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Critique de Luna05


Avant toute chose je tiens à remercier le site Babelio et les éditions Bragelonne de m'avoir permis de découvrir cet ouvrage dans le cadre du partenariat Masse critique.

Je me souviens encore très exactement la manière dont j'étais tombée sur ce titre, suivant avec assiduité certains blogs c'est tout naturellement grâce à la chronique plus qu'exaltée d'une certaine Melliane du blog « Between dreams and reality » que j'ai fait la connaissance de « Lettres écarlates ». J'avais survolé son billet et m'étais concentrée uniquement sur sa conclusion et sa notation. Ce fut pour elle un énorme coup de coeur en Vo et pour moi une nouvelle attente. C'est donc non sans réjouissance que j'accueillis sa sortie Française et me jetais dessus une fois mon exemplaire entre les mains. Pour que la surprise soit totale j'avais sciemment et minutieusement lu que le résumé et rien d'autre. Mon aventure au côté de Meg Corbyn pouvait alors débuter, et quelle aventure !

L'auteur Anne Bishop nous plonge et captive dès le prologue afin de nous familiariser immédiatement avec son oeuvre complexe mais conté de manière simple avec talent. Oubliez notre monde car celui que vous allez affronter est tout autre. Un bref retour historique dynamique nous mettra aux plies, revenant sur la guerre ayant opposé quelques siècles en arrière deux des espèces dominantes crées par Namid, les hommes et « Les Autres ». Des batailles sanguinaires ne s'étant bien évidemment soldées que trop souvent par le massacre des plus faibles, les êtres humains. Un homme parvint néanmoins grâce à son intelligence et sa diplomatie à créer un compromis avec un « Terra Indigène », une sorte de trêve qui leur permettrait de coexister et d'en retirer chacun des avantages. C'est ainsi qu'au jour d'aujourd'hui sur le continent de Thaisia les deux espèces cohabitent tout en gardant tout de même en tête qu'ils restent des ennemis.
« Les Autres » dominent à présent le territoire et tolèrent la présence des humains. Afin de faire respecter le pacte, des Enclos habités par des « Terra Indigene » ce sont implantés au sein des humains, une mesure de sécurité supplémentaire afin de surveiller les hommes. Cette histoire sera donc consacrée à un des Enclos dont les commerces seront exceptionnellement ouverts aux humains rendant plus que parlante l'expression « soyez proche de vos amis et encore plus de vos ennemis »…

C'est muni d'une carte et d'un lexique propre à cet univers que nous pénètrerons au coeur du monde crée par Anne Bishop. Dès le premier chapitre nous serons absolument happés par cette ambiance si particulière et dévorante. Un environnement fraichement habillé de son manteau blanc d'hiver, un climat glacial où la pureté immaculée de la neige se verra de temps à autre tachetée de rouge, recouvert de sang humain… Bienvenue dans le monde de Namid et plus précisément dans L'Enclos de Lakeside contrôlé par « Les Terra Indigene » ou plus exactement par un certain Simon Wolfgard.
Par où commencer ? Voilà la question qui revient souvent en tête de mes billets quand je ne sais pas comment le débuter. Peut-être devrais-je avouer que « Lettres écarlates » a été pour moi un énorme coup de coeur ? Maintenant le plus délicat est de vous exposer les arguments qui ont fait en sorte qu'il obtienne ce très haut et beau statut, et bien soit, je relève le défi avec grand plaisir et espère que je parviendrai à vous faire vous aussi plonger sans retenue dans cet ouvrage.
Commençons par l'écrin que j'ai trouvé absolument sublime et qui a su restituer à la perfection l'ambiance contenue dans cette oeuvre. Je salue donc le travail du graphiste pour ce premier tome qui se veut esthétiquement vraiment supérieur à la version parue en Vo. Bravo.
Par le biais des premiers chapitres le ton sera donné et se révèlera résolument sombre et oppressant de par les personnalités peuplant cette oeuvre. « Les Terra Indigène » n'auront d'humains que leurs apparences et ne feront preuve d'aucune clémence et pitié envers les humains ne respectant pas les règles, le seul châtiment étant la mort redevenant alors ce qu'ils ont toujours été pour « Les Autres », de la viande… Un premier passage sanguinaire qui saura vous mettre en condition pour la suite…
Anne Bishop, romancière bien connue pour sa très célèbre série de Dark Fantasy « La trilogie des joyaux noirs» ne se départira pas de ce côté sombre la caractérisant si bien. Elle nous offrira de l'urban fantasy pure et dure de très haute volée pour notre plus grand plaisir. Nous suivrons le parcours de la jeune Meg Corbyn fuyant le centre où elle était retenue captive, étant pourvue d'un don ou malédiction, la jeune femme devait en subir chaque jour les conséquences au profit de son « Contrôleur ». N'étant à l'abri nul part auprès des humains, Meg, désespérée et aux abois, prendra la décision de pénétrer dans le territoire des « Autres » afin d'être momentanément protégée tout en sachant pertinemment qu'un autre châtiment peut être pire encore l'attend au sein de l'Enclos de Lakeside. Néanmoins, son choix est fait, plutôt mourir dans L'Enclos que de retourner dans l'enfer d'où elle est difficilement parvenue à s'extirper. Sa rencontre avec son futur employeur, le très antipathique chef de L'Enclos de Lakeside, Simon Wolfgard scellera irrémédiablement sa destinée.

