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    photo de Cécile  Cécile Reyboz


    Dans ce roman autobiographique, vous refaites le fil de votre vie, de la rencontre de vos parents à votre vie actuelle. Quel a été le déclencheur de ce récit ?

    Le mystère de ma (non-)relation avec ma sœur. Une énigme devenue un peu moins douloureuse avec le temps, sur laquelle je voulais écrire. On écrit mieux sur ce qu`on ne maîtrise pas tout à fait, et les relations humaines englobent tous les mystères. Pour parler d`elle et de moi, il fallait raconter nos parents, et Ivry, et tout ce que j`avais vécu avec, puis sans elle. J`ai tiré sur le fil.



    Ce roman retrace aussi les évolutions d`une certaine génération qui a grandi dans les années 1970. Malgré des vies et des rapports familiaux forcément différents, de nombreux lecteurs se sont reconnus dans cet ouvrage. Comment l`expliquez-vous ?

    J`ai voulu restituer tout ce qui compose une vie, les sensations, mots, et bruits captés de l`enfance au monde du travail, en passant par les vacances à la mer… les modes et les allures, la découverte du langage juridique, la découverte des subtiles différences selon les milieux sociaux, mais aussi les chansons, le nom des feuilletons télé, tous les bruits de la vie !


    Cette histoire brasse les étapes universelles : apprentissages, ambitions, déceptions et limites, tout le monde connaît cela....



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    • Livres 0.00/5
    Par raton-liseur, Aujourd'hui

    Gueules terribles de Maxime Gorki

    La littérature russe du XIXème et du début du XXème siècle m’intéresse souvent, on y trouve des auteurs parfois peu connus mais qui ne manquent pas d’intérêt. Je n’avais pourtant jamais lu Gorki, un peu effarouchée par sa réputation d’écrivain bolchévik, je n’ai jamais été très attirée par les écrivains attitrés de la ligne du parti. Cette nouvelle était donc une bonne façon d’y voir d’un peu plus près sans pour autant trop me mouiller.
    Et c’est une douche froide. On est dans le bas du bas des bas-fonds. Le petit peuple dans ce qu’il a de plus petit. Prostitution, alcool, difformité, rien n’est épargné au lecteur, et pourtant Gorki arrive à rendre tout cela crédible et on a l’impression de quelque chose de tout à cohérent, pas d’une barque trop chargée, vrai tour de force.
    Un homme respectable vient au secours d’une femme trop avinée, et finit par lier amitié avec son fils. Quelques instants lumineux, que viendra clore un retour à la réalité et à l’ordre social immuable. Triste, sombre, sans espoir, à l’image du monde de cette fin de XIXème siècle, une grande fatalité, une immense grisaille, rendue encore plus insondable par le rayon de soleil fugitif qui tente de l’éclairer. Superbe nouvelle, qui me donne envie de m’aventurer plus avant dans l’œuvre de Gorki.
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    • Livres 4.00/5
    Par sweetie, Aujourd'hui

    Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson

    Ce récit autobiographique d'un séjour dans les forêts de Sibérie est en soi un traité sur l'érémitisme. J'ai trouvé les propos de l'auteur inspirants et après le dur hiver qu'a connu le Québec, j'ai apprécié son stoïcisme face aux éléments et son bel éloge du poêle à bois. Je lirai certainement ses autres ouvrages.
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    • Livres 5.00/5
    Par karamzin, Aujourd'hui

    Riz noir de Anna Moï

    « Lorsque ma tête est en bas de la planche, je suis presque aussi plate que celle-ci […] Je fixe le bout de mes orteils, les ongles peints de rose nacré, mais au bout d’un moment la suffocation révulse mes yeux et altère ma vue. Nul ne sait si, le soir, ils révèlent à leur épouse ou à leur mère, le calvaire de l’eau […] Nul ne peut dire s’ils s’endorment aisément la nuit, dans les bras d’une femme, en oubliant les seins brûlés de celles qu’ils ont électrocutées. Nul ne peut affirmer que l’homme qui a sauté à pieds joints, en prenant appui sur deux bureaux, pour se propulser contre mon ventre, l’a mentionné le soir au diner de famille. Ce sont des gens ordinaires et leur affectation, dans la villa tropicale au prénom féminin, Mai-Phuong, aménagée en salles de torture, n’est qu’une étape dans leur carrière. »

