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Critiques de Jean-Yves Méreau (1)
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Ça ira mieux quand on sera mort

INQUALIFIABLE !

Ça ira mieux quand on sera mort, de Jean-Yves Méreau



Comment qualifier cet étrange objet littéraire ? C’est un « roman de guère » affirme l’auteur. Mais ce n’est guère un roman, ou un tant soit peu puisque la fiction (faut-il le croire ?) s’y réserverait la plus belle part.

Roman de peu ? Sûrement pas. Ce solide ouvrage de près de 350 généreuses pages pèse de tout le poids de ses mots ; de ses petits maux et de ses gros mots ; de ses jeux de mots, subtils, légers, lourds, dingues ; de ces plaisanteries d’étudiant ; de « son humour de basse-cour », affirme l’auteur ; de ces vannes de fond de cale à Hambourg ; mais surtout de ses trouvailles géniales d’un maître des mots.

Ce roman de « guère », entendu, si l’on veut, comme un roman de « gare » avec l’accent lillois, c’est d’abord un regard sur la ville : Lille, jamais nommée. C’est simplement « la ville », avec ses monuments, ses vieux quartiers et tous ces « gins » qui la font vivre. Au-delà de la cité, Jean-Yves Méreau livre aussi un « reguère » sur ce pays, son pays, ce plat pays des Flandres, et sur une époque, celle des années 60-70 que le narrateur nous fait revivre comme s’il les avait vécues lui-même, lorsqu’il décrit ce monde bohème d’étudiants, éloignés des amphis, brassant autour de leurs bières leurs aventures et leur camaraderie au comptoir des bistrots de quartier ou des squats de banlieue, où l’on se retrouvait et où l’on faisait de la musique simplement pour le plaisir de se retrouver et de faire de la musique.

Ce « roman de guère » livre aussi une formidable galerie de portraits de personnages tellement vrais qu’aucun romancier n’aurait osé les inventer. De l’avorteur clandestin rayé de l’ordre des médecins jusqu’à cet artiste-peintre à « l’imagination débordante » et la « sexualité incandescente » qui, pour de très innocents portraits, faisait poser ses copines, lesquelles, une fois exposées dans une galerie de la ville, se retrouvaient déculottées dans « des positions qu’elles n’avaient jamais prises et dont certaines ignoraient jusqu’à la possibilité ».

Tout n’est pas rose dans ces portraits peints de cinquante nuances de noir. Trop noir, ce surprenant ouvrage ? Peut-être, mais on était prévenu : « Ça ira mieux quand on sera mort », quand on se retrouvera aussi froid que le corps nu de cette belle endormie, découverte un jour gisant au petit matin, déposée par la marée ; aussi raide que la vieille femme de la vieille ville, retrouvée desséchée dans son vieil appartement.

Mais qu’on se rassure, le narrateur de ce fameux « roman », à côté de l’odeur des cadavres, nous laisse un peu respirer de cet humour qui lui fait qualifier telle jolie fille portant les seins bien haut, de « vénus haute en tottes » ; qui n’hésite pas à évoquer le « marchand de sable pédéraste et son petit tamis » et une jeunesse qui, paraît-il, proclamait bien haut que « dans la vie, il n’y a que ça de vrai : le cul et les frites ».

Fils du Nord, le narrateur est bien cousin, finalement, de ces personnages de Jacques Brel qui ne cessaient de « montrer leur cul et leurs bonnes manières », de ces paumés du petit matin qui « dansaient les yeux dans les seins » et se blanchissaient leurs nuits « au lavoir des mélancolies ». Jean-Yves Méreau dans son grimoire gris-noir, nous livre ici un inestimable récit que pour ma part, j’ai lu avec une grande satisfaction, dans lequel j’ai cheminé avec une plaisante curiosité sans éviter les « crottes eu’t quiens », « eu’l tchu » et « l’brin » ni même les coups des pets que l’auteur nous fait clairement sentir au point qu’on se demande pourquoi, finalement, il n’a pas ajouté : « voulez-vous encore entendre mes rots » ? Sans doute par pudeur.

Ce qu’a écrit-là Jean-Yves Méreau est inqualifiable, mais finalement, comme nous le confie ce journaliste-philosophe, presque en conclusion de son ouvrage : « Il faut sans cesse fuir le mirage du sens des mots pour chercher au-delà des images la réalité inaccessible ».



François Herbaux. 18 octobre 2020
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