Par LN, Aujourd'hui
Mãn
de
Kim Thuy
Par petite touches discrètes, presque timides, Man raconte son histoire, son mariage avec un québécois restaurateur et son émigration au Canada. Mais de cet homme qu'elle a épousé pour trouver une protection, elle parlera très peu.
Elle préfère évoquer son enfance, les choix de sa mère, femme forte et intelligente, puis sur sa vie canadienne, son investissement dans le restaurant de son mari. Là, elle développe ses talents culinaires avec brio, cherchant à retrouver les goûts de son pays et de son enfance. Les saveurs se mêlent subtilement à ses mots pour nous mener sur les rives de sa vie :
« Mon gâteau aux bananes à la vietnamienne était un délice mais effrayait par son air costaud, presque rustre. En un tournemain, Philippe l’a attendri avec une écume de caramel au sucre de canne brut. Il avait ainsi marié l’Est et l’Ouest, comme pour ce gâteau dans lequel les bananes s’inséraient tout entières dans la pâte de baguettes de pain imbibées de lait de coco et de lait de vache. Les cinq heures de cuisson à feu doux obligeaient le pain à jouer un rôle de protecteur envers les bananes et, inversement, ces dernières lui livraient le sucre de leur chair. Si l’on avait la chance de manger ce gâteau fraîchement sorti du four, on pouvait apercevoir, en le coupant, le pourpre des bananes gênées d’être ainsi surprises en pleine intimité. » (p. 70)
Puis viendra l'heure de l'amitié, du sentiment soudain libérateur de ne plus être seule dans un pays étranger, puis, peut-être enfin, la passion amoureuse, comme une parenthèse dans une existence décalée.
Un court récit lumineux servi par l'intelligence de Kim Thuy et par son immense talent de conteuse : avec seulement quelques mots, quelques sensations, quelques souvenirs, elle crée un univers dense et poétique.
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Par abo2008, Aujourd'hui
Princesse Prout
de
Shin Se-Jung
Voici un album plein d’humour qui nous raconte l’histoire d’une jeune fille, parfaite en tout point. Son seul défaut : elle ne peut rester plus de trois jours sans lâcher une grande quantité de gaz et tout faire voler autour d’elle. Ses parents arrivent cependant à la marier. Obligé de se retenir pour respecter les bonnes manières, son teint commence à jaunir. Questionnée par son beau-père inquiet, elle lui avoue la vérité. Ce dernier lui conseille de se libérer mais la jeune fille détruit alors la maison de ses beaux-parents. Contrainte de retourner chez elle, elle croise sur le chemin du retour des marchands près à céder la moitié de leurs marchandises contre des poires inaccessible. La jeune fille va alors se servir de son handicap et tout finira pour le mieux.
J’ai beaucoup ri en lisant ce conte traditionnel coréen et je pense que les enfants feront de même. En général, ils apprécient les livres où les bonnes manières sont mises à mal. J’ai d’ailleurs été surprise de voir que les anciens Coréens, très à cheval sur les bonnes manières des jeunes filles, puissent avoir un conte comme celui-ci dans leur répertoire. L’humour de cet album ne doit pas faire oublier qu’en filigrane, l’auteur nous parle de la condition des femmes dans l’ancienne Corée où les mariages étaient arrangés et où les femmes qui ne plaisaient pas à leur belle famille pouvaient être renvoyées chez elle.
Les illustrations sont magnifiques. Je n’ai pas pu m’empêcher de les comparer aux vieilles estampes coréennes. En les regardant attentivement, on apprend beaucoup de chose sur la façon de vivre mais surtout, sur la mode de l’époque. Les costumes d’époques sont en effet reproduits de façon très minutieuse. Les illustrations contribuent à l’humour du récit : les illustrations traditionnelles alternent avec les explosions colorées de la jeune fille.
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