fait découvrir une région connu pour son thé (le Darjeeling) mais il n'en ai pas question. On découvre son autre facette, celles des conflits qui y règnent, car c'est une région avec de nombreuses frontières, un petit bout de l'Inde accroché de manière précaire et qui compte une population avec de nombreuses origines. "La Perte en héritage" nous fait voyager à travers l'histoire, la post-indépendance et les conséquences de l'Indépendance. A travers les lignes on découvre la perte d'identité, la recherche de soit, les blessures du passé, l'expatriation, le multiculturalisme, les inégalités entre riches et pauvres et selon les origines ethniques, la migration, la mondialisation, ... le roman nous renvoie du présent au passé et du passé au présent. Une très belle lecture mais très troublante.
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Dans une Inde paralysée par la corruption généralisée et la superstition, où l'incompétence le dispute à l'incurie la plus crasse, où la police se distingue plus par ses bavures que par le maintien de l'ordre publique, ils sont nombreux les candidats au départ. Aux yeux des indiens, l'occident est un pays de cocagne, étrange par ses moeurs, riche de promesses, fascinant . Pourtant pour les quelques chanceux qui ont traversée les océans, une réalité toute différente les attend. C'est d'abord la précarité permanente attachée à leur condition de clandestin, l'exploitation de leur force de travail par des compatriotes sans scrupule, et comme perspective angoissante, le retour au pays, synonyme d'humiliation.


La perte en héritage illustre avec maestria ce choc des cultures, l'attraction mutuelle non exempte de préjugés . Les épisodes situés au nord de l'Inde, à la frontière indo-népalaise, où des tensions issus des velléité d'autonomie sont monnaie courante, alternent judicieusement avec les passages se déroulant à New-York, où l'on suit le combat journalier d'un immigrant indien pour sa dignité. le tout est étoffé à souhait par le recours à l'analepse, traçant de nouvelles perspectives, éclaircissant certains points, étoffant la narration. A conseiller vivement.
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Le début du livre plante le décor, les sommets du Kangchenjunga rosis par le soleil levant, agréable souvenir, depuis la ville de Kalimpong et sa vue sur l'Himalaya. Cela fait oublier Darjeeling, sans doute une ville les plus moches de l'Inde, les Indiens ont réussi à saccager le cadre magnifique avec leurs constructions en vrac, les fils électriques en vrac, les tuyaux d'eau en vrac par terre, on en rigole, au début. Ensuite, ensuite… La tartine de lieux communs sur la vie dans les patelins indiens, puis les non moins banales descriptions des situations pas très rigolotes, scoop, des expats venus chercher du boulot aux USA et ailleurs sur la planète, dans la restauration par exemple, on y retrouve les Pakis et autres Asiatiques… Pour le lecteur français, pas la peine d'aller si loin, les restaus du quartier latin ! Et des dizaines de pages sur le choc des cultures, tiens-donc, il existerait ? Aucune interrogation sur le pourquoi de cette nécessité de l'émigration. Une fois encore les petit-bourgeois multi-cul bien pensants se sont livrés à leur chère séance d'auto-flagellation en accordant un prix à ce bouquin, honorable certes, mais d'une banalité aseptisée. On pourrait leur conseiller des établissements dédiés ! Un conseil toutefois, faire lire cette prose aux hordes qui nous envahissent… pour leur bien, évidemment.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Jactance de quiétude
Des écritures lumineuses assaillent l’ombre ,
plus prodigieuses que des météores .
La haute ville inconnaissable s’abat de plus en plus dru
sur la campagne .
Sûr de ma vie et de ma mort, je regarde les ambitieux
et je voudrais les comprendre.
Leur journée est avide comme le vol d’un lasso .
Leur nuit n’est que la trêve de la colère dans le fer
prompt à l’attaque .
Ils parlent d’humanité .
Mon humanité c’est de sentir que nous sommes
les voix d’une même misère.
Ils parlent de patrie .
Ma patrie est un battement de guitare ,
quelques portraits et une vieille épée.
l’évidente oraison de la saulaie dans les soirs.
Le temps est la matière de ma vie.
Plus silencieux que mon ombre, je croise le troupeau
de leur haute convoitise .
Ils sont obligatoires , uniques, ils méritent l’avenir .
Mon nom est quelqu’un et n’importe qui.
Je passe lentement , comme celui qui vient de si loin
qu’il n’espère plus arriver .

Jorge Luis Borges «  Poésie » ..
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Personne ne remarqua les garçons qui se faufilaient dans l'herbe, pas même Mutt, jusqu'à ce qu'ils soient pratiquement sur les marches. Non que cela eût changé grand-chose, puisqu'il n'y avait pas de loquets pour les arrêter ni personne à portée de voix, de l'autre côté du jhora, en dehors de l'oncle Potty qui, à l'heure qu'il était, devait déjà être ivre, allongé par terre sans bouger, avec l'impression pourtant de tanguer - «Ne fais pas attention, mon petit, disait-il toujours à Sai après une beuverie, ouvrant un seul oeil à la manière d'une chouette, je vais juste m'étendre là un moment et me reposer un peu...»
Ils étaient venus à pied à travers la forêt, vêtus de blousons en cuir achetés au marché noir de Katmandou, de treillis et de foulards, l'uniforme standard du guérillero. L'un d'eux avait un fusil.
Plus tard, on accusa la Chine, le Népal et le Pakistan, mais dans cette partie du monde, comme dans beaucoup d'autres, il y avait assez d'armes en circulation pour fournir un mouvement révolutionnaire de fortune et sans le sou. Ils prenaient ce qui leur tombait sous la main : poignards népalais, haches, couteaux de cuisine, bêches, armes à feu en tout genre.
Ils étaient venus chercher les fusils de chasse du juge.
En dépit de leur mission et de leur tenue, ils n'étaient guère crédibles. Le plus âgé n'avait sans doute pas vingt ans, et au premier aboiement de Mutt ils poussèrent des cris de gamines effarouchées et redescendirent précipitamment les marches pour aller se mettre à couvert derrière les buissons noyés dans la brume. «Elle mord vraiment, mon oncle ? Bon Dieu !» s'écrièrent-ils, frissonnant sous leur camouflage.
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D'une manière ou d'une autre, on se retrouvait toujours les mains vides. Il n'existait aucun système capable d'atténuer les injustices du monde ; la justice était sans envergure : si elle était capable de faire arrêter un voleur de poules, les crimes graves moins visibles, il lui fallait les passer sous silence, pour la bonne raison que, s'ils étaient identifiés et reconnus, ils menaceraient d'effondrement l'édifice tout entier de notre pseudo-civilisation. Pour les crimes touchant aux traitements monstrueux, infligés à un pays par un autre, pour ceux perpétrés sans témoin dans l'intimité partagée par deux personnes, pour ces crimes-là les coupables ne paieraient jamais. Aucune religion, aucun gouvernement n'en atténuerait jamais l'horreur.
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La plénitude se faisait-elle jamais sentir aussi profondément que le manque ? En jeune fille romantique, elle décida que l'amour devait se situer dans l'intervalle entre le désir et son accomplissement, dans le manque, et non dans la satisfaction. L'amour, c'était la souffrance, l'attente, le repli, tout ce qui l'entourait hormis l'émotion elle-même. (p. 14)
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Lorsqu'on bâtit sur le mensonge, c'est du sûr et du solide. C'est la vérité qui fait s'écrouler les murs.
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