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Critique de Kyzinoff


"[...] Reprenons le fil pour expliquer d'abord la méthode si particulière de notre serial-killer. Il est le narrateur du roman, ce qui, on l'aura compris, met le lecteur dans une situation inconfortable. Cette charmante personne n'a que mépris pour “le meurtre automatique et ses cadavres exquis” car même “descendre dans la rue, kalachnikov en main, et tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule, il y a dans cette méthode quelque chose qui pue l'inspiration”. Et de continuer “Je plaide, moi, pour l'immotivation du meurtre, comme d'autres avant moi pour l'immotivation du signe (...)”. Au bout du compte, son choix se porte sur l'oeuvre proustienne dont il éliminera un par un les personnages en assassinant des passants selon une règle grammaticale: l'accord en genre (leur sexe) et en nombre (à la 37ème ligne, le 37ème passant). Nous voilà donc entraînés dans une complicité objective avec le meutrier philosophe et remarquablement cultivé, mais qui refuse toute implication sentimentale, lui préférant le formalisme d'un choix arbitraire. Un vaste débat philosophique s'ouvre donc, au milieu d'un humour distingué et de phrases bien assénées, car l'écrivain n'est pas absent de son propre récit. Et bien sûr, des meurtres en série. Est-ce tout? Non, il faut encore signaler que les chapitres les plus intéressants (“Watchman, what of the night?"¨*“La chambre noire”, “L'ascension”)- sur le plan de la réflexion, de la matière, s'entend- sont précisément ceux où personne n'est trucidé mais où l'errance devient mentale et où l'ambiguïté du rôle du lecteur est affirmée et martelée par notre meurtrier narrateur. On a assez reproché au style d'Anne Garréta d'être ampoulé, mais, s'il est classique, c'est pour mieux se faire entendre, et pourquoi se plaindre d'une brillante qualité qui offre quelques perles au lecteur qui préfère la réflexion aux histoires faciles? C'est plutôt un atout que ce style difficile, car les lecteurs sont forcés, à moins d'abandonner l'ouvrage, de rester attentifs à l'intrigue. Malgré le formalisme de l'ensemble et l'apparente finitude de l'oeuvre, “La Décomposition” pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. " Eva Domeneghini
Lien : http://cosmogonie.free.fr/in..
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