Léa Lescure
C`est un sujet difficile que vous avez choisi de traiter, tabou même. La prostitution estudiantine. Qu`est-ce qui vous a mené à écrire ce roman ?
J`ai voulu aborder la prostitution – la prostitution tout court, Manon est mollement étudiante mais elle aurait tout aussi bien pu être employée – justement parce que je ne comprends pas très bien pourquoi c`est un tabou : ça fait partie de la vie et de la ville, dans les rues et sous nos yeux. Attention, il y a souvent des amalgames : je ne parle pas de prostitution forcée, qui est une abomination. La prostitution a toujours été autour de moi : au hasard des immeubles où j`ai vécu, au fil de rencontres pendant les nuits festives, parmi les collègues de petits boulots. J`ai voulu raconter un seuil, celui de Manon qui rencontre par hasard la prostitution et décide d`y aller. Sans explications psychologisantes, ni regard moral.
Avant d`écrire Les nuits Mélangées, vous avez écrit des articles, dont certains traitent de la prostitution, comment avez-vous travaillé ce passage du reportage à la fiction ? Vous-êtes vous sentie plus libre ?
Oui et non. Bien sur, écrire un article et écrire un roman sont des démarches très différentes : d`un côté, recueillir des informations et les organiser, de l`autre, inventer et raconter une histoire. Les articles ont beaucoup de limites : par exemple,...