C'est portée par une plume soutenue, fluide et extrêmement addictive qu'Anne Bishop nous emportera dans son oeuvre. L'auteur est parvenue à créer un univers rafraichissant et furieusement original ne laissant aucune impression de déjà vu lors de notre lecture. Une mythologie inédite où la romancière a su se réapproprier avec virtuosité des personnalités mythiques tout en leur insufflant sa propre vision leur conférant par la même occasion un charme fou. Un univers maitrisé à la perfection se voulant intelligent et dont la complexité savamment recherché ne peut que nous intriguer et combler. Autre excellent point m'ayant ravi, le comportement des « Terra Indigene ». J'ai littéralement jubilé en découvrant des détails m'ayant rappelé les oeuvres de Mercy Thompson ou PSI CHANGELING concernant la véracité du traitement comportemental des « Autres » sous leur forme animal. Oubliez les stéréotypes maintes et maintes fois vue car ce peuple va diablement vous secouer.
Ce roman recèle d'un nombre incroyable de qualités et d'une richesse que je n'aurai de cesse d'encenser tout au long de ce billet. Sa plume, son ambiance unique et marquante, son intelligence et bien évidemment ses personnages tous ô combien charismatiques.

Dès le commencement j'ai nourris quelques craintes concernant le peuple des « Terra Indigene », au vu de leur façon de voir les choses et surtout de leur mépris clairement affiché et assumé envers ceux qu'ils appellent les singes, les êtres humains. Pour eux ces derniers ne sont que de la nourriture et le peu de pitié qu'ils ont témoigné lors des premières mises à mort dans ce récit m'ont, je ne le cache pas déstabilisé. Comment allais-je pouvoir m'attacher à eux alors que leur moralité et façon de fonctionner différaient totalement des valeurs habituelles disséminées dans ce genre de récit? Mes doutes et craintes ont heureusement très vite fondu comme neige au soleil car Anne Bishop a choisi de nous offrir une narration à la 3eme personne nous permettant de nous projeter au travers des divers points de vue de la plupart des « Autres » que nous rencontrerons. Un procédé non négligeable et fort appréciable car même si grâce à la vision de Meg nous découvrirons des visages qui se révèleront très attachants malgré leur férocité, être du côté des « Terra Indigene » m'a tout bonnement charmé. Ce récit abritant un nombre assez conséquent de bestiaires je ne vais citer que les principaux mais croyez-moi les secondaires sont tout aussi passionnants à suivre car ne servant aucunement de faire valoir, chacun occupant une place bien particulière rendant cette oeuvre encore plus aboutie et atypique.
Commençons par Simon Wolfgard le chef de L'Enclos de Lakeside. Homme assez froid, plus ou moins rustre et brut du décoffrage, Simon est un sanguin pour le moins colérique mais parvenant tout de même à contrôler la plupart du temps sa partie animale. Loup Alpha prenant très à coeur la protection de son Enclos, ce dernier ne transige pas avec la loi et la sécurité, tout danger pour eux se verra annihiler dans les plus bref délais. Cet homme loyal mais autoritaire et dominateur ne supportant aucune insubordination, verra son comportement néanmoins évoluer au contact de la jeune humaine Meg Corbyn. Nous verrons une facette taquine et tendre émerger doucement auprès de la jeune femme et un côté joueur très prononcé dans sa forme de loup. Une personnalité aussi exaspérante qu'attachante et dont la seule présence ne peut laisser indifférent.
Parlons à présent de l'héroïne dont la saga porte son nom, Meg Corbyn.
Je dois dire que je me suis immédiatement attachée à ce petit bout de femme meurtrie, vulnérable mais tout aussi courageux et volontaire. Je tairai ici sa véritable identité afin de conserver le suspense car découvrir au compte-gouttes toute son essence se voudra aussi délectable qu'effroyable. Une jeune femme qui sera pourvue d'un passé ô combien sordide mais qui fera tout pour le dépasser. Héroïne drôle malgré elle et dont le véritable caractère fera peu à peu surface au sein de L'Enclos, Meg démontrera sa bonne volonté quant à s'intégrer mais fera malheureusement preuve de beaucoup de maladresse faisant sourire certains et grincer les crocs d'autres…Jeune femme touchante ayant conservée une certaine fraicheur et innocence enfantine qui s'expliqueront au fur et à mesure de l'avancée de l'histoire. Apeurée au vu de son passif, Meg se voudra méfiante et cachera sciemment les pans de son passé, Simon l'utiliserait-il aussi si jamais la vérité éclatait au grand jour ou serait-elle tout bonnement mise à mort ?