    Ces mots, qui décrivent le supplice de l’asello et qui, soit dit en passant, ne sont pas pour me déplaire à dire des tortionnaires qu’ils ne sont que « des gens ordinaires et des fonctionnaires travaillant aux heures de bureau », attendu que, oui, le Mal est ordinaire, sont de Tan, l’une des trois principales héroïnes de Riz Noir, le roman d’Anna Moï, pour moi deux fois recommandable à, d’une part, moins causer de la guerre du Vietnam que de femmes vietnamiennes prises dans la tourmente de cette guerre, et de l’autre, à avoir été rédigé en un style à la fois élégant et brutal, et si féminin et si précis qu’on en viendrait presque à sentir, dans ses pages, « le parfum vacillant des fruits mûrs des anacardiers à la limite de la pourriture » qui pénétrait les sinistres cages à tigres de Poulo Condor où Tan va passer quelques mois de sa vie.

    Ces mots sont de Tan, disais-je, mais nul doute que sa sœur Tao, elle aussi, aurait pu les prononcer.
    Dans cette villa de Cholon, « aménagée en salles de torture », où l’on trouve, empilés sur les tables, des fouets en queue de raie, des gourdins enrobés de caoutchouc, des matraques électrifiées et, fixés aux plafonds, les inévitables crochets du « strappado », Tan se souvient, en effet, avoir vu sa sœur aînée ligotée un peu avant elle sur une planche de bois oblique, un chiffon sale enfoncé dans sa bouche, l’eau de « l’asello » pénétrer ses narines, puis l’eau de « l’asello » violemment expulsée par sa bouche lorsque Tien, le bourreau suffisamment expérimenté pour savoir « quand le corps est près d’exploser » et le supplicié prêt à parler, lui a retiré le chiffon, et l’avoir tout d’abord reconnue à la jolie robe fleurie et au jupon de tulle blanc qu’elle portait ce jour-là, puis à ses yeux, à ses très beaux yeux « couleur d’abîme » qui, se rappelle-t-elle encore, la regardaient sans verser la moindre larme.

    Ces mots sont de Tan, disais-je, parce que le roman d’Anna Moï c’est tout simplement la mémoire de cette jeune fille. Au reste, on lit ses pages comme lui sont revenus ses souvenirs, certes heureux de constater qu’à conter la vie de Tan par épisodes qui ne succèdent pas elles respectent si bien le mode de fonctionnement non linéaire de la mémoire, mais aussi un peu fâché contre elles, parce que ces pages, à conter la vie de Tan par épisodes qui ne succèdent pas, n’aident pas vraiment nos mémoires, qui sont plus habiles à restituer une suite d’événements ordonnés qu’une suite d’événements qui ne le sont pas, à garder en elles toute la mémoire de Tan ; ce à quoi, ma foi, il faut parvenir si on veut un tant soit peu comprendre pourquoi cette jeune femme dit, dans le tout dernier chapitre, être sûre de toujours éprouver, pour les sinistres cages à tigres de Poulo Condor, une très forte nostalgie …

    Saigon — Fin Janvier 1968.
    En cette veille de fête de Têt, Tan et Tao, qui ont respectivement quinze et seize ans, ne sont encore que deux lycéennes qui n’ont comme histoire que des histoires de lycéennes et comme principal souvenir de l’Histoire une série de bonzes qui s’immolent par le feu, durant l’année 1963, dans le seul but de faire vaciller le régime autoritaire et catholique de Jean-Baptiste Ngô Đình Diệm. Certes, en ce mois de janvier 1968, Tan et Tao ne sont pas sans savoir que la guerre met leur pays sens dessus dessous, mais puisque Saigon vit encore au rythme de la paix et de ses coutumes et que ses abords sont protégés par la solide armée américaine, pour elles, cette guerre pourrait s’apparenter à ces tremblements de terre dont on ne perçoit que de légères secousses à se trouver loin de leurs hypocentres. En fait, pour elles, cette guerre, c’est seulement avoir peur pour leur mère, oui, craindre le pire pour elle, attendu que celle-ci — qui se prénomme Van — doit, pour pouvoir gagner sa vie, beaucoup voyager et qu’elles l’aiment et qu’elles l’adorent et qu’elles l’admirent.

