Une bien curieuse BD : sa première apparition en 1997 en faisait un des premiers romans graphiques américains sur les étagères françaises, mais le genre s'est bien étoffé dans les années suivantes (Blankets, Black Hole...) et Jason Lutes en est un des maîtres. Delcourt a publié une réédition de ce titre en 2010.
Il s'agit ici d'une forme de récit à tiroirs où les destins des cinq personnages principaux, a priori complètement différents, s'entremêlent le temps de la BD. Ces rencontres improbables se font au cœur d'une Amérique sombre parfois glauque, entre celles de Martin Scorsese et des frères Coen. Pourtant les moments d'intimité entraperçus nous font ressentir de la tendresse et de l'espoir.
Une BD qui est plus complexe qu'il n'y semble au premier abord.
Confiner une intrigue policière dans une île est une bonne astuce de scénariste mais elle permet ici de souligner des traits de caractère très riches et différents qui vont de la lucidité envers des congénères cyniques, à l'amour filial, la cupidité (avec les comportements irrationnels qui peuvent en découler)... Une forme de suspense s'installe dans la lenteur tropicale, sur une suite d'évènements improbables mais crédibles. Bref, c'est une BD jubilatoire, un bon moment à passer.
Ce travail porte essentiellement sur l'accueil des jeunes demandeurs d'asile (- de 18 ans) présenté sous l'angle d'entretiens, soit directement avec les concernés, soit avec des adultes encadrants. Le propos est intéressant mais volontairement modeste. Si on le sent passionnément investi, l'auteur reconnait que ce sujet (d'actualité) est beaucoup plus large que ne le laisse penser le contenu de la BD. Néanmoins, le fait de lire des récits de vie lui apporte une dimension humaine fondamentale qui n'est pas traitée par les médias traditionnels.
J'pensais qu'à c't'heure que t'es revenue de chez nous...
les choses allaient s'en revenir comme avant...
comme quand j'étais encore là, pis vivant...
Mais j'vois ben que ça s'peut pas...
Plus depuis Montréal...
La liberté... La liberté de Montréal...
... Tu l'as rapportée avec toi...
" Je l'aime cette maison.
J'aime sa façade jaune, ses deux étages, ses volets peints en ocre, sa porte où luit la sonnette de cuivre, son étroit vestibule pavé de mosaïque domestique, son escalier aux marches propres, au bas desquelles je trouve souvent, oublié là par la servante, un panier de légumes ou de poissons; je l'aime, avec son palier où brûle contre le mur, accrochée au fond d'une coquille de pierre sculptée, une lampe qui sent fort; je l'aime avec sa grande chambre dont les fenêtres donnent sur un peu de cette Venise que, de leurs carrés de vitre, elles semblent déjà encadrer précieusement et mettre sous verre dans le souvenir.
Mais que dites-vous ? Les Journaux seraient responsables de la guerre ?
- Entièrement responsables. Vous ne voyez donc pas clair dans l’époque qui est la nôtre ! est-ce que quiconque fait quoi que ce soit de nos jours- y compris se battre- sans souhaiter que cela soit mentionné dans la presse ?
Je souscrit à une œuvre de bienfaisance ; vous recevez un témoignage d’estime ; il fait un sermon en chaire ; nous subissons une injustice ; vous faites une découverte ; ils vont se marier à l’église.
Et je, il, nous, vous,, ils, tout le monde veut une seule et même chose : que cela figure dans les journaux. Les rois, les militaires, les diplomates, font- ils exception à la règle commune à l’humanité ?
Que non pas ! Je vous le dis tout net : si les journaux européens avaient tous décidé de ne pas faire le moindre cas de la guerre entre la France et l’Allemagne, j’ai la ferme conviction qu’il y a beau temps que cette guerre se serait arrêté faute d’encouragements.
Que la plume cesse de faire de la réclame pour le glaive, et je vois d’ici le résultat : pas de comptes rendus, pas de combats.