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Citation de Bdotaku


«Alors, ça fait quel effet d'être celui auquel on pose les questions ?» Au début, je l'avoue, la phrase m'agaçait un peu. D'abord par son côté systématique : sur la cinquantaine d'interviews que j'ai données après la sortie de Mensonges et trahisons et de Molière, je pense n'y avoir échappé qu'une ou deux fois. Ensuite à cause du statut qu'elle me conférait implicitement. Aux yeux de la presse, je m'en rends compte, je suis - et resterai sans doute à jamais - un journaliste devenu cinéaste. Et j'aurai beau expliquer, et répéter, que le cinéma a toujours été mon but ultime, que je tournais des courts métrages à l'âge de seize ans, que j'ai suivi des études de réalisation, et que le journalisme n'était qu'une étape dans le long et tortueux parcours pour arriver à la mise en scène, je suis certain que dans vingt ans encore, on continuera de me poser la question, ou sa variante, un peu plus déstabilisante : «Ça fait quel effet de lire des critiques de ses films quand on a soi-même critiqué les films des autres ?» On peut y voir, bien sûr, la volonté de créer une forme de complicité : «Je suis journaliste, et en rappelant que vous avez vous-même été journaliste, je tente de nous rapprocher.» On peut aussi y lire de l'envie, de la jalousie, ou des sentiments moins nobles encore. Mais dans la majeure partie des cas, la question trahit surtout une certaine paresse. On a lu dans ma biographie que j'avais été journaliste, et on se dit : «Tiens, ça fera un sujet facile sur lequel s'appuyer pour lancer la conversation». Je le sais, parce que c'est un travers dans lequel il m'est aussi arrivé de tomber. C'est naturel. Les interviews se suivent, une routine s'installe, et on ne peut pas à chaque fois préparer ses questions comme si on allait rencontrer Jean-Paul Sartre. (avant-propos)
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