Je me suis délectée de chaque face à face ayant opposé Meg à Simon, la jeune femme prenant un peu plus d'aplomb face au loup et Simon étant totalement déstabilisé par ce petit bout de femme l'intrigant et l'agaçant au plus haut point depuis leur rencontre au vu de « sa particularité », détail que je vous laisserai découvrir également. Des échanges tour à tour glaçants, piquants, mordants, amusants qui deviendront de manière modérée et extrêmement subtile tendres, mignons et émouvants.
Je citerai également la très énigmatique et dangereuse Tess aussi crainte des « Terra Indigene » que des humains. J'ai beaucoup apprécié cette personnalité ambiguë et difficilement cernable.
Vladimir Sanguitani comme vous le devinerez aisément grâce à son nom représentera les vampires, et quel vampire. Charmeur et séducteur mais tout aussi sanguinaire que son nom l'indique, j'ai particulièrement été charmée par les pouvoirs dont l'a gratifié Anne Bishop. Il y en a tant à présenter, L'Ours Henry Beargard, le petit loup Sam qui nous offrira des passages aussi drôles que poignants au vu du traumatisme subit 2ans plus tôt, le loup susceptible Nathan, Jester le coyote, Jake le corbeau et pour finir les Elementals aussi captivants que menaçants cachant derrière des physiques de petites filles des entités d'une violence et dangerosité hors du commun. Et que serait ce roman sans les fameux Poneys, que de moments mémorables pendant cette lecture lors de leurs apparitions et interactions avec une Meg aux petits soins pour eux. Les humains occuperont également une place importante dans ce roman comme Monty un policier fraichement muté qui servira d'agent de liaison entre la police et L'Enclos, ainsi que les employés des divers commerces des « Autres ». Les ennemis répondront également à l'appel et démontreront avec un certain talent que niveau cruauté « Les Terra Indigene » n'ont définitivement pas le monopole. Un portrait peu reluisant dessiné par l'auteur et se voulant malheureusement criant de vérité.
Anne Bishop a su mener son récit d'une main de maître alternant des passages de la vie quotidienne se voulant passionnants et chaleureux nous permettant de découvrir les liens profonds reliant tout L'Enclos aux diverses enquêtes et dangers planant au-dessus des « Terra Indigene » et de Meg. Un suspense rondement mené et totalement maitrisé nous tenant en haleine du début à la fin. L'auteur nous gratifie de rebondissements impossibles à anticiper et de révélations délivrées au compte-gouttes finissant de nous frustrer et combler. Un récit qui ira crescendo jusqu'à cette fin diablement éprouvante ou l'action et le stress entameront une véritable cavalcade nous laissant pantelant et fermement englouti par ce récit.

Que puis-je ajouter de plus pour vous convaincre de lire ce livre ? Ce premier tome a été pour moi un véritable coup de coeur que j'ai dévoré tout en tentant de faire durer le plaisir le plus longtemps possible. J'ai aimé cette ambiance si unique, ses personnages tous attachants et marquants, le style nous entrainant irrémédiablement dans cet ouvrage et ces intrigues mêlant fantastique et policier sans heurts. « Lettres écarlates » fait partie de ces lectures où plus on avance dans le récit plus il nous devient difficile de devoir quitter son univers et ses personnages nous étant devenus familiers et pour lesquels on s'est irrémédiablement pris d'affection.

Un premier tome qui m'a absolument comblé et dont les révélations de fin risquent de promettre une suite tout aussi exceptionnelle. L'attente risque d'être longue mais je brûle de très vite pouvoir me replonger dans cet univers d'Urban Fantasy et de retrouver toutes ces personnalités auxquels je me suis inexorablement attachée. Un titre que je vous recommande sans hésiter.

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