    Que Tan et Tao adorent et même admirent leur mère peut, du reste, aisément se comprendre, car quelle femme que cette Van !
    Grands dieux, elle est née on ne sait plus où ni quand. Elle est abandonnée par ses parents avec, comme seul souvenir d’eux, une bourse en soie de Ha Dông remplie de quelques pièces d’argent. Confiée à des gens bien trop pauvres pour pouvoir l’envoyer à l’école, elle ne connait de celle-ci que les grilles et les portes d’entrée, en l’occurrence celles de l’Ecole Française de Cholon, devant lesquelles elle vend, dès l’âge de six ans, à des élèves richement costumés, ses premiers beignets de bananes et ses premières patates bouillies, assise et cachant, sous la couverture d’un sourire toujours avenant, presque commercial, une rage qui, à moins relever de la jalousie que de la partie noble de l’orgueil, va l’aider à tenir.

    Cela dit, si Cholon, par sa richesse et son luxe enviables et enviés par elle, a fait de Van une battante, « une fille de dragon selon la tradition », sa faible position sociale et son modeste train de vie l’obligent, lorsque pour elle vient le temps de se marier, à n’épouser qu’un homme de sa condition. Restée, à cause de ce mariage, ce qu’elle a toujours été, soit une simple vendeuse — le marché flottant de Cai Be, où l’entraine son mari, n’ayant fait que remplacer les grilles de l’Ecole Française de Cholon — Van aura bien sûr l’impression que la vie susurre toujours les mêmes médiocres refrains.

    Seulement voilà, pour Van, tout va bientôt changer. Et pour cause, durant le temps libre que lui imposeront ses deux grossesses, elle s’intéressera si fort au mac nua, à cet arbre originaire du sud-ouest vietnamien dont les fruits, une fois réduits en bouillie, produisent une laque d'un noir presque pur que, lorsque son époux mourra noyé dans les eaux du Mékong, elle en aura quasiment réinventé le métier.

    OK, d’accord, à travailler tous les jours cette laque d’un noir presque parfait, les mains de Van en garderont, pour la vie, la couleur. Mais pour « cette fille de dragon selon la tradition » qu’importeront ses mains noires puisque ses mains définitivement noires, à produire des rouleaux de soie laquée sans équivalents dans tout le Vietnam, feront sa réussite, une réussite qui lui permettra, entre autres, de marcher dans les rues de Cholon enfin d'égale à égale avec ses habitantes, de franchir pour la première fois les grilles de son Ecole Française revêtue d’un luxueux ao-zaï, de voir Tan et Tao porter l'uniforme de cette dernière, de pester, à bon droit, contre les dogmes de Confucius, de professer, avec raison, à ses deux filles son féminisme agissant : « Vous voyez, les filles, il faut toujours aller chercher la différence. Soyez différentes, ne vous conformez pas, méprisez Confucius, le philosophe pour qui l’absence de talent chez une femme est synonyme de vertu, allez le plus loin possible ! », et enfin, de devenir à Saigon, rue Nguyen Trai, propriétaire d’un vrai premier chez soi.

    Saigon, fête du Têt — Année du Singe.

    L'année du Singe est, d'après le zodiaque chinois, imprévisible. A lancer ses troupes à l'assaut des 105 villes les plus importantes du Sud-Vietnam, dont Saigon, le jour même de la fête du Têt, Van Tiên Dung, le chef d’état-major de l’Armée Populaire Vietnamienne, le sera aussi, et pour cause, dans tout le Vietnam, comme un peu partout dans le monde asiatique, le Têt, le nouvel an chinois, est supposé arrêter le temps et les choses.
    De ces attaques surprises qui, finalement, feront plus de dégâts dans l’opinion et dans la classe politique américaines que dans les rangs des GI’s et des Marines, Tan et Tao, cloîtrées chez leur mère par leur mère, ne verront rien, pas même une image, puisque, pour ne pas affoler la population, les chaines de télévision locales joueront à fond la carte de la censure : « Les images sont loin d’être macabres […] Un paysage de forêt remplace le spectacle des champs de bataille. Cela dure plus ou moins longtemps, et c’est baigné d’une musique incroyablement belle. Elle se distille dans toutes mes veines, indélébile, plus indélébile que toutes les berceuses. La phrase musicale monte, paisible, par vagues, en tonalités successives, sans lien avec la mort et le crime. » — Tan

    Enfermée, captive « d’un espace délimité par le toucher et l’ouïe », Tan se souvient que pour avoir vécue ainsi ce début d’année 1968, elle avait mené, au sein de la guerre, sa propre guerre. Une guerre dont l’ennemi était, certes, ses quinze ans, ses quinze ans l’ayant en effet rendue impatiente de vivre quelque chose qui, à relever à la fois du sens de la vie et des sens, de la raison d’être et de « la branche de pêcher en fleur » ne pouvait certainement pas être contenté par une mère aussi aimante soit elle, mais dont le plus sûr allié, pour la gagner, du moins temporairement, était encore ses quinze ans, car c’est bel et bien cette impatience que lui imposaient ses quinze ans à vivre quelque chose tenant à la fois du sens de la vie et des sens, de la raison d’être et de « la branche de pêcher en fleur » qui allait la pousser à se jeter dans les bras de Minh, de ce médecin trentenaire, de ce militant anti-Viêt-Cong — que Van avait décidé d’héberger chez elle mi-intéressée par son métier, mi-désireuse de le soustraire à la justice expéditive des tribunaux populaires du FNL — et cela afin d’y trouver l'amour, cet amour qui ,seul, peut donner du sens et du sel à la vie : « Je ne me sens pas tourmentée. Je veux seulement que pour une fois tout prenne un sens : les secousses de la terre, la musique de Sibelius, le rayon de lune, l’homme en fuite et moi, adolescente de quinze ans. » — Tan

    My Lai — 16 mars 1968.

    Enfermées dans leur appartement et presqu’entièrement coupées du monde, et cela , depuis le début de l’offensive du Têt, Tan et Tao n’auraient pas non plus pu voir les morts de My Lai si Trung, l’un de leurs oncles, n’avait pas fait le voyage entre ce petit hameau — qu’on surnomme, là-bas, le village aux hirondelles — et Saigon en ayant emporté avec lui une photo de ce massacre perpétré par l’armée US sur laquelle on voit un bébé nu qui, à se trouver au tout premier plan du cliché, semble « prendre toute la place » et, non loin de lui, « des enfants et des femmes allongés, certains en chien de fusil, dans une position de repos, comme surpris dans leur sommeil. »

    Cette photo, que l’on a bien fait de légender par cette question qui dit : « les bébés aussi ? » et par cette réponse qui dit : « les bébés aussi. », Trung ne la montrera pas aux deux jeunes filles pour qu’avec lui elles se mettent à geindre sur elle, mais afin qu’elles la transmettent à un contact qu’il possède en ville, lui-même ne pouvant se déplacer, car « témoin, il est déjà coupable. »
    Et cette mission, à ce point dangereuse que Trung n’oubliera pas de conseiller à ses nièces de n’en parler à personne, Tan et Tao vont immédiatement l’accepter, sûrement pour se désennuyer un peu, sûrement aussi parce qu’elles sont encore à cet âge où le risque peut se confondre avec amusement, et plus sûrement encore, parce que, dans leurs veines, coule le sang de Van, de Van « fille de dragon selon la tradition. »

    Seulement voilà, à jouer avec le feu — ce qu’elles feront assurément à accepter d’autres missions toutes plus dangereuses les unes que les autres — Tan et Tao finiront par se brûler. Repérées, puis arrêtées, elles connaîtront successivement les supplices de Mai-Phuong, les interrogatoires de jour comme de nuit de la prison pour femmes de Bien Hôa et enfin le bagne — les rives du Styx de Poulo Condor, dont je dirais bien des cages à tigres qu'elles sont, à elles seules, une torture, étant donné qu’on y entassait quatre personnes sur moins de quatre mètres carrés, qu’on y dormait à même le sol, sur une dalle en béton, qu’elles étaient infectées de punaises, qu’on y mangeait que du riz recouvert de mouches et que chaque mot qu’on y prononçait un peu trop haut ou légèrement de travers était puni par des coups de piques quand ce n’était pas par de la chaux : « Regarde ma peau de serpent ! Je pèle [...] Mais La chaux présente un avantage sur les piques : elle tue les punaises » —Tan

    Quelque part, en un temps dont on peut juste dire qu’il se situe bien après la fin de la guerre du Vietnam.

    Les cages à tigres de Poulo Condor sont aujourd'hui vides de tout prisonnier et de toute prisonnière, mais, pour Tan, la transformation du bagne en musée ou en lieu de pèlerinage n’aura servi à rien. Et pour cause, si son corps presque guéri est ici, prisonnier d’un quelque part et d’un temps dont on peut juste dire qu’il se situe bien après la fin de la guerre du Vietnam, son âme meurtrie, son âme « écartelée comme les ailes d’un oiseau blanc », est restée volontairement collée aux barreaux des sinistres cages à tigres de Poulo Condor. Pourquoi ?

    Eh bien, si on n’a pas en mémoire toute la mémoire de Tan et mis à plat ce qu’a été sa vie depuis son enfance jusqu’à sa libération, on pourrait être amené à penser qu’il y a dans l’âme de cette fille un truc qui fait masse ou bien encore qu’il existerait un mal du Mal comme il existe un mal du pays. Mais quand on fait le travail de petites cellules grises qu’exige tout bon livre, et ce Riz Noir en est assurément un, on se rend compte alors que pour Tan, ne pas quitter Poulo Condor — « cet endroit fait de sable blanc et de murs noirs » — c’est d’abord vouloir se rappeler — toujours — qu’elle a vaincu cet enfer comme l’aurait fait sa mère à être, oui, comme elle,« fille de dragon selon la tradition. » Puis, c’est désirer, et même ardemment désirer, ne jamais oublier Nu et Phuong, et, avec elles, toutes ses compagnes de cellules, pour ce qu’elles furent dans ce monde de ténèbres. Enfin, c’est encore souhaiter ne pas vouloir abandonner Minh — le seul homme, dans ce livre, digne de « l’esto vir » du prophète Samuel — à la nuit de sa mort affreuse, et cela, pour l’amour qui lui a offert, un amour du reste si fort et si inoubliable que Tan sera, à un moment, incitée à occulter l’horrible mort qui fut la sienne, pour pouvoir lui redire : « Ô mon amour, allonge-toi auprès de moi. »

    karamzin/230515
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  • Par coco4649, Aujourd'hui

    Armand Silvestre. Les Ailes d'or, poésies nouvelles, 1875-1880 de Armand Silvestre

    LE PÈLERINAGE
    À ALBERT DELPIT


    Après vingt ans d’exil, de cet exil impie
    Où l’oubli de nos cœurs enchaîne seul nos pas,
    Où la fragilité de nos regrets s’expie,
    Après vingt ans d’exil que je ne comptais pas,

    J’ai revu la maison lointaine et bien-aimée
    Où je rêvais, enfant, de soleils sans déclin,
    Où je sentais mon âme à tous les maux fermée
    Et dont, un jour de deuil, je sortis orphelin.

    J’ai revu la maison et le doux coin de terre
    Où mon souvenir seul fait passer, sous mes yeux,
    Mon père souriant avec un front austère
    Et ma mère pensive avec un front joyeux.

    Rien n’y semblait changé des choses bien connues
    Dont le charme autrefois bornait mon horizon ;
    Les arbres familiers, le long des avenues,
    Semaient leurs feuilles d’or sur le même gazon ;

    Le berceau de bois mort qu’un chèvrefeuille enlace,
    Le banc de pierre aux coins par la mousse mordus,
    Ainsi qu’aux anciens jours tout était à sa place
    Et les hôtes anciens y semblaient attendus.

    Ma mère allait venir, entre ses mains lassées
    Balançant une fleur sur l’or pâle du soir ;
    Au pied du vieux tilleul, gardien de ses pensées,
    Son Horace à la main, mon père allait s’asseoir.

    Tous deux me chercheraient des yeux, dans les allées
    Où de mes premiers jeux la gaîté s’envola ;
    Tous deux m’appelleraient avec des voix troublées
    Et seraient malheureux, ne me voyant pas là.

    J’allais franchir le seuil : — c’est moi ! c’est moi, mon père.
    Mais ces rires, ces voix, je ne les connais pas.
    Pour tout ce qu’enfermait ce pauvre enclos de pierre
    J’étais un étranger !..... Je détournai mes pas :

    Mais, par-dessus le mur, une aubépine blanche
    Tendait jusqu’à mes mains son feuillage odorant.
    Je compris sa pitié ! J’en cueillis une branche,
    Et j’emportai la fleur solitaire en pleurant !

    p.171-172-173
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  • Par sweetie, Aujourd'hui

    Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson

    Privé d'ordinateur, je n'ai que la pensée. Le souvenir est une impulsion électrique comme une autre.

  • Par sweetie, Aujourd'hui

    Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson

    L'art de la civilisation consiste à allier les plaisirs les plus délicats à la présence constante du danger. (Stendhal)

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